‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 9 sur 232 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Quelque pureté de vie que Dieu exige de nous |)our approcher de son auguste sacrement, elle ne peut en soi nous tenir lieu d'une légitime excuse pour nous dispenser du fréquent usage de la communion. Vous en voulez la preuve; écoutez-la. C'est que l'obligation d'apporter au sacré mystère toute la pureté convenable, ne doit point préjudicier à l'intention de Jésus-Christ, ni au dessein qu'il a eu en vue dans l'institution de la très-sainte Eucharistie. Or, quel a été le dessein de Jésus-Christ en l'instituant? Il a prétendu que l'usage nous en fût ordinaire, il l'a souhaité, il nous y a invités. Voilà pourquoi, dit saint Augustin, il nous a donné ce sacrement comme une viande ; c'est pour cela qu'il en a fait un breuvage : de là vient qu'il l'institua en forme de repas , pour nous dire et nous faire comprendre que c'était une nourriture dont nous devions user, non point rarement ni extraordinairement , comme l'on use des remèdes, mais fréquemment et souvent, comme nous prenons tous les jours les aliments qui nous entretiennent. Et parce que toutes les viandes, par rapport à la vie naturelle, ne sont pas également communes à tous les hommes, qu'a-t-il fait? il a choisi celle qui l'était et qui l'est encore le plus; celle dont on peut le moins se passer, et qu'on ne quitte jamais; celle qui nourrit tes pauvres et les liches, les petits et les grands; je veux dire ce pain de chaque jour que nous demandons à Dieu, et qui est le premier soutien de notre vie : il ra,dis-Je, choisi pour nous y laisser le sacrement de son corps, ou plutôt pour le transformer dans cet ineffable sacrement.

Ce n'est pas assez; mais afin de nous engager en» cor& plus fortement à en profiter, il nous crie sans cesse de ses autels , et nous adresse ces paroles qu'il avait déjà mises pour nous dans la bouche du sage : Fenite, comedite panem nieum, et hibite vinum quod misctii vobis (Prov., 9 ) : Venez , paraissez dans mon sanctuaire ;asseyez-vous à ma table, mangez le pain que je vous ai préparé. Vous avez droit d'y participer; et puisque je vous le présente moi-même , tout mon désir est que vous le receviez. D'où saint Ambroise prenait occasion de dire , parlant à un chrétien : Si partis est, siquotidianusest, quomodo illum post annum sumis? ( Ambb.) Hé quoi! mon frère, si ce sacrement est un pain et si c'est un pain qui tous les jours devrait être l'aliment

de votre âme , est-ce assez dans tout le cours d'une année de vouloir seulement une fois y avoir part? Il est donc certain que la vue du Fils de Dieu a été que nous eussions dans le christianisme un usage libre et fréquent de la communion. Il n'est pas moins certain que le Fils de Dieu ne peut se contredire lui-même : qu'il n'a pu avoir des intentions dont l'une devint par soi-même un empêchement essentiel à l'autre; dont l'une servit de raison, et de raison solide, pour combattre et renverser l'antre. Par conséquent, dès que nous voyons qu'il nous a portés à la fréquente communion, et qu'il nous y porte , que c'est ce qu'il désire de nous , et à quoi il nous appelle, quelle conclusion devons-nous tirer de là, sinon celle que j'ai déjà marquée ; saToir, que si d'ailleurs il nous a ordonné de ne nous présenter à sa table qu'avec la robe de noees, c'està-dire qu'avec une conscience nette et purifiée de toutes souillures , cette pureté néanmoins et cette condition, tout indispensable qu'elle est, ne vous peut être d'elle-même un titre valable pour ne pas communier souvent.

Que veux-je dire après tout, chrétiens auditeurs? car c'est ici qu'il faut m'expliquer, et lever le scandale où pourrait vous jeter ma proposition mal interprétée et mal expliquée. Est-ce mon sentiment que, malgré l'état du péché, vous deviez, pour vous conformer aux desseins de Jésus-Christ, touchant la communion fréquente, venirà son autel et recevoir son sacrement ? Malheur à moi si j'autorisais en aucune sorte une telle profanation , et malheur à quiconque ferait ce criminel abus du plus saint de nos mystères, et se rendrait par là, selon l'expression de l'apôtre, coupable du corps et du sang d'un Dieu! Mais qu'elle est ma pensée? c'est que vous raisonnez d'une ûiçon, et qu'il faudrait raisonner de l'autre; c'est que vous concluez à quitter la fréquente communion , parce que vous ne menez pas une vie assez réglée ni assez exemplaire, lorsque vous devriez seulement conclure à vivre plus régulièrement et plus exemplairement pour retenir la fréquente communion ; c'est que vous dites, Je tiens une conduite trop peu chrétienne et trop peu édifiante pour fréquenter un sacrement dom les anges mêmes se croiraient Indignes; je ne veux donc pas communier souvent : au lieu qu'il serait bien plus à propos de dire , Je dois communier souvent et je le veux, pour entrer dans l'esprit de Jésus-Christ , pour ne laisser pas inutile le précieux don que nous avons reçu, pour ne me pas priver des avantages inestimables qui y sont attachés; et puisque la communion fréquente ne peut s'accorder avec une conduite telle que la mienne, je veux donc, non pas renoncer à la communion , parce que je n'y suis pas disposé, mais changer de conduite afin de m'y disposer.

SUR LA FRÉQUENTE COMMUNION

POUB LE DIMAIICHE DANS UOCTAVE

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