DU SAINT SACREMENT
SUR LA FRÉQUENTE COMMUNION
Honw quidam feciieœnam magnam, et vocavit mulios, et miiilservumtuwn hom cœnœ, éicere invitatU, tUvenirent, el cœperunt omnes nmut excusare.
Un homme fit an grand repas , et Invita beaacoap de gens. Quand rheure du repas fat Tenoe, ii envoya son senriteur dire aux conviés de venir, mais lis commencèrent tous à s'excuser. SAiirr Ll'G, chap. U.
Ce repas dont il est parlé dans notre évangile, selon la plus commune interprétation des Pères , qu*est-ce autre chose que la divine Eucharistie? et n>st-cepas ainsi que rÉglise paraît rentendre, puisqu'elle a choisi cette parabole pour l'appliquera l'ailorable sacrement de nos autels? C'est un grand repa^ Cœnam magriam. Grand par Texcellence et la qualité de la sacrée viande et du saint breuvage qui y sont servis; car c'est le corps même et le sang de Jésus-Christ : grand par le nombre de ceux qui s'y trouvent conviés ; ce sont tous les hommes, du moins tous les fidèles : grand par la dignité de leurs personnes et la sainteté de leurs dispositions, puisqu'ils n'y doivent venir qu'en état de grâce : grand par le lieu où il est préparé ; c'est toute l'Église : grand par sa durée ; il ne finira qu'avec le monde : enfin , grand par sa signification , parce qu'il contient une vérité dont les mystères .de l'ancienne loi n'ont été que la figure et que l'ombre. Vous êtes tous appelés, mes frères, à cette table du Seigneur ; et c'est pour vous l'annoncer de sa part qu'il envoie ses prédicateurs, et que je parais ici moi-même selon le devoir de mon ministère : Et misit servum simm. Mais que faitesvous ? Saint Grégoire pape le déplorait autrefois , instruisant le peuple chrétien dont il avait la conduite; et rien en effet n'est plus déplorable. //"omo (lives invitât, etpauper occurrerefest'mat : ad Dei vocamurconvlviwn, etexcusamus (Greg.) : Qu'un riche, disait ce saint docteur, daigne inviter un pauvre à manger chez lui , le pauvre y court ; la table du Fils de Dieu est dressée pour nous, et nous nous excusons. Quels prétextes ne prend-on pas ? tantôt les affaires temporelles dont on est chargé, tantôt Jes engagements de sa condition et de son état. On dit, comme ces conviés de l'Évangile, Je suis dans l'embarras, j'ai une famille qui m'occupe, et des enfants à pourvoir: Uxorem duxi. On dit, J'ai du bien qui demande mes soins, un négoce à entre-
* Les Sermons pour le dimanche de la Pentecôte et pour C(*lui de la Trinité, sont ci-après, dans les Sermons sur les Mystères.
tenir, une charge à remplir : nitam emi. (Gb£G.) Et ainsi l'on a toujours, ou l'on croit toiyoun avoir des raisons pour abandonner le plus salutaire de tous les sacrements, et pour n'en approcher presque jamais : EtcctpennUomnes simulexcutan. Mais entre les excuses les plus ordinaires dont on it sert, savez-vous , mes chers auditeurs , queUacst la plus dangereuse, parce qu'elle est la plus spécieuse ? c'est ce que nous entendons dire à tant de faux chrétiens, qu'ils ne sont pas assez purs pour se présenter à une table si sainte; et que leurs communions sont rares, parce qu'ils ne se croient pss dignes de les rendre plus fréquentes. Or, je soutiens, moi, que cette excuse, toute af^iarenls qu'elle peut être, n'est point communément reoevable; je soutiens que cette prétendue humililé dont on voudrait se faire un mérite n'est soufcot qu'un piège de l'ennemi de notre salut, ou de la nature corrompue qui nous trompe. Comme es point est d'une extrême conséquence, j'ai besoiOf pour le bien développer, des lumières du Saint-Esprit. Demandons-les par l'intercession de la Mère de Dieu , en lui disant : Joe .
U est vrai , chrétiens , et je suis d'abord obligé de le reconnaître, que la pureté de l'âme et l'innooenoe de la vie est une disposition essentielle et absolument nécessaire pour participer au divin sacrement que nous recevons dans la communion; et il est encore vrai que plus nos communions sont firéquentes, plusnousdevonsétre exempts de tache et saints devant Dieu. Bien loin de combattre cette vérité, je la confesse hautement comme un principe inoootestable et un point de ma créance, et je voudrais la graver si profondément dans vos cœurs, que rien jamais ne l'en pût effacer. Mais, cela posé, je puis néanmoins avancer deux propositions dont il faut, s'il vous platt , que vous preniez bien le sens , et qui vont faire le partage de ce discours : car pour détruire la vaine excuse de ceux qui se retirent delà communion parce qu'ils ne se croient pas asscs purs , et qui , par la même maxime et la même règle de conduite, portée au delà des bornes et mal conçue, en retirent les autres, je die^que la pureté requise pour approcher du sacrement de Jésus- Christ ne doit point être communément ni en soi un obstacle à la fréquente communion : ce sera la première partie. Je vais même plus loin, et, par l'effet le plus désirable et le plus heureux, je prétends qu'un des moyens les plus puissants, les plus infaillibles et les plus courts pour arrivera une sainte pureté de vie, c'est la fréquente communion : ce sera la seconde partie. Je vous ferai donc voir comment une vie pure et innocente nous doit préparer à la commitnion , sans que ce devoir soit une juste raison de nous en éloigner; et d'ailleurs je vous apprendrai
SUR LA FREQUENTE COMMUNION
comment même la communion doit servir à rendre notre vie toujours plus innocente et plus pure. Ces deux pensées sont solides; mais, encore une fois, il est important que vous y donniez toute votre attention pour les entendre précisément telles que je les entends et que je les propose. Appliquez-vous et commençons.