‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 91 sur 232 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'est quelque chose,'Chrétiens, de bien prodigieux dans l'ordre de la nature , que ce qui nous y est aujourd'hui représenté par la foi , savoir : un Dieu souffrant; mais j'ose dire que ce prodige, tout surprenantqu'il est , n'approche pas encore de celui que la même foi nous découvre dans l'ordre de la grâce, quand elle nous met devant les yeux un Dieu pénitent. Telle est néanmoins (6 profondeur et abîme des conseils de Dieu!), telle est la qualité que le Sauveur du monde a voulu prendre , et qu'il a aussi saintement que constamment soutenue dans tout le cours de son adorable passion. TeJ est le mystère que uous célébrons; et parce que, selon l'Écriture, la vraie pénitence consiste surtout en deux choses, la contrition, qui nous fait détester le péché , et la satisfaction , qui doit expier le péché ; quand je dis un Dieu pénitent , j'entends un Dieu touché de la contrition la plus vive en vue du péché de l'homme ; j'entends un Dieu satisfaisant aux dépens de lui-même, et dans toute la rigueur de la justice , pour le pédié de Hhomme; deux obligations dont l'Homme-Dieu, Jésus-Christ, s'était chargé dès le premier instant de sa vie, et dont vous allez voir s'il s'acquitta exactement au jour de sa passion. Car voilà les deux états , et comme les deux scènes où je vais produire ce mé-

SUR LA PASSION DE JESUS-CHRIST

diateur par excellence entre Dieu et les hommes. Le jardin où il s*affligea , et le Calvaire où il expira : le jardin où il s'affligea , c'est là que je ferai paraître un Dieu contrit et ressentant toute l'amertume du péché : le Calvaire où il expira, c'est là que je vous ferai contempler dans sa personne un Dieu immolé pour la réparation du péché. D'où nous conclurons avec saint Léon pape , que la passion du Fils de Dieu a été la pénitence universelle, la pénitence publique et authentique, la pénitence parfaite et consommée de tous les péchés des hommes , et que ce sont aussi les péchés des hommes qui l'ont causée. En faut>il davantage pour nous obliger vous et moi à verser des larmes, non pas d'un vaine et stérile compassion, mais d'une efficace et sainte componction? NoUte flere superme, sed super vos. Appliquez-vous, mes chers auditeurs, et commençons par les douleurs intérieures de Jésus-Christ, pour apprendre ce qui doit être pour jamais le sujet de notre douleur.

A peine est-il entré dans le jardin où il allait prier, qu'il tombe dans une tristesse profonde : Cœpit oorUristari. (Matth. , 26.) Le sentiment est si vif, qu'il ne le peut cacher ; il s'en déclare à ses disciples : Tristis est anima mea usque ad mortem. (Id., 26.) La frayeur le saisit^ cœpit pavere (Marc, 14); l'ennui l'accable, coepit txdere (Id.) ; à force de combattre contre lui-même, il souffre déjà par avance une espèce d'agonie , foetus in agonia ( Luc. , 22 ) ; et par la violence de ce combat, il suejusqu'à du sang, foetus est sudor (jus sicut guttx sanguinis. (Id.) Que signifie tout cela , demande saint Chrysostôme , dans un Dieu qui était la force même, et dont les faiblesses apparentes ne pouvaient être qu'autant de miracles de sa toute-puissante chanté? Que crainti« , de quoi se trouble-t-il ? pourquoi cet accablement dans une âme qui , jouissant d'ailleurs de la claire vision de Dieu, ne laissait pas d'être comblée des plus pures joies de la béatitude? pourquoi cette guerre intestine et ce soulèvement de passions dans un esprit incapable d'être mû par d'autres ressorts que ceux de la souveraine raison? Ah! chrétiens, voilà ce que nous avons à bien méditer, et ce que nous ne pouvons trop bien comprendre pour notre édification. Car de dire que le Sauveur du monde s'affligea seulement parce qu'il allait mourir; que l'ignominie seule de la croix, ou la rigueur du supplice qu'on lui préparait, lui causèrent ces agitations, ces dégoûts, ces craintes mortelles, ce ne serait point avoir une assez haute idée des passions d'un Dieu. Non, non, mes frères, reprend éloquemment saint Chrysostôme, ce n'est pas là de quoi cette grande âme fut plus troublée. La croix que Jésus- Christ avait choisie comme l'instrument de notre rédemption , ne lui parut point un objet si terrible. Cette croix, qui devait être le fondement de sa gloire, ne lui devint point un sujet de honte. Le calice que

son Père lui avait donné, et qui, par eette rafsoa même, lui était si précieux, ne tut point ce calice amer dont il témoigna tant d'horreur : et ce qui fit sortir de tous les membres de son corps une soeor de sang, ce ne furent point précisément les approches du mystérieux baptême de sa mort. Car, quelque sanglant que dût être ce baptême, H Tarait lui-même ardemment désiré, il l'avait reebetdié avec de saints empressements, il avait dit à set ap^ très : Baptismo habeo baptizari, etguornodocoarctory usquedumperficiatur! (Luc, 1«.) Je dois être baptisé d'un baptême ; et qu'il me tarde que eebiptême s'accomplisse! Il y eut donc autre chose que la présence de la mort qui le désola , qui le Gonstenuu Et quoi? je vous l'ai déjà marqué, mes ehers auditeurs; mais il me faudrait. Seigneur, pour le bien imprimer et dans les esprits et dans les coeurs de ceux qui m'écoutent, tout le zèle dont voas fûtes eoosumé ; quoi ? dis-je : le péché , le seul de tons les ftro opposé à Dieu, le seul mal capable d'attrister raofl^ me-Dieu, et de faire de ce Dieu de gloire on Dieo souffrant et pénitent. Élevez-vous , - chrétiens, andessus de toutes les pensées humaines, et concevez, encore une fois, cette grande vérité. En toIcî Fexposition fidèle tirée des Pères de l'Église, mais 8U^ tout de saint Augustin.

Car, tandis que les princes des prêtres et les pharisiens tenaient chez Caîplie conseil contre Jésus-Christ, et qu'ils se préparaient à l'opprimer pat de fausses accusations et par des crimes supposés. Jésus-Christ lui-même , dans le jardin , humilié et prosterné devant son Père, se considéra, toutefois sans préjudice de son innocence , comme chargé de crimes véritables, et suivant l'oracle d'Isaîe, qui se vérifia à la lettre, Dieu mit sur lui toutes les iniquités du monde : Posuit in eo iniquitatem omnium nostrum. (IsAi., 55.) Or, en conséquence du transport que Dieu fit de nos iniquités sur son Fils adorable, ce juste, qui n'avait jamais connu le péché, se trouva couvert des péchés de toutes les nations, des péchés de tous les siècles , des péchés de tous les états et de toutes les conditions. Oui , tous les sacrilèges qui jamais devaient être commis , et que son infinie prescience lui fit distinctement prévoir, tous les blasphèmes que l'on devait proférer contre le ciel , toutes les abominations qui devaient faire rougir la terre, tous les scandales qui devaient éclater dans l'univers , tous c^ monstres que l'enfer devait produire , et dont les hommes devaient être encore plus les auteurs , vinrent l'affliger en foule et lui servir déjà de bourreaux. Qui nous l'apprend? Lui-même, seul témoin et seul juge de ce qu'il souffrit dans cette cruelle alarme : Circumdederunt me doloresi mortis, et torrentes iniquitatis conturbaverunt me. {Psalm. 17.) Car, selon l'interprétation de saint Augustin, c'est personnellement de Jésus

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Christ que devaient être enteudues ces paroles du psaume : Les douleurs de la mort m'ont environné , 0t des torrents d'iniquité ont rempli mon âme de trouble. Ce fut donc en vue de ce bienheureux, et tout ensemble de ce douloureux moment, que Jérémie, comme prophète, eut droit de dire à Jésus- Christ: MagnaestveluttnarecorUritiotua (Thben., 3) : Ah ! Seigneur, votre douleur est comme une vaste mer dont on ne peut sonder le fond ni mesurer nmmeasité. Ce fut pour grossir et pour enfler cette mer que tous les péchés des hommes, ainsi que parle rÉcriture, entrèrent comme autant de fleuves dans l'âme du Fils de Dieu; car c'est encore de sa passion et de l'excès de sa tristesse qu'il faut expliquer ce passage : Salvum me fac, Deus, quoniam intraverurU aqux usque adanimam meam. {P saint . 68.) Avec cettedifférence, qu'au.lieu que les fleuves entrant dans la mer s'y confondent et s'y perdent, en sorte qu'il n'est plus possible de les distinguer les uns des autres, ici, tout au contraire, c'est-à- Jire, dans cet abtme de péchés et dans cette mer de douleurs dont l'âme du Sauveur fut inondée, il discerna sans confusion et sans mélange toutes les espèces de péchés pour lesquelles il allait souffrir : les péchés des rois et ceux des peuples, les péchés des riches et ceux des pauvres , les péchés des pères et ceux des enfants, les péchés des prêtres et ceux des laïques. Dans ces torrents d'iniquité, il démêla les médisances et les calomnies, les impudicités et les adultères, les simonies et les usures, les trahisons et les vengeances. Il se représenta, mais avec toute la vivacité de sa pénétration divine, les emportements des superbes et des ambitieux, les dissolutions des sensuels et des voluptueux, les impiétés des athées et des libertins, les impostures et les malignités des hypocrites. Faut-il s'étonner si tout cela , suivant la métaphore du Saint-Esprit , ayant formé un déluge d'eaux dans cette âme bienheureuse , elle en demeura comme absorbée; et si d'ailleurs, dans le serrement de cœur et dans la tristesse que lui causa son zèle pour Dieu , et sa charité pour nous, ce déluge d'eaux fut suivi d'une sueur de sang? Foetus est sudor ejus sicut guttx sanguinis. ( Luc. , 22. )

Voilà , chrétiens , ce que j'appelle la contrition d*on Dieu, et ce qui fut le premier acte de sa pénitence. Est-ce ainsi que nous envisageons le péché , et la douleur que nous en ressentons opère-t-elle en nous par proportion de semblables effets? Entrons aujourd'hui dans le secret de nos consciences ; et , proGtant du modèle que Dieu nous propose , voyons si nos dispositions dans l'exercice de la pénitence chrétienne ont au moins la juste mesure qui en doit faire la validité. Est-ce ainsi , dis-je , que nous considérons le péché? en concevons-nous la même horreur? en perdons-nous le repos de Pâme? en sommes-nous agités et désolés? Ce pé-

ché, par l'idée que nous nous en formons, nous est-il un supplice comme à Jésus-Christ? le craignons-nous, comme Jésus-Christ, plus que tous les maux du monde ? nous réduit-il par ses remords dans une espèce d'agonie? Ah! mes frères, s'écrie saint Chrysostôme , touché de cette comparaison , voilà le grand désordre que nous avons à nous reprocher, et pour lequel nous devons éternellement pleurer sur nous. Un Dieu se trouble à la vue de notre péché, et nous sommes tranquilles; un Dieu s'en afflige , et nous nous en consolons; un Dieu en est humilié , et nous marchons la tête levée ; un Dieu en sue jusqu'à l'effusion de son sang, et nous n'en versons pas une larme : c'est ce qui doit nous épouvanter. Nous péchons , et bien loin d'en être tristes jusqu'à la mort , peut-être après le péché insultonsnous encore à la justice et à la providence de notre Dieu, et disons-nous intérieurement comme l'impie : Peccavi, et quid mihi accidit triste {Eccli,, S.)? J'ai péché, et que m'en est-il arrivé de fâcheux? En suis-je moins à mon aise, m'en considère-t-on moins dans le monde, en ai-je moins de crédit et d'autorité? De là cette fausse paix, si directement opposée à l'agonie du Fils de Dieu ; cette paix dont on jouit dans l'état le plus affreux, qui est l'état du péché. Quoique ennemis de Dieu , nous ne laissons pas de paraître contents. Non-seulement nous affectons de le paraître , mais nous sommes capables de l'être, jusqu'à pouvoir nous dissiper et nous répandre dans les joies frivoles du siècle : paix réprouvée qui qe peut venir que de la dureté de nos cœurs; paix mille fois plus funeste que toutes les autres peines du péché ; et dans un sens, pire que le péché même. De là cette vaine confiance, si contraire aux saintes frayeurs de Jésus-Christ : confiance présomptueuse qui nous rassure , là où cet Homme-Dieu a tremblé ; qui nous fait tout espérer, là où il a cru pour nous devoir tout craindre ; qui nous flatte d'une miséricorde, et qui nous promet de la part de Dieu une patience sur laquelle il ne compta point. Miséricorde mal entendue, patience molle et chimérique, qui ne servirait, et qui , en effet, par l'abus que nous en faisons, ne sert qu'à fomenter dans nous le péché. De là cette hardiesse du pécheur, et, si j'ose user de ce tefme , cette effronterie qui ne rougit de rien, et qui paraît si monstrueuse, quand elle est mise en parallèle avec la confusion de Jésus-Christ. En péchant contre Dieu , on n'en est pas moins fier devant les^ hommes; on soutient le péché avec hauteur; et bien loin de s'en confondre, on s'en glorifie, on s'en applaudit , on s'en élève , on en triomphe. C'est ce qui oblige le Verbe divin à s'anéantir : l'insolence scandaleuse de certains pécheurs ne pouvait se réparer par d'autres humiliations que celles d^ Jésus-Christ; l'aveugle témérité de tant de liber^

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tins ne pouvait être expiée par d'antres craintes que celles de Jésus-Christ ; rindiCférence de tant drames insensibles n*avait pas besoin d*un moindre remède que la sensibilité de Jésus-Christ. Afin que Dieu fût satisfait comme il le devait être , que le péché fût une fois détesté autant qu'il était détestable , il fallait qu'une fois on en conçût une douleur proportionnée à sa malice. Or, il n'y avait que ' THomme-Dieu capable de mettre cette proportion , parce qu'il n'y avait que lui de capable de connaître parfaitement et dans toute son étendue la malice du péché, et par conséquent il n'y avait que lui qui pût nous apprendre à haïr le péché. Cest pour cela qu'il est venu , et que , dans les jours de sa vie mortelle, comme dit saint Paul, ayant offert même avec larmes ses prières et ses supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, il nous a donné la plus excellente idée de la pénitence chrétienne. Si donc nous apportons encore à ce sacrement des cœurs tièdes , des cœurs froids , des cœurs secs et durs, ne doutons point, mes frères, conclut saint Bernard , que ce ne soit à nous-mêmes que le Sauveur adresse aujourd'hui ces paroles : NoUte flere super me, sed super vosflete. (Luc, 23.)

En effet, savez-vous ce qui nous condamnera davantage au jugement de Dieu? Cène sont point tant nos péchés, que nos prétendues contritions : ces contritions languissantes, et si peu conformes à la faveur de Jésus-Christ pénitent ; ces contritions superficielles, où nous savons si bien conserver toute la liberté de notre esprit, tout Tépanouissement de notre cœur, tout le goût des plaisirs , toutes les douceurs et tous les agréments de la société; ces contritions imaginaires qui ne nous affligent point , et qui, par une suite infaillible, ne nous convertissent point. Si nous agissions par Tesprit de la foi , il ne faudrait qu'un péché pour déconcerter toutes les puissances de notre âme, pour nous jeter dans le même effroi que Caïn , pour nous faire pousser les mêmes cris qu'Ésaû , quand il se vit exclu de l'héritage et privé de la bénédiction de son père ; pour nous faire frémir comme ce roi de Babylone , lorsqu'il aperçut la main qui écrivait son arrêt : disons mieux, et en un mot , pour nous faire sentir au fond du cœur, selon la parole de l'apôtre , ce que Jésus-Christ sentit en lui-même : Hoc enimsentitein vobls quod et in ChristoJesu. (Philip., 2.) Mais parce que l'habitude du péché a fait peu à peu de nos cœurs des cœurs de pierre, ce qui effraya Jésus-Christ ne nous étonne plus, ce qui excita toutes ses passions ne nous touche plus. Ah! Seigneur, disait David, et devons-nous dire avec lui , guérissez mon âme : Sana animam meam, (Ps. 40.) Mais pour guérir pleinement mon àme , guérissez-la de ses contritions faibles et imparfaites, qui rendent ses blessures encore plus incurables , au lieu de les fermer,

Sana contritiones ^fus (Ps. 59); guérisse^Ia,' parce qu'au moins elle est ébranlée, Sana, quia commota est, (Ibid.) Mais ce n'est point assez qu'elle soit ébranlée , il faut qu'elle soit convertie par la force invincible de l'exemple et de la pénitence de son Dieu. Conformons-nous à ce modèle; quelque pécheurs que nous soyons, nous trouverons grâce auprès de Dieu. Ayons toujours ce modèle devant les yeux, la pénitence, dont nous avons si souvent abusé , nous deviendra salutaire. Ce ne sera plus pour nous , comme elle l'a été tant de fois, une pure cérémonie ; ce sera un vrai retour, oo vrai changement, une vraie conversion. Oo vous a dit, et il est vrai, que la douleur du péché, poor être recevable dans ce sacrement, devait avoir des qualités aussi rares que nécessaires ; qu'elle devait être surnaturelle, absolue, sincère, efficace, uni verselle; que Dieu en devait être le principe, l'objet et la fin ; qu'elle devait surpasser toute autre douleur, et que, le péché étant le souverain mal, elle devait nous le faire abhorrer au-dessus de tout autre mal; qu'il n*y avait point de péché, même possible, qu'elle ne dût exclure, point de tentation quelle ne dût avoir la vertu de surmonter, point d'occasion qu'elle ne dût nous faire éviter; et que, manquant d'une seule de ces qualités , ce n'était plus qu'une contrition vaine et apparente. Mais je vous dis aujourd'hui que toutes ces qualités ensemble sont comprises dans la contrition de Jésus-Christ, je vous dis que, pour vous assurer d*une contrition solide, d'une contrition parfaite, vous n'avez qu*à vous former sur Jésus-Christ , en vous appliquant ce que Dieu disait à Moïse : Inspice, etfac sectindum exemplar. {Exod., 25.) Si ce n'est pas là notre règle , pleurons pour cela même , mes chers auditeurs, et pleurons d*autantplus amèrement, que nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous. Insensibles à nos péchés , pleurons au moins notre insensibilité; pleurons de ce que nous ne pleurons pas, et affligeons-nous de ce que nous ne nous a^ fligeons pas. Par là nous pourrons arriver à la véritable contrition, et par là nous commencerons à devenir les imitateurs delà pénitence du Sauveur.

I Cependant, outre cette passion intérieure, si je I puis parler de la sorte, que lui causa d'abord le péché, en voici une autre dont les sens sont plus i frappés , et dont le péché ne fut pas moins le sujet ; malheureux et le principe. Car du jardin où Jésus- ! Christ pria, sans m'arrêter présentement à tout le ; reste, je vais au Calvaire, où il expira : et là, conj templant en esprit ce Dieu crucifié , l'auteur et le consommateur de notre foi , qui , selon l'expression du grand apôtre, au lieu d'une vie tranquille et heureuse dont il pouvait jouir, meurt de la mort le plus cruelle et La plus ignominieuse : surpris d*un

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énement si nouveau, j*ose en demander à Dieu raison, j'en appelle à sa sagesse, à sa justice, sa bonté; et, tout chrétien que je suis, il s'en ut peu qu'à l'exemple du Juif inGdèle , je ne me sse de ce mystère de ma rédemption un scandale. ; qu'est-ce en effet , de voir le plus innocent s hommes traité comme le plus criminel , et lié à d'impitoyables bourreaux? Mais Dieu , jaloux la gloire de ses attributs, et intéressé à détruire i scandale aussi spécieux en apparence , mais dans fond aussi pernicieux que celui-là, sait bien réimer ce premier mouvement de mon zèle : et mment? En me faisant connaître que cette mort t la peine de mes péchés; en m'obligeant à coniser que tout ce qui se passe au Calvaire , quelque rreur que j'en puisse concevoir, est justement donné, sagement ménagé , saintement et divinetnX exécuté : pourquoi? parce qu'il ne fallait m de moins pour punir le péché , et qu'il est vrai , mme l'a remarqué saint Jérôme, que si, dans 5 trésors de la colère de Dieu , il n'y avait point ipour lepéchéd'autres châtiments que ceuxqu'ap- •ouTC notre raison , notre raison étant bornée, et péché, de sa nature, étant quelque chose d'inli, Dim n'aurait jamais été pleinement satisfait. Notre erreur (chrétiens, appliquez-vous, s'il vous adt, à ces deux pensées bien dignes de vos renions), notre erreur est de considérer aujourd'hui Sauveur du monde par ce qu'il est en soi , et non irccqu'ilTOulutétrepournous; ce qui nous trompe, est de regarder sa passion par rapport aux Juifs , n n'en ont été que les instruments, et jamais par ipport à Dieu, qui en a été l'agent principal et le iHiverain arbitre. Je m'explique. Jésus -Christ en M est le Saint des saints, le bien-aimé du Père, okjet des complaisances de Dieu, le chef des élus , I source de toutes les bénédictions, la sainteté sub- Hotielle et incamée. Voilà pourquoi notre raison eiévolte en le voyant souffrir : mais nous ne prelODS pas garde qu'au Calvaire il cessa, pour ainsi lin, d'!tre tout cela; et qu'au lieu de ces qualités, |ui forent pour un temps obscurcies et comme îdipsées, il se trouva réduit à être, selon le texte lel^Écritore, malédiction pour les hommes, Factus ^nobis makdicium ( Galat, 3 ) ; à être la victime hpéclié, Propitiatiopropeccatis (1. Joan., 2); Bt puisque saint Paul Ta dit, je le dirai après lui , BtdiDs le même sens que lui, à être le suppôt du Péehé, et k'péché même : Eum qui non nacerat ^>9eeaiiim,pronol4s peccatum/ecU. (2. Cor., S.) ^) en cet état, remarque saint Chr>'sostôme , il ^"y avait point de supplice qui ne fdtdû a Jésus- Christ : humiliations, outrages, fouets, clous, inies, croix; tout cela, dans le style de Fapôtre, ^t la solde et le payement du péché : et puisque le % de Diea représentait alors le péché, et qu'il

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