‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 100 sur 352 · SUR LA MORT · texte numérisé non relu

SUR LA MORT

font plus utiles, et qui nous paraissent plus solides. Honorons au moins celles que nous ne pratiquons pas. Ne condamnons pas aisément celles qui ne sont pas de notre goût. Quoique ce soient des dévotions populaires, respectons -les, puisqu*en sanctifiant les peuples elles contribuent à la gloire de Dieu. Par esprit d'opposition à Thérésie , déclarons-nous pour ce culte public et solennel, qui est rendu à la Mère de Dieu dans toute la terre. Joignons-y le nôtre en particulier. Gardons-nous de tomber dans la froideur et Tindifférence qu*ont sur cela de lâches chrétiens , ou de prétendus esprits forts, dont la foi est tiède et languissante. Pleins de la foi de FËglise, glorifions-nous de notre zèle pour Marie, et comme Jésus-Christ lui-même n*a pas dédaigné d'être son Fils, tenons à honneur d'être du nombre de ses fidèles serviteurs.

IV. Vous nous recevrez, Vierge sainte; vous . agréerez la résolution que nous formons en ce jour , de nous dévouer plus que jamais à vous et à votre culte. L'éclat de votre gloire ne vous éblouira point jusqu'à nous oublier, et dans votre souveraine béatitude, vous vous souviendrez de nos misères : elles sont grandes , elles sont innombrables , et vous les connaissez mieux que nous ne pouvons vous les représenter. Or, voilà. Mère de miséricorde, ce qui vous intéressera en notre faveur, et ce qui excitera toute votre compassion. Tandis que nous ferons monter vers vous nos vœux, vous ferez descendre sur nous les grâces du eiel , et vous userez de tout votre pouvoir pour relever et pour fortifier notre faiblesse. Vous n'en pouvez faire, j'ose le dire, sainte Vierge, vous n'en pouvez faire un usage plus digne de vous, ni plus conforme aux desseins de Dieu sur vous, puisque c'est par vous qu'il a voulu nous donner le Rédempteur qui s'est revêtu de nos infirmités pour les guérir et pour être le salut du monde. En agissant pour nous, vous seconderez les Yucs de ce Fils adorable que vous avez porté dans votre sein, que vous avez accompagné au Calvaire, et qu'aujourd'hui vous revoyez au milieu de la cour céleste , tout rayonnant de gloire et couronné de toutes les splendeurs des saints. Que dis-je , ô Mère secourable! vous suivrez vos propres sentiments, et vous agirez selon les inclinations de votre cœur. C'est donc de vous, ou plutôt c'est par votre entremise que nous attendons des grâces en quelque sorte semblables à celles que vous avez reçues, et qui vous ont conduite à ce bienheureux ternie où vous aspiriez, et où nous devons adresser nousmêmes toutes nos prétentions et toutes nos actions. Oui, Vierge sainte, ce que nous attendons et ce que nous demandons par votre secours, c'est la grâce d'une vie innocente et fervente , la grâce d'une mort chrétienne et d'une heureuse persévérance, la grâce d'une pureté inaltérable et de l'âme et du

eorps, la grâce d'une humilité sincère et d'un vrai mépris de nous-mêmes , la grâce d'un amour solide pour Dieu, d'un amour sensible, d'un amour libéral, généreux, constant; toutes les autres grâces qui vous ont sanctifiée, celle d'un vif ressentiment des bienfaits de Dieu, celle d'une ardeur empressée pour la gloire de Dieu , celle d'une foi pure, simple, soumise, et d'un plein abandonne» ment au bon plaisir de Dieu , celle d'une patience invincible en tout c« qui nous peut arriver de plus fâcheux par la volonté ou par la permission de Dieu. Ce sont là les moyens qui ont servi à votre élévation, en servant a votre perfection; et ce sont aussi les puissants moyens qui nous serviront à suivre vos traces et à marcher dans la même voie que vous, pour parvenir, sinon au même rang, du moins à la même terre des vivants et au même royaume. Ainsi soit-il.

INSTRUCTION

SUR

LA MORT'

I. Vous devez établir pour principe, que la pen« sée qui vous est venue de vous préparer à la mort, et de faire désormais de cet exercice votre occupa* tion principale, est non-seulement une grâce, mais la plus précieuse de toutes les grâces que vous pouviez recevoir de Dieu, et que Dieu, qui veille sur vous par un effet de sa miséricorde, vous a inspiré cette pensée pour vous engager plus que jamais à le servir en esprit et en vérité, et pour vous préserver par là de la corruption du monde, et en particulier des dangers de votre état; car il est évident que le souvenir et la vue de la mort est le moyen le plus efScace et le plus infaillible dont vous puis* siez user pour conserver dans votre état, et au milieu du monde, l'esprit de votre religion. Il est donc maintenant question que vous soyez fidèle à cette grâce, et que , répondant aux desseins de Dieu, vous en tiriez tout le fruit que vous en devez tirer, pour la sanctification de votre vie et pour l'accomplissement du grand ouvrage de votre conversion.

II. La première impression que doit faire en vous^ cette grâce ou cette pensée de vous préparer à la mort , est un solide et parfait détachement de toutes les choses du monde. Peut-être dans les sentiments que Dieu vous donne, vous y croyez-vous déjà parvenue; et si cela était ainsi, j'en remercierais Dieu pour vous : mais quand vous aurez bien cou-

< Cette iDitruetioa fut laite pour une dame de quaUté.

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