‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 99 sur 352 · DU TRÈS-SAINT SACREMENT · texte numérisé non relu

DU TRÈS-SAINT SACREMENT

I. Entrons dans l'esprit de l'Église , et comprenons bien ce qu'elle se propose dans la fête du Saint Sacrement. Elle veut rendre au corps de Jésus-Christ un culte particulier, et c'est aussi la fin que nous devons nous-mêmes avoir en vue dans cette grande solennité. Appliquons-nous sérieusement et saintement aux moyens que nous fournit pour cela notre religion. Car rien ne nous doit être plus vénérable que le corps de Jésus-Christ , de quelque manière que nous le considérions, soit par rapport à lui-même, puisqu'il est uni au Verbe divin; soit par rapport à nous , puisqu'il est la victime de notre salut, et qu'il doit être jusqu'à la fin des siècles la nourriture de nos âmes.

II. Nous avons une obligation de l'honorer d'autant plusétroite, qu'outre les traitements indigne^s quil reçut pour nous dans sa passion , il en reçoit encore tous les jours de plus humiliants dans FEucharistie par l'abus que les hommes font de ce redoutable mystère. Comprenons donc bien que le dessein de l'Église, dans cette octave, est de faire

outrages : et concevons en même temps, que c'est à nous en particulier de nous acquitter d'un devoir si important, puisque, ayant eu le malheur d'être du nombre de ces âmes infidèles qui ont souvent abusé de Tadorable Eucharistie, nous devons nous reconnaître devant Dieu comme personnellement coupables de ce que saint Paul appelle la profanation du corps du Seigneur.

m. Les hérétiques et les mauvais catholiques , quoique par différentes impiétés, déshonorent ce sacré corps dans le mystère même où il est continuellement immolé pour eux, et par conséquent où il devrait être l'objet de leur culte. Mais s'il est de notre zèle de réparer, autant qu'il nous est possible, les outrages faits au corps de Jésus-Christ par d'autres que nous, il est encore bien plus juste que nous travaillions à réparer ceux dont nous avons été spécialement les auteurs , et que nous devons éternellement nous reprocher. Car telle est la disposition où il faut que nous soyons : c'est-à-dire, que nous devons être dans une disposition de pénitence et de zèle pour rendre au corps de Jésus- Christ tout l'honneur que nous lui avons refusé jusqu'à présent, et qui lui était dû par tant de titres. Pensée solide et touchante; pensée qui répond parfaitement aux vues de l'Église , et qui nous doit être toujours présente , si nous voulons célébrer cette fête en esprit et en vérité.

IV. Cependant, il ne suffit pas que nous ayong ce zèle en général ; mais pour en venir à la pratique et aux réparations particulières que Jésus- Christ attend de nous , elles se réduisent à deux chefs : l'un , qui regarde l'Eucharistie comme sacrement; l'autre , qui la regarde comme sacrifice : le premier, fondé sur le mauvais usage que nous avons fait de la communion; le second, sur la manière peu chrétienne avec laquelle nous avons tant de fois assisté au sacrifice de la messe. Car c'est à ce sacrifice et a ce sacrement que se rapportent tous les péchés dont nous nous sommes rendus coupables envers le corps de Jésus-Christ; et par une miséricorde infinie de Dieu; c'est dans ce même sacrement et ce même sacrifice que nous trouvons de quoi lui en faire une pleine satisfaction. Toute autre satisfaction que nous pourrions imaginer, ne serait ni égale à l'offense que nous avons commise» ni conforme aux inclinations de ce Dieu sauveur, dont la gloire est inséparable de notre salut. Et voilà l'excellent secret que la religion nous enseigne. Voilà ce que nous devons désormais pratiquer avec toute la ferveur dont nous sommes capables. Secret qui consiste à honorer le corps de Jésus- Christ, par où nous l'avons si longtemps peut-être et si souvent profané.

PODR L'OCTAVE DD TBÈS-SAINT SACREMENT.

5 1. Comment *out deootu réparer tet oulragtt que nous anont /aiU à ta divine EucharUtie [ coiuidérée comme tacrement.

I. SoavenoDS-nous d'abord, mais avec une eitrénie douleur, de taot de conimuninng peut-4tre •acriléges, lorsque emportés par le torrent du monde nous vivions dans le désordre de nos passions; approchant dessacrementsdansl'état d'une cooscieuee déréglée etavecdesecrètes attaches au péché. Quel outrage, ou, comme parle saint Cyprien, quelle violence ne faisions-nous pas au Fils de Dieu, en k reoerant ainsi pour notre condamnation, lui qui voulait ftre notre vie? SoQTenons-nous au moins de tant de eommunions lâches, c'est-à-dire, de tant de eomnnunions faites avec négligence et sans préparation : coromunioDS tièdes, auxquelles nous n'avons apporté qu'un esprit dissipé, qu'un cœur froid et indifférent; communions inutiles, qui n'ont produit nul diangement en nous, parce qu'elles ■'avaient été précédées de nulle épreuve de nousmêmes; communions en vertu desquelles nous •'avons été ni plus réguliers, ni plus humbles, ni plut charitables envers le prochain. Pouvons-nous compter sur de telles communions, et avons-nous pu nous en faire un mérite auprès de Jésus-Christ? EnBn souvenons-nous de ces éloignements de «ommnnion où nous nous sommes entretenus qmont été si Enjurieoià Jésus-Christ; quand par Indévotion, par insensibilité, par un attachement opinifltré aux créatures, nous n'avons pas voulu faire le moindre effort pour surmonter les obstacles qui nous empêchaient de communier. N'étaitce pas mépriser ou vertement le corps de notre Dieu, quoique d'ailleurs l'esprit d'erreur, pour justifier notre conduite , nous suggérât assez de prétextes , surtout celui d'un faux respect, qui ne servait qu'à nous endurcir davantage dans nos dérèglements.' 11. Il s'agit de faire à Jésus-Christ une réparation aathentiquedetoutcela, et nous ne le pouvons que par la communion même. Car, suivant trois belles mairmes de saint Chrysostême , la communion sacrilège ne peut être r^aréeque par de saintes communions; la communion lâche, que par des communions ferventes; et les omissions volontaires de b communion , que par la fréquentation du divin sacrement , accompagnée de toutes les dispositions requises. 11 faut donc que désormais notre plus grand désir soit d'en approcher ; notre plus grand soin , de nous ; préparer; et notre plus grande douleur, de tomber dans un état qui nous oblige à nous en éloigner. Il faut que nous ayons un exercice de préparation , auquel nous nous attachions invio* lablement, et que l'un des motifs qui nous y engagent soit de réparer toutes nos profanations et ootcsnosnégligeoces passées. Chacun peut se près- ]

crire à soi-même cet exercice; en le soumettant néanmoins à l'examen et au jugement d'un directeur. Quand nous nous le serons ainsi tracé riousmêmes, nous y trouverons plus de godt, et nous y deviendrons plus fidèles. Quoi qu'il en soit, on ne doit point communément approcher de la sainte table , sans avoir pris quelque temps pour rentrer dans l'intérieur de son âme, sans avoir fait quelque réflexion ou quelque lecture sur le sujet de cette importante action, sans s'y être disposé par quelque œuvre de charité et de pénitence. L'intérêt de Jésus-Christ, dont nous nous sentirons touchés, nous rendra tout facile.

ni. Mais de quelque méthode que nous usions, nous devons toujours communier avec humilité et avec amour, avec crainte et avec confiance , avec un profond respect et un désir ardent de nous unir à Jésus-Christ. Car c'est là, c'est dans le juste temperament de ces mouvements du coeur, contraires en apparence, mais en effet d'un merveilleux accord , que doit consister pour nous la sainteté de la communion. Ne séparons jamais l'un de l'autre. Que la crainte de communier indignement soit toujours comme le contre-poids du désir qne nous avons de communier; et que la confiance et l'amour soient toujours soutenus de l'humilité et du respect. Voilà en substance toute la perfection de la communion chrétienne. Mais, pour commencer à en faire l'épreuve , ne communions point dans cette octave que nous n'ayons fait auparavant à Jésus-Christ uno amende honorable de toutes nos irrévérences, de toutes nos dissipations, de toutes nos tiédeurs , de tous nos scandales, de toutes les injures qu'il a euei à essuyer de nous ; et que dans ce dessem , nous ne nous soyons prosternés devant son autel.

IV. Allons à lui comme l'enfant prodigue alla à son père, contrits et pénitents, la tête baissée, et n'osant même lever vers lui les yeux pour lecontempler. Disons lui , dans les mêmes sentiments de douleur et de confusion, que ce fils ingrat et rebelle, mais enfinsuppliaot et soumis ; Ah ! Seigneur, puisje encore paraître en votre présence I et par quel prodige de votre infinie bonté, souffrez-vous à vos pieds une âme criminelle, et lui permettez -vous d'approcher de votre sanctuaire? J'ai péché, mon Dieu , j'ai tant de fois péché contre Id ciel , contre vous, devant vous I Oui, Seigneur, j'ai péché contre le ciel, puisquejenepouvais pécher contre vous sans pécher contre votre Père , contre votre divin Esprit, contre tout ce qu'il y a de bienheureux dans le ciel, qui s'intéressent à votre gloire. J'ai péché contre vous, et n'est-ce pas directement à vous que je me suis attaqué, en déslionorant votre corps, en ne lui rendant pas les hommages que je lui devais, en le profonantP Mais surtout. Seigneur, J'd

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à son festin , il se réjouira de notre retour avec sea anges et ses élus. Nous aurons part à cette joie; nous nous trouverons remplis d'une tendre dévotion, souvent m^me de la plus douce consolation. L'Église en sera édifiée, et voilé d'abord comment nous entrerons dans ses vues, et nous accomplirons le dessein qu'elle s'est proposé.

péché devant vous , sous vos yeux, à votre autel, à votre table.

V. Ajoutons : Dans le repentir qui me touche et le regret que me cause la vue de tant d'infidélités , je ne demande point, ô mon Dieu! que vous me mettiez encore au nombre de vos fidèles adorateurs. Je ne suis pas digne que vous me comptiez parmi vos enfants , ni que dans votre sacré banquet vous me communiquiez les mêmes grâces , et me fassiez part des mêmes faveurs qu'à tant d'âmes pures et ferventes. Je ne le méritai jamais; jamais il n'y eut rien en moi qui pût m'élever àces entretiens si doux, si tendres , si intimes , et même si familiers, dont il vous plaît de les gratifier. Mais, Seigneur, vous avez plus d'une bénédiction. Il y a dans votre royaume plusieurs places, et au même autel vous parlez et vous agissez différemment. Si cette différence n'est pas sensible aux yeux, elle Test au cœur. Traitezmoi donc, mon Dieu, j'y consens, traitez-moi comme un esclave, et le dernier de vos esclaves. Mais souvenez-vous aussi que tout méprisable et tout vil qu'est un esclave, le maître lui accorde le pain nécessaire pour le nourrir. Voilà ce que j'attends de vous, et ce que je cherche auprès de vous. De quelque manière que vous vous comportiez du reste envers moi. ie m'estimerai toujours heureux, et je regarderai comme un avantage inestimable, si vous daignez m'ad mettre à la participation de votre corps et de votre sang. Qu'oserais-je prétendre au delà ; et si même je ne savais combien vous êtes libéral et bienfaisant , oserais-je me flatter d'un tel retour de votre part, et concevoir en votre miséricorde une' telle confiance?

VI. Disons encore : Que n'est-il , Seigneur, que n'est-il présentement en mon pouvoir de vous rendre tout l'honneur que je vous ai ravi ! que ne puis-je autant relever votre culte que je l'ai profané et avili! que ne puis-je le répandre par toute la terre, et vous faire connaître, vous faire adorer, vous faire aimer dans tout l'univers! Que dis-je, Seigneur? c'est beaucoup pour moi si j'apprends bien moimême à vous connaître, et si dans la vive connaissance de vos grandeurs et de vos innombrables perfections, je commence à vous adorer comme vous devez l'être, et à vous aimer. Agréez du moins, mon Dieu, agréez sur cela les vœux démon cœur. Agréez les vœux de tant de fidèles, avec qui je vais me présenter pour vous recevoir, et à qui je m'unis d'intention. Tout ce qu'ils vous diront , je vous le dis, ou je veux vous le dire comme eux : Seigneur, que je puisse aussi comme eux l'éprouver au fond de mon âme et le sentir !

N'en doutons point : Dieu écoutera cette prière. U nous traitera de même que le père du prodigue traita son fils, dès qu'il le vit humilié devant lui et repentant. Il nous embrassera, il nous fera asseoir

S n. Comment nous devons réparer les outrages que nous avons faits à la divine Eucharistie considérée comme sacrifice.

I. Après avoir considéré la divine Eucharistie comme sacrement, nous la devons considérer comme sacrifice. Sacrifice véritable, puisque c'est dans cet adorable mystère, et par cet adorable mystère, que la vraie chair et le vrai sang de Jésus-Christ sont présentés à Dieu , en qualité de victime : et c'est en ce même sens que saint Augustin appelle l'Eucharistie la victime sainte et le sacrifice du Médiateur. Sacrifice d'une valeur inestimable et d'un prix infini , puisque c'est un Dieu qui y est offert , et le même Dieu qui s'offrit sur la croix. Sacrifice de la loi nouvelle, dont tous les sacrifices de l'ancienne loi ne furent que les ombres et que les figures. Sacrifice unique dans cette loi de grâce où nous sommes. Tous les autres sacrifices sont abolis, et celui-ci en est la consommation. Car comme le Fils de Dieu disait à son Père par la bouche de David : Vous n'avez pas voulu, 6 mon Père! du sang des animaux. Il vous fallait une hostie plus pure et plus noble: c'est moi-même. Ainsi, moi-mêmejesuis venu , et moi-même je me suis sacrifié. Sacrifice non sanglant, puisque le sang de Jésus-Christ n'y est'plus répandu comme dans sa passion ; mais sacrifice néanmoins qui renferme toutes les grâces et tous les mérites de cette passion sanglante , puisqu'il s'y fait la même oblation. Sacrifice universel et perpétuel : universel, pour tous les lieux du monde ; perpétuel , pour tous les temps jusques à la fin des siècles. Sacrifice de louange, qui honore Dieu de la manière la plus parfaite dont il puisse être honoré; d'impétration, qui attire sur nous les bénédictions de Dieu et ses dons les plus précieux ; de propitiation , qui nous rend Dieu favorable , et qui apaise sa colère : d'expiation, qui nous acquitte auprès de Dieu , et communique pour cela sa vertu aux vivants et aux morts. Voilà ce que nous appelons dans l'Église catholique le sacrifice de la messe. II. Or, par rapporta ce sacrifice, combien est-on coupable , soit en n'y assistant pas, soit en y assistant mal ? En n'y assistant pas : tant de chrétiens et de catholiques font profession d'en reconnaître la vérité , la sainteté , la dignité , et cependant n'y assistent presque jamais ! Plusieurs n'y assistent pas même aux jours ordonnés par TÉglisef ou s'en dis-

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pensent pour la plus légère incommodité. Mais du moins est-il rien de plus commun dans le monde que de voir des personnes se faire une habitude de n'entendre jamais la messe aux jours non commandés ? comme s'ils n'avaient ces jours-là nul devoir de religion à remplir ; comme s'ils étaient moins ca^ tholiques, ou qu'ils dussent moins honorer Dieu; comme si Jésus-Christ avait moins de quoi les attirer par amour, par piété, par intérêt, à un sacrifice où ce Dieu -sauveur s'immole pour nous , où il agit si efficacement pour nous auprès de son Père, et où il verse si libéralement sur nous ses grâces.

III. Telle est néanmoins la conduite d'une infinité de mondains. La moindre affaire, et souvent , sans nulle affaire, une molle oisiveté les arrête. Telle est surtout la conduite d'une infinité de femmes. Une délicatesse outrée, un mauvais temps , quelques pas qu'il leur en coûterait, quelques moments qu'il y aurait à retrancher de leur sommeil , le soin de s'ajuster et de se parer, en voilà plus qu'il ne faut pour les retenir. L'Église a beau faire donner le signal pour appeler les fidèles : les temples sont déserts, et le plus auguste sacrifice est abandonné. Si c'était le signal d'une partie de plaisir, d^une partie de jeu • on s'y rendrait bientôt. Si c'était le signal d'une heure marquée pour paraître devant un roi de la terre^ ou pour solliciter un juge , on y serait attentif, et l'on ne manquerait pas de diligence. Mais dès qu'il n'est question que d'un exercice chrétien, et en particulier de la messe, on n'y pense pas, et tout sert d'excuse pour s'en exempter. En vérité, n'est-ce pas là un mépris formel de la plus grande action du christianisme , et n'est-ce pas ainsi qu'en jugerait un idolâtre, s'il en était témoin ?

IV. D'autres sont plus assidus au sacrifice de la messe : ils y assistent; mais ils n'en sont guère moins criminels , parce qu'ils y assistent mal. Rappelons dans notre mémoire combien de fois nous y avons assisté sans application , sans réflexion , sans dévotion , avec une imagination distraite , tout occupés des pensées du monde, et n'y donnant aucune marque de religion. Combien de fois une femme volage et sans retenue a-t-elle fait de ce sacrifice le sujet de ses scandales ; y tenant des postures indécentes , y parlant et s'y entretenant avec la même liberté que dans une assemblée toute mondaine, y satisfaisant sa vanité et son amour-propre par un pompeux étalage de son luie et de ses parures, y servant peut-être et y voulant servir d'objet à la passion d'autrui ? C'est l'usage du monde , je dis du monde impie et libertin , dont on suit les pernicieu. ses maximes : mais en même temps, c'est le sacrifice du vrai Dieu , le sacrifice du corps de Jésus- Christ que l'on profane. Quoi donc ! le corps de Jésus-Christ est sacrifié pour nous sur l'autel, et nous lui insultons en quelque sorte par nos impiétés !

Nous devons honorer ce corps vénérable partout où il est présent, mais encore plus dans les sacrés mystères où il achève de consommer l'œuvre de notre rédemption.

y. A tous ces désordres, quel remède et quelle réparation ? Comme les contraires se guérissent et se réparent par leurs contraires, après avoir conçu un repentir sincère du passé, et l'avoir témoigné à Dieu , voici les promesses que nous devons lui faire pour l'avenir, et les résolutions où nous devons nous confirmer pendant cette octave. Elles se réduisent à quatre.

1 . D'assister tous les jours au sacrifice de la messe, de s'imposer cette loi , de la garder invioiablement , et de s'y assujettir en satisfaction de nos négligences. Mais , dit-on , je n'ai pas le temps : si vous le voulez bien , le temps ne vous manquera pas. Des personnes plus occupées que vous le savent trouver. Jugez-vous vous-même de bonne foi, et voyez si vous ne pourriez pas remettre à une autre heure certaines affaires, si vous ne pourriez pas prendre un peu sur votre repos , qui n'est que trop long et que trop paresseux. Dès que vous entrerez là-dessus dans une sérieuse discussion , et que vous vous donnerez le soin d'arranger l'ordre de votre journée, vous verrez qu'il est très-rare que vous n'ayez pas absolument le loisir d'entendre une messe. Mais ma santé ne me le permet pas : je conviens qu'il y a telle infirmité qui peut être une excuse légitime ; mais il est vrai aussi que bien des infirmités, dont on se prévaut , ne sont que de vains prétextes, parce que ce ne sont que de pures délicatesses. Avec cette prétendue infirmité, combien faites-vous d'autres choses plus difficiles ? Mais c'est une gêne et une peine : je le veux, et c'est justement par là que vous vous en ferez une pénitence , et que ce sera pour vous devant Dieu une espèce de réparation. Étrange mollesse que celle de la plupart des femmes du siècle ! elles ont auprès d'elles dans un quartier plusieurs églises où elles peuvent en un moment se transporter, et elles ne daignent pas pour cela sortir de leur maison.

2. D'assister au sacrifice de la messe , non-seulement avec assiduité, mais avec révérence, avec attention, avec dévotion. Avec révérence, pour réparer tant d'immodesties commises durant cet adorable sacrifice. Avec attention, pour réparer tant de dissipations volontaires et de pensées inutiles, peut-être criminelles , où l'on s'est arrêté pendant ce même sacrifice. Avec dévotion, pour réparer tant de lâcheté , tant de froideur et d'indifférence qu'on a apporté à ce sacrifice. Révérence, soit par rapport à l'habillement, qui ne doit être ni trop négligé, ni trop orné (car on tombe sur cela en deux excès condamnables) ; soit par rapport à la vue , qui doit être communément ou baissée vers la terre, ou

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appliquée sur un nvre de prières , ou attachée à Tautel ; soit par rapport à la contenance, qui doit toujours être décente , humble , sortable à Fétat et aux sentiments d'une âme suppliante. Attention, qui recueille Tesprit , qui en bannisse toutes les idées et toutes les affaires du monde, qui le rappelle de ses égarements et de ses évagations, dès qu'il commence à s'en apercevoir, qui l'applique aux cérémonies et aux différentes parties du sacrilice, qui le porte continuellement à Dieu, ou pour honorer sa souveraine majesté, ou pour implorer sa miséricorde et lui rendre des actions de grâces. Dévotion* laquelle excite sans cesse le cœur à de tendres et de pieuses affections, aux actes de toutes les vertus. Il y aura des soins pour cela à prendre , il y aura des obstacles à vaincre, des respects humains à surmonter. Il faudra mortiûer la curiosité naturelle, qui nous fait observer tout ce qui se passe autour de nous. Il faudra captiver le corps , en le tenant dans une situation qui le contraint et qui Tincommode. Il faudra réprimer sa langue et l'envie de parler, en se condamnant à un silence inviolable. Il faudra, pour s'éloigner de l'occasion et de la tentation , se retirer de certains lieux, de certaines places, de certaines personnes. Il faudra éviter certaines messes , qui sont comme les rendez-vous (fun certain monde, et où l'on cherchait auparavant à se faire voir et à se distinguer. Des gens viendront vous aborder et vous saluer, ils resteront auprès de vous , ils voudront lier entretien avec vous , et il faudra ne leur point répondre « ou ne le faire qu'en peu de paroles et couper tout à coup le discours. Peut-être en serontils surpris, en riront-ils, et il faudra les laisser dans leur surprise , et ne tenir nul compte de leurs railleries. Mais tout cela , tous ces soins que vous prendrez , toutes ces victoires que vous remporterez , seront autant de satisfactions que Dieu acceptera , et dont le mérite pourra compenser en quelque sorte tant de fautes , qui vous rendent également redevable, soit à sa justice, puisque ce sont de vrais péchés; soit à sa suprême grandeur, puisqu'elles regardent le mystère même où vous devez plus la reconnaître , et où il doit recevoir de plus profonds hommages.

3. D'offrir avec le prêtre le sacrifice de la messe, toutes les fois que nous y assisterons ; de l'offrir en esprit de pénitence, pour tous les péchés du monde, et en particulier pour les nôtres ; mais surtout de l'offrir en esprit de réparation , pour toutes les messes que nous n'avons pas entendues par notre négligence , ou que nous avons mal entendues. Car tout Gdèle peut et doit s*unir ainsi au prêtre , en assistant à la messe , pour offrir avec lui le sacrifice, puisque nous en sommes tous les ministres, quoique d' ne manière différente. Et comme ce sacrifice est le même que celui qui s'accomplit sur la

croix , et qui y fut offert par le Sauveur des hommes pour la rémission des péchés, une des principales vues que nous devons avoir en l'offrant, est d'obtenir de Dieu le pardon de tous les péchés que notre conscience nous reproche, et d'acquitter par une offrande si sainte et d'un si grand prix toutes les dettes dont nous nous sentons chargés. Mais entre les autres péchés, nous pouvons nous proposer d'abord ceux que nous avons commis à l'égard du sacrifice que nous offrons, et par là nous tirerons de ce qui a été le sujet et l'occasion du mal , le moyen le plus efficace et le remède le plus puissant pour le guérir.

4. De communier spirituellement à chaque messe, et de participer ainsi au sacrifice, témoignant à ce Dieu sauveur, caché sous les apparences du pain et du vin , un désir sincère de le recevoir réellement et en effet , tâcliant de se mettre dans les mêmes dispositions que si Ton approchait de la sainte table, et de concevoir les mêmes sentiments. Saint Augustin disait : Croyez , et votre foi sera une espèce de communion, qui honorera Jésus-Christ, qui Tattirera dans vous, qui vous rendra participant de ses mérites : et que sera-ce quand à cette foi nous ajouterons rhumilité, la reconnaissance, l'amour, tout ce qui compose cet exercice que nous appelons communion spirituelle ?

Voilà de quoi nous devons nous occuper dans ces jours spécialement consacrés à l'honneur du plus auguste de tous les sacrements et du plus grand de tous les sacrifices. Voila sur quoi nous devons prendre de justes mesures, et former de bons propos pour tous les jours de notre vie. C'est avec Jésus-Christ même que nous en pouvons conférer au pied de son autel ; c'est avec lui que nous pouvons traiter de la manière dont il doit être satisfait, et dont il le veut être. Car à quel autre m'adresserais-je , Seigneur, et qui peut mieux m'éclairer que vous , m'instruire que vous , me faire connaître ce que vous voulez de moi , et me donner les secours nécessaires pour en soutenir la pratique ? Je viens donc à vous avec confiance, et j'ose me promettre que vous serez touché du dessein qui m'y amène, et de la droiture de mon cœur, aussi bien que de la vivacité de mes regrets. Vous êtes témoin de mes résolutions, vous les voyez ; car c'est vous-même qui me les avez inspirées. !N'estce pas encore assez, et demandez-vous. Seigneur, d'autres réparations ? Parlez ; que voulez-vous que je fasse ? Je n'en ferai jamais trop , et il n'y a rien h quoi je ne me sente disposé. Daignez seulement seconder les désirs de mon âme, daignez les agréer. Hélas ! Seigneur, ma faiblesse est telle, que je ne puis guère vous offrir autre chose que des désirs. Mais je me trompe : je puis tout vous offrir, puisque je puis vous offrir vous-même à vous-même* puisque je puis vous offrir votre corps , votre sang ,

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toute votre adorable personne. Vous ne refuserez point ce sacrifice; et par les mérites infinis de ce sacrifice , j'obtiendrai la grâce de l'honorer toujours et d'en profiter.

INSTRUCTION

POUR L*OGTÀTB.

DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE

Cette fête, dans son institution et dans le dessein de l'Église, comprend trois choses, auxquelles le jour de l'assomption est particulièrement consacré ; savoir, la mort de la sainte Vierge , sa gloire dans le ciel , et le culte qu'on lui rend sur la terre. Sa mort, qui doit être pour nous le modèle d'une mort précieuse devant Dieu ; sa gloire , que nous devons envisager pour nous former une juste idée de ce qui fait la véritable gloire des élus de Dieu ; et le culte que lui rend l'Église, qui doit nous servir de règle pour lui en rendre un raisonnable, c'est-àdire pour l'honorer saintement et utilement en qualité de Mère de Dieu. Voilà les trois fruits que nous devons retirer de cette octave. Apprendre de l'exemple de Marie à mourir de la mort des saints. Apprendre de la personne de Marie à bien discerner en quoi consiste et sur quoi est fondé le bonheur des saints. Apprendre de la pratique et de l'usage de l'Église envers Marie, à avoir une dévotion pure et solide pour celle qui a été la mère du Saint des saints. Ce sont les effets salutaires que ce mystère biçn médité doit produire en nous , et par où nous reconnaîtrons si nous célébrons cette fête en esprit et en vérité.

S I. Comment Vexemple de Marie nom apprend à mourir de la mort des saints.

et

I. Il n'y a jamais eu de mort plus précieuse devant Dieu que celle de la Vierge , parce qu'il n'y a jamais eu de vie plus remplie de mérites que la sienne. Tirons la conséquence de ce principe; et puisque nous convenons qu'une mort sagement prévue et précédée d'une bonne vie, est la voie la plus droite et la plus sûre pour arriver au terme du salut, concluons de là que toute notre application doit donc être à amasser ce trésor de mérites , qui doit sanctifier selon Dieu notre mort et la rendre heureuse. Et en effet tout nous quitte à la mort : il n'y aura que nos bonnes œuvres qui nous suivront. Ces bonnes œuvres faites pour Dieu (car il n'y en a point d'autres de méritoires), ce sont les seuls biens qui nous resteront et que nous emporterons avec nous. Ainsi il s'agit maintenant de nous enrichir de ces sortes de biens, et nous de-

vons user là-dessus d'une diligence d'autant plus grande que nous avons peut-être le malheur d'être du nombre de ceux qui sont venus des derniers , et qui n'ont commencé que tard à travailler. Faire un fonds de mérite pour la mort , voilà à quoi doivent se rapporter toutes les actions de notre vie; voilà ce qui doit nous animer à n'en pas négliger une seule , puisqu'il n'y en a aucune dont le prix et la samleté de notre mort ne dépendent. Si toutes nos pensées n'aboutissent là , c'est à nous, bien plus justement qu'à Marthe, que s'adresse aujourd'hui ce reproche du Sauveur : f^ous vous empressez, et vous vous troublez du soin de plusieurs choses : ce* pendant Un'y en a qu'une denécessaire, (Luc, 10. ) n. La mort de la sainte Vierge n'a pas été seulement précieuse devant Dieu par les mérites qui l'ont précédée , mais par les grâces et les faveurs divines qui l'ont accompagnée. L'une de ces grâces est que la sainte Vierge en mourant n'éprouva point les douleurs de la mort , qui sont les inquiétudes et les regrets que nous ressentons communément à la vue d'une mort prochaine. La parole de l'Écriture s'accomplit singulièrement en elle : Les âmes justes sont dans la main de Dieu, et les chaleurs de la mort ne les affligeront point. (Sap,, 3.) Or, cette grâce fut donnée à Marie, et parce qu'elle était juste par excellence, et parce qu'elle était par« futement détachée de toutes les choses de la terre. Car le péché, dit saint Paul, est Faiguiilon de la mort; et ce qui redouble encore la peine et les douleurs de la mort, c'est l'amour du monde. Voilà les deux causes qui sont capables de nous rendre un jour la mort affreuse : le péché, parce que c'est particulièrement à la mort qu'il se fait sentir; et l'amour du monde, parce qu'on ne peut quitter qu'avec douleur ce qu'on possède avec attachement. Retranchons l'un et l'autre, si nous voulons participer au privilège de la Mère de Dieu, et mourir comme elle dans le calme et dans l'assurance. Travaillons à détruire dans nous le péché par la pénitence. Dès là , quelque terrible que soit la mort , elle ne le sera plus pour nous , et nous pourrons avec une humble confiance nous écrier : O mort ! où est ton aiguillon f (1. Cor., 15.) De même, détachons notre cœur de toutes les choses dont il faudra bientôt nous séparer : par là nous nous épargnerons les amertumes de la mort; car la mort n'est amére , selon le Sage , qu*à celui qui a mis ou voulu mettre son repos ckins lajouissance des biens de ce monde. {Ecoles., 14.)

III. Mais ce qui a rendu par-dessus tout la mort de Marie précieuse devant Dieu, c'est la disposition d'esprit et de cœur avec laquelle elle la reçut. Disposition d'esprit : elle envisagea la mort dans les vues les plus pures de la foi , je veux dire comme l'accomplissement de ses vœux , comme le moyen

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d'être promptement réunie à son ûls et à son Dieu , dont elle gémissait depuis si longtemps de se voir séparée. Disposition de cœur : regardant ainsi la mort , elle la désira avec toutes les ardeurs de la plus fervente charité, et elle souhaita bien plus vivement que saint Paul, d'être enfin dégagée des liens du corps, pour vivre avec Jésus- Christ {Philip, y 1); car ces paroles de Tapôtre ne convinrent jamais mieux à personne qu'à Marie. C'est de cette sorte que devraient mourir tous les vrais chrétiens ; mais à la honte de la vraie religion , la plupart meurent comme des païens, qui n'ont ni foi, ni espérance, ou du moins comme des hommes en qui l'espérance des biens éternels est infin i ment affaiblie et presque entièrement étouffée par l'amour des biens visibles et présents. Désordre que nous déplorons tous les jours dans les autres , mais dont peut-être nous ne pensons pas h nous garantir nous-mêmes. Faisons-nous donc un capital de nous disposer par de fréquents désirs à cette mort sainte, après laquelle les justes et les amis de Dieu ont soupiré; et que ce ne soit pas seulement de bouche, mais sincèrement et de cœur, que nous disions chaque jour à Dieu : Que votre régne arrive pournous.iMkiTn., 6.) Car il n'y a que la mort par où nous puissions parvenir au royaume de Dieu , et nous sommes incapables de fisûre à Dieu cette prière, si nous ne regardons la mort comme l'a regardée la Mère de Dieu.

S n. Comment Marie nous apprend sur quoi doit être fondé le bonheur des saints,

I. La sainte Vierge, immédiatement après sa mort, est entrée en possession de sa béatitude et de sa gloire : c'est le mystère que nous célébrons , et c'est proprement ce que nous appelons son assomption. Mais pourquoi pensons-nous qu'elle ait été élevée au plus haut des cieux , et comment croyons-nous qu'elle soit montée à un degré si éminent? Dieu, en la couronnant, n'a-t-il eu en vue que sa maternité divine? Reconnaissons plutôt que ce n'est point précisément sa maternité divine qu'il a prétendu couronner, mais sa sainteté et ses bonnesœuvres. Combien d'ancêtres de Jésus-Christ ont été réprouvés de Dieu , parce qu'avec cette qualité d'ancêtres de Jésus-Christ, ils n*ont pas laissé d'être des impies et des Infidèles?

IL Importante leçon qui doit tout à la fois nous instruire, nous confondre, nous consoler. Nous instruire : car il est donc vrai , et si nous ne l'avons pas assez bien compris jusques à présent, l'exemple de Marie doit achever de nous en convaincre : il est, dis-je, certain et indubitable que nous ne serons glorifiés dans le ciel qu'autant que nous aurons travaillé sur la terre. Quoiqu'on ne parvienne

communément à rien dans le monde sans travail 4 et que le monde même nous vende bien cher les vains avantages que nous y obtenons , cette règle n'est pas néanmoins si universelle qu'elle n'ait ses exceptions; et nous avons souvent la douleur de voir au-dessus de nos têtes , et dans les premières places , des gens qui n'ont pas fait à beaucoup près ce que nous faisons , et sur qui nous devrions l'emporter, si les récompenses étaient partagées et mesurées selon les services. Mais quel est ce serviteur fidèle qui entrera dans la joie du Seigneur, et que le Seigneur placera dans le séjour des bienheureux et des élus? C'est celui qui aura fait valoir le talent qu'on lui avait confié; c'est celui qui se sera conservé dans une sainte innocence, ou qui aura reparé ses désordres passés, et satisfait à Dieu par la pénitence. Ce juste vigilant, appliqué, laborieux, qui , sans se contenter d'éviter le mal , aura pratiqué le bien, et l'aura pratiqué chrétiennement, l'aura pratiqué pleinement, l'aura pratiqué constamment; c'est à celui-là que les bénédictions divines sont réservées, et que l'héritage céleste est promis. Tout autre en est exclu , c'est-â-dire , que quiconque n'aurait pas ce fonds de richesses spirituelles et de bonnes œuvres, ne pourrait espérer d'y être admis ; et cela par une loi si absolue et si générale , que la Mère de Dieu n'en a pas elle-même été dispensée.

III. Cette vérité, en nous instruisant, doit en même temps nous confondre. Le monde , frappé d'un certain éclat qui nous environne et qui nous éblouit, nous honore peut-être, et nous rend de faux hommages. Une grande naissance, un grand nom, une grande réputation , de grands biens, et une grande fortune, autorité, crédit, dignités, titres d'honneur, qualités éminentes de l'esprit, habileté, savoir, tout cela nous attire de la part des hommes des respects et des adorations qui flattent notre vanité, et qui nous enflent le cœur. Il semble qu'il n'y ait rien au-dessus de nous , et que nous soyons des divinités. Mais si nous sommes encore assez heureux pour ne nous être pas laissé aveugler jusques à perdre la foi, et qu'il nous en reste quelque rayon, que faut-il pour rabattre ces hautes idées, et pour nous faire rentrer dans notre néant? Une seule pensée suffit : c'est que tout cela pris en soi-même ne nous donne pas devant Dieu le moindre degré de mérite, ni ne peut par conséquent nous être de la moindre valeur dans l'estime de Dieu. C'est que bien loin que Dieu dans le choix qu'il fera de ses prédestinés , en les séparant et les recueillant dans son royaume, ait égard à tout cela , il ne les y recevra au contraire , et ne les y élèvera, qu'autant qu'ils auront méprisé tout cela , qu'ils se seront détachés de tout cela, qu'ils auront renonèé d'a£feetion et de volonté à tout cela. Cest

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qu'avec tout cela nous pouvons encourir la disgrâce de Dieu , la malédiction de Dieu, la réprobation étemelle de Dieu; et qu*en effet des millions d'autres avec tout cela, et même avec des avantages encore plus éclatants, selon l'opinion humaine, ont été rejetés de Dieu, et seront à jamais l'objet de sa haine et de ses vengeances.

IV. Mais cette même vérité doit aussi nous consoler; et en est-il un sujet plus solide que cette réflexion : Il ne tient qu'à moi de gagner le ciel, parce qu'il ne tient qu'à moi de me sanctifier par l'observation de mes devoirs , et que c'est là l'unique voie qui me conduit à cette souveraine béatitude? La différence des conditions, des dons naturels , des conjonctures et des événements , peut bien faire les heureux du siècle et les malheureux ; mais elle ne fait rien auprès de Dieu ; et devant lui tout est renfermé dans ce seul point , qui dépend de moi avec le secours de la grâce, et qui est de répondre, selon mon état, quel qu'il soit , aux desseins de Dieu , de lui obéir en toutes choses , et d'aer complir exactement ses saintes et adorables volontés. Je n'ai donc qu'à laisser le monde juger, parler, agir, distribuer ses faveurs comme il lui plaira. Il aura beau me dire qu'heureux sont les riches et les grands de la terre, je n'aurai qu'une maxime à lui opposer, mais une maxime fondamentale et inébranlable; c'est celle de Jésus-Christ : plus heureux mille fois , et même heureux uniquement ceux qui sont soumis à Dieu , et qui dans leur condition exécutent fidèlement les ordres de Dieu, puisque ce n'est qu'à ceux-là que Dieu destine une gloire immortelle.

V. Entre les vertus de Marie, il y en a trois principales qui l'ont sanctifiée, et que Dieu a aussi singulièrement glorifiées dans cette sainte Mère; savoir, sa pureté, son humilité, sa charité. Son inviolable pureté a sanctifié son corps, sa profonde humilité a sanctifié son esprit, et son ardente charité a sanctifié son cœur. Or, cette pureté virginale est glorifiée par l'incorruptibilité de ce même corps, qui jamais ne fut flétri de la moindre tache. Au lieu que nous sommes tous condamnés par l'àrrét de Dieu à retourner en poussière, Marie, par un privilège particulier de sa mort , fut exempte de

^ la corruption du tombeau , de même que par une prérogative extraordinaire de sa conception elle '^ avait été exempte de la corruption du péché. Cette humilité est glorifiée par le plus haut point d'élévation où puisse atteindre une créature auprès du trône de Dieu. Différence admirable qui se rencontre entre la gloire du monde et celle des élus du Seigneur. L'orgueil est pour l'ordinaire le fondement de la gloire du monde, et la gloire du monde ne manque guère d'inspirer l'orgueil ; mais la gloire des élus de Dieu n'est fondée que sur l'humilité.

n'inspire que l'humilité , est d'un merveilleux accord avec l'humilité, en est même inséparable, et ne peut subsister sans l'humilité. Enfin , cette charité ardente est glorifiée par la plus intime union avec Dieu et la plus parfaite possession de Dieu. Tant que Maries vécu sur la terre, elle a toujours aimé Dieu , et elle en a toujours été aimée : mais on peut dire du reste que son amour faisait en quelque sorte son martyre. Elle était , surtout depuis l'ascension de Jésus-Christ , comme cette Épouse des Cantiques, qui saintement passionnée pour son Époux, mais ne le voyant pas et ne le possédant pas selon toute l'étendue de ses désirs, le cherchait avec des empressements extrêmes , et ne cessait point de gémir qu'elle ne l'eût trouvé. Le moment fortuné qu'elle attendait est venu, et c'est celui de cette assomption glorieuse qui la met en état de goûter éternellement la présence de son bien-aimé, et de pouvoir, comme la même Épouse des Cantiques, s'écrier dans le ravissement de son âme : fai trouvé celui que J'aime ;Je le tiens , et Jamais rien ne sera capable de me l'enlever, ( Cant., 3 . )

VI. Voilà sur quoi il est d'une extrême conséquence pour nous de nous examiner à fond pour connaître nos véritables dispositions, et pour y remédier, supposé qu'elles ne soient pas telles qu'elles doivent être. Souvenons-nous que rien de souillé et d'impur n'entrera dans le royaume de Dieu, qui est la pureté même : et ne pensons pas qu'il suffise de nous préserver de certaines taches grossières , mais défions-nous des plus légers sentiments de notre cœur, et ne craignons point d'avoir là-dessus trop de délicatesse. Marie se trouble à la seule vue d'un ange, et l'Écriture nous témoigne que les cieux mêmes ne sont pas purs aux yeux de Dieu : que sera-ce de nous ? Si Dieu nous a donné quelque distinction dans le monde, soyons persuadés que ce qui nous élève et nous distingue dans le monde, non-seulement n'est rien devant Dieu , mais qu'il est réprouvé de Dieu , quoi que ce puisse être , s'il n'est sanctifié par l'humilité. Ce n'est point assez que nous ayons de la modestie : les païens en ont eu, et souvent cette modestie n'est pas même une vertu. Il faut, pour nous garantir de la contagion du monde, que nous ayons l'humilité chrétienne dans le cœur. Car Dieu n'a de récompenses que pour les humbles de cœur; et si l'humilité de cœur n'a part dans notre modestie , il réprouve notre modestie comme une vertu chimérique , qui , sous les apparences de l'humilité, cache peut-être tous les désordres de la plus subtile vanité. Être humble à proportion des avantages que nous avons reçus de . Dieu, c'est la perfection où Dieu nous appelle. Cela demande une grande fidélité et une grande attention sur nous-mêmes, il est vrai : mais la chose le mérite bien. Car à quoi nous rendrons-nous donc

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Lttentifs, si ce n'est à nous défendre du poison le plus dangereux et le plus mortel , qui est Torgueil du monde ? Marie , avec la dignité de Mère de Dieu , a bien su conserver un cœur et un esprit humbles : pourquoi, parmi de vaines grandeurs, ne conserverions-nous pas l'un et TautrePQuoi qu'il en soit, nous ne trouverons jamais grâce auprès de Dieu , si nous ne sommes humbles, et qu'autant que nous serons humbles. Ajoutons à cette sincère humilité une charité toute divine. Cet amour de Dieu est la consommation de toutes les vertus et de tous les mérites ; et comme il doit faire dans la vie future notre bonheur, il faut qu'il fasse dans la vie présente notre sanctiGcation.

§ III. En quoi consiste la vraie dévotion envers

Marie.

I. Le vrai culte de la sainte Vierge est celui qui nous porte , avant toutes choses , à la prendre pour notre modèle, et à régler toute la conduite de notre vie sur ses exemples. Car en vain, dit saint Bernard, faisons- nous profession de Thonorer, si nous ne sommes touchés en même temps du désir de nous y conformer. Cette obligation regarde tous les chrétiens, à qui la vie de Marie doit être un tableau raccourci de tous leurs devoirs et de toute leur perfection. Ils doivent continuellement apprendre de cette Vierge ce qu'ils ont à éviter, à retrancher, à reformer, et ce qu'ils ont à observer et à pratiquer. En un mot, le dessein de Dieu a été de leur proposer dans la personne de Marie une image sensible et vivante , dont ils étudiassent tous les traits pour les exprimer en eux et se les appliquer. Or nous n'avons qu'à lire les divers endroits de l'Évangile où il est parlé de la Mère de Dieu. Car sans chercher ailleurs un plus grand détail de l'histoire de Marie, nous trouverons dans ce que l'Ëvangile en a rapporté, les exemples les plus touchants des plus héroïques vertus ; et il ne nous en faudra pas davantage pour avoir le précis et l'abrégé de toute la sainteté de notre état. Faisons-nous , s'il est nécessaire, un recueil de ses principales actions; méditons souvent ce qu'elle a fait , et la manière dont elle l'a fait; retraçons-nous-en le souvenir dans les occasions : nous éprouverons combien son exemple est efficace et engageant. Non-seulement il nous servira d'une règle sûre pour nous bien conduire , mais il nous fortifiera et nous animera par une certaine onction de grâce qui lui est propre.

II. Ce que nous pourrons particulièrement remarquer dans l'Évangile au sujet de la sainte Vierge, c'est, outre sa pureté, outre son humilité et son amour, la reconnaissance envers Dieu , le zèle pour l'honneur de Dieu, la foi et la confiance

en Dieu , la préparation aux souffrances qui sont les épreuves de Dieu. La reconnaissance envers Dieu : jusqu'à quel point n'en fut-elle pas pénétrée, quand elle chanta dans la maison d'Elisabeth oe merveilleux cantique : Mon âme, glorifie le Seigneur! (Luc, 1.) Récitons- le tous les jours comme elle, et dans le même esprit qu'elle. 11 y a des sentiments fort affectueux et fort tendres, et il est difficile que nous n'en ressentions pas l'impression. Le zèle pour Dieu : avec quelle ferveur n'offrit-elle pas à Dieu le sacrifice de son fils dans le temple de Jérusalem ! Est-ce ainsi que nous sommes résolus de sacrifier tout à Dieu , et même ce que nous avons de plus cher? La foi et la confiance en Dieu : c'est par là qu'elle obtint de Jésus-Christ tout ce qu'elle lui demanda. Pourquoi désespérons-nous de mille choses à quoi Dieu veut que nous travaillions, et qu'il accordera peut-être à la persévérance de nos prières et de notre foi ? La préparation aux souffrances : avec quel courage n'entendit-elle pas la prédiction de Siméon , qui lui annonçait que son âme serait transpercée d'un glaive de douleur! Sommes-nous disposée de la sorte aux afflictions et aux adversités? Quand Dieu nous enverra des croix, représentons-nous Marie au pied de la croix de son fils; car elle ne l'abandonna pas comme les disciples. Voilà l'usage que nous pouvons faire de ses exemples : il en est .de même de toutes les autres vertus.

m. Une autre partie du culte que nous devons à la sainte Vierge, est de nous adresser à elle dans nos besoins, et de la reconnaître pour notre protectrice et notre avocate. Après la médiation de Jésus- Christ, nous n'en pouvons avoir de plus puissante que celle de Marie. Aussi toute l'Église a-t-elle sans cesse recours à cette Mère du Sauveur. Prionsla comme l'Église la prie. Recommandons-lui nos intérêts auprès de Dieu , comme l'Église lui recommande les siens. N'employons pas seulement son intercession pour nous-mêmes, mais pour tous ceux dont le salut nous est cher. Si nous sommes à la tête d'une maison , d'une famille, mettons sous sa protection toute cette famille, toute cette maison. Ne nous déterminons à aucun parti sans la consulter; ne nous engageons dans aucune affaire sans l'y appeler. Excellente pratique, dont les effets ont été si salutaires à une infinité de pères chrétiens et de mères chrétiennes ! Ils ont vu par là toutes leurs entreprises réussir, leurs vœux accomplis et leurs familles comblées de toutes les bénédictions temporelles et spirituelles. Aimons aa reste toutes les dévotions instituées en l'honneur de Marie. Du moment que l'Église les a établies, on qu'elle les approuve, elles nous doivent être vénérables. Autorisons-les par notre exemple , et soutenons-les par notre piété. Pratiquons celles qui

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