LA FOI ÎSANS LES ŒUVRES
l'autre, pour le soutien de nos âmes, nous sert, comme sacrement , de nourriture et de breuvage. Il est écrit qu'il y aura un jugement où nous serons tous appelés, et que, dès maintenant, il y a une béatitude céleste, où les bons seront à jamais récompensés, et un enfer, où les pécheurs seront condamnés à un tourment sans mesure et sans fin : ainsi des autres articles qui me sont proposés comme des points de créance. Or , du moment que tout cela est écrit, c'est-à-dire, que tout cela m'est révélé de Dieu ou de la part de Dieu, et que cette révélation m'est tellement notifiée par des motifs de crédibilité , qu'il serait contre le bon sens de n' en vouloir pas convenir, je ne demande rien de plus. Je rends à la foi , par mon obéissance , l'hommage qui lui est dû; je lui laisse prendre l'ascendant et exercer son empire. Dès qu'elle parle, je l'écoute. Je me tais, je crois , parce que je me sens assuré de tout ce qu'elle me dit. Autant qu'il me vient à l'esprit de questions , d'objections , de raisonnements où je me perds et que je ne puis démêler, autant de fois que j'ai recours au sentiment de l'apôtre , et je me contente avec lui de m'écrier : O profondeur de la sagesse et de la science de Dieu! que ses jugements sont incompréhensibles , et que ses voies sont au-dessus de ce qu'on en peut découvrir! car qui a pénétré dans les pensées du Seigneur, et qui est entré dans son conseil? {Rom., 11.) Suivant ces principes et y demeurant ferme , je résous dans un mot toutes les difficultés, je dissipe tous les doutes, je me débarrasse de mille réflexions dangereuses et pernicieuses , du moins très-importunes et inutiles, j'agis en paix, et n'ai d'autre soin que de vivre chrétiennement selon les maximes et sous la direction de la foi.
Mais comment croire ce que l'on ne comprend pas ? Esprit humain, ne te feras-tu point justice ? ne connaîtras-tu point ta faiblesse , et pour la connaître , ne te consulteras-tu point toi-même et ta propre raison? Car, à ne consulter même que la raison, qui ne voit pas , à moins qu'on ne soit dépourvu de toute lumière, combien il est déraisonnable et peu soutenable de ne vouloir pas croire une chose, parce qu'elle est au-dessus de nos connaissances , et qu'on ne la peut comprendre? Hé! combien de choses existent dans toute l'étendue de l'univers, combien se passent sous nos yeux et nous sont certaines, sans que nous les comprenions? Parce que nous ne les comprenons pas, en sont-elles moios vraies ? Parce qu'on n'a pas compris jusqu'à présent comme se fait le flux et le reflux de la mer, est-il un homme assez insensé pour douter de ce mouvement des eaux si régulier et si constant? Comprenons-nous bien les ouvrages de la nature, et combien y eo a-t-îl qui échappent à nos prétendues découyertes et à toute notre pénétration? Ju-
geons de là si nous devons être surpris que les mystères de Dieu soient hors de notre portée , et que nous ne puissions y atteindre, et jugeons encore de là même si c'est une juste conséquence de dire : Je ne dois point croire que cela soit , puisque je n'y conçois rien.
A Dieu ne plaise que je pense de la sorte, ni que j'ose , Seigneur, m'ingérer dans des secrets qui me sont présentement inconnus. Ce serait une présomption ; et selon la menace de votre Saint-Esprit, en voulant contempler de trop près votre majesté , je m'exposerais à être accablé de votre gloire. Le jour viendra , je l'espère ainsi de votre miséricorde , il viendra cet heureux jour où j'entrerai dans votre sanctuaire éternel , où vous vous montrerez à moi dans tout votre éclat , où je vous verrai face à face. D'une foi ténébreuse , vous me ferez passer à une clarté sans nuage et toute lumineuse. Mais jusquelà, jusqu'à ce jour de la grande révélation, vous me mettez à l'épreuve, et vous voulez que je vous cherche dans la nuit et par des voies sombres. Ce n'est pas, Seigneur, que vous réprouviez les lumières de ma raison ; au contraire , vous me l'avez donnée comme un flambeau pour me guider : mais après en avoir fait l'usage convenable , vous m'ordonnez de lui fermer les yeux , de la réprimer, de l'assujettir, et de l'accorder par cette sujétion même avec la foi , qui doit avoir toujours la supériorité sur elle et la dominer. Vous l'avez ainsi réglé. Seigneur, et pour l'honneur de votre parole , et pour mon salut. De bon cœur, j'y consens. Je crois ce qu'il vous a plu de me faire annoncer, et je le crois précisément parce que vous me l'avez dit : Je crois, mon Dieu, mais en même temps j'ajoute , comme ce père de l'Évangile, fortifiez mon peu de foi (Maec, 9); car il me semble, en certaines conjonctures , qu'elle est bien faible cette foi , pour laquelle néanmoins je dois être en disposition de répandre mon sang. Vous la soutiendrez , ou vous me soutiendrez moi-même contre les plus violents assauts , et vous ne permettrez pas qu'un fonds si nécessaire et si précieux me soit enlevé.