QUI LUI SONT OPPOSÉS
ÀCCOBD DE LA BA.ISON ET DE LA FOI
Un homme du monde qui fait profession de christianisme, et à qui l'on demande compte de sa foi, dit Je ne raisonne point, mais je veux croire. Ce langage bien entendu peut être bon ; mais dans un sens
ACCORD DE LA RAISON ET DE LA FOL
assez ordinaire, il marque peu de foi, et même une secrète disposition à Fincrédulité ; car qu'est-ce à dire, je ne raisonne point ? Si ce prétendu chrétien savait bien là-dessus démêler les véritables sentiments de son cœur, ou s'il les voulait nettement déclarer, il reconnaîtrait que souvent cela signifie : Je ne raisonne point, parce que si je raisonnais, je ne croirais rien; je ne raisonne point, parce que si je raisonnais, ma raisonne trouverait rien qui la déterminât à croire; je ne raisonne point, parce que si je raisonnais, ma raison même m'oppos«rait des difficultés qui me détourneraient absolumentde croire. Or penser de la sorte et être ainsi disposé, c'est manquer de foi : car la foi, je dis la foi chrétienne, n'est point un pur acquiescement à croire, ni une simple soumission de l'esprit, mais un acquiescement et une soumission raisonnables; et si cette soumission, si cet acquiescement n'étaient pas raisonnables, ce ne serait plus une vertu. Mais comment sera-ce un acquiescement, une soumission raisonnable, si la raison n'y a point de part» ?
Il faut donc raisonner, mais jusqu'à certain point et non au delà. II faut examiner, mais sans passer les bornes que l'apôtre marquait aux premiers fidèles quand il leur disait : Mes frères, en vertu de la grâce qui m*a été donnée, je votts avertis tous sans exception de ne porter point trop loin vos recherches dans les matières de la foi, mais d'user sur cela d'une grande retenue, et de n'y toucher que très-sobrement. {Rom., 13.) Quelles preuves, quels motifs me rendent la religion que je professe , et conséquemtnent tous les mystères qu'elle m'enseigne, évidemment croyables? voilà ce que je dois tâcher d'approfondir, voilà ce que je dois étudier avec soin et bien pénétrer, voilà où je dois faire usage de ma raison , et sur quoi il ne m'est pas permis de dire : Je ne raisonne point. Car sans cet examen et cette discussion exacte, je ne puis avoir qu'une foi incertaine et chancelante, qu'une foi vague, sans principes et sans consistance. Aussi est-ce pourquoi le prince des apôtres, saint Pierre, nous ordonne de nous tenir toujours prêts à satisfaire ceux qui nous demanderont raison de ce que nous croyons et de ce que nous espérons. (1 .Petb., 3.) Il veut que nous soyons toujours là-dessus en état de répondre , de justifier le sage parti que nous suivons , de faire Toir qu'il n'en est point de mieux établi , et de produire les titres légitimes qui nous y autorisent et nous y attachent inviolablement.
Mais quel est le fond de ces grands mystères que la religion me révèle, et qui nous sont annoncés dans l'Évangile? en quoi consistent-ils? comment s*accomplissent-ils? c'est là que la raison doit s'arrêter, qu'elle doit réprimer sa curiosité naturelle , et qu'il ne m'est plus seulement permis, mais expressément
* Rationabile ohêt^t^m vntrum. Rom. , 19.
enjoint de dire : Je ne raisonne point, je crois. En effet, il me suffit de savoir que je dois croire tout cela, que je crois prudemment tout cela, que je serais déraisonnable et criminel de ne pas croire tout cela, m'étant enseigné par une religion dont les plus forts raisonnements , et les arguments les plus sen sibles me font connaître l'incontestable vérité. C'est là, dis-je, tout ce qu'il me faut; et, si je voulais aller plus avant, si , par une présomption semblable à celle de saint Thomas dans le temps de son incrédulité, je disais comme lui : À moins que je ne voie, je ne croirai point (Je an., 20), dès lors je perdrais la foi , je l'anéantirais , et j'en détruirais tout le mérite. Je l'anéantirais : pourquoi? parce qu'il est essentiel à la foi de ne pas voir, et de croire ce qu'on ne voit pas. J'en détruirais tout le mérite : pourquoi? parce qu'i 1 n'y a point de mérite à croire ce qu'on a sous les yeux , ce qui nous est présent et qui nous frappe les sens , ce qu'on voit clairement et distinctement : on n'est pomt libre sur cela, on n'est point maître de sa créance pour la donner ou pour la refuser, on est persuadé malgré soi; on est convaincu sans qu'il en coûte ni effort , ni sacrifice. Et c'est en ce sens que le Sauveur des hommes a dit : Heureux ceux qui n'ont point vu, et qui ont cru. {Id.)
Tel est donc l'accord que nous devons faire de la raison et de la religion. La raison éclairée d'en haut fait comme les premiers pas, ou met comme les préliminaires, en nous convaincant que la religion vient de Dieu ; que de tous les articles qu'elle contient, il n'y en a pas un qui n'ait été révélé de Dieu, soit dans l'Écriture, soit dans la tradition expliquée et proposée par l'Église; que Dieu étant absolument incapable d'erreur ou de mensonge , il s'ensuit que tout ce qu'il a prononcé est souverainement vrai; aifin, que la religion ne nous annonçant que la parole de Dieu, et ne nous l'annonçant qu'au nom de Dieu , elle est par conséquent également vraie, et demande une adhésion parfaite de notre esprit et de notre cœur. Voilà où la raison agit, et ce que nous découvrons à la faveur de ses lumières. Mais ce principe posé en général, la religion prend ensuite le dessus ; elle propose ses vérités particulières; et, toutes cachées qu'elles sont, elle y soumet la raison, sans lui laisser la liberté d'en percer les ombres mystérieuses. Si, par son indocilité naturelle et par son orgueil, la raison y répugne, la religion, par le poids de son autorité et par un commandement exprès, la réduit sous le joug et la tient captive. Si la raison ose dire : Comment ceci , ou, comment cela? C'est assez, lui répond la religion, d'être instruit que ceci ou cela est , et de n'en pouvoir douter selon les règles de la prudence. Or, on n'en peut douter prudemment» puisque, selon les règles de la prudence, on ne peut douter que Dieu ne l'ait ainsi déclaré. Cette
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ffponâe, ce silence imposé à la raison, l'humilie; mais c'est une humiliation salutaire , qui empêche la raison de s'égarer, de s'émanciper, de tourner, suivant l'expression de saint Paul , à tout vent de doctrine, et qui la contient dans les justes limites où elle doit être resserrée , et d'où elle ne doit jamais sortir. De cette sorte, notre foi est ferme , sans rien perdre néanmoins de son obscurité ; et elle est obscure , sans rien perdre non plus de sa fermeté.
II. Développons encore la chose; et, pour la rendre plus intelligible et lui donner un nouveau jour, mettons-la dans une espèce de pratique. Je suppose un chrétien surpris d'une de ces tentations qui attaquent la foi , et dont les âmes les plus religieuses et les plus fldèles ne sont pas exemptes elles-mêmes à certains moments. Car il y a des moments où une âme, quoique chrétienne, est intérieurement aussi agitée par rapport à la foi , que le fiit saint Pierre sur les eaux de la mer, quand Jésus-Christ lui dit : Homme de peu de foi , pourquoi avez-vous douté f (Matth., 14.) Cependant on ne doute pas , on croit . mais d'une foi troublée, d'une foi presque chancelante, et l'impression est si vive en quelques rencontres, qu'il semble qu'on ne croit rien, et qu'on ne tient à rien. Épreuve difficile à soutenir, mais que Dieu permet pour épurer notre foi même et pour la perfectionner. Il a ses vues en cela , et , bien qu'il paraisse nous délaisser, ce sont pour nous des vues de salut , parce qu'il sait que tout contribue à la sanctification de ses élus, et qu'au lieu de dégénérer et de tomber, c'est dans une faiblesse apparente que la vertu se déploie avec plus de force et qu'elle s'avance.
Or, en de pareilles conjonctures, dans lesquelles je puis me trouver aussi bien que les autres, que fais-je, ou que dois-je faire? Après avoir imploré l'assistance divine, après m'être écrié comme le prince des apâtres en levant les mains au ciel : Seigneur, sauDez-nous, autrement nous allons périr {lu,) ^']e fais un retour sur moi-même , et pour me fortifier, j'appelle tout ensemble à mon secours , et ma raison et ma religion. L'une et l'autre me prêtent , {K)ur ainsi dire , la main , et concourent à calmer mes inquiétudes et à me rassurer.
Ma raison me rappelle ces grands motifs qui m'ont toujours déterminé à croire, et m'ont paru jusqu'à présent les plus propres à m'affermir dans la foi oujai été élevé. Par exemple, elle me présente ce ?aste univers et cette multitude innombrable d'êtres visibles qui le composent. Elle m'en fait admirer la diversité, la beauté, l'immense étendue, l'arrangement, l'ordre, la liaison, la dépendance mutuelle, l'utilité , la durée depuis tant de siècles et leur perpétuité : Elle me fait contempler les cieux qui roulent sur nos têtes, et dont les mouvements si rapides sont toujours si réglés : ces astres qui nous
BOimDALOUI. — T. m.
éclairent, ce nombre prodigieux d^étoiles qui brillent dans le firmament, cette variété de saisons qui , par des révolutions si constances et si merveilleuses , se succèdent tour à tour et partagent le cours des temps. Elle me fait parcourir de la pensée , plutôt que de la vue, ces longs espaces de terres et de mers, qui sont comme le monde inférieur audessous du monde céleste. Que de richesses j'y aperçois! que de productions différentes, et de toutes les espèces! quelle fécondité! quelle abondance ! Y manque-t-il rien de tout ce qui peut servir, non-seulement à l'entretien nécessaire ou commode, mais à la splendeur et à l'éclat, mais à la somptuosité et à la magnificence, mais aux douceurs et aux délices de la vie? Sans égard à bien d'autres preuves , que je passe , et sur lesquelles ma raison pourrait insister, en voilà d'abord autant qu'il faut pour m'attacher à la foi d*un Dieu toujours existant et toujours vivant , l'Être souverain , le principe de toutes choses, et l'auteur de tant de merveilles. Car discourant en moi-même , et jugeant selon les règles d'une droite raison , et selon le sens ordinaire et le plus universel , j'observe d'un premier coup d'oeil , qu'un ouvrage si bien assorti dans toutes ses parties , et d'une structure au-dessus de tout l'artifice humain , ne peut être le pur effet du hasard. Que ce firmament, ces cieux, ces astres, cette terre, ces mers, que tout cela et tout ce que nous voyons , ne s'est point fait de soi-même , ne s'est point arrangé de soi-même , ne se remue point de soi-même , ne subsiste point par soi-même, sans qu'aucune intelligence supérieure y préside, ni jamais y ait présidé. Le sentiment qui me vient donc la-dessus et qui me touche , pour peu que j'y fasse attention , est de reconnaître une première cause et un premier moteur, un ouvrier par excellence , une puissance suprême, de qui tout est émané et qui ordonne tout , qui dispose tout , qui donne à tout l'impression, qui anime et soutient tout. Or cet excellent ouvrier, cette puissance primitive, essentielle, indépendante, toujours subsistante, c'est ce que nous appelons Dieu , et ce que nous devons honorer comme Dieu.
Je dis honorer comme Dieu; et de degré en degré, la même raison qui me guide me porte plus avant, et me fait passer de la connaissance de Dieu à la connaissance du culte que je lui dois rendre, et qu'il a doit d'exiger de moi. Culte religieux : et qu'y a-t-il de plus raisonnable, soit dans le Créateur, que d'attendre de ses créatures les justes hommages qui lui appartiennent, et de les leur demander; soit dans les créatures, que de glorifier, selon qu^elles en sont capables, le Créateur de qui elles ont reçu l'être, que d'ajouter foi à ses oracles* de se conformer à ses volontés, de pratiquer sa loi, de lui offirir leur encens, et de se dévouer pleine*
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ment à son service? En cela consiste la religion : maïs parce que dans la multiplicité des religions qui, par Tégarement des esprits, se sont introduites parmi les hommes , il y en a nécessairement de Causses, et que Dieu réprouve, puisqu'elles se contredisent les unes les autres; il est question d'en chercher une véritable , et d'examiner de plus si celle-là même n'est pas l'unique véritable. Or, entre celles qui régnent actuellement dans le monde, je trouve la religion chrétienne , et à la lueur de ma seule raison , j'y découvre des caractères de vérité si marqués , qu'ils doivent convaincre tout esprit sensé, solide, docile, qui ne s'obstine point à imaginer des difficultés, ni à faire naître de vaines disputes.
Quand il n'y aurait point d'autre témoignage que celui des miracles de Jésus-Christ, ce serait une preuve plus que suffisante. Ce nouveau législateur paraît sur la terre; il y prêche son Évangile, qui est la loi chrétienne ; et , pour autoriser sa prédication, il se dit envoyé de Dieu. Il est évident que si c'est Dieu qui l'envoie , et que ce soit au nom de Dieu qu'il parle, tout ce qu'il enseigne est vrai, et que nous sommes obligés de souscrire à sa doctrine. Car il faudrait ne pas avoir la plus légère notion de Dieu, pour se persuader qu'il pût attester le mensonge et le conûrmer. Ce qui reste donc à Jésus-Christ , c 'est de prouver sa mission ; mais comment l'entreprend-il ? par les miracles qu'il opère. Le$ choses que je fais , dit-il , rendent témoignage de moi ; si vous ne m'en croyez pas sur ma parole y croyez-en mes œuvres. (Joan., 12.) Et il est encore certain que ces œuvres miraculeuses étant au-dessus des forces de la nature, et ne pouvant procéder que de la vertu d'en haut, si Jésus-Christ a fait réellement des miracles, surtout certains miracles, et qu'il les ail faits pour affirmer qu'il est le Messie, on ne peut plus lui contester cette qualité, ni douter qu'il ne soit venu de la part de Dieu. Autrement Dieu serait l'auteur de l'imposture, en lui communiquant un pouvoir dont il se serait prévalu pour tromper les peuples , et abuser de leur crédulité.
Or, que Jésus-Christ ait fait des miracles , et des miracles du premier ordre , et des miracles en trèsgrand nombre , et des miracles les plus éclatants , et des miracles dont la un principale était de se faire connaître comme l'envoyé de Dieu : qu'il ait chassé des cohps les démons et délivré les possédés; qu'il tfit exercé sur les éléments un empire absolu, et qu'ils aieht obéi à s&Toix; qu'il ait commandé à la mer, apaisé ses flots, calmé les tempêtes; qu'il ait guéri toutes sortes de* maladies, rendu la vue aux aveugles , rôuîe aux )iourds, Pusàge de la lan* gue aux mu(to,'le sentitncnt-el le mouvement mix paralytiques*, hi vie fltor'nHnto; -enfin que,- par le
I prodige le plus singulier et le plus inouï, il se soit ressuscité lui-même après avoir été mis à mort, et enfermé dans le tombeau , c'est de quoi une raison éclairée et dégagée de tout préjugé ne peut refuser de convenir. 11 n'y a qu'à considérer mûrement et par ordre toutes les circonstances dont ces faits se trouvent revêtus , leur variété , leur éclat , le temps , les occasions, les lieux, les campagnes, les places publiques où ils se sont passés, la multitude de gens qui en ont été spectateurs , ou qui , sur le récit qu'ils en entendaient, comme de miracles avérés et tout récents , embrassaient la foi et formaient ces troupes de chrétiens si célèbres par leur zèle et leur sainteté; les qualités irréprochables des témoins qui les ont vus , qui les ont rapportés, qui les ont publiés jusqu'aux extrémités de la terre, qui les ont transmis a la postéiité dans leurs Évangiles, qui les ont soutenus sans se démentir jamais , et en ont défendu la vérité aux dépens de leur fortune, de leur repos , de leur vie : il n'y a , dis-je , qu'à faire une discussion exacte de chacun de ces points , et d'autres que je n'ajoute pas; il n'y a qu'à les bien peser, et on avouera que, de tous les faits historiques , nuls ne sont plus solidement appuyés , ni plus à couvert de la censure. Mais , encoi% une fois , cette perquisition , à qui doit-elle appartenir, et du ressort de qui est-elle, si ce n'est du ressort de la raison? C'est à la raison d'éclaircir d'abord tout cela , de le vérifier, et d'en tirer des preuves authentiques en faveur de la religion.
m. Cependant, après m'être convaincu par là, et par cent autres motifs, que je dois m'en tenir à la loi de Jésus- Christ ; après m'être, pour ainsi dire, démontré à moi-même, par la voie du raisonnement, que c'est une loi divine, une loi que l'esprit de vérité , qui est l'esprit de Dieu . a dictée ; après avoir conclu en général et par une conséquence nécessaire , que cette loi ne peut donc me tromper, et que je ne puis m'égarer en la suivant , que tout ce que cette loi m'enseigne , est donc tel en effet qu'elle me l'enseigne, et que tout ce qu'elle me propose de dogmes à croire, sont autant d'articles de foi auxquels je suis indispensablement obligé d'adhérer; que de vaciller là-dessus, et de demeurer un moment dans une suspension volontahre, ce serait donc un crime et une infidélité digne de la damnation éternelle ; enfin , après avoir bien com pris le grand oracle du prince des apôtres , que cette loi ayant été donnée aux hommes pour être la seule règle de notre créance et de nos mœurs , il n'est point sous te ciel d'autre nom en vertu duquel nous puissiùHS être sauvés, que lènoni'dè Jésus* Christ {Met; iê)\éït*rf»te ,* Éf ma Mfë^*\^eur "aller phn loin , ^^"^kfiémlÊÊ péMfVmiftk d^USt** pénéirabto mystères'i^elti^téngidtr Houn H rdreiés ; ' mail doiit'élleiKMKs'a eàélié*le feM^efeM'Kl'iitM ta*
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ACCORD D£ LA BAISON ET D£ LA FOI
foi prend le dessus , qu'elle s'élève , qu'elle défend ses droits, qu'elle me met un voile sur les yeux, et me condamne à ne plus marcher que dans les ténèbres.
La raison a beau se récrier, cette raison également curieuse et présomptueuse, elle a beau demander : Mais qu'est-ce que le mystère d'un Dieu en trois personnes , et de trois personnes dans un seul Dieu? mais qu'est-ce que le mystère d'uu Dieu fait homme sans cesser d'être Dieu , mortel et immortel tout ensemble , passible et impassible , réunissant dans une même personne toute la gloire de la divinité et toutes les misères de notre humanité? mais qu'est-ce que le mystère d'un Dieu-Homme , réellement présent sous les espèces du pain et du vin dans le sacrement de nos autels? qu'est-ce que tout le reste? Là-dessus la foi lui dit ce que Dieu dit à la mer : Tu viendras jusque-là, inais c'est là même que tu t'arrêteras; c'est là que tu briseras tes flots ^ et que tu abaisseras les enflures de ton orgueil, (Job, 38. ) Arrêt absolu , contre lequel une raison chrétienne n'a rien à opposer ni à répliquer. Elle y trouve même des avantages inûnis : car c'est ainsi que l'homme , en faisant à Dieu le sacriûce de son corps par la pénitence, le sacrifice de son cœur par l'amour, lui fait encore le sacrifice de son esprit par la foi. En sacrifiant à Dieu son corps par la pénitence , il honore Dieu comme souverainement équitable; en sacrifiant à Dieu son cœur par l'amour, il honore Dieu comme souverainement aimable, et en sacrifiant à Dieu son esprit par la foi , il honore Dieu comme souverainement infaillible et véritable.
Avantagés par rapport à Dieu : mais de plus , à prendre la chose par rapport à l'homme et a sa tranquillité, il ne lui doit pas être moins avantageux d'avoir une règle qui seule arrête les vicissitudes perpétuelles de sa raison , lorsqu'elle est abandonnée à elle-même. Or cette règle , c'est la foi. En effet, sans une foi soumise, toutes les lumières de ma raison , au lieu de me rassurer dans le choix d'un parti, et de me mettre l'esprit en repos, ne serviront au contraire qu'à me jeter chaque jour dans de nouveaux embarras , et à me causer de nouvelles agitations. Car on sait combien la raison humaine , dès qu'on lui donne l'essor, est variable dans ses vues , et combien elle est féconde en idées toujours nouvelles que l'imagination lui suggère. De sorte qu'aujourd'hui nous pensons d'une façon et demain d'une autre, qu'aujourd'hui un sentiment nous plaît, et que demain nous le rejetons, qu'aujourd'hui une difficulté nous fait de la peine , et qu'elle n'est pas plutôt résolue , qu'un autre doute vient bientôt après nous troubler : ce qui est surtout vrai en matière de religion , et ce qui est encore plus commun aux esprits vifs et pâdétrants, aux
prétendus sages et aux savants du siècle, qu'à des esprits simples et bornés. D'où il arrive que nous demeurons dans une perplexité où l'on se prête à tout ce qui se présente, et l'on ne tient à rien. Saint Augustin nous le témoigne assez en parlant de luimême. Il cherchait la vérité, il en faisait son étude, il y employait toute sa philosophie : mais après bien des recherches, et après être tombé dans les erreurs les plus grossières , il était toujours flottant et incertain , et ne trouvait rien où il crût pouvoir se reposer : pourquoi? parce qu'il ne prenait point d'autre guide que sa raison, et qu'elle ne lui sufftsait pas pour tenir son esprit en arrêt , et pour le guérir de ses inquiétudes. De là tant de changements , tant de mouvements inutiles , tant de systèmes différents dont il se laissa préoccuper, et dont il ne revint que lorsqu'il pensd sérieusement à se convertir et à embrasser la foi. En quels termes s'explique-t-il là-dessus dans ses confessions, et déplore-t-il l'aveuglement où il avait vécu pendant plusieurs années ! Quelles actions de grâces rend-ii à Dieu d'avoir rompu le charme d'une science profane qui lui fascinait les yeux , et de l'avoir réduit à la sainte ignorance d'une foi souple et docile!
Car si la raison se soumet à la foi , si , dans une parfaite intelligence, elles se donnent mutuellement le secours qu'elles doivent recevoir l'une de l'autre, voilà le moyen prompt et immanquable de pacifier mon âme et de me prémunir contre toutes les attaques dont je puis être assailli au sujet de la reli* gion. De quelque doute que je sois combattu malgré moi, soit par la malice de l'esprit tentateur, soit par les discours d'une troupe de libertins, soit par les révoltes involontaires de ma raison et de son indocilité naturelle , je n'ai point de réplique plus courte ni plus décisive à faire , que celle de J^us* Christ même au démon qui le vint tenter dans le désert : // est éciit. Oui , il est écrit qu'il y a un premier Être, et qu'il n'y en a qu'un, éternel, invisible, tout-puissant, par qui le monde a été créé , et par qui il est conservé et gouverné. Il est écrit que , dans cet Être adorable et cette suprême Divinité, il y a tout à la fois, et sans confusion , une unité de suostance, et une trinité de personnes. Il est écrit que, de cette trinité de personnes. Père, Fils et Saint-Esprit , le Fils , égal à son Père et envoyé de son Père , est venu sur la terre pour la rédemption des hommes; que , tout Dieu qu'il est et qu'il n'a jamais cessé d'être , il s'est fait homme lui-même, il a vécu parmi nous , il est mort sur une croix , il est ressuscité et monté au ciel. Il est écrit que ce nouveau législateur et ce sauveur, voulant demeurer avec nous jusqu'à la consommation des siècles, nous a laissé sa chair sacrée et son précieux sang sous les apparences du pain et du vin« que nous offiroos l'un, et l'autre eu sacrifice, et que l'un et