‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 147 sur 352 · LES (EUVHBS SANS LA FOL · texte numérisé non relu

LES (EUVHBS SANS LA FOL

parfaite et d'une conduite irrépréhensible. Que de ▼ertus ! mais quelles vertus? vertus morales , et rien au delà. Elles méritaient les louanges du public , elles méritaient même de la part de Dieu quelques récompenses temporelles, et les obtenaient; elles étaient bonnes pour cette vie , mais sans être d*aucun prix pour Fautre , parce que la foi ne les vivifiait pas, ne les sanctifiait pas, ne les consacrait pas.

Telles sont les vertus d*une infinité de chrétiens, telles sont leurs œuvres. Leur voix est la voix de Jacob ; mais leurs mains sont les mains d^Esaû ; c'està-dire qu'il ont la foi , mais comme s'ils ne l'avaient point , puisque dans toutes leurs actions ils ne font nul usage de leur foi. A considérer dans la substance les œuvres qu'ils pratiquent, ce sont des œuvres dignes de la foi qu'ils professent; et ce seraient des œuvres dignes de Dieu , si la foi les rapportait à Dieu; mais c'est à quoi ils ne pensent en aucune sorte. Ils consultent , ils délibèrent, ils forment des desseins, ils prennent des résolutions, ils les exécutent; dans le plan de vie où leur condition les engage, ils se trouvent chargés d'une multitude d'affaires , et pour y suffire ils se donnent mille mouvements, mille soins , mille peines ; ils ont . selon le cours des choses humaines et selon les conjonctures, leurs contradictions , leurs traver^s à essuyer ; ils ont leurs chagrins, leurs ennuis Icursdégoûts, leurs adversités, leurs souffrances à porter. Ample matière, riche fonds de mérites auprès de Dieu , si la foi, cx)mme un bon levain, y répandait sa vertu; si, dis-je, toutes ces délibérations et tous ces desseins étaient dirigés par des maximes de foi , si toutes ces fatigues et tous ces mouvements étaient soutenus par des considérations divines et de foi; si toutes ces souffrances et toutes ces aHliclions étaient prises, acceptées, offertes en sacrifices, et présen* tées par un esprit de foi ; tout profiterait alors pour la vie éternelle, et rien ne serait perdu.

Je dis rien , quelque peu de chose que ce soit : car voilà quel est le propre et Teffîcace de la foi , quand elle opère par la charité et par une intention pure et chrétienne. On ne peut mieux la comparer qu'à ce grain évangélique, qui de tous les légumes est le plus petit, mais qui, semé dans une bonne terre , croît , s'élève , pousse des branches , se couvre de feuilles et devient arbre. Partout où la foi se communique , étant accompagnée de la grâce , et partout où elle agit, elle y imprime un caractère de sainteté, et attache aux moindres effets qu'elle produit un droit spécial à l'héritage céleste. Ne fût-ce qu'un verre d'eau donné au nom de Jésus-Christ , c'est assez pour obtenir dans Téternité une couronne de gloire. Les apôtres passèrent toute une nuit à pêcher, et ils ne prirent rien : pourquoi? parce que Jésus-Christ n'était pas avec eux; mais du moment

que cet Homme-Dieu parut sur le nvage, et que par son ordre et en sa présence ils se remirent au travail , la pêche qu'ils firent fut si abondante, que leurs filets se rompaient de toutes parts, et qu'ils eurent beaucoup de peine à la recueillir. Image sensible où nous devons également reconnaître, et l'inutilité de toutes nos œuvres pour le salut, si la foi , animée de la charité et de la grâce , n'en est pas le principe et comme le premier moteur; et leur excellence, si ce sont les fruits d'une foi vive et agissante, et si c'est par l'impression de la foi que nous sommes excités à les pratiquer.

Étrange aveuglement que le nôtre, quand nous suivons d'autres règles en agissant, et que nous nous conduisons uniquement par la politique du siècle et par la prudence de la chair ! Combien vois-je tous les jours de personnes de l'un et de l'autre sexe, de tout âge et de tout état, qui , dans les occupations et les embarras dont ils sont sans cesse agités , ne se donnent ni repos ni relâche; qui , du matin au soir, obligés d'aller, de venir, de parler, d'écouter, de répondre, de veiller à tout ce qui est de leur intérêt propre ou de leur devoir, mènent une vie très-fatigante; qui, dans le commerce du monde, sont exposés à des déboires très-amers, à des contre-temps très-désagréables, à des revers très-facheux , à des coups et à des événements capables de déconcerter toute la fermeté de leur âme ; qui , par la délicatesse de leur complexion où le dérangement de leur santé, sont affligés de fréquentes maladies, d'infirmités habituelles , souvent même de douleurs très-aiguès ? Or en quoi ils me paraissent tous plus à plaindre, et ce qu'il y a pour eux sans contredit de plus déplorable^ c'est quêtant de pas, de courses, de veilles, d'inquiétudes, de tourments d'esprit; que tant d'exercices du corps très-pénibles, et quelquefois accablants ; que tant d'accidents, d'infortunes , de mauvais succès, de pertes, de contrariétés, de tri* bulations, d'humiliations, de désolations, de faiblesses et de langueurs; que tout cela , dis-je, et mille autres choses , qui leur deviendraient salutaires avec le secours de la foi, ne leur soient, au regard du salut, d'aucun profit, parce que, tout abîmés dans les sens, ils ne savent point user de leur foi, et qu'ils ne la mettent jamais en œuvre. Sans rien faire plus qu'ils ne font, et sans rien souffrir au delà de ce qu'ils souffrent, ils pourraient, par le moyen de cette foi bien épurée et bien employée , amasser d'immenses richesses pour un autre monde que celui-ci, et grossir chaque jour leur trésor; au lieu que se bornant aux vues profanes d'une natuGe aveugle, et aux vains raisonnements d'une sèche philosophie, toutes leurs années s'écoutent sans fruits, et qu'à la fin de leurs jours ils n'ont rien dans les mains dont ils puissent tirer devant Dieu quelque avantage. Heureux donc le chrétien qui

LA Fui VlGTOaiEUSl!; OU MONDE.

fait toujours la sainte alliance , et des œuvres avec la foi , et de la foi avec les œuvres !

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