LINCREDULE CONVAINCU PAR LUI-MÊME
Car le moyen d'allier ensemble dans un même sujet deux choses aussi peu compatibles entre elles, que le sont une foi vife qui nous détrompe de toutes les erreurs du monde; «t cependant ces mêmes erreurs, tellementimprimées dans nos esprits, qu'elles deviennent la règle de tous nos jugements et de toute notre conduite? Comment a?ec une foi qui, dans sa morale, ne tend qu'au crucifiement de la chair et à l'abnégation de soi-même, accorder une recherche perpétuelle des douceurs du monde , de ses fausses joies, et de ses voluptés même les plus criminelles? Enfin , par quel assemblage une foi qui nous apprend à tenir ferme pour la cause de Dieu contre tous les raisonnements du monde, contre tous ses mépris et tous ses efforts , peut-elle convenir avec une crainte pusillanime qui cède à la moindre parole , et qui asservit la conscience à de vains égards et à des intérêts tout profanes ? Sont-ce ïk ces victoires que la foi a remportées avec tant d'éclat dans les premiers siècles de rÉglise?at-elle changé dans la suite des temps ; et si elle est toujours la même, pourquoi n'opère-t-elle pas les mêmes miracles? Car au lieu que la foi était alors victorieuse du monde, il n'est maintenant que trop ordinaire au monde de l'emporter sur la foi , d'imposer silence à la foi , de triompher de la foi. Nous n'en pouvons imaginer d'autre cause , sinon que la foi s'est affaiblie à mesure que l'iniquité s'est fortifiée ; et parce que l'iniquité jamais ne fut plus abondante qu'elle l'est, ni plus dominante, de là vient aussi que la foi jamais ne fut plus languissante , ni moins agissante. Encore, combien y en a-t-il chez qui elle est absolument éteinte ! et doit-on s'étonner, après cela, que cette foi qui produisait autrefois de si beaux firuits de sainteté soit si stérile parmi nous ? Prions le Seigneur qu'il ta ranime , qu'il la ressuscite , et qu'il lui fasse reprendre dans nous sa première vertu. Travaillons nous-mêmes à la réveiller par de fréquentes et de solides réflexions. Confondons-cous de toutes nos faiblesses , et reprochons-nous amèrement devant Dieu l'ascendant que nous avons laissé prendre sur nous au monde , ]orsqu*avec une étincelle de foi nous pouvions résister à ses plus violents assauts , et repousser tous ses traits. Le Fils de Dieu rendant raison à ses disciples pourquoi ils n'avaient pu chasser un démon , ni guérir un enfant qui en était possédé, leur disait : Cest à cause de votre incrédulité (Matth., 17); puis, usant d*une comparaison assez singulière : Si votre foi, ajoutait le même Sauveur, égalait seulement un grain de sénevé y quelque petite qu'elle fût, elle vous suffirait pour transporter les montagnes d'un lieu à un autre , et tout vous deviendrait possible. Que serait-ce donc si nous avions une foi parfaite, et de quoi ne viendrai^on pas à bout?
B0UR1I4L0UE. — T. m.
L'iNCBBDULS CONTAIIfCU PÀB LUI-MÊME.
L'impie ne peut se résoudre à croire les vérités de l'Évangile, tant elles lui semblent choquer le bon sens et la raison. Il les rejette avec le dernier mépris, et ne craint point de les traiter d'inventions humaines et de pures imaginations : car son impiété va jusque-là ; et s'il garde au dehors certaines mesures, et que dans les compagnies il n'ose pas s'expliquer si ouvertement ni en des termes si forts , il sait bien dans les entretiens particuliers se dédommager de son silence, et l'on n'est pas assez peu instruit pour ignorer quels sont ses discours devant d'autres libertins comme lui, dont la présence l'excite, bien loin de l'arrêter. A l'entendre, toute la religion n'est qu'une chimère, et tout ce qu'elle nous révèle ne sont que des visions. Il y trouve, à ce qu'il prétend, des difficultés invincibles, des contradictions évidentes, des impossibilités absolues. En un mot, dit-il d'un ton décisif, tous ces mystères sont incroyables. Il le dit, mais en le di« sant il ne remarque pas, cet esprit rare, que par là il fournit des armes contre lui même, et que de là il doit tirer pour sa conviction propre un argument personnel et des plus sensibles. Plus nos mystères lui semblent hors de toute croyance, plus il doit concevoir quel étonnant prodige ç*a été dans le monde, que des mystères, selon lui si incroyables , aient été crus néanmoins si universellement et qu'ils le soient encore.
Ceci ne suffit pas; mais , pour mieux convaincre l'impie par ses sentiments mêmes, et pour vous faire mieux sentir l'avantage qu'il me donne et l'embarras où il s'engage lorsqu'il parle si indignement des plus saints mystères de notre foi, comme s'ils étaient opposées à toute la lumière naturelle , je veux raisonner quelque temps avec lui, et entrer dons le détail de certaines circonstances qui serviront à fortifier la preuve qu*il me présente pour le combattre. Car, encore une fois , je ne veux le combattre que par lui-même; et peut- être apprendra-t-il à devenir plus réservé dans ses paroles, et à en craindre, plus qu'il ne fait, les conséquences.
Je lui permets donc d'abord de former sur les mystères de la religion toutes les difficultés qu'il lui plaira, de les grossir et de les exagérer, .rirai même , s'il est besoin , jusqu'à tolérer ses inauN aises plaisanteries, je les laisserai passer, et là-de>sus je n'entreprendrai point de lui fermer la bo:>ohe; je consens qu'avec ses grandes exclamations , ou avec ses airs moqueurs, il me redise ce qu'il a dit cent fois : Eh! qu'est-ce qu'un seul Dieu en trois personnes, et que ces trois personnes dans un seul Dieu? Eh ! qui peut s'imaginer un Dieu tout esprit de sa nature et comme Dieu, mais revêtu de notre chair et homme comme nous? Quoi! ce Dieu qu'on me