‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 150 sur 352 · L'INCRÉDULE CONVAINCU PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

L'INCRÉDULE CONVAINCU PAR LUI-MÊME

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dit être d*une puissance, d'une grandeur, d'une majestéinfînie. je me figurerai qu'il estdescendu sur la terre, qu'il y a prisune nature semblable à la nôtre , qu'il est né dans une étable, qu'il a vécu dans la misère et dans la souffrance, enfin qu'il est mort dans l'opprobre et dans l'ignominie de la croix? Tout cela est-il digne de lui? tout cela est-il croyable? Tel est le langage de Timpie , et je ne rapporterai point tout ce que lui suggère son libertinage sur la morale chrétienne, sur la Providence divine, sur l'immortalité de l'âme, sur la résurrection future, sur le jugement général , sur les peines éternelles de l'enfer. Car il n'épargne rien, et il ne veut convenir de rien. Le moyen, à son avis, de se mettre ces fantômes dans l'esprit? et peuvent-ils entrer dans la pensée d'un homme raisonnable ?

Il me serait aisé , en lui accordant que les mystères de la religion sont au-dessus de la raison , de lui répondre en même temps et de lui faire voir que, bien loin d'être contre la raison , ils y sont au contraire très-conformes. Je dis très-conformes à nne raison saine, à une raison épurée de la corruption du vice, aune raison dégagée de l'empire des sens et des passions, à une droite raison. Mais ce n*est point là présentement le sujet dont il s'agit entre lui et moi. Je me suis seulement proposé de lui montrer comment , en attaquant la vérité de nos mystères, et nous les représentant comme des mystères si rebutants et si difQciles à croire, il en affermit par là même la foi ; et que l'idée qu'il s'en fait pour les mépriser et pour en railler, c'est justement ce qui le doit disposer à y reconnaître quelque chose de surnaturel et de divin.

Voici donc ma réponse , et à quoi je m'en tiens. Je prends ce beau passage de saint Paul dans la première épttre à Timothée: Cesi un grand mystère de piété qui a été manifesté dans la chair ^ autorisé par Vesprit, vu des anges, prêché aux gentils, cru dans le monde ^ et élevé à la gloire. ( 1. Ttm., 8. ) Ce grand mystère, c'est le mystère de Jésus-Christ Dieu et homme tout ensemble, et l'auteur de la loi nouvelle. Que ce mystère ait été réellement et véritablement manifesté dans la chair; qu'il ait été autorisé par l'esprit céleste , qui est l'esprit de Dieu; que les anges raient vu, et qu'enfin Hait été élevé à la gloire ^ voilà sur quoi l'impie se récriera contre moi , et s'inscrira en faux. Mais que ce même mystère , que ce grand mystère, et que tous les mystères particuliers qui y ont rapport, et qui font le corps de la religion , aient été prêches aux gentils, et surtout qu'en vertu de cette prédication, ils aient été crus dans le monde, je ne pense pas que ni lui, ni tout autre libertin comme lui , soit assez aveugle et assez dépourvu de connaislance pour former sur cela le moindre doute. Ainsi J'avance, et pour mettre ma preuve dans tout sou

jour et toute sa force, je lui fais faire avec moi leg observations suivantes, dont je le défie de me contester en aucune sorte la certitude et l'évidence.

1. Que ces mystères qu'il prétend incroyables ont été crus néanmoins dans le monde. On les y a prêches en y prêchant la loi chrétienne. On les a expliqués aux peuples, et on les en a instruits. Lm peuples dociles et soumis ont re<^u ces instructions, ont embrassé cette doctrine. La même foi les a unis entre eux dans une même Église, et telle a été l'origine et la naissance du christianisme.

2. Que ces mystères qu'il prétend incroyables n'ont point seulement été crus dans un coin de la terre obscur et inconnu , ni par un petit nombra d'hommes ramassés au hasard , et plus crédules que lea autres , mais qu'ils ont été crus dans toutes les parties du monde. Les prédicateurs qui furent chargés d'annoncer l'Évangile le portèrent, selon l'ordre exprès de leur Maître, à toutes les nations. DansTorient, l'occident, le midi, le septentrion, on entendit partout la parole du Seigneur, dont ils étaient les interprètes. Des troupes de prosélytes vinrent en foule pour être agrégés dans l'école de Jésus-Christ. Les disciples se multiplièrent, se répandirent de tous côtés; les villes, les provinces, les royaumes en furent remplis, et c'est ainsi qu'ai très-peu de temps s'élevèrent de nombreuses et florissantes chrétientés.

3. Que ces mystères qu'il prétend incroyables n'ont point non plus été crus seulement par le sim* pie peuple, par des sauvages et des barbares, par des esprits grossiers et ignorants, mais par les pins grands génies, par les esprits du premier ordre, par des hommes d'une profonde érudition et d'une prudence consommée : il n'y a donc qu'à lire les ouvrages que les Pères nous ont laissés comme de sensibles monuments de la religion. A considérer précisément ces saints docteurs en qualité de sauvants, en qualité d'écrivains et d'auteurs, il faut n'avoir ni goût, ni discernement pour ne point ad* mirer l'étendue de leur doctrine , la pénétration de leurs vues, la sublimité de leurs pensées, la force de leurs raisonnements, la sagesse et la sainteté de leur morale, la beauté et l'énergie de leurs expressions, leurs tours même éloquents et pathétiques , ou ingénieux et spirituels. Certainement ce n'étaient pas là de petits esprits , des esprits superstitieux, capables de donner sans examen dans l'illusion , ni à qui il fût aisé de faire accroire tout ce qu'on voulait.

4. Que ces mystères qu'il prétend incroyables ont été crus, non point sur des préjugés de la naissance et de l'éducation , mais plutôt contre tous les préjugés de l'éducation et de la naissance. Pendant une longue suite d'années , qu'était-ce que le grand nombre des chrétiens? des gentils nés dans le pa«

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