L'INCRÉDULE CONVAINCU PAR LUI-MÊME
ganisme, élevés dans ridolâtrie. Afin de les soume^ tse à la foi , il avait fallu détruire toutes leurs préventions, et leur arracher du cœur des erreurs et des principes de religion directement opposés aux mystères qu'on leur enseignait. Or, qui ne voit pas combien ce changement était difGcile, et quelle peine il devait y avoir à détromper des gens préoccupés en faveur de leurs fausses divinités, et attachés à leurs anciennes observances et à leurs pratiques ? C*est cependant ce qui est arrivé. Les païens se sont convertis ; les idolâtres ont renoncé 'au culte de leurs idoles ; leurs prêtres et leurs sages ont eu beau se récrier, raisonner, disputer, la loi nouvelle a prévalu , et comme le jour dissipe les ténèbres, elle a effacé des esprits toutes les idées dont Hs étaient prévenus.
5. Que ces mystères qu*il prétend incroyables ont été crus malgré toutes les répugnances de la nature, malgré toutes les révoltes et de la raison et des sens. Révoltes de la raison : car quelque raisonnables en eux-mêmes et quelque certains que soient ces mystères, il faut après tout convenir que ce sont des mystères obscurs , des mystères tellement cachés sous le voile , que notre raison n'y pénètre qu'avec des peines extrêmes , et que souvent même , toute subtile qu'elle peut être, elle se trouve obligée de reconnaître son insufGsance et la faiblesse de ses lumières. Or nous sentons assez qu'il n'est rien à quoi elle répugne davantage qu'à s'humilier alors et à se soumettre , en croyant ce qu'elle ne voit ni ne connaît pas. Révolte des sens : car sur ces mystères qui humilient et qui captivent la raison, est fondée une morale qui mortifie, étrangement la chair. On croit avec moins de résistance des vérités qui s'accommodent à nos inclinations et à nos passions, des vérités au moins différentes , et qui dans leurs conséquences n'ont rien de pénible ni de gênant : mais des vérités en vertu desquelles on doit se haïr soimême, réprimer ses désirs les plus naturels, embrasser la croix, la porter chaque jour sur son corps, et se revêtir de toute la mortification évangélique , c'est à quoi l'on ne se rend pas volontiers , et sur quoi l'on ne se laisse persuader qu*après avoir bien examiné les choses , et en avoir eu des preuves bien convaincantes.
6. Que ces mystères qu'il prétend incroyables ont été crus d'une foi si ferme et si vive, d'une fol si efficace, que pour pratiquer ses maximes, pour vivre selon les règles de son esprit, ou pour la défendre et la soutenir, on a tout sacrifié, biens, fortune, grandeurs, plaisirs, repos, santé, vie. On sait les rudes combats que les chrétiens ont eu à essuyer dès la naissance de l'Église. On sait combien de sang ils ont versé, et comment ils ont été exilés, proscrits, enfermés dans des cachots, produits devant les juges, condamnés, livrés aux bourreaux pour
les tourmenter en mille manières , par le glaive , les flammes, les croix, les roues, les chevalets, les bêtes féroces, les huiles bouillantes; par tout ce que la barbarie a pu Imaginer de supplices et de tortures. iPourquoi se laissaient-Ils ainsi opprimer , accuser , emprisonner, déchirer, brûler, immoler comme des victimes ? pourquoi enduraient-ils tant d'opprobres et d'ignominies , tant de calamités et de misères ? pourquoi , au milieu de tout cela , s'estimaient-ils heureux , et rendaient-ils à Dieu des actions de grâces ? Qui leur inspirait ce courage et cette patience inaltérable? c'est qu'ils avaient les mystères de notre foi si profondément gravés dans l'âme , et qu'ils en étaient tellement touchés, que rien ne leur coûtait, soit pour y conformer leur conduite , soit pour en attester la vérité par une généreuse confession.
7. Que ces mystères qu'il prétend incroyables ont été crus d'une foi si constante , que malgré tous les obstacles qu'elle a eus à surmonter , elle subsiste toujours depuis plus de seize cents ans , comme nous ne doutons point , selon la promesse de Jésus-Christ, qu'elle ne doive subsister jusqu'à la dernière consommation des siècles. Toutes les puissances infernales se sont soulevées contre elle; toutes les puissances humaines se sont liguées et ont conjuré sa ruine; la superstition et le libertinage l'ont combattue de toutes leurs forces. Mais de même que nous voyons les flots de la mer furieux et courroucés se briser à un rocher où ils viennent fondre de toutes parts , tout ce qu'on a fait d'efforts pour la détruire n'a pu l'ébranler et l'a plutôt affermie; de sorte qu'après d'immenses révolutions d'âges et de temps, qui auraient dû l'affaiblir, elle est toujours la même ; qu'elle conserve toujours sur les esprits le même empire, qu'elle leur propose toujours la même doctrine , et les trouve toujours également disposés à la recevoir. Je ne parle point de la manière dont cette foi s'est établie, de la faiblesse de ceux qui en furent les premiers apôtres, de l'abandonnement total où ils étaient des secours ordinaires et nécessaires pour faire réussir les grandes entreprises, décent autres particularités très-remarquables : car ce n'est point par le fer , comme d'au* très religions, ce n'est ni par la violence des armes, ni par les amorces de l'intérêt ou du plaisir, que la foi de nos mystères s'est répandue dans toute la terre. Mais sans insister là-dessus et sans rien ajouter, j'en reviens à mon raisonnement contre l'impie.
Je dis : S'il est vrai que nos mystères soient aussi incroyables qu'il l'avance, et que d'ailleurs il ne puisse nier, comme il ne le peut en effet, qu'on les a crus dans le monde, et qu*on les a crus si unanimement, si généralement , si promptement , si fortement, si constamment, chez toutes les nations, dans tous les états et toutes les professions; parnu les sages, les philosophes, les savants; parmi les