DU RETOUR A DIEU ET DE LA PÉNITENCE
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ET À LB BBGBYOIB.
Nous quittons Dieu avec joie, nous ne retournons à Dieu qu'avec peine, et Dieu néanmoins est toujours disposé à nous recevoir : en trois mots, voilà ce qui nous donne la plus haute idée de la divine miséricorde; voilà ce qui doit, dans notre pénitence, nous toucher de la plus amère contrition , de la reconnaissance la plus vive, de Tamour le plus ardent.
I. Nous quittons Dieu avec joie, et cela dès la première jeunesse. A peine commençons-nous à ouvrir les yeux de fesprit, et à faire quelque usage de notre raison , que le charme du plaisir nous entraîne. On le suit, on s*y abandonne. Prenez, diverlUsons-nous , et jouissons des biens présents. Enivrons-nous des vins les plus exquis, couronnons-nous de roses, et ne refusons rien à nos sens de tout ce qtd peut les flatter, ( Sap., 2. ) Cest avec de pareilles dispositions, qu*on entre dans le monde, et qu*on y mène la vie du monde, une vie dissipée, une vie molle, une vie libertine et toute corrompue. La conscience a beau se récrier. Dieu a beau parler, on se rend insensible aux cris de la conscience, et sourd à la voix de Dieu. On se retire de lui , et pour combien d'années? quelquefois, hélas! jusques à Textréme vieillesse. Tandis que le monde a de quoi nous plaire; tandis qu'il a de quoi satisfaire nos passions, soit passion de Thonneur, soit passion de rintérét , soit passion plus grossière et plus animale, on ne veut point d*autre mattre, et on y met toute son espérance et tout son bonheur.
Bonheur traversé de bien des chagrins , je l'avoue. Car le mondain séduit et aveuglé pas les sens, cherche en vain dans les plaisirs du monde un repos durable et une félicité parfaite ; c'est ce que nul homme n*y trouva jamais, et ce que nul homme n*y trouvera , puisque rien de périssable et de mortel ne suffit à notre coeur, ni ne lui peut suffire, et que la vie est d'ailleurs sujette à tant de vicissitudes et d'événements imprévus, qui en troublent malgré nous les prétendues douceurs. Mais après tout, quelque faux que puisse être ce bonheur humain, et quel-
que épreuve qu'on en puisse faire, il a toujours je ne sais quelle apparence qui nous attire et qui nous attache. On en reconnaît à certains moments la vanité et l'illusion; on s'en déclare, et on éclate : mais ce ne sont que des moments où l'on a eu quelque déboire et quelque contrariété à essuyer. Le nuage se dissipe bientôt ; on rentre dans ses premiers sentiments; on reprend son premier goût pour le monde ; il platt plus que jamais , et il a pour nous des agréments tout nouveaux : tant l'inclination qui nous y porte est profondément enracinée dans notre âme, et tant elle a de pouvoir pour nous engager.
Tel est l'enchantement où vivent la plupart des gens du monde , hommes et femmes. Après avoir cent fois déclamé contre le monde, ils en sont toujours épris, et ils ne comprennent pas même qu'ils puissent jamais s'en passer. Que le monde, sur mille sujets et dans une infinité d'occasions , se trouve en compromis avec Dieu ; qu'il soit question d'une fortune humaine qu'ils ont en vue, d'un degré d'élé» vation où ils aspirent, d'un avantage temporel qu'ils cherchent à se procurer, d'une intrigue qu*ils ont formée et qu'ils font jouer, d'un engagement crinûnel, d'une sale volupté, avec quel empressement ne s'y portent-ils pas ; avec quelle ardeur, et souvent, si je l'ose dire, avec quelle espèce de fureur? Examinent-ils si Dieu condamne tout cela? sont-ils en peine de le savoir? ou s'ils le savent et qu'on leur représente la loi divine qui s'est expliquée sur tous ces articles et sur bien d'autres, en sont- ils touchés? Que Dieu y soit offensé, c'est à quoi ils n'ont guère d'égard , et c'est par là même une faible raison pour les arrêter; ils se livrent au penchant naturel, ils suivent l'attrait, ils entreprennent, ils agissent; et si, au péril d'encourir la haine de Dieu, ils peuvent obtenir ce qu'ils se sont proposé, ils se tiennent heureux et se félicitent du succès.
IL Nous ne retournons à Dieu qu'avec peine. Après de longs égarements, il vient enfin pour quelques-uns un temps de salut et de conversion , c'està-dire un temps où l'on se sent pressé de se remettre dans le devoir et de se rapprocher de Dieu. Et quel est ce temps? une conjoncture favorable que Dieu ménage, un âge plus avancé et plus mûr, où le feu de la passion commence à s'amortir, une humiliation et un renversement de fortune, un état d'infirmité et de langueur.
Saint Augustin ne se convertit point autrement. Ce fut un des plus fameux pénitents de l'Église de Dieu, et nous ne pouvons avoir de témoignage plus convaincant ni plus irréprochable que le sien, pour apprendre combien de temps et avec quelles incertitudes il demeura flotUnt et irrésolu, entre la divine miséricorde qui le poursuivait sans relâche, et les engagements du monde qui le retenaient. Il Toulait ou il croyait vouloir; mais dans peu il ne