PENSÉES DIVERSES SUR LA PÉNITENCE
grand bien ; et ce qui nous damne peut servir à nous sauver. Cette habitude vicieuse, voilà ce qui fait le dérèglement de votre vie, et ce qui vous mène plus directement à la perdition; cette même habitude sacriGée à Dieu, voilà ce qui peut faire votre prédestination, et vous élever au plus haut point de la gloire. Mais c^est une habitude honteuse. Il n'importe : toute honteuse qu*elle est, le sacrifice en est digne de Dieu et digne de vous.
Rien ne nous donne une idée plus juste de la conduite que doit tenir un pécheur, et des précautions qu*il doit prendre après sa conversion pour se pré« server des rechutes, que le régime de vie qu'observe un malade dans Pétat de la convalescence. Car, qu'est-ce, à proprement parler, qo^ pécheur pénitent? c'est un malade qui sort d'une maladie trèsdangereuse Het qui revient des portes de la mort, ou, pour uHeux dire, des portes de l'enfer. Quoique sauvé du coup mortel dont il avait été attemt, il est encore dans une extrême faiblesse, et il se ressentira longtemps des mauvaises impressioui de ses habitudes criminelles. Elles ont altéré toutes les puissances de son âme , et il ne peut faire un pas sans être en danger de tomber. Or que fait un malade qui pense à se rétablir et qui veut reprendre ses forces? Nous voyons avec quelle exactitude il obéit à toutes les ordonnances du médecin qui le gouverne; avec quelle attention il prend garde aux temps, aux heures, aux manières, à tout ce qui lui est marqué; avec quelle constance et quelle résolution il surmonte ses inclinations ou ses répugnances naturelles, il règle ses appétits, il mortifie 80 ) goût , il s'abstient de ce qui lui plairait le plus , il se prive de tout ce qui lui peut être nuisible : c'était un homme de bonne chère, et il devient sobre et tempérant; c'était un homme du monde, répandu dans le monde, et il devient retiré et solitaire; c'était un homme de plaisir, et il renonce à tous ses excès et à toutes ses débauches. Qu'on Tienne lui parler là-dessus, le railler, le traiter d'esprit fisiible, le tenter tout de nouveau : il n'y a ni discours, ni respect humain qui le touchent. Il y va de la vie, dit-il; et, par cette seule réponse, il croit avoir pleinement justifié ses soins et toute la circonspection dont il use. Appliquons cela à un pécheur converti : car il n'y a pas un trait qui ne lui convienne. Voilà son modèle, et la comparaison doit être entière ; mais la pratique est bien différente, et c'est notre confusion. Le convalescent sacrifie tout à l'intérêt de sa santé : et combien de prétendus pénitents ne veulent rien sacrifier à l'intérêt de leur salut!
A consulter l'Évangile, etàs'en tenir précisément au texte et à la lettre, ou dhrait que Dieu réserve ses I
pi us grandes faveurs aux pécheurs pénitents, et qu'il leur donne l'avantage sur les justes qui néanmoins, fidèles à toutes ses ordonnances , ont toujours vécu dans la règle et dans lo devoir. Parmi les Anges de Dieu, selon l'exprès témoignage du Sauveur des hommes , on se réjouit piusde la pénitence d'unpécheur, que de la persévérance de quatre vingt-dia> neuf justes. (Luc, 15.) En quelque sens que les interprètes expliquent ces paroles, elles nous représentent une vérité très-certaine, savoir, que Dieu, dans tous les temps, a favorisé les pécheurs, même les plus scandaleux, des grâces les plus singulières, quand ils se sont retirés de leur voies criminelles , et qu'ils ont embrassé son service.
Conduite de Dieu que nous devons adorer : conduite fondée sur plus d'une raison, et en voici quelques-unes : 1. parce que Dieu se plaît à faire éclater les richesses de sa grâce : or il ne les fait jamais paraître avec plus d'éclat que dans ces sortes de pécheurs qui s'en sont rendus plus indignes ; 2. parce que les grâces de Dieu, surtout certaines grâces particulières, sont beaucoup plus à couvert des atteintes de l'orgueil dans les mains de ces pécheurs que dans les mains des justes. Que veiix-je dire? Un juste enrichi des dons célestes , et surtout de certains dons, peut plus aisément les attribuer en quelque manière à ses mérites, et, comme l'Ange superbe, se laisser éblouir de sa splendeur et de sa gloire; mais à quelque rang et à quelque degré qu'un pécheur soit élevé, il a , dans la vue de ses ^rements passés, un contre poids qui le rabaisse, et qui lui sert de préservatif contre toutes les attaques d'une vaine estime de lui-même; 3. parce qut Dieu veut s'attacher ces pécheurs, et leur adoucir, par les grâces qu'il leur communique, la pesanteur de son joug, auquel ils ne sont point accoutumés, et sous lequel il serait à craindre que leur faiblesse ne vint à succomber ; 4. parce que Dieu prétend enfin récompenser ces pécheurs du courage qu'ils ont eu à rompre les liens où ils étaient engagés, et des efforts qu'il leur en a coûté : car Dieu sait bien payer les sacrifices qu'on lui fait. Tout ceci, au reste, ne va point à déprimer les justes, ni à leur rien ôter de la louange qui leur est due; à Dieu ne plaise : mais il est bon d'exciter par là les pécheurs et d'anî* mer leur confiance. Le péché commence par le plaisir, mais la peine le suit de près; la pénitence, au contraire, commence parles larmes; mais elle est bientôt suivie des délices de l'âme les plus vives et les plus sensibles.
Il faut qu'un pécheur converti loue Dieu, et qu'il ait du zèle pour la gloire de Dieu , mais un zèle modeste et humble; c'est-à-dire qu'il ne faut pas, dès le lendemain de sa conversion, qu'il s'érige en réformateur, qu'il devienne le censeur de tout le genre