SUR LA PÉNITENCE
présente , c'est justement par là qu'il s'expose à df cruelles peines dans la suite, et à de fâcheux re^ tours. Car, pour peu qu'il soit instruit des devoirs de la pénitenoo'f et qu'il ait de religioa, il est diffi* die qu'il ne lui vienne pas dans la suite bien des remords et des reproches intérieurs dont sa conscience est étrangement et continuellement troublée.
Cependant, me direz-vous, combieodans le monde voyons-nous de gens tranquilles sur leurs pénitences passées , quelque lâches et quelque imparfaites qu'elles aient été? J'avoue qu'on ne voit que trop de ces demi-pénitents , sans trouble et sans scrupule : mais ce que je regarde comme le souverain malheur pour eux, c'est cette paix même où ils vivent.|La paix dans le péché est un grand mal ; maisj un mal encore infiniment plus à craindre, c'est la paix dans la fausse pénitenceJ Car du moins la paix dans le péché ne nous ôte pas la connaissance du péché. Un pécheur, tout endurci qu'il est , ne peut ignorer après tout qu'il a perdu la grâce de Dieu, qu'il est hors des voies de Dieu et dans la haine de Dieu; qu'à chaque moment qu'il passe dans cet état, il peut mourir et être réprouvé de Dieu. Or cette seule connaissance est toujours une ressource pour lui , quoique éloignée , et peut sei^ vir à le réveiller de son assoupissement : au lieu que la paix dans la fitusse pénitence, par la plus dangereuse de toutes les illusions, nous cache la péché, nous persuade que le péché est détruit lorsqu'il vit en nous plus que jamais, lorsqu'il y agit, et qu'il y domine avec plus d'empire, lorsqu'il nous entraîne, sans que nous l'apercevions , dans l'affreux abîme d'une éternelle damnation. Car quelle espérance y a-t-il alors de ramener une âme égarée? Si c'est la vue de ses offenses et le souvenir des désordres de sa vie qui se retrace quelquefois dans l'esprit de ce prétendu pénitent , il se dira à luimême : J'ai péché, j'en conviens et je m'en confonds devant Dieu , mais enfin la pénitence efface tout; j'ai demandé pardon à Dieu , je me suis confessé, on m'a ordonné des prières, des aumônes, et je m'en suis acquitté : que faut-il davantage? Si l'on vient à lui représenter les jugements de Dieu et leur extrême rigueur, il répondra qu'il a pris ses mesures, qu'il a eu recours aux prêtres et qu'il en a reçu l'absolution; que Dieu ne juge pas deux fois, et par conséquent qu'il ne nous jugera point après que nous nous serons jugés nous-mêmes. De cette sorte sa pénitence n'a d*autre effet que de le confirmer dans une impénitence réelle et véritable. Or pouvons- nous rien concevoir de plus funeste ea cette vie et de plus terrible que de trouver la mort où Ton devait trouver le salut, et de se damner par la pénitence même?
Du plus grand mal nous pouvons arei ie pius