L'ALUAIÏCE DE L'AME RELIGIEUSE AVEC DIEU
Dilecius meus tnihi, et ego illi.
Mon bien-aimé est à moi , et Je sois à lai. Cantique des canaques, chap. 2.
Cest répouse des Cantiques , ou , sous la Ggure de cette épouse, c'est ]*âme chrétienne, et en particulier rame religieuse qui parle , et qui nous fait connaître la sainte alliance qu'elle a contractée avec Dieu. Quand elle dit d*abord que ce céleste époux est à elle, c'est pour nous donner à entendre comment il a fait en sa faveur les premières avances , comment il Fa recherchée , et de quelles grâces il Ta prévenue ; et quand elle ajoute qu'elle est à lui , c'est pour nous marquer avec quelle fidélité elle s'est rendue attentive à sa voix, elle a répondu à ses favorables poursuites , et suivi l'inspiration divine qui l'attirait : Dilectus meus mihi^ et ego illi. L'un et l'autre était'nécessaire. Si Dieu ne l'eût point appelée, si elle n'eût point été éclairée d'une lumière céleste, et que la grâce ne lui eût point fait sentir ses saintes impressions , jamais elle n'eût con^u le dessein de renoncer au monde et de se dévouer à Dieu : ou si , fermant les yeux à la lumière qui l'éclairait, et réprimant dans son cœur les mouvements que la grâce y avait excités , elle eût été insensible à la vocation du ciel, Dieu, malgré elle, ne l'eût point engagée, et toutes les vues de sa miséricorde sur elle seraient demeurées sans effet. Mais l'attrait de Dieu d'une part , et de l'autre la correspondance de l'âme ; Dieu qui invite , et l'âme qui consent ; Dieu qui s'offre , et l'âme qui accepte en se donnant elle-même : voilà, nia très-chère sœur, ce qui forme cette belle alliance dont j'ai à vous entretenir, et en conséquence de laquelle vous pourrez dire éternellement : DUectiAS meus mihi, et ego illi. Alliance la plu£ pure, puisque c'est avec Dieu que vous l'allez contracter, et que la grâce en doit être le sacré nœud ; alliance la plus inviolable , puisque vous l'allez jurer à la face des autels, et par une profession solennelle; alliance la plus glorieuse , puisqu'elle ne vous donnera pas seulement la qualité de servante du Seigneur, mais d'épouse du Seigneur, et par là enûn, alliance pour vous la plus avantageuse, puisqu'elle vous mettra en possession de toutes les richesses de Dieu, et en ^ssession de Dieu même. Or pour vous proposer en trois mots, chrétiens auditeurs, le dessein de ce discours, trois choses, selon saint Augustin, forment une alliance : le choix, l'engagement et la société. Le choix en est comme
la société en est le fruit. Choix mutuel , eugagement réciproque, société commune. Que fait donc de sa part une jeune personne en embrassant la profession religieuse ? c'est ce que j'ai à vous représenter dans les trois parties de cet entretien, et ce qui fera tout le sujet de votre attention. Ellechoisit Dieu, elle s'engage à Dieu, elle acquiert, pour ainsi dire, un droit spécial sur tous les trésors de Dieu et sur Dieu même. Voilà, ma très-chère sœur, les avantages inestimables du saint état auquel vous vous dévouez ; mais voilà en même temps tout le fonds des devoirs indispensables et des obligations qu'il vous imposera. Vous les remplirez , ces obligations ; et ces avantages aussi, vous les goûterez. Sainte Mère de Dieu, c'est sous vos auspices que cette vierge Odèle se consacre à votre Fils adorable, et c'est par votre intercession que j'obtiendrai les lumières qui me sont présentement nécessaires ; je les demande , en vous disant : yéve , Maria.