‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 174 sur 352 · ALLIANCE DE LA PIÉTÉ ET DE LA GBANBEUH · texte numérisé non relu

ALLIANCE DE LA PIÉTÉ ET DE LA GBANBEUH

Quelque opposé que semble être au christianisme l'état des grands , il y a une merveilleuse alliance entre la piété et la grandeur. Bien loin qu'elles soient incompatibles, elles se soutiennent mutuellement l'une et l'autre : de sorte que la piété sert à relever la grandeur, et que la grandeur sert à relever la piété.

L La piété relève tout à la fois la grandeur, et devant Dieu et devant les hommes : devant Dieu, parce que la piété rend la grandeur chrétienne et sainte; devant les hommes, parce que la piété nous rend la grandeur singulièrement aimable et vénérable.

Grandeur chrétienne et sainte devant Dieu : par ou? Par la piété ainsi que je viens de le dire, car que fait la piété dans un grand, et comment le sanctifie-t-elle? Est-ce en le dépouillant de sa grandeur même? est-ce en le faisant renoncer à tous les titres d'honneur dont il est revêtu? L'obi ige-t-el le à céder ses droits , à se démettre de son autorité et de son pouvoir, à descendre de son rang et à se dégrader, à mener une vie privée et à se réduire dans une retraite obscure, sans pompe, sans éclat, sans nom? Il est vrai qu'il y a eu des grands du monde, et même des princes et des rois, que l'esprit de Dieu a portés jusque-là. Ils se sont retirés dans les solitudes et dans les cloîtres, et, pour se mettre plus sdrement en garde contre la contagion du siècle, ou pour acquérir une ressemblance plus parfaite avec Jésus-Christ humilié et anéanti, ils se sont cachés et ensevelis dans les ténèbres. Mais si ces exemples sont dignes de notre admiration, ce n'est pas une conséquence que tous les grands les doivent suivre, et qu'ils ne puissent autrement se sanctifier que par cette abdication volontaire et ce renoncement à l'état de distinction où la Providence les a élevés. S'il en était ainsi , il faudrait donc qu'il n'y eût dans le monde chrétien , ni puissance séculière, ni dignité, ni magistrature, ni principauté, ni monarchie, puisqu'il serait nécessaire de quitter tout cela , et de se défaire de tout cela , pour pratiquer le christianisme et pour s'y perfectionner. Système qui dérangerait tout le plan de la sagesse divine, et qui renverserait tout l'ordre qu'elle a établi. A ne point parler des saints législateurs et des saints rois qui ont vécu dans l'ancienne loi et gou-

verné le peuple de Dieu , combien de grands dans la loi nouvelle , combien de rois , sans déroger en rien de leur grandeur, sont parvenus, au milieu de •la cour, à la plus sublime sainteté, et ont mérité d'être honorés d'un culte public par toute l'Église?

De là il s'ensuit qu'on peut être grand selon le monde , demeurer dans la condition de grand , vivre en grand, et cependant marcher et s'avancer dans les voies de la perfection chrétienne. Or voilà l'ouvrage, ou plutôt le chef-d'œuvre de la piété ; elle fait remonter un grand jusqu'au principe de sa grandeur et de toute grandeur humaine, qui est Dieu ; elle lui fait reconnaître avec l'apôtre, et selon la maxime fondamentale de la foi , que toute puissance vient de Dieu , et par conséquent que tout ce qu'il est, il ne l'est que par la grâce de Dieu. D'oik il conclut, par le raisonnement le plus juste et le plus sensible , que toute sa grandeur n'est donc qu'une grandeur subordonnée au souverain mattre de qui il l'a reçue ; que c'est une grandeur dépendante , et que , bien loin qu'elle l'affranchisse des lois divines , elle lui impose une obligation particulière d'honorer d'un culte plus religieux , plus assidu, plus fervent, le suprême auteur à qui il est redevable de son état et de tous les avantages temporels qui y sont attachés ; que ce n'est pas pour lui qu'elle lui a été donnée , cette grandeur, et qu'il n'en est que le dépositaire , mais que chaque chose devant retourner à sa source, c'est à Dieu que l'hommage en est dd, et à ce Seigneur des seigneurs qu'elle doit être référée par un usage tel qu'il le demande et tel qu'il le mérite.

Toutes ces pensées , et bien d'autres que la piété ne manque point de suggérer, tiennent un grand dans une attention continuelle sur soi-même, pour ne se laisser point éblouir de l'éclat qui l'environne, et ne se point évanouir d;ms ces idées; pour se maintenir toujours devant Dieu et à l'égard de Dieu dans des sentiments humbles et soumis , dans une dépendance volontaire et entière, dans une obéissance pleine et parfaite; pour n'user jamais de sa puissance contre Dieu , en la faisant servir à satis* faire ses passions , son intérêt , son ambition , ses ressentiments et ses vengeances ; mais, au contrairei pour l'employer toujours selon les vues et le gré de Dieu, consultant Dieu dans tout ce qu'il entreprend, n'y envisageant que Dieu , et ne s'y proposant autre chose que d'être l'exécuteur de ses ordres , el le ministre de ses éternelles volontés ; pour s'attaclier avec d'autant plus de fidélité et plus de zèle au service de Dieu , qu'il se voit comblé plus libéralement et plus abondamment de ses dons ; pour lui rendre tous les devoirs de religion, d'adoration, de reconnaissance et de dévotion que l'Église de Dieu exige de chaque fidèle , ne manquant à nulle observance, nesedispensantd'aucunepratique, yea

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