USAGB DES ORAISONS JACULATOIRES
au contraire, qu'il n'est rien dont nous ayons plus d'usage que de la méditation, et que sans étude nous savons méditer surtout. Nous savons méditer sur une affaire temporelle, sur un intérêt de fortune; méditer sur un procès ou à poursuivre ou à soutenir, ou à décider; méditer sur une entreprise , sur un emploi, sur un parti , sur un établissement , sur un mariage ; méditer sur une intrigue politique , sur une négociation , sur un traité, sur un commerce; méditer sur un ouvrage d'esprit , sur un point de doctrine , sur une question , une opinion de Técole; et s*il faut rajouter, méditer même sur un crime, que nous projetons : c'est-à-dire que sur tout cela et sur tout le reste, dont ledétail serait infini, nous savons réfléchir, raisonner, chercher des moyens, prendre des précautions , démêler le bien et le mal , le vrai et le faux, ce qui convient et ce qui ne convient pas , ce qui peut profiter et ce qui peut nuire. Cest-à-direque nous savons sur tout cela délibérer, examiner, peser les raisons, prévoir les obstacles, faire des arrangements, former des résolutions; c'est-à-dire que nous savons penser à tout cela, en tous lieux, en tout temps, le matin, le soir, le jour, la nuit , et y penser sans ennui , sans distraction , avec l'attention la plus infatigable et la plus constante. Comment n'y aura-t-il que les choses de Dieu et que le salut, à quoi nous ne puissions appliquer notre esprit, ni arrêter nos pensées? Comment sera-ce l'unique sujet , sur quoi la méditation nous devienne ou nous semble impraticable? En deux mots , veillez , suivant Timportante leçon du Sauveur des hommes, e/prie:s. Veillez et observez attentivement tous vos pas : pourquoi ? parce que vous marchez dans un pays ennemi , et qu'à tout moment vous pouvez être surpris. Priez et implorez humblement la grâce d'en haut : pourquoi ? parce que vous êtes faible, et que sans l'assistance divine vous ne pouvez vous défendre. Veillez , et votre vigilance rendra votre prière plus efficace auprès de Dieu; priez, et votre prière secondera votre vigilance par les secours qu*elle vous attirera de la part de Dieu. Or, pour l'un et pour l'autre, le même Sauveur vous donne encore cet avis , qui est de vous retirer à l'écart, et de rentrer en vous-même , examinant devant Dieu toute votre conduite, vous demandant compte de toutes vos actions, supputant et vos progrès et vos pertes, prenant des mesures pour réparer le passé et pour réformer Taveuir, vous excitant, vous encourageant, vous adressant au ciel et l'intéressant en votre faveur. Il n'est point question d'y employer beaucoup de temps, mais d*être exact et régulier à y donner tous les jours quelque temps. Vous saurez bien le ménager, ce temps, et le trouver, dès que vous le voudrez; et vous le voudrez, dès que vous comprendrez bien le prix de votre âme, et combien il vous importede la sauver.
Mais c'est ce que vous n'avez point encore compris comme il faut; et de ce que vous ne le comprenez pas , voilà pourquoi vous y pensez si peu. Vous pensez à touts autre chose, vous vous occupez de touts autre chose : hél ne penserez-vous jamais à vousmême? jamais ne vous occuperez-vous de vousmême? Car ce que j'appelle vous-même, ce ne sont point ces biens , ces plaisirs , ces honneurs mondains qui passent si vite, et à qui vous êtes néanmoins si attentif. Ce ne sont point toutes ces affaires ou do^ mestiques , ou étrangères , qui ne regardent que des intérêts temporels, et dont vous avez sans cesse la tête remplie. Tout cela n'est point vous-même, puisque tout cela peut être séparé de vous , et qu'indépendamment de tout cela vous pouvez subsister et être éternellement heureux ou éternellement malheureux. Mais vous-même, vous dis-je, c'est cette âme immortelle qui fait la plus noble partie de votre être, et que Dieu vous a confiée; cette âme dont la perte serait pour vous le souverain malheur, quand vous pourriez posséder tout le reste; et dont le salut au contraire doit être votre souveraine béatitude, quand il ne vous resterait rien d'ailleurs, et que tout vous serait enlevé. Voilà, encore une fois , et à proprement parler, ce que vous êtes ; et voilà par conséquent ce qui demande toutes vos réflexions. Or, ces réflexions ne se font que par la méditation, et de là vous jugez avee quelle raison on vous recommande une pratique si salutaire.
USAGE DES OBAISONS JACOLÂTOIBES OU DBS FEi* QUENTBS ASPIBATIONS YBBS DIEU.
On demande assez communément des pratiques pour se recueillir au dedans de soi-même dans les différentes occupations de la vie. On se plaint du peu de loisir qu'on a pour vaquer à la prière et pour se réveiller souvent et se renouveler en esprit par ce saint exercice. D'oOi il arrive que , malgré toutes les résolutions qu'on a prises à certains temps , une multitude d'affaires qui se succèdent les unes aux autres, nous fait perdre le souvenir de Dieu, et que, dans cet oubli de Dieu, on se dissipe, on se relâche, on devient tout languissant, ou du moins qu'on agit d'une façon tout humaine et sans mérite. Or, le remède le plus aisé, le plus prompt, comme aussi le plus efficace et le plus puissant, c'est ce qu*on appelle, selon le langage ordinaire, prières jaculatoires et dévotes élévations de l'âme à Dieu.
Ce sont certaines paroles vives et affectueuses par où l'âme s*élance vers Dieu, tantôt pour lui marquer sa confiance, tantôt pour le remercier do ses dons, tantôt pour exalter ses grandeurs, tantôt pour s'anéantir devant ses yeux ; quelquefois pour fléchir sa colère et pour implorer sa miséricorde,