USAGE DES ORAISONS JACULATOIRES
la volonté de Dieu, qui nous éprouve : Tout vient 4$ vougj Seigneur, et vous êtes le maître; soit en le résignant et en acceptant : f^ous le voulez , mon Dieu, et parce que vous le voulez 9 J^ ^ veux; soit en offirant à Dieu ses souffrances : f^ous voyez, Seigneur, ce que Je souffre et pour qui je le souffre; soit en cherchant auprès de Dieu du secours et du •oolagement : // vous a plu dem'affliger. Seigneur, et Une tient qu'à vous de me consoler. Si nous sentons notre foi s*aftiaiblir et chanceler, disons : Je crois, mon Dieu, mais fortifiez , augmentez ma foi. ( Matth., 9. ) Si nous sommes dans le découragement et que nous manquions de confiance , disons : Qu'ai'je à craindre. Seigneur, et tant que vous serez avec moi, que peut tout l'univers contre moif ( Psalm. Z)ou:Je puis tout en celui et avec celui qui me soutient. ( Phil., 4.) Si notre amour commence à se refroidir, et quMI n*ait plus la même vivacité ni la même ardeur, disons : Embrasez mon cŒur de votre amour, ô mon Dieu! et si je ne vous aime point assez, faites que je vous aime encore plus. Dans la vue des bienfaits de Dieu , nous nous écrierons : Qu'est-ce que l'homme. Seigneur ^ et par où ai'je mérité tant de grâces? ( JoB , 7. ) Dans le souvenir et le désir de Téternelle béatitude où Dieu nous appelle , nous dirons : Quand viendra le moment et quand sera-ce que j'entrerai dans la joie de mon Seigneur et de mon Dieu? ( Matth., 25. ) Dans lasainte résolution de nous attacher plus étroitement à Dieu , et de le servir avec plus de zèle que jamais, nous lui ferons la même protestation que le roi prophète : Je l'ai dit. Seigneur, c'est maintenant que je vais commencer (Psaltn. 70) ; et nous ajouterons : Cet heureux renouvellement, 6 mon Dieu ! ce sera Vouvrage de votre droite. Enfin selon les conjonctures, les temps, et selon que nous nous trouverons touchés intérieurement et diversement affectionnés , nous userons de ces prières , et de tant d'autres que je ne marque pas, mais qu*il nous est aisé de recueillir conformément à notre dévotion, et d'avoir toujours présentes à la mémoire.
Peut-être comptera-t-on pour peu des prières ainsi faites , et peut-être, à raison de leur brièveté, se persuadera-t-on qu'elles ne doivent pas être d'un grand poids devant Dieu. Mais le Sauveur des hommes nous a formellement avertis que le royaume de Dieu ne consiste point dans l'abondance des paroles. La droiture de l'intention, la force et l'ardeur du sentiment, voilà à quoi Dieu se rend attentif, voilà à quoi il se laisse fléchir; et c'est à ce sens qu'on peut prendre ce qu'a dit le Sage : Qu'tme courte prière pénètre les deux. David dans un même péché avait commis un double crime , et le pardon de l'un et de l'autre ne devait être , ce semble , accordé qu'à de puissantes intercessions , longtemps et souvent réitérées ; mais dès qu'aux repro-
ches que lui fait le prophète , il s'est écrié : J'as péché contre le Seigneur ( Reg., 13 ); cette seule confession, que le repentir lui met dans la bouche, suffit pour apaiser sur l'heure la colère de Dieu. Rornons-nous à cet exemple , et ne parlons pomt de bien d'autres, non moins connus, ni moins convaincants. On ne traite avec les grands du monde que par de fréquentes entrevues et de longues délibérations; mais avec Dieu, tout peut se terminer dans un instant.
De tout ceci , concluons combien nous sommes inexcusables, lorsque nous négligeons une manière de prier qui nous doit coûter si peu et qui nous peut être si salutaire. Car il n'est point ici question de profondes méditations, et il ne s'agit point d'employer des heures entières à l'oraison. Quand on le demanderait de nous, nous n'aurions communément , pour nous en dispenser, que de vains prétextes et de fausses raisons; mais ces raisons, après tout, quoique frivoles et mal fondées, ne laisseraient pas d'être spécieuses et d'avoir quelque apparence. Nous pourrions dire, et c'est en effet ce qu'on dit tous les jours, que nous manquons de temps, que nous sommes chargés de soins qui nous appellent ailleurs, que notre esprit, naturellement volage, nous échappe, et que nous avons peine à l'arrêter; que mille distractions viennent nous assaillir en foule et nous troubler, dès que nous nous mettons à l'oratoire, et que nous voulons rentrer en nousmêmes ; que d'avoir sans cesse à combattre pour les rejeter, c'est une étude, un travail, une espèce de tourment; en un mot, que nous ne sommes point faits à ces sortes d'exercices si relevés et si spirituels, et qu'ils ne nous conviennent en aucune façon.
Voilà, dis-je, de quelles excuses nous pourrions nous prévaloir, quoique avec assez peu de sujet; mais de tout cela que pouvons-nous alléguer, par rapport à ces dévotes aspirations qui nous devraient être si habituelles? Sont-ce nos occupations qui nous détournent de cette sainte pratique, et qui nous ôtent le temps d'y vaquer? mais il n'y faut que quelques moments. Craignons- nous que cet exercice ne nous devienne ennuyeux? mais quel . ennui nous peut causer un instant qui coule si vite, et qui se fait à peine sentir? Dirons-nous que nous sommes trop distraits? mais pour un simple mouvement du cœur, et pour quelques paroles que la bouche prononce, il ne faut pas une grande contention d'esprit, et il n'est guère à croire qu'on n'y puisse pas donner l'attention suffisante. Tout est terminé avant qu'aucun autre objet ait pu s'offrir à l'imagination et la porter ailleurs. Enfin, nous retrancherons -nous sur le peu de commodité par rapport aux occasions , aux heures, aux lieux convenables? mais en toute rencontre , à toute heure, partout, et en quelque lieu que ce soit, il n'est rien
ORAISON DOBIINIGALE.
qui nous empêche de rappeler le souvenir de Dieu , de nous tourner intérieurement vers lui, et de lui adresser nos vœux. Il n'est point besoin de préparation pour cela; il n'est point nécessaire de se retirer à l'écart , d'être au pied d'un autel , de quitter un travail dont on est actuellement occupé, ni d'Interrompre une conversation où la bienséance nous à engagés et où elle nous retient.
Qu'avons-nous donc, encore une fois, à opposer, et quel obstacle réel et véritable peut servir à notre justification? Reconnaissons-le de bonne foi : la source du mal, c'est notre mdifférence pour Dieu, et pour tout ce qui regarde la perfection et la sanctification de notre âme. Si nous aimions Dieu, je dis, si nous l'aimions bien, notre cœur, aidé de la grâce et entratné par le poids de soti amour, se porterait de lui-même à Dieu : il ne faudrait point alors nous inspirer les sentiiiients que nous aurions à prendre, ni les chercher ailleurs que dans le fond de notre âme; et comme la bouche parle de l'abondance du coeur, il ne faudrait point nous suggérer des termes pour exprimer ce que nous sentons; ces expressions viendraient assez , et, sans recherche, sans étude, elles naîtraient, si je Pose dire, sur nos lèvres. Nous en pourrions juger par une comparaison , si elle était convenable à une matière aussi sainte que celle-ci. Qu'un homme soit possédé d'un fol amour, et qu'il soit épris d'un objet profane et mortel , faut-il l'exhorter beaucoup et le solliciter de penser à la personne dont il est épris ? que dis-je , peut-il même n'y penser pas et l'oublier? Tout absente qu'elle est , il ne la perd en quelque manière jamais de vue, et elle lui est toujours présente. Hélas! à quoi tient-il que nous ne soyons ainsi nousmêmes dans une présence continuelle de Dieu , mais dans une présence toute sainte et toute sanctifiante?
Cette présence de Dieu est un des exercices que tous les maîtres de la vie dirétienne et dévote nous ont le plus recommandé. Ils nous en ont tracé diverses méthodes, toutes bonnes, toutes utiles; mais de toutes les méthodes , je ne fais point difficulté d'avancer qu'il n'en est aucune, ni plus solide, ni plus à la portée de tout le monde, que de s'accoutumer, ainsi que je viens de l'expliquer et que je Tentends , à parler à Dieu de temps en temps dans le cours de chaque journée. La plupart des autres méthodes consistent en des efforts d'imagination qu'il est difficile de soutenir, et dont les effets peuvent être nuisibles, au lieu que celle-ci se présente comme d'elle-même , et ne demande aucune violence.
< Elle a encore cet avantage , que, sans nous détourner des affaires dont nous sommes chargés, ni des fonctions auxquelles nous sommes indispensablement obligés de nous employer selon notre pro-
ion , elle nous met en état de pratiquer pres-
que à Id lettre cette importante leçon du Sauveur du monde, qu'il faut toi^oters prier et ne point cesser. Car, n'est-ce pas une prière continuelle?
depuisleréveildumatinjusqu'au sommeil de la nuit j. d'heure en heure, ou même plus souvent , on penseà Dieu, on dit quelque chose à Dieu, on se tient étroitement et habituellement uni à Dieu. Ce n'est pas sans retour de la part de Dieu, ni même sans le retour quelquefois le plus sensible. Dieu ne manque guère de répondre et de faire entendresecrètement sa voix. On l'écoute , et on se sent tout animé , tout excité , tout pénétré. Il y a même des moments où l'on se connaît à peine soi-même; et c'est bien là que se vénfie ce que nous lisons dans l'excellent livre de î'Imitation de Jésus-Christ : Le Seigneur se piaii à visiter souvent un homme intérieur ; ils'entre^ tient doucement avec lui; il le comble de consola-tion et de paix , il en vient même à une familiarité qui va au delà de tout ce que nous pouvons com^ prendre. Heureuse une âme qui , sans bien comprendre ce mystère de la grâce, se trouve toujours en disposition de l'éprouver.
ORAISON DOMINICALE
GOMMENT ELLE NOUS CONDAMNE ; DE LJL MANliu QUE NOUS LÀ BÉCITONS ; ET DANS QUEL ESPBIT NOUS LA DEVONS BÉCITEB.
Qu'est-ce que l'oraison dominicale? c'est le précis de toutes les demandes que nous devons faire à Dieu. Nous les lui faisons en effet chaque jour; nous récitons chaque jour cette sainte prière. Ce sont, dans les vues de Jésus-Christ , des demandes salutaires pour nous; mais dans la pratique et selon les dispositions de notre cœur, ce sont autant de condamnations que nous prononçons contre nous, et voici comment.
Nous demandons à Dieu que son nom soit sane» tifié, qu'il soit connu, béni, adoré par toute la terre; et ce nom adorable du Seigneur, nous le profanons, nous le blasphémons. Ce souverain mattre, ce créateur de toutes choses, que nous reconnaissons digne des hommages de tout l'univers, nous le déshonorons par les désordres de notre vie, nous l'insultons jusques au pied de ses autels par nos scandales et nos irrévérences. Bien loin de nous employer à étendre sa gloire dans toutes les contrées du monde , nous ne prenons pas seulement soin de le faire servir et glorifier dans l'étroite enceinte d'une maison soumise à notre con* duite; nous ne l'y glorifions ni ne l'y servons pas nous-mêmes : première condamnation.
Nous demandons à Dieu que son régne arrive s
OBAISON DOIONIGALE.
e*e8t*à^re que, dès cette vie, il r^e dans nous par sa grâce, et qu'en Tatitre nous riions avec lui par lapossessiondeson royaume céleste. Mais ce règne de Dieu dans nous par la grâce, nous le détruisons par le pédié. Sous Teoipire de qui vivonsnous, et voulons-nous vivre ? sous Tempire du inonde corrompu, sous celui de nos habitudes vicieuses, de nos passions déréglées. Voilà lesmaltresqui nous gouvernent et dont nous aimons la domination , toute honteuse et tout injuste qu'elle est. Tellement qu'au lieu de soumettre notre cœur à Dieu, nous en bannissons Dieu pour y établir en sa place ses plus déclarés ennemis. De là , nous ne pensons guère à ce royaume du ciel où Dieu nous appelle , et où il nous promet de nous Caire régner éternellement avec lui et avec ses saints. Comme de vils animaux , nous avons toujours les yeux tournés vers la terre; nous ne sommes occupés que de la vie présente , et c'est à cette vie terrestre et sensuelle que nous rapportons toutes nos vues, tous nos désirs, tous nos intérêts : seconde condamnation.
Nous demandons à Dieu qtte sa volonté se/asse sur la terre comme dans le ciel; que toute sa loi soit observée, tous ses préceptes fidèlement gardés, que nous ayons là-dessus la même exactitude, la même diligence, la même pureté d'intention, la même ferveur et la même constance qu'ont ces esprits bienheureux dont il a fait ses anges et ses ministres : que, de quelque manière qu'il lui plaise disposer de nous en ce monde, il nous trouve toujours dociles, patients, résignés, et dans une parfaute conformité de cœur aux desseins de sa providence. C'est pour tous les hommes en général, mais spécialement pour chacun de nous en particulier, que nous lui faisons cette prière. Or, de bonne foi, comment pouvons-nous la faire, quand nous transgressons ses commandements avec tant de liberté etitant de facilité, quand nous résistons avec tant d'obstination à tous les mouvements intérieurs , à toutes les inspirations qu'il nous donne , et où il nous déclare ce qu'il veut de nous ; quand nous n'accomplissons au moins qu'en partie et qu'avec des réserves et des négligences extrêmes ce qu'il nous prescrit, et ce que nous savons lui être agréable; quand, à la moindre disgrâce qui nous arrive, au moindre événement qui nous chagrine et qui nous* mortifie , nous nous troublons , nous nous révoltons, nous éclatons en plaintes et en murmures? Allons après cela lui faire des protestations d'obéissance , et d'un sincère attachement à son bon plaisir; toute notre conduite , tous nos sentiments démentent nos paroles : troisième condamnation.
Nous demandons à Dieu qu'il nous donne notre pam de chaque Jour, et ou'il nous le donne dans
le Jour et pour le Jour présent : rien davantage. Par où nousiui témoignons quenous nous contentons do nécessaire; que nous ne voulons que le pain , et que notre pain; que nous ne prétendons point avoir le pain d'autnii , mais celui seulement qu'il nous a promis, et qui nous appartient comme un don de sa bonté paternelle; que nous ne le voulons même qu'autant qu'il peut suffire dans le cours de la journée à notre subsistance et à nos besoins. Cette demande, prise dans son vrai sens, est sans contredit une des plus raisonnables et des plus modérées.' Mais en effet, nous bornons-nous à ce nécessaire? Avons-nous jamais assez pour remplir l'insatiable convoitise qui nous dévore? Fussions- nous dans l'état le plus opulent , nous voulons toujours acqué-' rir, toujours amasser, toujours accumuler biens sur biens. Non contents que Dieu nous fournisse Faliment et le pain, nous portons bien au delà nos prétentions. Il faut que nous ayons de quoi soutenir d'excessives dépenses en logements, en ameublements , en équipages , en jeux , en parties de plaisir. Il £iut que nous ayons de quoi satisfaire tous nos sens , de quoi leur procurer toutes leurs commodités et toutes leurs aises, de quoi mener une vie molle et délicieuse. H faut que nous soyons dans le faste, réclat, la splendeur. Il le £aut, dis-jeV selon nos désirs désordonnés;' et si les revenus dont on jouit ne sont pas assez amples pour cela, à! quelles injustices a-t-on recours ? quelles voies prend-* on, tantôt de violence ouverte, tantêt d'adresse et d'industrie, pour enlever aux autres le pain qu'ils ont reçu de Dieu et pour se l'approprier ? épargnet-on le pauvre, l'orphelin, la veuve? Et jusqu'où n'étend-on point ses vues dans l'avenir? Il semble que nous nous croyions immortels, et que nous devions au moins passer de plusieurs siècles cet aujourd'hui que le Fils de Dieu nous a toutefois marqué comme l'unique objet de nos soins , et où il veut que nous les renfermions : quatrième condamnation.
Nous demandons à Dieu quHl nous remette nos offenses^ et qu^U nous pardonne comme nous par* donnons à ceux qui nous ont offensés. Terrible condition, comme nous pardonnons! car nous ne pardonnons rien , ni ne voulons rien pardonner'; ou si , peut-être après bien des difficultés et de Ion-» gués négociations, nous consentons à quelque accommodement, du moins attendons-nous qu'on fasse toutes les avances. Et comment encore pardonnons-nous alors? nous ne pardonnons que de bouche et qu'en apparence, sans pardonner de cœur. Nous ne pardonnons qu'à demi , voulant bien nous relâcher jusqu'à certain point , mais sans aller plus loin. De sorte que, malgré nos retours affectés et imparfaits, il nous reste toujours dans le fond un venin secret et une indisposition habi-
OBAISON DOMINICALE.
tnclle qui ne se produit que trop dans les rencontres , et ne se fait que trop sentir. D'où s'ensuivent les plus affreuses conséquences; savoir, qu'en demandant à Dieu qu'il nous remette nos offenses, comme nous remettons celles qui nous ont été faites, nous lui demandons qu'il ne nous en remette aucune, puisque de toutes celles que nous pouvons recevoir, il n'y en a pas une que nous voulions remettre. Nous lui demandons que s'il se trouve en quelque manière disposé à se réconcilier avec nous, il nous laisse faire vers lui toutes les démarches, sans nous prévenir et sans nous rechercher par sa gràee : ce qui nous rendrait cette réconciliation absolument impossible. Nous lui demandons que s'il daigne se rapprocher de n<)us, ce soit seulement une réunion apparente, et que son cœu.f à notre égard demeure toujours dans le même éloignesient et le même ressentiment. Nous lui demandons que, si par l'entremise de ses ministres , il veut bien nous donner l'absolution de nos péchés, ce nesoitqu'une demi absolution, une absolution limitée, laquelle ne l'empêche point d'agir contre nous à toute occasion, et de travailler secrètement à notre ruine. Quelles prières et quelles demandes! Qui n'en doit pas être effrayé, pour peu qu'on y pense? Mais elles sont toutes néanmoins comprises dans cette règle. Pardonnez- nous comme nous pardonnons; et c'est la cinquième condamnation.
Nous demandons à Dieu qu'il ne nous expose point à la tentation, surtout à certaines tentations que nous savons être plus dangereuses pour nous, et où notre faiblesse est plus en péril de succomber. Car quoique Dieu permette quelquefois que la tentation nous attaque malgré nous , et quoique nous devions alors en soutenir l'effort avec patience et avec couraîse , il veut du reste que nous la fuyions autant qu'il dépend de nous , et il trouve bon que nous lui adressions nos vœux pour en être délivrés. Mais voici l'énormecontradiction où nous tombons, et qui nous rend inexcusables , c'est que nous nous exposons aux tentations les plus violentes. On a cent fois éprouvé le danger prochain de telle ou telle occasion, et cependant on y demeure toujours; on ne peut ignorer combien cette liaison , combien ces conversations, ces entrevues , font d'impression sur le eœur, et à quels désordres elles sont capables de conduire , et cependant on n'y veut pas renoncer : on . sait que le mondeest plein de pièges et d'écueils; on a l'exemple de mille autres qu'on y a vus, et qu'on y voit sans cesse échouer malheureusement; on a l'exemple de ses propres chutes , dont peut-être on ne s'est encore jamais bien relevé, et cependant on veut être du monde , et d'un certain monde , c'est-àdire d*un monde particulier qui plaît davantage, et dont on se sent plus touché ; d*un monde qui excite plus nos passions, qui flatte plus nos incli-
nations ; d'un monde où l'innocence des plus grands saints eût fait un triste naufrage , et où la vertu des anges serait à peine en sûreté. On veut vivre dans ce monde, parmi ce monde, avec ce monde , on vent avoir part à ses divertissements , à ses assemblées, k ses entretiens, sans égard à tous les risques qu'il y a à courir, et sans profiter de la connaissance qu'on a de son extrême fragilité. Il en est de même d'une infinité d'autres engagements, où l'on se jette en aveugle, quoique d'une volonté pleine et délibérée : engagements de professions et d'états , engagements d'emplois et de commissions, engagements d'affiii* res et d'intérêts. N'avons-nous pas bonne grâce alors de dire à Dieu : Seigneur, détournez de nous les tentations où nous pourrions nous perdre , et ne nous y abandonnez pas! Et Dieu n'a-t-il pas droit de nous répondre : Pourquoi donc y restez-vous habituellement? pourquoi donc ne prenez-vous aucune des mesures que je vous inspire pour vous en défendre? Avec cela ne comptez ni sur moi ni sur vous-même : sixième condamnation.
Nous demandons enfin à Dieu qu'il nous délivre du mal. Le plus grand mal qu'il y ait à craindre sur la terre , c'est sans doute le péché, et de tous IfBS maux , le plus grand que nous ayons à éviter dans l'autre vie, c'est la damnation éternelle, où le péché conduit comme la cause à son effet. C'esl donc particulièrement de l'un et de l'autre que nous demandons d'être préservés. Mais voulons-nous, sij'ose parler de la sorte, nous jouer de Dieu; prétendons-nous l'outrager en le priant, et lui faire insulte? Seigneur, lui disons-nous, que votre grâee nous garde du péché ; mais ce péché , nous l'aimons; mais ce péché, nous l'entretenons dans nous et nous l'y nourrissons; mais ce péché, nous en faisons le principe de toutes nos actions, le ressort de toutes nos entreprises, l'âme de tous nos plaisirs , la douceur et l'agrément de toute notre vie. Je dis plus : nous en faisons notre idole et notre divinité; nous le favorisons ce péché, nous nous familiarisons avec lui, nous prenons sa défense; et , si l'on veut nous en donner de l'horreur, c'est contre ceux mêmes qui travaillent à nous en détacher que nous tournons toute notre haine. Ainsi nous laissonsnous entraîner dans cet abtme de malheurs qui en est le terme, et où nous ressentirons éternellement les coups de la vengeance divine. C'est là , c'est dans cette fatale éternité , qu'il n'y aura plus à demander que Dieu nous délivre de ce lieu de tourments où l'arrêt de sa justice nous aura précipités. Il fallait le demander plus t6t, et le bien demander. Nous l'aurons demandé pendant la vie, il est vrai : mais nous l'aurons demandé comme ne le demai.dant pas. Car, c'est ne le pas demander que d'y apponer, en le demandant, des obstacles invincibles, et x^icu pourra toujours nous reprocher que nous ne V
ORAISON DOMINICALE
rons pas toqIu , oo iHen voulu : septième et dernière condamnation.
Où donc en sommes-nous , et que ne sera pas capable de corrompre la malice de notre coeur, quand elle peut de la sorte pervertir la prière même , et la plus excellente de toutes les prières? Je ne dis pas , à Dieu ne [rfaîse, la pervertir en elle-même, c*est une prière toute divine, et qui garde pailout son caractère de divinité : mais je dis la pervertit par rapport à nous, et au fruit que non» en devons retirer. Le dessein du Fils de Dieu , en nous la traçant, a été que ce filt pour tous les fidèles une source de grâces et de bénédictions : mais par l'abus qu'en font la plupart des chrétiens en la récitant, elle ne peut qu'irriter le ciel, et qu'attiiTr sur nous ses anathèmes et ses malédictions. Faut-il pour cela nous l'interdire absolument , et ne la prononcer jamais? autre malheur non moins funeste ni moins terrible. Ce serait nous excommunier nous-mêmes ; ce serait nous retrancher du nombre des enfants de Dieu , en ne l'honorant plus comme notre père; ce serait, en quelque manière, nous séparer du corps de l'Église , en ne priant plus avec elle ni comme elle. Nous ne pouvons donc trop user d'une prière qui nous a été si expressément recommandée par Jésus-Christ. Si nous sommes justes , cette prière , dite avec une foi vive et une humble conGance , servira à notre avancement et à notre perfection. Si nous sommes pécheurs , cette prière, accompagnée d'un sentiment de repentir, servira à fléchir le cœur de Dieu et à nous remettre en grâce auprès de lui par une sincère conversion. Si même nous ne nous sentons point encore touchés d'un repentir assez vif, cette prière , jointe à un vrai désir d'être plus fortement attirés, servira à nous obtenir une grâce de contrition. Mais adressons-nous, pour en profiter, au divin Sauveur qui nous l'a enseignée , et demandons- lui que comme il en est l'auteur, et qu'il nous l'a mise dans la bouche, il en soit, en nous animant de son esprit, le sanctificateur et le médiateur.
Il sera l'un et l'autre, quand nous prierons selon les intentions que cet adorable maître s'est proposées en nous apprenant lui-même à prier. Étudionsles, méditons-les, pénétrons-les; et pour y bien entrer, appliquons-nous chacun en particulier chaque demande, et disons à Dieu :
I. Notre Père gui êtes dans les deux, que votre nom soit sanctifié. Dieu de majesté. Roi des rois et Seigneur des seigneurs, grand Dieu , ce ne sont point tous ces titres et tant d'autres que j'emploie pour vous intéresser en ma faveur et pour trouver accès auprès de vous. Vous êtes mon père : cela me sufQt. Oui , vous Têtes , Seigneur, et tout ce que j'ai reçu de vous me le donne bien à connaître. Vous êtes le père de tous les hommes : mais j'ose dire
BOCRDALOCE. — T. III.
que vous êtes encore plus particulièrement le mien que celni d'une infinité d'autres hommes , puisquMI y a une multitude innombrable d'hommes et des peuples entiers que vous n'avez jamais prévenus des mêmes grâces que moi , ni favorisés des mêmes dons.
Cependant , mon Dieu , ce titre de père , qui m'est si cher et qui m'annonce vos miséricordes , ne me fait point oublier votre pouvoir suprême et votre souveraine grandeur ; et sMI excite toute ma confiance , il ne m'inspire pas moins de respect et de vénération. Car vous êtes dans les cieux, ô Père tout-puissant! et dans le plus haut des cieux. C'est là que vous avez établi le trône de votre gloire, là que vous faites briller toute votre splendeur, là que vous exercez votre empire au milieu de vos anges et de vos élus; et , quoique la lumière où vous habitez soit inaccessible, c'est là même néanmoins que vous nous ordonnez d'élever nos esprits, de porter nos cœurs , d'adresser nos vœux. Recevez les miens. Seigneur, je vous les adresse. Ils sont sincères, et ils sont tels que vous le voulez. Par où puis-je mieux commencer que par vous-même, et de toutes les demandes que j'ai à vous faire , quelle est la plus naturelle et la plus juste, si ce n'est que votre nom soit sanctifié?
Ce nom adorable, c'est votre essence divine, puisque vous vous appelez celui qui est; ce sont vos infinies perfections ; c'est tout ce que vous êtes. Or, que tout ce que vous êtes , 6 mon Dieu ! soit honoré, comme il le doit être, je veux dire du culte le plus pur, le plus religieux, le plus saint. Que tout l'univers vous connaisse, vous glorifie, vous adore. Que tout ce qui est capable d'aimer s'attache inviolablement à vous et ne s'attache qu'à vous. Tel est le désir le plus affectueux de mon cœur et le plus vif. Mais en vous le témoignant, touché d'une pieuse émulation que vous ne condamnerez point. Seigneur, j'ose ajouter que je voudrais, s'il était possible, moi seul vous aimer et vous glorifier autant que vous glorifient toutes vos créatures, et que vous aiment tous les esprits bienheureux et toutes les âmes justes.
Que dis-je, mon Dieu? ce ne sont là que des souhaits, toujours bons, puisque vous en êtes le principe, l'objet et la fin; mais, au lieu de m'en tenir à des souhaits vagues et indéterminés , ce que je dois surtout vous demander et ce que je vous demande très-instamment, c'est qu'autant qu'il dépend de moi, selon ma disposition et mes forces présentes, je vous glorifie dans mon état; c'est que sur cela je ne me borne point à des paroles , mais que je passe à la pratique et aux effets ; c'est que par l'innocence ' de mon cœur, que par la ferveur de ma piété, que ' par la sainteté de mes œuvres , que par l'édification 1 de mes mœurs, je vous présente chaque jour un
ORAISON DOMINICALE
sacrifice de louanges, et je tous rende jusqu'à ma nort un hommage perpétuel.
Ii: Que Vfotretrégne arrive. Ah! Seigneur, qu'il arrive dans moi , ce rè^e si favorable et si désirable pdiir moi! Et commeot n'y est-il point encore arrivé ? comment dis-je, ô mon Dieu ! n'avez- vous pas plus tôt régné sur toutes les^puisçances de mon Ame, sur tous mes. sènis, soit intérieurs , soit extérieurs, sur tout uioWéme? Car qu'jç a-t^^il en moi qui; ne soit à vous , et qui ^ par la plus juste conséquence et l'obligation la plus essentielle.^ ne vous doive être soumis? ,
11 est vrai , vous régnez dans moi et sur moi nécessairement, et par la souveraineté inséparable de votre être. Vous êtes mon Dieu , et puisque vous êtes mon Dieu, vous êtes mon Seigneur : et parce qu'il ne dépend point de moi que vous soyez mon Dieu , ou que vous ne le soyez pas , il ne dépend point non plus de moi que vous soyez ou ne soyez pas mon Seigneur. Mais comme je ne contribue en rien à ce règne de nécessité, dès qu'il est indépendant de ma volonté, ii ne sert aussi qu'à relever votre gloire, et ne contribue en rien à ma perfection et à mon mérite. Ce n'est donc point là le règne que je vous demande. Je ne vous prie point qu'il s'établisse, puisqu'il est déjà tout établi. Mais^ Seigneur, il ya un règne de grâce auquel je puis coopérer et que vous avez fait dépendre de mon consentement et de mon choix. Je veux dire qu'il y a un règne tout spirituel où votre grâce prévient uiîe âme, et ou l'âme préy,enue de cette finrâce intérieure obéit volontairement et librement à toutes vos inspirations, se conforme en toutes choses et sans réserve à votre bon plaisir, çxéçute avec une pleine fidélité tous vos ordres ,. et n'a point d'autre règle dé conduite que vos divins commandéments et votre loi. Je veux dire qu'il y a un règne d'amour où le cœur se donne lui-même à vous, et se met, pour ainsi parler, dans vos mains, afin que vous le possédiez tout entier, afin que vous le gouverniez selon votre gré, afin que vous lui imprimiez tel sentiment qu'il vous plaît , afin que vous le dégagiez de toute affection terrestre, de toute attache humaine, de tout objet qui n'est point vous ou qui ne le porte pas vers vous; afin que vous le changiez en vous et qu'il ne soit qu'un avec vous. Or, voilà rheureux et saint règne après lequel je soupire. Qu'il vienne,' et qu'il détruise eîi moi lé règne du péché, le règne du monde, le règne de, l'amour-propre et de la cupidité, le règne de tous les désirs sensuels et de toutes les passions.
Je n'ai que trop longtemps vécu sous l'empire de ces injustes maîtres , et sous leur tyrannique domination. Je n^ai que trop longtemps giïAï sôùs leur joug également honteux et pesant. En ({uél esclavage m'ont-ils réduit , et en queràbîme devaient-ils an jour me précipiit'er î BÀii soit le niomeut ou
vousdaignez m'éclairer. Seigneur, et oùjecommenee à ouvrir les yeux pour me reconnaître. En rétablÎBsaut votre règne au dedans de moi et en me coa* duisant, vous me remettrez dans la voie de oe royaume céleste où vous m'avez prépatéfufr trône de gloire et une couronne d'immortalicé. Ofest là': que vous régnez sur tous les chœurs 4es< Anges, et sur tous vos élus, que vous avez rassembiéfe éans votre sein pour être leur éternelle et souveraine^^éa^ titude; c'est là que vous m'attendez, c'est dans «e séjour bienheureux; et quand y entrerai-je?
Hélas 1 mon Dieu, malgré la vue que la foi m» donne de cette sainte patrie où je dois san6 cesse aspirer, je sens néanmoins toujours le poids de la misère humaine qui me retient, qui m'appesàntîl-, qui m'attache à ce monde visible et à mon exil , qui me fait craindre la mort et aimer la vie présente. - Mais, Seigneur, ce sont les sentiments d'une nature * faible et aveugle , que je désavoue. Qu'elle y répa-* . gne ou qu'elle y consente , tous mes vœux s'élèvent" vers le ciel. Que votre règne arrive. Que mon âmev' dégagée des liens de cette chair corruptible qui Farréte, puisse elle-même arriver bientôt à la terre* des vivants. Car ce n'est ici que la r^ion des morts^ ' ' et je serais bien ennemi de moi-même si, pour une '» vie périssable et sujette à tant de calamités, je voulais prolonger mon bannissement v et retarder la* jouissance de mon unique et suprêaae bonheur.
III. Que votre volonté se/asse suriaterre comme dansleciel. Ainsi soit-il , ô mon Dieu ! et est-rWieny Seigneur, de plus conforme à la droite raisoB et à ; la justice? est-il rien de meilleur pour- moi que ^ l'accomplissement de vos adorables volontés? Éâre des êtres et Créateur du mondes, c'est par votre volonté que tout subsiste, et par votre volotité que • tout doit agir. Y contrevenir en quelque sujet que ' ce puisse être, c'est un attentat contre l'autorité la plus légitime, et contre les droits les plus inviolables. '
Or voilà les désordres dont je dois néanmoins m'accuser devant vous et me confondre. Vousm'a*" vez donné votre loi, et tant de fois je l'ai vMée!* « Vous m'avez assujetti aux ordonnances de votre Église, et tant de fois je les ai transgressées! Vousi! m'avez pressé intérieurement par les saintes inspî<* •rations de votre esprit, et tant de fois j'y ai résisté 1 Vous m'avez exhorté par la voix de vos ministres, vous m'avez sollicité par leurs avertissements et . leurs instructions, et tant de fois j'ai refusé de les entendre! Si, pour fléchir mon cœur rebelle, et « pour me faire rentrer dans le devoir d'une obéissance filiale, vous m'avez châtié par des adversités et des souffrances, bien loin de me rendre , je n'ai cherché qu'à repousser vos coups; et si vous me les avez fait sentir malgré moi, ils n'ont point eu d'autre effet que d'exciter mes impatieooes etmes* • plaintes. »
ORAISON DOMINICALE
' Voilà, mon Diea, comment fai passé toute ma vie dans une indocilité , et une rébellion continuelle. J*én^oagisJeiil'éb humilie en votre présence, je vouiren témoigne mes regrets t mafis ce n'est pas asses. 11- fiiut, Seigneur, quMne soumission entièrti et sans ré^enfe-vépare toutes mes résistanees^ét^ toutes mes révoltes. Parlez, 'mon cceur est onvm ponrvoos^couter; ordonnez vme voici' prêt, pair votre grtcei^ à tout'Cntseprendre et à tout exécufèrl Vous plalt«>fl detti^abaisser ou de m'élever, de nM'i fliger ou de me consoler, de traverser mes dessef iièi' ou de les favoriser ? de quelque manière quevoos ïAë traitiez ,. vous êtes letnattre , et je n*ai filus d'aott^ sentiment -à ^nrendre que celui de Jésus*' Christ même, lorsqu'il vous disait : Mon père, que voire voUmté s'cuxompHsse , et non la mientie.
Et en effet, il est bien de mon intérêt, d môlôr Dieu !' que ce ne soit pas ma propre volonté qui liiè gouverne, mais la vôtre. Votre volonté est droite et ta droiture même, elle est sage et ia sage^fe même, elle est sainte et là sainteté même , ellee^ bienfaisante et la bonté même; Mais qu'est-ce qtte ma volonté propre? une volonté aveugle et conduite par des guides aussi ateugles qu'elle; qui sont les senset les passions; une volonté libertine.et indocile,' qui ne peut s'accoutumer au joug, ni souffrir la gêné et la dépendance; une volonté capricieuse et stijetté
vif et fervent. Vous servir autrement , Seigneur, ce ne serait plus vous servir en Dieu.
ÏV. Donnez-nouif iiujtiuird^hi& kàre ficàn'ài chaque Jour. Oserai-je le dire? dès que vous êtes noVtè' ptM , Sbïgti'eur, et que vous êtes notre maître, cette doàVle qualité vous engage, et comme père à nourrir vos enfants, et comme maître à en- > ti^étenir ^os serviteurs. Ainsi votre prophète nous l'a-t-il promis de votre part et en votre nom, Parmi léé'merVéilfes de Votre divine providence et de votre- mBÉëricôrde iViiSnie , il compte le soin que vous p^éâëE'dè' fôùirnif à' la subsistance de ceux qui vous craf§^nt':'Mais1l n'en dit point encore asstô, 6 UtonDiéuî'k vohs portez bien plus loin vos soins (îàt^rrièls.' Non-seulement vous nourrissez vos enfanta qui ^voiis aiment, et vos serviteurs qui vouç craignent , iiiais vos ennemis qui vous renopcent êtquivotksi blasphèment, mais les. plus vils aninrîëux doht vous n'i^tes point connu, et jusqu'aux mfôii^dyes InseMës, mais tout ce qui a vie , ou dans lés airs, od'daristés abtmèsde la iner, ou dans toute
PétehdUedè taterte.' '
'^ Jevien^' dohîc à vous comme à la sc^urce de tous Tes bféns, (ïe'n^esi* boîni' une a vi(^i té insatiable qui m'')ainfi8né''à 'vos pteds;' mais j'y viens, comme on pauvre, voùs'ldeinâîidér le p^in ^ui m'est néces^ ilàhë.*!té vïèns , iis-iéVsélgneur,.voi]s eiposçr mon
qui k gouvernent; une volonté criminelle e^^éprarée,"que le péché a corrompne^et qui d^efle-mêmi^ tend encore sans cesse ^rs le péché. Ah ! Seigneui^ ne me'livtez pas à ses égarements ni à la feusse liberté dont elle est si jalouse. Ne me livrez pas à moi-même; mais, par quelque voie que ce soif ^ daignez réduire cette volonté dure, et redoublet'^ s'il est nécessaire, vos plus rudes coups pour là
dompter. ' • • ' •
' Car il fetut que toute volonté humaine vous soit assujettie; et, sans parler des autres hommes que vous n*avez point commîs'à'mes soins, il faut que je n'aie pTùs d'autre volonté que la vôtre ; 11 faut que vous soyez obéi dans moi et par moi , comme vous fêtes dans le ciel et par vos anges bienhed-< reux : voilà le modèle que vous me proposez, et que je dois me proposer moi'*même. C'est-à-dire, mon Dieu, que je dois avoir j la même dépendance , pour ne lîen fabre que par vos ordres et se*< Ion votre bon plaisir; la même fidélité, pour n'omettre rien de tout ce qui m'est prescrit, et de tout ce que je sais vous plaire; la même pureté d'intention, pour ne chercher que vous en toutes choses , et pour les rapporter toutes à votre gloire ; la même assiduité et la même persévérance, pour né me point rebuter des difficultés , et ne me lasser jamais de votre service; la même ferveur et le même zèle, pour agir toujours avec un amour prompt,
à mille changements , selon le goût etfcs hùmedfs éte(t,Viiiêine t^e^pdrèï, puisçjue vous 'n[e vog^ inon — î.i * .-^i..:.4^..-i-.i«^ii- -i:jz — tenïéi! ^V de pourvoir aux n^ssités (ie l^àme, et
Îue H'ottë vigilaéièe vous' rend encore attentif aux éi^ii^s du corps'. iSi vous n'y. aviez p^nsé eontinudlement depuis le moment de ma naissance, auf rais-Vé pu Subsiste^ jusqu'à ce jour? et si yqus cessiez pri^sebtemeht d'y penser, en quelle indigence tombei'ais-je bientôt, et à quelles extrémités me trouverais-je réduit? Soyez béni de tout ce que j'ai delà ré^ de votre main secourable, et dans la suite n'e la' fërmez pas jusqu'à me refuser Talipaent ddnt Je 'ne puis mê passer^ et le pain qui nie doit soirtetitirJ
'^Cai*) qoàlMje viens Vous représente]; mon état, Sel^eùr, et mésWsbins temporel^ ^ Je ne prétends obtenir de V6uà aîitre chosié que ïe pain , je veux dure 4tic^të' qui me |iiflîi', non-seulement pour moi, niai^'pdtir' toiis ëèux qu'il vous à plti me confier, et à qiii'jë sbts "redevable éPm entretien Ë'onnéte et oàinfSrmé à'iéàr èônditioAV Ç^est là que je borne mes iésiis '^ Sans les étendre à un'supèrhu qui me serait' inuille," qui nâë' 'deviendrait pernicieux et nuisible par l'abus que j'en ferais, ^ui allumerait mes passions, qui servirait de matière à mon orgtl^ii pour s'enfler, et à ma sensibilité pour satisfaire
ses tfppétits les plus déréglés. Peut-être vo^s l'ai-je demandé jusqu'à présent, ce superflu ; peut-être ai-je travaillé à raequérir, et l'ai-je acqij^is en effet : hiais si c'est centré vôtre gré que je 'le possède, je ne
ORAISON DOMU^IGALË.
vous prie point de me le conserver, et je vous prierais plutôt de me Tenlever. Quoi qu*il en soit , et quoi que vous jugiez à propos d*ordonner là-dessus, une juste médiocrité pour moi et pour tous ceux dont vous m^avez chargé , voilà , mon Dieu , de quoi je dois être content, et pourquoi j'implore votre assistance. C'est la prière que vous fit autrefois le plus sage des rois d'Israël , et ce fut une prière selon votre cœur.
Ainsi , je vous dis comme lui et dans le même sentiment que lui : Ne me donnez ni la grande pauvreté j ni la grande richesse; mais accordez-moi seulement ce quHl me favt pour vivre ( Prov,, 30), avec la décence et avec la modestie convenables "bi mon état. Encore , mon Dieu , ce que j'ose vous demander, ce n'est poîntabsolument que je le demande, mais autant que vous verrez qu'il me peut être utile et salutaire ; ce n'est point avec inquiétude sur l'avenir, ni par une trop longue prévoyance , mais c'est seulement pour aujourd'hui , et avec une confiance entière pour le jour suivant. Demain , je vous présenterai mes vœux tout de nouveau , et il est bien juste que chaque jour je reconnaisse devant vous mon indigence, que chaque jour je rende hommage à votre pouvoir souverain , et que chaque jour je sois obligé de recourir à vous pour ce jour-là même. De cette sorte, & Dieu infiniment libéral et magnifique dans vos dons ! je puis me reposer sur vous pour toute, la suite de mes jours , et compter sur les trésors de votre providence, qui sont inépuisables. Ce ne doit point être une confiance oisive et présomptueuse. Vous voulez que je fasse tout ce qui dépend de moi; et quand je l'aurai fait et que je me confierai en vous, vous ne me manquerez point, comme vous ne m'avez encore jamais manqué.
V. Pardonnez-nous nos offenses y comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Hé quoi! Seigneur, malgré toutes ces qualités de créateur, de père, de maître, de conservateur, que je reconnais en vous et que^j'y ai toujours recon- 4iues, ai-je donc pu vous offenser? ai-je pu m'élever contre vous? ai-je pu me séparer de vous et vous renoncer ? Ah ! Dieu de miséricorde, il n'est que trop vrai , et je m'en suis déjà confondu à vos pieds. Mais agréez encore l'humble confession que j'en fais, et que je ne cesserai point de renouveler jusqu'au dernier moment de ma vie, dans l'absolue et affreuse incertitude oi^ je suis si vous m'avez pardonné.
Je sais que je suis pécheur, non-seulement parce que je puis pécher ; mais parce qu'en effet j'ai péché et que je pèche tous les jours. Je sais que la multitude de mes péchés est sans nombre ; et si votre prophète se croyait chargé .de plus d'iuiquitéa qu'il ne portait de cheveux sur. sa tête, à conabien
plus forte raison puis-je dire de moi ce qu'il di« sait de lui-même en s'accusant et se condamnant? Je sais que tout péché est une dette dont le pécheur doit vous rendre un compte exact, et dont vous exigez, selon la loi de votre justice , une di« gne satisfaction : d'où il s'ensuit qu'ayant toiyours jusqu'à présent accumulé péchés sur péchés , je n'ai fait , dans tout le cours de mes années, qu'ac-« cumuler dettes sur dettes. Quel poids ! quelles obligations ! quelle matière de jugement , et quels su* jets de condamnation! Juge redoutable, il me semble que j'entends tous vos foudres gronder autour de moi ; et que ferai-je pour les conjurer ? n me semble que dans l'ardeur de votre courroux , je vous vois prendre le glaive , lever le bras , vous disposer à me frapper ; et comment pourrai-je parer aux coups dont je suis menacé? Toute mon âme en est saisie de frayeur, tous mes sens en sont troublés. Confus, interdit, tremblant, que vous dirai-je? Ah! je me trompe, ô mon Dieu! j'ai votre parole même à vous représenter. Parole authentique , solennelle , infaillible. Car vous avez dit : Pardonnez et on vous pardonnera ; remettez aux autres leurs dettes , et ce que vous devez vous sera remis. (Luc, 6.) C'est l'oracle le plus exprès; et comme il est sorti de votre bouche , et que vous ne pouvez vous démentir, c'est la promesse la plus favorable pour moi et la plus immanquable.!.
De grand cœur, ô mon Dieu! j'accepte la condition. Elle m'est trop avantageuse pour la refuser. Si j'ai été offensé en quelque chose, de quelque^ part que ce soit , et quoi que ce soit , je le pardonne, je le pardonne entièrement; je le pardonne, non point seulement de bouche, ni en apparence, mais sincèrement, mais affectueusement, mais cordiale* ment ; je le pardonne pour vous, et par une pleine obéissance à votre divin commandement. Telle est, à ce qu'il me paraît, ma disposition intérieure, ou du moins je veux, avec votre aide et par votre aide, qu'elle soit telle. Ce n'est pas que , malgré moi , il ne puisse rester encore dans mon cœur quelque im« pression capable de l'aigrir; mais vous savez que je la désavoue, et pour l'heure présente, et pout toute la suite de ma vie; vous savez que je veux la combattre en toute rencontre, vous savez que je veux en réprimer tous les sentiments , et en effacer peu À peu jusqu'aux moindres vestiges. Avec cela , Seigneur, Dieu de charité, Dieu d'anoour, vous me permettez de venir à vous et de vous dire : Pardon* nez-moi , parce que je pardonne , et comme je pardonne. Je fais ce que vous m'avez ordonné, et j'ose me répondre, avec une humble confiance, que vous ferez ce que vous m'avez promis.
Vl. £t ne nous exposez point à la tentation. Qu'est-ce, mon Dieu, que la vie de l'homme? c'est une guerre perpétuelle. D'être donc exempt de tout i
ORAISON DOmNICALK.
tetitatlon', de n'avoir jamais ni efforts à faire, ni victoire à remporter; de vivre dans on calme inal* térable, et dans açe paix parfaite sur cette mer orageuse du monde où nous passons, c'est à quoi je ne puis m'attendre, et ce que je ne dois pas mêmevous demander, puisque ce serait un miracle, et qu'à un pécheur comme moi il n'appartient pas de vous demander des miracles et de les obtenir. Il est même de votre providence et de notre bien que nous ayons tous nos tentations, afin que nous ayons de quoi vous prouver notre fidélité, et que vous ayez de quoi nous récompenser. Aussi vos saints ont-ils été d'autant plus éprouvés qu'ils étaient plus saints, et sont-ils encore devenus dans la suite d'autant plus samts qu'ils étaient plus éprouvés. Il n'y a pas jusqu'à l'Homme-Dieu, votre Fils adorable et le Saint des saints, qui, dans les jours de sa vie mortelle, a voulu, pour notre exemple, être assailli de la tentation, et nous apprendre à la surmonter. Après cela, qui refuserait le combat refuserait la couronne ; et qui ne voudrait avoir nulle part au travail ne voudrait avoir, ni n'aurait en effet, nulle part à la gloire.
Mais, mon Dieu , si la tentation me doit être salutaire, c'est par votre grâce; car que suis-je de moi-même, qu'un faible roseau ou qu'un vase fragile, toujours en danger de se briser? A chaque pas je tomberais , à chaque occasion je rendrais les armes, et je céderais aux attaques de l'ennemi , à moins que le secours de votre bras tout-puissant ne me prévienne partout, ne m'accompagne partout, ne me suite et ne me soutienne partout. Or c'est ce secours, c'est cette grâce que je vous demande, quand je vous supplie de ne m'exposer poiut à la tentation , c'est-à-dire de ne m'y point abandonner à moi-même, de ne m'y laisser point succomber, de ne permettre point que je m'engage en certains I^ils où vous prévoyez que ma vertu me manquerait et que je me perdrais, de redoubler à certains temps, en certaines occurrences plus dangereuses et plus fatales , votre attention sur moi pour veiller à rtion salut, et votre divine protection pour me ^fendre et me garder. Dieu de mon âme et son Sauveur, sou\'enez-vous du prix qu'elle vous a coûté, et ne souffrez pas que le démon , que le monde , que la chair vous enlève ce que vous avez racheté de votre sang.
Mais que fais-je ? cette âme si précieuse , je la recommande à vos soins, et de ma part je la néglige, je n'en prends nul soin, je la hasarde tous les jours, sans réflexion , sans précaution , comme si je n*en tenais aucun compte, ou qu'au milieu de tant d'écueils et de tant de pièges , il n'y eût rien à craindre pour elle. Ah! puissiez-vous , Seigneur, me faire la grâce tout entière. Puissiez-vous , en veillant vousmême à ma conservation , exciter encore ma vigi-
lance pour y travailler avec vous. Car vous voules que j'y travaille, et si je ne seconde pas vos soins paternels , ils resteront sans effet. Vous voulez que j'use de cette armure céleste dont nous parle votre apâtre, lorsqu'il nous le dit, et qu'il nous le dit en votre nom : Revétez-vous des armes de Dieu, afin, de pouvoir résister dans le temps fâcheux. Tenez^ vous toujours en état, ayant la vérité pour cein* ture autour de vos reins y et la justice pour cuirasse. Prenez en toute rencontre le bouclier de la foi, le casque du salut ^ et' le glaive de V esprit, qui est la parole de Dieu, ( Ephes, , 6. } Tout cela , mon Dieu, m'enseigne à mettre en œuvre, pour me préserver , tous les moyens que me fournit la sainte religion que je professe. Tout cela m'apprend à n>e prémunir de la prière, de votre divine parole, de vos sacrements , de tous les exercices que votre Église me prescrit, et que la piété chrétienne me suggère. Autrement je ne puis voir le monde, ni m'engager dans le monde, sans m'exposer témérairement à la tentation. Or, m'y exposer par une aveugle témérité, ce serait me rendre indigne de votre assistance , ce serait courir à ma perte , et je ne l'ai déjà que]trop connu par des funestes épreuves. Heureux au moins, si de mes malheurs et de mes égar^ipent^ passés, je tire cet avantage, de savoir mieux désormais me tenir en garde et me précautionner 1
VIL Mais délivrez-nous du mal. Vous ne me défendez pas. Seigneur, de vous demander la délivrance des maux temporels, de l'infirmité, de la pauvreté, de la douleur, de tous les revers et de tous les accidents qui peuvent survenir et troubler le repos de ma vie. Je vous dois même de continuelles actions de grâces , et je ne puis assez vous témoigner ma reconnaissance de tous ceux dont il vous a plu jusques à présent me délivrer, sans que je l'aie su, et de ceux dont vous me délivrez encore tous les jours, sans que je le voie ni que j'en sois instruit. Car telle est l'efficace et la douceur de votre providence, ô mon Dieu! par des voies secrètes et qui nous sont inconnues , vous nous sauvez de mille dangers que nous n'apercevons pas, et dont il n'y a que vous qui puissiez nous garantir. Soyez-en loué, béni, glorifié.
Mais, Seigneur , outre ces maux qui ne regardent que le corps et que la vie présente, il m'est bien plus important d'être délivré de ces maux spirituels, de ces maux éternels , de ces maux extrêmes et essentiels, qui vont à la ruine totale de l'homme, et qui lui causent un dommage infini et irréparable. Tous les autres maux , en comparaison de ceux-ci , ne doivent plus être même comptés pour des maux ; et comme il n'y a proprement qu'un seul bien, qui est le souverain bien, il n'y a proprement qu'un seul mal , qui est le souverain mal. Or ce souverain mal, c'est le péché , et , en conséquence du péché, la dam-