‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 186 sur 352 · PENSÉES DIVERSES SUR LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES SUR LA PRIÈRE

dMiMi; Si' donc, pour me mettre à couvert de Tun el'de Tautre V il êst nécessaire que j'éprouve^uelque autre iharqueccf soitvoh! mon Dieu, je ne vous demande ptuft que vous m'épargniez en ce monde. Frappeàs, 8*irie>faiit,et autant quMl le.£aiQt;<reiiyer-' sez, brûle^,'touirmeAtes^ Je m'offre moi-méme{^et/ je me présente à votre justice^Quelquedouloureui* et quelque sensibles que puissent^étre ses coups ^ je les recevrai comme des coups de grâce; pourvu qvrils Servent 'â détiuire en moi le péché, à déraciner ië péché, à punir le péché, à oouper <x)urt au péché,-, à prévenir leé rechutes dans le péché, à meiaireen-' fin éviter par là cette affreuse réprobation qui doit être dans Fétemité tout entière le châtiment du péché:'

Pour cela , Seigneur , daigne^ me déUvrer du m»* fin esprit* , je yeux dire de Tesprit d'intérêt evdV vÂrîce, de FespHt d'ambition etd'orgUieil; dei'espril d'impureté et d*intefi]fpéVsfrit!e, de t*eisprH deieofére; de venj^eanee, d'iÉnimbsitê*, dé 4'esprit d'erreur; dé tromperie, de mensonge', de teutes lès hofbiiudeë du vice, de toutes lès éônVèitisésdès s'en», dêttxites les passionsdemèn doéûr, et détOUtesleurs llhisibns : car voilà tout ce que je comprends iovt ee levme dé màlid esprit; capable, en meportam inoessàni» ment érn (lébhé , de ih'ëritratâe^ dans le précipidu et de me perdre sans ressource avec lui.' ' * ^i!'"i * 'DiéudVk eieTët dé la t^rté, seul puissant etgrind, ^ùi juste et saint, sieul bon et miséricordieux ^tuMÉ Muterez les voeux que je Viens de vous adresser. Si de mbi-môme je les'avaîs conçus'et formés, et si ]é ne vous lés adres^is qif en mon nom;: ah^ Siei«> giieur, je tne défierais de tnon aveuglement," qui pourrait me tromper ; Je mè défierais de'toa bassesse et démon néant ^ qui me rendraient indigne d'être exaucé. Mats e^est votre Fils unique, la sagesse incréée, qui de point en point m'a tracé lui*mêM to^t ce que Je devrùisl deiiiander. iCest loi^tfiême qui prie dans moi , qui prie avec mol et pour ntoi. Considérée totrB Christ ; Jeteif les yeœt , non point sûr une vile créature telle que je suis, non point sur un pécheur plus vil encore* et plus méprisable, 'iiiais sur le divin buveur dont j'interpose auprès de vous la médiatioD , et dont j'emploie, pour vousHéchilr, les mérites infinis. Detoutes les demandes que jp vous ai faites , il o*y en a pas une qui n'ait été selon son esprit et selon le vôtre. Je les ai faites avec confiance, et c'est avec le même sentiment que Je les 'i'enouvelle , et que J'en attends de votre grâce l'heureux accomplissement.

PENSEES DIYEBSES SUE LA PEIÀEE.

n en est de la prière comme de la piété. Elle est plus dans le coeur que dans l'esprit, et elle consiste

' A malo , hoc est a mdl%gno.

plus dans le sentiment que dans IrniirnnnriPPil^i Oa a donné bien des règles de l'oraison, oq ^v«r traeé bienxies méthodes ; les livres en sont rempJîi^i et>oii en a composé des volunies entiers. C'est j^^^ sitjet que les maîtres de la vie spirituelle se so^ fiiiu! tmit attachés , et là-dessus ils ont déployé tou^ Ifp^^ doctrine. Rien de plus solide que leurs eas^giKVn ments , rien de plus sage ni de plus saint. Étu(|ioW. les , respectons*les , suivons-les; mais du reste, saoïi» rien rabettne de l'estime que nous leur devçn/^^JjQ ne feins point de dire qtie la grande méthode fo^ raîsoni» la méthode la plus efficace et la plus prepi^ . c'est' d'aimer Dieu : non pas que j'entende \fi\ ust amour de Dieu, tel que l'ont conçu de nos jfHirit de faux mystiques^ justement condamnés et fiwp-^ péfli des'foudres de rÉgiise. Leurs principe^ ifml, horirair, et les conséquences en sont aiffreusesicis^iei 'J'entends un amour Véritable, un amour chrétMP^ c'estnà-dire un amour ennemi de tout viee, un aniowt agissant et fervent dans la pratique de toû|ea«tBii vertus, un amour toujours aspirant à la poeaes-. sion de Dieu, et se nofurrissant des espérancw éternelles. ..;.

Avec cèl amour On est tout à ooup bommc^iPorAîson.Gar faire oraison y c'est s'ooouper de ^eov c^BSt converser avec Dieu-, c'est's'um^À. Dîe«4ani ktrforid de l-éme: or tout cela suit de l'ampur de Diku. Aimons Dieu : dès que nous l'aimerons , noua irons à la prière avec joio, nous y Testerons sans dégoût et même avec consolation; quelque tempa que nous y ayons employé, nous en sortirent) #veç peine , comme ce célMire anachorète , saint Anty^ine^ qui le matin se plaignait que le soleil en se iiff9^ vint troubler l'entretien qu'il avait eu avec J>îiiii pendant le cours de laoïuit. Mais encore que 4iKOii8r nous à Dieu? ehl que diSqns-nous à un ami? IHçuf faùt-il beaucoup <FÊtudèet-de grands e£fortÇ|d'iftt%> gination pour soutenir une conversation aveq:lui« et pour lui téihoigner nos sentiments ? Nous<UraBi à Dieu tout ce que le cœur nous dictera : le eoBiir« dès qu'il esttouché, netaritpoint; réflexions, affections , résolùtiofns ne lui manquent point. Rien ne.lf distrait de son objet, rien ne l'en détourne : iVan premier vol, et conduit par la grâce, il s'y poM^ il s'y élève et demeure étroitement attaché. Nedi*)* chons point d'antre guide dans les voies del'onj!^ son , ne cherchons point d'autre maître que le QQBnE{ nous apprendrons tout à son école , s'il est pleio de l'amour de Dieu.

Quand nous prions, ce sont des grâces que imw demandons, ^ non des dettes que nous exigeons. Qu'avons-nous donc à nous plaindre y lorsqu'il.ne plaît pasà Dieu de nous écouter? n'est-il pas maître de ses grâces?

Étrange témérité de l'homme , quand nous troih

PENSEES DIVERSES SUR LA PRIÈRE. Uu

yons mauvais qne Dieu n'ail [lai exaucé nos prières , élever pour cela contre Dieu, ijisons gu'il a dés vtm etquenbusiioDsenËiisonsuDe matière de scandale, aup^rietires aux nôtres, et qu'il sait cequ'i) dous (lest vrai : Jinis:Christ nous fait entendre que to^t âiut beaucoup mieux que nous ne le pouvons ^nequenoujl demanderons en son nom, son PÈro voir; disons qu'appar^mem poas nous sommes nous raccordera : mais cette promesse, toute g<- trompés, en regaiâant comme uit avantage la grâce ..^.1. çt.tout absolue qu'elle parait , est néanmoins i qne nous lui demandions ; et que s'B nous la refuse, tonnelle; c'es^à-di^equ'elIesupposeque nous [ c'estqu'il en pense tout autrement que nous, et mie suivant Tes sages dispositions de sa providence, il ne voit pas que ce soft un bien pour nous ; disons que c'est à nous de demander, mais à Dieu de rectifier nos demandes en y répondant, non p^s toujours selon nos d&irs , qui communément sont trèsavengles, mais de la manière et dans le temps qu'il juge plus convenable; disons encore que si notre prière n!a pas été absolument défectueuse quant au fond , il est bien à craindre qu'elle ne l'ait été quant aux conditions; en un mot, disons et confes^s de bonnefoi que, quoi que nous fsEstont; nou;BOi(imes toujours indignes des faveurs divines. Slofis ne pouvons mieux mériter l'accomplisseiqeat ,^e nos vœux, qu'en reconnaissant que nous ne mécitonsrien. ^ \^\

Comme dans la vie bumaine, et dans le coniii^erco que nous avant entre nous, il y a des gens f^cqnds êo paroles, et qui nom fout les plus longs dïtcours sans rien (lire, ii y en a de même, par une'espète de comparaison, dans la vie chrétienne et dans le commerce que nous avons avec Dieu par la prière- Ils récitentde longsofBces, ilsj passent des hçiurps entières , mais sans recueillement et sans dévq^joji. ,Qu'est-ce que cela? c'est' parte^ beaucoup à Dieu, et ne le point prier. , , .

Il y a une prière de l'esprit, du «eut, de la parQ.l.é : de l'esprit par la réflexion, du c(èur par Taf^lon. et de la parole par la prononciation. Mais outre ces trois sortes de prières, je ppis encore ajouter qu|il y a une prière des œuvres par, la pratique et l'action; et voici comment je t'entends. Saint ^ugustin disait ; Celut-là tait bien vivt^^ gui sait bl^prief ; et jedis, en renversant la propoi^ition: Çe)uirljt S{iit bien prier, qui sait bien vivre, là pensée de ce saint docteur est que dans |a prière et par là prière nous nous i'n'struisons de tous les devoirs d'une vie chrétienne, nous nous y affectionnons et nous obtenons les grSces nécessaires pour les accâ'mplir : et je veux dire, par un retour très-véritable , que d'accomplir fidèlement tous ses devoirs, qiie de s'occuper, de travailler, d'agir dans son état selon la volonté et le gré de Dieu , c'est prier : pourquoi? parce que c'est tout à la fois , et honorer Dieu , et l'engager, en l'honorant 'de la sorte, à nous favoriser de ses dons , qui sont les fi'uits de là prière. Observation importante et bien consolante pour une infinité de personnes qui se plaignent de leur condition, |Kurc<

conditionnelle:

demanderons ce qu'il convient de demander , et que nous le demanderons comme il convient de le demander. Je dis ce qu'il convient de demander, soit par rapport à la gloire de Dieu, soit par rapport aux rues de la providence de Dieu , soit par rapport à nous-mêmes et à notre propre salut. J'ajoute , comme il convient de le demander : tellement que notre prière soit accompagnée de toutes les dispositi6ns intérieures et extérieures de l'espritet du cœur, d'où dépend son efDcace et sa vertu. Qu'une de ces fleux conditions vienneà manquer, la parole du Fila de Dieu n'est plus engagée pour nous; ellene nouq regarde plus.

. , De là il ^ous est aisé de voir combien nos mur^ mures ^sont téméraires, toutes les fois que nous nousélevoAs contreDieu , parce qu'il semble n'avoir pas agréé nos demandes , et qu'il n'y a pas répondu selon quenouslesoubaiton3.Car,aliçque nos plaifites s.ur.^ela aient quelque apparence de raison , et que nous puissions les croire en quelque sorte bi^a fondées, il faut que nous soyons persuadés de deux choses: 1. que nous avons demandé ce qu'il convenait de depianfler; et par conséquent, que dans , noire prière et dfuis la dem^e que noua avons faite , nc^qs avq^sr parfaitement connu ce qui était cqnvena^le à ('honneur de J)ieu, convenable aux , desseins de sa sagesse, convenalile k notre souverain intérêt et à notre prédestination éternelle ; que nous , jie nous sommes point trompés là-dessus, mais.que , nouA en avons, si) pénétrer tout le mystère et i^éçouvrir tout le secret ; 3. que niius avons demandé comme il conyen|it d^demander, en sorte que nous y avoes apporté toute la préparation absolument requise; c'est-à-à^re que nous avons prié avec des sentinjHtits as^z humbles, avec une réflexion assez attentiv^^ayecunefoi assez ferme, avec uneardeur assez affectueuse, ayec un respect assez religieux, avec une persévérance assez constante pour rendre notre .prière digne de Dieu et propre i le fléchir : voilà I di;-je , de quoi nous devons être convaincus, si nous ju-étenduifs être en dJToit de murmurer et d'en appeler à la. parole de Jésus-Christ. Or compter sur tç.ut. cela , n'est-ce pas une présompdon in- .«nit^qabieP.n'est-cepasunorgiidl seul capable d'ar- Tét^Jes grâces , de. Dieu ?

Prions, et prions sans cesse, ainsi que l'ordonne l'apôtre : liiais si notre prière demeure sans effet , ^rdons-nous de nous en prendre à Dieu , et de nous

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