‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 19 sur 352 · SUR L'ALLIANCE DE L'AME RELIGIEUSE AVEC DEKU · texte numérisé non relu

SUR L'ALLIANCE DE L'AME RELIGIEUSE AVEC DEKU

ment, dans la profession religieuse : car c'est bien se quitter soi-même, que de quitter sa liberté. Propter hoc y relinqvet homopatrem et matrem; voilà ce qui regarde les époux de la terre. Mais voici ce qui est propre des épouses de Jésus-Christ : Si qids mdtpost me venirCy abnegetsemeUpsvm (Matth., 16) : Que celui qui veut venir après moi se renonce soi-même, se détache et se dépouille de soi-même ; et c'est cette loi, ma chère sœur, que vous êtes sur le point d'accomplir : loi que je vous propose, comme le principe sur lequel doit désormais rouler toute la conduite de votre vie; loi que vous devez vous appliquer par de fréquentes réflexions , et qui seule est capable de vous maintenir dans toutes les dispositions de piété et de ferveur que votre vocation demande. Je suis à mon Dieu , car c'est ainsi que vous devez raisonner avec vous-même ; je suis à mon Dieu , et je l'ai choisi : il faut donc que je vive désormais comme étant à lui; il faut que toutes mes actions portent et soutiennent ce caractère de consécration; il faut que je parle, que j'agisse, que je traite avec les hommes comme une âme dévouée à Dieu; et que dans tout ce qui paraîtra de moi , on puisse reconnaître ce que je suis et à qui je suis. J'ai choisi mon Dieu; et en le choisissant, j'ai TU tout ce qu'il ni*en coûterait. Rien donc désormais ne doit m'étre difûcile pour lui ; car je l'ai choisi par amour, et l'amour rend tout, non-seulement possible, mais facile, mais agréable. C'est ce que fait tous les jours entre les mondains un amour profane : Famour de mon Dieu est-il moins puissant pour noe faire tout entreprendre , tout exécuter, tout supporter? J'ai choisi mon Dieu, et je l'ai choisi uniquement : que serait-ce si non contente de Dieu , je voulais reprendre certains restes du monde; si, comme les Juifs dans le désert tournaient les yeux vers l'Egypte , je portais encore quelquefois nues regards vers le monde ; si, pour m'adoucir le jou^, et pour me remettre des fatigues et des ennuis de noon état , j'appelais à mon secours le monde? J'ai choisi mon Dieu : et pourquoi ? afin de l'honorer d'un culte particulier et de ne plus vivre que pour lui. Quels reproches donc n'aurait-il pas à me faire, et ne devrais-je pas me faire moi-même , si je dégénérais de la sainteté de ma profession ; si , me bornant à une vertu commune, je négligeais le soin de mon avancement et de ma perfection ; si je n'avais de l'état religieux que l'habit et que le nom ? Et qu'était-il besoin pour cela de sacrifier toutes les prétentions du siècle et tous les avantages qu'il me présentait? qu'était-il besoin de m'éloigner de mes proches, et de sortir d'une famille où je trouvais, avec la splendeur et l'éclat , de la probité et de la religion; qu'était-il besoin de passer par tant d'épreuves , et d'embrasser une vie si sainte en elle-même? Que dis-je! et n'eût-il pas mieux valu m'en tenir à

BOUIDALOUE. — T. Uf.

ce que j'étais , que d'être ce que je suis ? car être ce que je suis , c'est être à Dieu et n'y être pas. Or cette contradiction , n'est-ce pas ce qui doit faire ma condamnation devant Dieu , et ma confusion devant les hommes ? C'est , ma chère sœur, ce qui fera l'un et l'autre pour ces épouses infidèles qui ne savent pas soutenir le choix qu'elles ont fait de Dieu ; mais je puis me promettre que vous le soutiendrez dans toute son étendue , aussi bien que l'engagement qui y est attaché, et dont j'ai à vous parler dans la seconde partie.

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