PENSÉES DIVERSES SÎJR L'HUMILITE ET L'ORGUEIL
quelle douleur verra-t-il 8*accomplir en lui ce reprodie du prophète Aggée : Repassez sur toute votre vie\ faites réflexion sur votre conduite : vous avez beaucoup semé et vous n'avez rien recueilti. (Aog., 1.) A juger de vos actions par les dehors et selon les apparences , vous devez avoir amassé beaucoup de mérites : mais comme un homme qui mettrait son trésor dans un sac percé, ce que vous avez gagné d'une part , vous l'avez perdu de Tautre.
Ce n'est pas assez : il aura même produit beaucoup de fruits par l'eflicace et la vertu de la grâce attachée à la divine parole ; il aura opéré beaucoup de conversions , beaucoup fléchi d'âmes endurcies, éclairé d'âmes aveugles , fortiflé d'âmes faibles, excité d'âmes lâches , élevé d'âmes pieuses et justes : mais avec quelle confusion et quel triste retour sur soi-même se représentera-t-il le sort de ces faux prophètes qui, dans le jugement dernier, diront au Fils de Dieu : Seigneur, nous avons prophétisé, chassé tes démons en votre nom (Màtth. , 7) , et qui n'auront pour toute réponse que ce formidable arrêt : Retirez-vous de moi^ ouvriers d'iniquité. Car c'était une iniquité de dérober à Dieu la gloire qui lui appartenait ; de n'agir pas uniquement pour Dieu, dont il était l'ambassadeur et le ministre ; de renverser ainsi les desseins de Dieu« qui ne l'avait choisi que pour le sanctiGer en l'employant à l'édification de son Église , et à Ja sanctification du prochain. Con* tre des réflexions si touchantes et si afiQigeantes , quelle pourrait être sa ressource? Serait-ce une immortalité chimérique , c'est-à-dire la vaine espérance de vivre, même après la mort, dans la mémoire des hommes ? frivole consolation 1 Hélas ! s'écrie là-dessus un saint docteur, parlant de ces fameux personnages que l'antiquité a tant honorés, et dont le souvenir s'est perpétué jusqu'à nous , on tes toue où ils ne sont plus : et ils endurent de cruels tow*menis la où ils sont, et où ils seront pendant toute Féternîté.
Tirons de là des conséquences bien raisonnables et bien véritables ; savoir : 1 . qu'une grande réputation est communément un grand obstacle au salut et à la perfection, surtout de ceux que leur vocation a appelés au ministère évangélique ; 2. que plus nous réussissons dans ce sacré ministère et plus nous sommes connus dans le monde, bien loin de nous enorgueillir, plus nous devons trembler, nous humilier, veiller sur nous-mêmes, dans Ja juste crainte qu'une fausse gloire ne nous ravisst le fruit solide et le mérite de nos peines; S. qu'au lieu d'envier aux autres leur réputation et de les en féliciter eonune d'un avantage, nous avons plutdt suiAt de les plaindre , et de nous féliciter nousHiiêmes de n'être pas exposés à la même tentation ; 4. qu'il n'est point d'état plus digne d'envie, parce qu'il n'en est point de plus tranquille ni de plus assuré , que celui d'un homme qui , dans une retraite volontaire , sert Dieu
et le prochain sans éclat , sans nom, content d'un travail obscur, pourvu qu il soit utile et conforme aux vues de la Providence; 5. que s'il plaît au Seigneur, qui , selon les conseils de sa sagesse , élève et abaisse, de nous mettre sur le chandelier pour faire luire notre lumière aux yeux du monde, il n'est pas toujours nécessaire ni même à propos de le cacher sous, le boisseau, et de nous ensevelir dans les ténèbres : mais que le devoir d'un vrai ministre de Jésus-Christ demande alors qu'il ne fasse nul autre usage de l'estime dont on est prévenu à son égard , que pour agir plus efificacenient et pour mieux accomplir l'œuvre de Dieu qui lui est confiée; 6. que nous ne pouvons graver trop profondément dans nos cœurs , ni suivre trop régulièrement dans la pratique , la grande leçon du Fils de Dieu aux septante disciples qu'il avait envoyés prêcher son Ëvangile , lorsque , au retour de leur mission , leur entendant dire avec quelque sentiment de complaisance que les démons mêmes leur étaient soumis, il leur fit cette admirable réponse : J^ai vu Satan qui tombait du ciel comme un foudre. H est vrai , je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et d'abattre toutes les forces de Pennemij sans que rien soit capable de vous nuire :cependantU ne faut point vous r^ouir de ce que les esprits se soumettent à vous , ni de ce que cela vous fait craindre et révérer sur la terre; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans le ciel. ( Lw. , 10. )
PENSÉES DIVERSES SDR L^HDMnJTÉ BT L'ORGOBOL.
Nous aimons tant l'humilité dans les autres : quand travaillerons-nous à Ja former dans nous-mêmes P Partout où nous l'apercevons hors de nous , elle nous platt^ elle nous charme. Elle noi<s plaît dans un grand , qui ne s'enfle point de sa grandeur. Elle nous plaît dans un inférieur, qui reconnaît sa sujétion et sa dépendance. Elle nous plaît dans un égal: et quoique la jalousie naisse assez communément entre les égaux, si c'est néanmoins un homme humble que cet égal , et que la Providence vienne à l'élever, nous lui rendonsjustiœ, et ne pensons point à lui envier son élévation. Or puisque l'humilité nous paraît si aimable dans autrui , pourquoi donc , lorsqu'il s'agit de Taequérir nous-mêmes et de la pratiquer, y avons-nous tant d'opposition? quelle diversité et quelle contrariété de sentiments ! Maïs voici le mystère queje puis appeler mystère d'orgueil et d'iniquité. Car que fait rhumilité dans les autres ? efte les porte à s'abaisser au-dessous de nous, et voilà ce que nous aimons : mais que ferait la même humilité dans nous? elle nous porterait à nous abaisser au-dessous des autres , et voilà ee que nous n'aimons pas.
On s'est échappé dans une rencontre, on a parlé ,