‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 205 sur 352 · ACTIONS DE GRACES D'UNE AME FIDÈLE · texte numérisé non relu

ACTIONS DE GRACES D'UNE AME FIDÈLE

estimer par-dessus tout, et dont je dois proflter; mais du reste, c'est un secret de providence qui passe ma raison, et dont il ne m'appartient pas de découvrir le mystère.

Vous avez encore plus fait. Seigneur; et, me faisant naître dans le sein de votre Église, vous m'avez donné une religieuse et pieuse affection pour cette sainte mère, pour ses intérêts, pour son honneur, pour son affermissement et son agrandissement. Car si je me trouve aussi sensible que je le suis, et que je fais gloire de l'être, à tout ce qui la touche , à tout ce qui peut blesser ses droits, à tout ce qui peut affaiblir son autorité, c'est à vous que je me tiens redevable de ces sentiments. C'est vous , mon Dieu , qui me les avez inspirés, et c'est ce que je compte pour une de vos grâces les plus particulières.

Hélas ! entre les enfants même que l'Église a élevés, qu'elle a tant de fois reçus à ses divins mystères, pour qui elle a employé tous ses trésors , nous n'eu voyons que trop qui la traitent avec la dernière indifférence, et je pourrais ajouter avec le dernier mépris. Gens toujours déterminés à railler de ses pratiques, à censurer la conduite de ses ministres, à se faire un divertissement et un jeu de ses troubles, de ses scandales, de ses afilictions et de ses pertes. Ah 1 Seigneur, si votre apôtre veut que nous pleurions avec ceux qui pleurent, et que nous nous réjouissions avec ceux qui ont sujet de se réjouir, fussent-ils d'ailleurs nos plus déclarés ennemis, à combien plus forte raison devons^nous prendre part, et nous intéresser aux divers états de notre mère, à ses avantages et à ses disgrâces?

Pour moi, mon Dieu, quoique le plus indigne de ses enfants, j'ose le dire, et je ne perdrai rien de l'humilité et de la basse estime de moi-même qui me convient , en me rendant devant vous et à votre gloire, ce témoignage, que tout ce qui part de votre Église, m'est et me sera toujours respectable, toujours vénérable, toujours précieux et sacré ; que tout ce qui s'attaque à elle me blesse dans la prunelle de l'œil , ou plutôt par l'endroit le plus vif de mon cœur; et que dans toutes ses épreuves et toutes ses douleurs, elle ne sent rien que je ne ressente avec elle. Oui , Seigneur , je le dis encore une fois , et dans cette confession que je fais en votre présence, et que je serais prêt de faire en présence Ju monde entier, je trouve une consolation que je ne puis exprimer, parce que j'y trouve un des gages les plus certains de mon salut. I Cependant, Seigneur, puisque j'ai commencé à ^conter vos miséricordes envers moi , je n*ai garde d'omettre celle qui m'est encore la plus chère , et qui me découvre plus sensiblement les vues de votre aimable providence sur ma destinée éternelle : e'est, mou Dieu, cet esprit de docilité dont je me

sens heureusement prévenu à l'égard de l'Église et de ses décisions. Vous nous l'avez prédit. Seigneur, que dans tous les temps il y aurait des contestations, des schismes, des partialités, et votre parole s'accomplit de nos jours , comme elle s'est accom« plie dans les siècles qui nous ont précédés. Je vois bien des mouvements et des agitations ; j'entends bien des discours et des raisonnements. L*un me dit : U ChrUtest ici; l'autre : // est là. Mais dans ce tumulte, et parmi tant de questions qui partagent les esprits, je vais à l'oracle, je consulte l'É* glise, et je m'arrête à ce qu'elle m'enseigne. Dès qu'elle a parlé, je me soumets et je me tais. Je n'écoute plus, ni celui-ci, ni celui-là; ou je ne les écoute que pour rejeter l'un, parce qu'il n'écoute pas l'É» glise; et pour me joindre à l'autre, parce qu'il fait profession comme moi de n'écouter que l'Église.

Par là, mou Dieu, je me dégage de bien des embarras, et dans un moment je lève toutes les difficultés : car j'en ai tout d'un coup la résolution dans mon obéissanceà l'I^Lglise. Par là ma foi devient plus pure, plus ferme, plus assurée et plus tranquille. Au milieu de toutes les tempêtes et de tous les orages, je me jette dans la barque de Pierre, et, toute battue qu'elle est des flots , j'y goûte la douceur da calme le plus profond. Je passe à travers les éeueils, et je ne crains rien : pourquoi? c'est que je sait que dans la barque de Pierre , il n'y a pour moi ni écueils ni naufrages à craindre.

Ce n'est pas là sans doute. Seigneur, une de vos moindres faveurs. Que dis-je, et ne puis-je pas avancer que cet esprit docile et soumis est le premier caractère de vos élus? Quand j'aurais tous les autres signes qui les font connaître , si je n'avais pas ce caractère essentiel , toutes mes espérances seraient renversées. Mais, mon Dieu, si d'autres me manquent , ah ! du moins j'ai celui-ci , et vous ne permettrez pas que jamais je vienne à le perdre. De cette sorte , quelque peu de bien que je fasse, je le ferai avec confiance, parce que je le ferai dans votre Église. Hors de là que ferais-je sur quoi je pusse compter? car une vérité capitale et un principe incontestable dans la religion, c'est qu'il n'y a point de salut hors de l'Église. Vous nous l'avez ainsi déclaré vous-même dans votre Évangile, et dans les termes les plus exprès, lorsque vous nous avez donné pour maxime de regarder comme un publicam et comme un païen, quiconque n*est pas uni à l'Église, et ne lui rend pas le devoir d'une obéissance filiale. Or, puisque hors de l'Église il n'y a point de salut, il doit s'ensuivre que tout le bien qui ne se fait pas dans sa communion n'est qu'on bien apparent; que toutes les vertus qui se pratiquent ne sont que des vertus vides, et sans mérite par rapport à l'éternité; qu'on n'est rien devant vous, et que rien ne profite pour s'avancer dans votre royao-

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