‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 204 sur 352 · ACTIONS DE GRACES D'UNE AME FIDELE · texte numérisé non relu

ACTIONS DE GRACES D'UNE AME FIDELE

résolution solennelle, qui réuntt tout le corps des fidèles , juifs et gentils , dans une même créance et une même pratique. Tout s'exécute ainsi qu'on se rétait proposé. Sous la garde et la direction de ce divin Esprit qui préside à tous les conseils de TÉglise , Pierre , vicaire de Jésus-Christ , au nom duquel il s'énonce, se lève dans rassemblée, parle, non point en homme simplement, mais en homme plein de Dieu , qui l'inspire et qui l'autorise ; déclare où Ton s'en doit tenir, et résout en peu de mots toute la difCculté. Mes frères, dit il. Dieu n*a mis nulle différence entre nous et les Gentils ^ et ce n'est point par la loi de yfoîse qu'il pur{fie les coeurs, mais par la foi. Maintenant donc ^ continue l'apôtre , pourquoi tentez-vous le Seigneur, Jusqu'à charger les disciples d'un Joug que nos pères ni nous n'avons pu porter? {Àct,^ 25. )

C'était l'ancienne loi et toutes ses observances. Jacques, évêque de Jérusalem , prend ensuite la parole, et se joint au prince des apôtres, qui tous ensemble jugent et décident comme lui. Le décret est envoyé au nom d'eux tous. Alors plus de dispute, consentement unanime de toute la multitude ; et c'est ce que Thistorien sacré nous fait admirablement entendre dans une parole des plus courtes, mais en même temps des plus énergiques : Alors toute la multitude se tut. Nul qui entreprit de répliquer; nul qui se crût en droit de renouveler une affaire finie, tant on était persuadé qu'après le jugement de l'Église, fl n'y a plus rien à revoir, et qu'elle est également incapable d'erreur, soit qu'elle décide pour nous , ou contre nous.

Que n'en sommes-nous persuadés nous-mêmes, et que ne portons-nous jusque-là notre obéissance ! Avec cette obéissance pleine et sans réserve, qu'on eût épargné jusqu'à présent de combats à TÉglise , et qu'on eût prévenu de scandales et de troubles parmi le peuple de Dieu ! Mais quel a été le désordre de tous les temps, et quel est encore celui de ces derniers siècles? C'est une chose merveilleuse de voir avec quels éloges et quel zèle on reçoit dans les rencontres une décision qui paraît nous favoriser, et noter nos adversaires. On n'a point de termes assez forts pour en relever la sagesse , l'équité, la sainteté , et là-dessus on épuise toute son éloquence. On voudrait la faire retentir dans les quatre parties du monde , et qu'il n'y eût pas un enfant de l'Église qui n'en fût informé. Enfin, concluton, r^user de souscrire à une vérité si authentiquement reconnue, ce serait une révolte , un attentat insoutenable. Tout cela est beau ; mais le mal est que tout cela ne se soutient pas ; et l'occasion ne le fait que trop connaître. Car dans la suite et sur d'autres sujets , que l'Église vienne à nous juger nous-mêmes , et à condamner nos opinions nouvelles et erronées, c'est assez pour la défigurer

tellement à nos yeux, qu'elle nous devient mécoonaissable. Par quelque organe qu'elle tache alors de se faire entendre, sa voix est trop faible, et ne peut parvenir jusqu'à nos oreilles. Ce n'est plus , à nous en croire, cette voix si intelligible et si distincte : mais c'est une voie obscure et sombre, qu'il faut éclaircir. De là donc, cette autorité de l'Église , qu'on portait si loin et qu'on faisait tant valoir, on la conteste, on la restreint, on lui prescrit des bornes, et des bornes très-étroites : c'està-dire qu'on prétend la régler selon son gré , et qu'au lieu de dépendre d'elle, on veut la faire dépendre de nous et de nos idées. En vérité, est-ce là obéir? et quelque soumis que l'on soit d'ailleurs ou qu'on le paraisse, n'est-ce pas ici qu'il faut dire avec saint Jacques ; Celui qui pèche dans un point , se rend coupable sur tout le reste. ( Jac. , 2. >

ACTIONS DB GBACBS d'uNB AMB FIDÈLB ET IN- TIOLABLBMENT ATTACUBB A L'ÉGLISB.

Grâces immortelles vous soient rendues, Seigneur, de m'avoir fait naître au milieu de votre Église, de m'avoir mis au nombre des enfants de votre Église, de m'avoir nourri du pain , je veux dire de la doctrine de votre Église, de cette Église formée du sang de votre Fils adorable, son chef invisible, dont saint Pierre, et après lui ses successeurs, tiennent la place en qualité de chef visible; de cette Église catholique , apostolique , romaine , la seule vraie Église; de cette Église, la colonne de la vérité, et contre laquelle toutes les puissances de l'enfer n'ont jamais prévalu, ni ne prévaudront jamais.

Voilà, mon Dieu , le choix qu'il vous a plu faire de moi , parmi tant d'autres que vous avez laissés dans les ténèbres de l'infidélité et de l'erreur; et voilà ce que je dois regarder comme une marque de prédestination dont je ne puis assez vous bénir, ni vous témoigner assez ma reconnaissance. Combien de peuples sont nés dans l'idolâtrie , et ont reçu depuis leur naissance une éducation toute païenne! La nuit s'est répandue sur la terre; elle a enveloppé dans ses ombres les plus vastes contrées : les pères ont méconnu le vrai Dieu , et les enfants, instruits, où plutôt séduits par leurs pères, ont prodigué, comme eux, leur encens à de fausses divinités. Vous l'avez permis. Seigneur, et vous le permettez encore par un de ces jugements où nos vues ne peuvent pénétrer, et où nous n'avons d'autre redierche à faire que d'adorer en silence la profondeur de vos conseils. Combien même, jusques au milieu du christianisme , sont nés dans l'hérésie, l'ont sucée avec le lait, y ont vécu, et ont eu le malheur d'y mourir! Pourquoi n'ont-ils pas été éclairés de votre lumière comme moi; ou pourquoi ne suis-je pas tombé comme eux dans un sens réorouvé? C'est une distinction que je dois

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