PENSEES DIVERSES SUR L'EGLISE
de l'Église, de s'intéresser pour leur mère, et de résister en face à ses ennemis ? Je dis l'affaire de tous les enfants de TÉglise : car c'est une affaire commune, et chacun y est pour soi, quoique différemment et par proportion. Ah! de tous ceux qui tiennent pour le parti contraire, j'ose avancer qu'il n'y en a pas un , ou presque pas un , qui ne se fasse une affaire de l'appuyer de toutes ses forces. On a du zèle pour le mensonge , on en manque pour la vérité. Vous me direz : Quand je me déclarerai, la «ause de l'Église n'en sera pas meilleure. Et que suis-je en effet .' De quel poids peut être le suffrage d'un homme comme moi , d'un homme sans lettres et sans étude? On vous l'accorde : l'Église peut fort bien se passer de votre suffrage ; et si l'on vous presse de vous déclarer, ce n'est point précisément afin que la cause de l'Église en devienne meilleure, mais c'est afin que vous-même , en vous déclarant , vous en soyez meilleur. C'est, dis-je, afin que vous vous acquittiez de votre devoir envers l'Église ; afin que vous rendiez à l'Église l'hommage d'une soumission publique qu'elle exige de vous , et que vous ne pouvez lui refuser sans violer ses droits , et sans être coupable. De sorte que je puis appliquer ici ce que disait saint Augustin dans l'affaire du pélagianisme, et h l'occasion de quelques-uns qui gardaient le silence, et ne voulaient point donner à connaître ce qu'ils pensaient : faisons-leur, écrivait ce saint docteur à Sixte, seulement prêtre alors, et depuis pontife ^faisons-leur une salutaire violence pour les attirer à nous, non point dans la crainte qu'ils ne nous nuisent, mais dans la crainte qu'ils ne se
perdent.
V. Est-ce lâcheté ? Elle serait honteuse dans le service d'un prince de la terre, et pour en éviter la honte, il n'y a point de péril où l'on ne s'exposât : on n'y épargnerait pas sa vie. Mais présentement , qu'est-ce que je vous demande au nom de l'Église? une parole, un simple témoignage de votre déférence à ses sentiments, et vous n'avez pas assez de résolution pour la prononcer, cette parole, ni pour le donner, ce témoignage! Où donc est l'esprit du martyre, dont tout catholique doit être animé? Mais encore, que craignez- vous , et qui craignez-vous? Faut-il si peu de chose pour vous étonner?
Malheureuse neutralité qui forme tant de fausses consciences! car, sous le frivole et vain prétexte qu'on demeure à l'écart, et qu'on ne prend part à rien , on croît sa conscience en sûreté : comme si la foi ne voulait de nous point d'autre confession que le silence. Neutralité scandaleuse : c'est un outrage que vous faites à l'Église , de n'oser pas vous ranger de son côté , ni professer ouvertement ce qu'elle vous enseigne. D'ailleurs , à combien de gens persuadez-vous par votre conduite, que vous ne recevez pas le jugement que l'Église a porté, et que dans le
BOURDàLOVE. — T. UI.
cœur vous le rejetez, quoiqu'au dehors vous gardiez des mesures et que vous affectiez de paraître neutre p A combien d'autres donnez- vous au moins Fieu de penser qu'ils n'ont pas plus à se mettre en peine que vous, et que le mieux est de laisser toutes ces affaires comme indécises? Ils se déclareraient, si vous étiez une bonne fois déclaré vous-même. Neutralité que l'Église aussi , dans tous les temps , a condamnée et traitée de prévarication.
Enfin , neutralité favorable à toutes les hérésies , et qui sert à les établir et à les répandre. Car de même que dans une guerre civile les factieux sont contents, pourvu qu'on ne s'oppose point à leurs entreprises, ainsi les hérétiques ne souhaitent rien davantage, sinon qu'on ne les contredise point et qu'on ne forme aucun obstacle à leurs progrès. Ils savent bien du reste céder et se fortifier. Ce sont les premiers à demander la neutralité; mais à condition qu'ils ne l'observeront pas, et qu'ils n'omettront rien pour agir sourdement et plus efficacement. Ce sont les premiers à demander la paix; mais bien entendu qu'ils profiteront de cette paix pour continuer la guerre avec d'autant plus de succès, qu'elle se fera avec moins d'éclat. Une infinité de personnes , même de ceux qui ifë sont point mal intentionnés , se laissent surprendre à ce piège. Que ne vit-on en paix, disentils, et pourquoi tout ce bruit? J'aimerais autant, quand le loup est dans la bergerie , et que le berger crie de toutes ses forces pour appeler du secours, qu'on lui demandât pourquoi il se donne tant de noouvements et fait tant de bruit. Sans ces mouvements, sans ce bruit, que deviendrait le troupeau? La paix est à désirer : qui en doute? mais il faut que ce soit une bonne paix.
PENSÉES DIVERSES SUE l'ÉGLISB ET SUE LA SOU- MISSION QUI LUI EST DUE.
Il y en a qui, des intérêts de l'Église, font leurs propres intérêts; et il y en a qui , de leurs intérêts propres, font les intérêts de l'Église. Grande différence des uns et des autres. La disposition des premiers est bonne et toute sainte , et celle des seconds est mauvaise et toute profane. Que veux-je dire? le voici. Les uns font des intérêts de l'Église leurs propres intérêts : comment , et par où ? par leur zèle pour l'Église, par leur attachement inviolable à l'Église, par la sensibilité de leur cœur sur tout ce qui a rapport à l'Église, soit sur ses avantages, pour y prendre, part et s'en réjouir, soit sur ses disgrâces, pour s'en affliger et y compatir. De sorte que , sans égard à aucun intérêt personnel , ils envisagent d'abord en toutes choses les intérêts de l'Église, et y adressent toutes leurs intentions et tous leurs désirs. Mais les autres se conduisent par un principe et un sentiment tout opposé. Ils foa| de leurs intérêts propres les intérêts de l'Église;
SI
tfert-à-dire qoe poor aotoiiier l'ardeur qu'ils témoignent à recherdier les dignités ecclésiastiqua. il» ae regardent ïolontiers comme des sujets utik< à rÉglise , comme de» gens capables de rendre i l'Église des services importants, et d'y faire beaucoup de bien. Hé! que ne sont-ils de meilleure foi, et que ne connaissent- ils mieu» le fond de leur flme! Leur vue directe et primitive n'est pas tant le bien qu'ils feront dans l'Eglise, que le bien et les revcmu dont ils jouiront.
On ne peut trop respecter la prirnîtita ^ise, maislahauteidéequ'onenanedoit pas servira nous Ut9 mépriser l'Église des derniers siècles. Dans la primitive Église, parmi beaucoup de sainteté, il ne bissait pas de se glisser des relâchements; et dans l'Église des derniers siècles, parmi les relSchemenu qui s'y sont glissés, il ne laisse pas d'y avoir encore beaucoup de sainteté.