PENSÉES DIVERSES SUR L ËGLISE
léformation de l'Église :c*est]à leur attrait, c^est leur dévotion. Elles entrent dans toutes les intrigaes et tous les mystères : car certain zèle n*agit que par mystères et que par Intrigues. Elles s'entremettent dans toutes les affaires. Mais cependant si Ton vient à examiner ce qui se passe dans leur maison , on trouve que tout y est en désordre. Un mari, des enfants, des domestiques en souffrent; ' nais c'est de quoi elles sont peu inquiètes. Pour leur citer l'Écriture qu'elles ont si souvent dans les mains , et où elles se piquent tant d'être versées et intelligentes, on peut bien leur dire avec saint Paul : CéM qui ne prend pas soin de sa propre maison, comment veut-il prendre soin de l'Église de ùieu. {Ad Ttm., 3.)
• Zèle pour l'Église, zèle qu'on ne peut louer assez, ni assez recommander. Mais du reste c'est une vertu , et toute vertu consiste dans un milieu et dans un juste tempérament, qui évite toutes lés extrémités. Vous prenez les intérêts de l'Église, et en cela vous faites votre devoir, et le devoir de tout chrétien , de tout catholique. Mais ne les prenez-vous point quelquefois plus que l'Église ne les prend elle-même? Pourquoi ces abattements, ces désolations où vous .tombez? Pourquoi ces inquiétudes, ces alarmes continuelles? Pourquoi ces aigreurs, ces amertumes de cœur? n'omettez rien de tout ce qui dépend de votre vigilance et de votre attention ; parlez , agissez : mais au regard du succès, laissez à Dieu le soin de son Église; c'est son affaire plus que la vôtre. Le mal vient de ce qu'il se glisse dans la plupart de ces disputes beaucoup de naturel, beaucoup d'humain. Si Ton n'y prend garde, une guerre de religion devient une guerre de passion.
Ce n'est pas toujours par la profession que nous faisons d*être attachés à l'Église, qu'on peut bien discerner si nous sommes vraiment catholiques, ou 9î nous ne le sommes pas. Il n*y a point de langage plus ordinaire aux hérétiques et aux novateurs, que de témoigner dans leurs discours et dans leurs écrits un grand attachement à l'Église , que de prêcher la soumission à TÉglise, que d'exhorter les fidèles à prier pour l'Église. Mais quelle est cette Église pour laquelle ils semblent si zélés?' une Église à leur mode, et qu'ils se sont faite; une Église, ou plutôt une secte séparée de la vraie Église. Voilà ce quMIs entendent sous ce titre pompeux d'Église, iSt voilà ce qui éblouit les simples et ce qui les trompe. La voix est de Jacob, mais les mains sont d'Ésaû. {Gènes,, 27.) C'est donc à la règle et au caractère distinctif que nous a marquésaînt A mbroise, qu'il faut s'en tenir. Ce Père parle de Satyre, son frère, et voici ce qu'il en dit. Après un naufrage
d*où il était échappé , il voulut en action de grâces participer au sacrement de l'autel ; et, dans cette pensée. Il s'adressa à l'évêque du iieu. Mais comme c'était un temps de division et de schisme , il s'ia- Korma d'abord si cet évêque était catholique ; Cest^ à'dire, ajoute saint A mbroise, expliquant ce terne de catholique, s'il était uni de communion et de créance avec l'Église romaine. Car sans cela , Satyre ne reconnaissait point la vraie catholicité , et n'en devait point reconnaître.
Tout est subordonné dans4'Église : mais ce grand principe, ce principe si raisonnable et si essentiel pour la conduite et le bon ordre de toute société , nous l'entendons diversement, selon les divers rapports sous lesquels nous le considérons. A l'égard de ceux qui dépendent de nous , nous sommes les plus rigides et les plus implacables défenseurs de la subordination. Mais s'il s'agit d'une puissance supérieure de qui nous dépendons nous-mêmes , c'est sous ce rapport que la subordination n'excite plus tant notre zèle : il se ralentit beaucoup , et même il s'éteint absolument. Ainsi , entendez parler un supérieur ecclésiastique de ceux qui sont soumis à sa juridiction : ce sont des plaintes perpétuelles du peu de docilité qu'il trouve dans les esprits; ce sont de profonds gémissements sur le renversement de la discipline, parce que chacun veut suivre ses idées et vivre à sa mode ; ce sont les discours les plus pathétiques et les plus belles maximes sur la nécessité de la dépendance , pour établir la règle et pour la maintenir. Tout ce qu'il dit est sage, solide. Incontestable : mais il serait question de voir si ce qu'il dit, il le pratique lui-même à l'égard d'une souveraine et légitime puissance dont il relève et à qui il doit se soumettre. Voilà néanmoins ce qui serait bien plus efQcace et plus persuasif, que tant de gémissements et tant de plaintes, que tant de belles maximes et tant de discours. Peut-être croirait-on, en se soumettant, affaiblir Tautorité dont on est revêtu , et c'est au contraire ce qui l'affermirait. Voulons-nous qu'on nous rende volontiers l'obéissance qui nous est due? donnons nous-mêmes l'exemple, et rendons de bonne grâce l'obéissance que nous devons.
Dans les troubles de l'Ëtat, le bon parti est toujours celui du roi et de son conseil ; et dans les troubles de l'Église, en matière de créance et de doctrine le bon parti est toujours celui du vicaire de Jésus-Christ, du siège apostolique et du corps des évoques.
Un époux infidèle qui quitte son épouse pour en prendre une ou plus noble ou plus riche, voilà l'idée que je conçois d'un bénéficier qui, par un inté>