SUB L'ALLIANCE DE L'AME RELIGIEUSE AVEC DIEU
grand dont une créature soit capable. En voici les raisons : parce que c'est un engagement sacré, parce que c'est un engagement solennel , parce que c'est un engagement irrévocable et qui ne doit jamais finir. Autant de paroles, autant de vérités essentielles pour vous et pour moi : comprenez-les.
C'est un engagement sacré que celui de la profession religieuse; voilà sa première qualité; et la preuve en est bien évidente : parce que c'est un engagement de vœu. Or le vœu dans la substance est quelque cbose de surnaturel , et même de droit divin. Il a été tel dans tous les temps , dans l'ancienne loi comme dans la loi nouvelle, parce qu'il est saint lui-même. Que s'ensuit-il de là? ah! mes chères sœurs , que ne s'ensuit-il pas , pour toutes les âmes sincèrement touchées de leurs devoirs, et pour nous en particulier ? Car je conclus que notre engagement dans la religion est donc d'un ordre supérieur à tous les engagements du monde, et par conséquent qu'il ne peut être violé que par un crime d'une espèce différente et au-dessus de tous les autres crimes. Je conclus qu'en ce qui touche l'obseryance des choses que nous avons vouées , nous ne pouvons plus désormais commettre d'infidélité envers Jésus- Christ , qui ne tienne de la nature du sacrilège : pourquoi ? parce qu'en conséquence du vœu, nous sommes spécialement consacrés à Jésus-Christ : cette conséquence est terrible, et me donnerait lieu, ce semble, de dire à toutes celles qui ont l'honneur de porter ce c^actère de consécration , ce que leur disait saint Augustin : Nunc vero quia tenetur apud Deum sponsio tua , non te ad magnam justitiam inviio, sed a magna iniquitate deterreo (AuGUST.) : Ame fidèle , sou venez- vous que vous n'êtes plus à vous-même, et que quand je vous parle d'accomplir les promesses que vous avez faites à votre Dieu , ce n'est pas tant pour vous inviter à une haute sainteté , que pour vous préserver d'une affreuse iniquité. Mais d'ailleurs, ajoute le même Père , cette pensée est infiniment capable de vous animer et de vous fortifier. Car le comble de votre joie doit être de n'avoir plus une pernicieuse liberté de faire le mal ; et l'avantage de votre profession est de ne pouvoir être plus unie à Dieu que vous l'êtes : or, c'est ce que l'engagement des vœux vous procure. D'où vient que saint Augustin concluait : Nec ideo te novisse pœniteat : immo gaude jam tibi non licere, qupdcum detrimento iuo licuisset. (Id.)
Je dis plus : l'engagement de la religion est un engagement solennel , et c'en est la seconde prérogative. Car il n'est appelé profession , que parce qu'il est célébré à la face des autels et devant les ministres de l'Église, suivant le modèle que Dieu en proposait autrefois aux parfaits chrétiens dans la personne des Israélites, dont l'Écriture nous dit
qu'à mesure qu'ils entraient dans la terre promise, ils allaient tous se prosterner aux pieds du grand prêtre, et faisaient entre ses mains cette profession publique : Profiteur hodie coram Domino Dec tua, quod ingressus sum in terrampro qua Juravit patribus nostris, ut daret eam nobis (Deut., 26) : Oui , je proteste que c'est aujourd'hui que je suis entré dans cette terre de bénédiction où le Seigneur m'a appelé. Voilà ce que fait l'âme religieuse dans la solennité de ses vœux , puisque c'est alors qu'elle entre dans une terre abondante en vertus et en sainteté, et qu'elle n'y entre qu'après en avoir fait la protestation à celui qui lui représente Jésus-Christ, le souverain Prêtre. Et ne croyez pas, mes chers auditeurs, que cette solennité soit une pure cérémonie. Quand David disait : f^oia mea Domino reddam in conspectu omnis populi ^tis, in atriis domus Domini, in mecUo tui, Jérusalem ( Psalm. 115); j'offrirai mes vœux au Seigneur; mais je les offrirai en présence de tout son peuple , dans l'enceinte de son temple, au milieu de Jérusalem; il prétendait faire quelque chose de plus grand que s'il les eût seulement formés dans le secret de son cœur. Et en effet, un vœu solennel est bien différent d'un vœu particulier et secret : car l'Église accepte l'un, et elle n'accepte pas l'autre; elle ratifie l'un, et elle ne ratifie pas l'autre; elle s'oblige elle-même dans l'un , et elle ne s'oblige pas dans l'autre : circonstances bien remarquables en matière de vœu. Quoi qu'il en soit, il paraît bien par cette solennité que la profession religieuse est une véritable alliance de l'âme chrétienne avec Jésus-Christ. D'où vient que saint Ambroise, instruisant une vierge qui avait pris le voile sacré , lui disait ces belles paroles : Sacro velamine tecta es, ubi omnis populus dotem tuam subscribens , non atramento , sed spiritu, clamavit : Amen ( Ambb. ) ; Vous vous êtes engagée à Jésus-Christ , et tout le peuple qui était présent a signé votre contrat, non pas avec une encre matérielle , mais de l'esprit et du cœur, en y répondant : Ainsi soit-il. Or c'est, mes chères sœurs, ce qui s'est fait à votre égard , et dont nous devons éternellement conserver le souvenir. Car si nous étions assez infidèles pour oublier cet engagement, tout ce qu'il y a eu de témoins de notre profession s'élèveraient contre nous et rendraient témoignage au Sauveur du monde , de la foi que nous lui avons jurée.
Mais quelle foi ? c'est ici la troisième qualité de l'engagement religieux : une foi dont le lien est indissoluble , et plus indissoluble même que l'engagement des époux du siècle. Car l'engagement des époux du siècle cède quelquefois à la profession religieuse. Ainsi les conciles le déclarent-ils, et ainsi l'avons-nous reçu par tradition apostolique; d'où il s'ensuit que le vœu de la religion est donc ua