SUR L'ALLIANCE DE L'AME RELIGIEUSE AVEC DIEU
engagement plus irrévocable encore et plus indispensable que celui du grand sacrement établi par Jésus-Cbrist dans son Église : Sacramentum magnum in Ecclesia, ( Ephes, , 5. ) L'engagement des époux du siècle est naturellement sujet à se dissoudre par la mort; au lieu que la profession religieuse est un engagement éternel , qui ne doit jamais finir. Tandis que Dieu sera Dieu , tandis que Jésus-Christ régnera , vous serez à lui. Si c'était tout autre que Dieu et tout autre que Jésus-Christ, cette parole devrait vous faire trembler. Car avec tout autre que Dieu, vous pourriez craindre de fâcheuses humeurs à essuyer, des imperfections à supporter, des ennuis à dévorer. Mais plus on est à Dieu et avec Dieu, plus on le goûte, et plus on trouve en lui de consolations. Il est vrai que c'est un grand pas à faire que celui d'un engagement éternel ; mais , encore une fois, avec Dieu, plus l'engagement est grand , plus 11 est aimable. Si cet engagement pouvait finir, il ne serait plus notre parfait bonheur : sa félicité consiste surtout dans son éternité; de sorte que, par un merveilleux effet de la grâce, ce qui fait le joug et la servitude des alliances du siè* ele, fait le précieux avantage de la nôtre, parce que nous sommes liés à Dieu , avec qui l'on est toujours bien, et de qui l'on est toujours content, dès qu'on s'y donne , et qu'on le cherche de bonne foi. Ce n'est donc point du côté de Dieu que nous devons trembler. Ce qu'il y a à craindre pour nous est dans nous-mêmes et vient de nous-mêmes. Ce sont nos légèretés et nos variations , c' est notre inconstance. En effet, quelque ferveur et quelque disposition présente qui paraisse en nous , nous sommes fragiles et sujets au changement. Nous nous engageons pour toujours : mais notre volonté a ses vicissitudes et ses retours; et la difficulté est, avec une vo* lonté si changeante, de soutenfr un engagement qui ne doit point cbanger. De la part de Dieu , il n'en est pas ainsi : son engagement et sa volonté sont également immuables. Au moment qu'il a parlé et qu'il a promis , il est incapable de révoquer sa parole, parce que c'est un Dieu souverainement vrai et souverainement fidèle : Juravit Dominus et non pœnitebit eum. ( Psalm, 109.) Mais pour nous, qui n'agissons que par les mouvements d'une liberté volage, et à qui le repentir est aujssi naturel que le choix , nous en sommes réduits à une condition bien différente, vivant toujours dans l'obligation de garder noire foi , et dans le danger de la violer. Voilà ce qui doit exciter, âmes religieuses, toute notre vigilance; voilà ce qui nous doit maintenir dans une sainte défiance de nous-mêmes, et, par conséquent, dans une attention continuelle sur nous-mêmes. Car quel désordre serait-ce , et quelle indignité , de se démentir après des paroles si authentiques et si solennelles ; de se lasser d'être à Dieu , lorsqu'il ne se
lasse point d'être à nous ; de n'y vouloir être qu'à demi , lorsqu'il veut être pleinement à nous ; dé nous dégoûter de lui malgré ses infinies perfections» quand, tout imparfaits que nous sommes, il ne se dégoûte point de nous , et qu'il fait même ses délices de demeurer avec nous ? C'est par une persévérance inébranlable, que nous nous préserverons, mes chères sœurs, d'une infidélité que Dieu nous reprocherait éternellement. Persévérance qui fut toujours le caractère des élus : persévérance non point seulement dans l'habit , mais dans l'esprit de la religion ; non point seulement dans la clôture et la retraite, mais dans l'exacte observation de nos devoirs; non point seulement dans l'exercice extérieur des pratiques de notre état , mais dans une régularité solide et intérieure. Voilà comment , après avoir choisi Dieu , après nous être engagés à Dieu, nous entrerons avec Dieu dans une sainte communion et dans une espèce de société d'intérêts et de biens. Vous l'allez voir dans la troisième partie.