‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 221 sur 352 · GOUVERNEMENT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT RELIGIEUX

tantes, et oe causent pas moins de dommages dans une communauté, queceUes des autres ; et Ton peut (dire au sujet de Tobéissance, qu'il est aussi difi- 4nle, et même plusdiûicilede bien saroir la faire pratiquer, que de bien savoir la pratiquer. • L'autorité supérieure dans une maison religieuse ..f«t une prérogative, c'est une distinction; mais une .distinction à titre onéreux , et une charge plus qu'un jMmneur. Les fondateurs inspirés de Dieu dans l'institution de leurs ordres , y ont établi une forme de gpuvernement nécessaire pour lier ensemble le chef ft les membres, et pour maintenir tout le corps dans un bon état, en le maintenant dans la règle. .Cette forme de gouvernement n'est pas la même partout ; et comme il y a une diversité de grâces et de voies par où la divine Providence conduit ses élus, il y a pareillement une diversité d'observances et d'instituts, qui fait un des plus beaux ornements de TEglise. Mais tous, quelque différents qu'ils soient d'ailleurs, conviennent en ce point , qu'il y ait à la tête de chaque société régulière une puissance qui préside, qui ordonne, qui tienne la place de Dieu , de qui Ton reçoive l'impression , et qui dirige toutes les démarches et tous les mouvements. Or, que ce premier mobile vienne à manquer, qu'il se dérange, qu'il s'arrête; et, afin de ne considérer la chose que par rapport à vous , qui m'engagez à vous écrire mes pensées , et à vous donner cette courte instruction touchant la place que vous occupez présentement, qu'une supérieure n'ait pas les talents requis pour gouverner, ou que les ayant, elle ne les mette pas en œuvre , on voit assez quels désordres il doit de là s'ensuivre. Car voilà comment des communautés entières sont tombées dans une triste décadence et dans un relâchement qui lésa perdues.

Il est donc pour vous d'une conséquence infinie , qu'étant obligée de tenir les autres dans le devoir, ¥Ous fassiez vous-même une étude très-sérieuse de vos devoirs ; que vous vous les imprimiez vivement et dans l'esprit et dans le cœur : dans esprit , pour les connaître ; dans le cœur , pour vous y affectionner; que vous en confériez souvent avec Dieu, et qu'aussi souvent vous en confériez avec vousrmême, et vous vous en demandiez compte devant Dieu; que vous appreniez ainsi à bien mesurer tous vos pas dans la route où vous commencez à marcher. Elle est périlleuse; les écueils y sont communs, et des écueils qu'on ne peut éviter sans une grande attention. De toutes celles qui vous ont précédée, combien peut-être y ont échoué! Quoiqu'il en soit, si le pilote s'endort au milieu des rochers où il se trouve engagé , il est fort à craindre que par sa. négligence le vaisseau ne périsse, et si vous n'avez toujours les yeux ouverts pour prendre garde à vous •t pour vous observer, non-seulement vous vous

garerez, mais au jugement de Dieu vous de?ieii« drez responsable de vos égarements.

Ce qui doit être d'abord le sujet de votre consolation et de votre confiance, c'est que voua ne tous êtes point ingérée dans le gouvernementale vous ne l'avez point recherché y et, pour m'exprimer avec saint Paul , que vous ne vous êtes poM attribué V honneur, {Hebr., 5.) D'où vous avec droit de conclure que vous y êtes appelée de Dieu, et que Dieu étant fidèle à ceux qui suivent sa- vocation , il ne vous abandonnera point : mais que fi grâce vous éclairera , qu'elle vous soutiendra ,. qu'elle consommera la bonne œuvre qu'il a commencée dans votre personne , par le choix qq'il a fait de vous. Sans cette vocation d'en haut vous ne pourriez vous répondre si assurément de L'assistance du ciel; que dis-je! vous devriez vous attendre de la part du ciel à un funeste abandonnemenU Car ce ne serait plus Dieu alors qui vous aurait, tracé le chemin où vous entrez , et il dirait de vous ce qu'il disait des faux prophètes i Je ne les envoyais point, et ils couraient; voilà pourquoi ii^, seront r^etés et livrés deux-mémes. (JsfiBx.v.^S.)

D'autres que vous l'ont éprouvé , oi^ s'exposent à l'éprouver. Et ne le savez-vous pas ?. ne le voyezvous pas? L'envie de dominer, dispns mieux , et ne craignons point d'user du terme propre , une pitoyable ambition n'est pas tout à fait bannie des maisons religieuses; mais elle s'entretient et se nourrit jusque dans l'obscurité de la retraite, et comme dans le sein de l'humilité. On veut être quelque chose, quoiqqe se séparant du monde on ait déclaré qu'on ne prétendait plus à rien. Ce divorce avec le monde a plus été de corps que d'esprit : et, parce que, selon le sentiment naturel, qui est partout le même , on aime à se voir considéré, ;nénagé, craint, respecté, de là vient que sans résistance et sans conibat on succombe à la tentation, et qu'on se laisse aisément surprendre au vain éclat de la supériorité. Mais le moyen d'y parvenir, et comment y procéder ? Il est rare qu'on s'y porte ouvertement, et qu'on témoigne sur cela son désir. Au contraire , on a bien soin de le cacher, et l'on affecte en toutes ses paroles et toutes ses manières de marquer là-dessus une indifférence parfaite et même une espèce d'éloignement. Rien de plus modeste que les expressions dont on se sert en parlant de soi-même , et reconnaissant son peu de suffisance et son indignité : mais ce sont des discours; et avec ces beaux discours, le désir qu'on a dans le cœur, tout caché qu'il est , n'en est pas moins vif. On le dissimule; mais il agit et il fait agir. On prépare de loin les esprits , le parti se forme, l'une attire l'autre. Cependant une élection approche, et c'est alors qu'il faut redoubler ses attentions , et se montrer plus affable et plus ofli-

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