GOUVERNEMENT REU61EUX
cieuse que jamais envers tout le monde , surtout envers les amies. Enfin, le jour arrive où la communauté s'assemble, et où il est question de décider. Les voix se recueillent, la pluralité l'emporte, la tupérieure est élue, bien contente de sa destinée, el peut-être encore voulant se persuader que c'est Dieu qui Ta choisie, et qu'elle n'y a contribué en aucune sorte.
Tout ceci , au reste , ne doit point étonner depuis qu'on a vu les apôtres mêmes, élevés à l'école de Jésus-Christ, disputer entre eux de la préséance, et ambitionner les premiers rangs de son prétendu royaume temporeL Mais de quoi l'on ne doit pas non plus être surpris , c'est que Dieu se retire , et qu'il ne bénisse point un gouvernement qui n'est pas dans l'ordre de sa providence; c'est qu'il permette que cette supérieure s'égare, qu'elle s'aveugle en mille rencontres, et qu'elle fasse mille fautes , qui détruisent toute l'estime qu'on en avait conçue , et qui la décréditent dans une maison dont elle croyait devoir être l'oracle et la directrice; c'est que dans une place où elle espérait trouver de la douceur et de la satisfaction , il lui laisse sentir toute l'amertume et tout le déboire de mille événements £&cheux , de mille contradictions , de mille inquiétudes, dont elle est sans cesse agitée, troublée, désolée, et qui lui donnent bien lieu de regretter l'état de dépendance d'où elle a voulu sortir, et où elle vivait mille fois plus tranquille et plus heureuse; c'est que, pour la punir et pour punir le grand nombre de celles qui l'ont appuyée de leurs suffrages, plus par inclination que par raison, il prive la communauté d'une protection spéciale dont il la favorisait, et que de cette sorte tout l'esprit de Dieu s'éteigne et toute la discipline religieuse se dérègle. Châtiment aussi juste qu'il est terrible, et que les suites en sont malheureuses.
Mais revenons ; et puisque de bonne foi vous pensez n'avoir rien à vous reprocher sur cet article, ne nous y arrêtons pas davantage. Il s'agit maintenant dte répondre à la vocation de Dieu , et d'en remplir tous les devoirs. Le premier pas est fait, ^ bien fait : je le veux ; et je n'en puis douter, connaissant votre droiture et votre esprit religieux. Vous voilà dans la carrière ;' mais le point est de la fournir heureusement et dignement ; soit pour la gloire de Dieu, soit pour le bien de votre maiaon, soit pour la sanctification de votre âme. Vous voulez donc^voir comment vous devez vous comporter dans une fonction d'autant plus critique pour vous, qu'elle vous est toute nouvelle, et que vous n'en avez eujusques à présent nul usage. Vous me demandez quelles sont les conditions les plus essentielles d'une bonne supérieure, et par où elle peut se mettre en état de réussir. Je comprends tout en di^q paroles,. ^^t chacune mérite
une réflexion particulière: exemple, vigilance, charité, fermeté; prudence. Avec cela , j'ose vous an-* noncer un succès tel que vous le pouvez désirer t car à l'égard de la profession religieuse, c'est dans l'assemblage de ces qualités que consiste toute la science du gouvernement.
L Exemple. Jésus-Christ lui-même a commencé par là : avant que d'enseigner, il a pratiqué. Vous êtes supérieure, il est vrai; mais , en devenant supérieure, vous n'avez pas cessé d'être religieuse : c'est-à-dire que vous êtes toujours dans la même obligation de travailler à votre perfection particQ^ Hère et à votrei avancement spirituel , selon l'esprit de votre règle, et par les moyens qu'elle vous prescrit. Vous n'êtes dons pas plus exempte des obser* vances ordinaires que le reste de la communauté : vous pouvez vous en dispenser plus impunément; mais vous ne le pouvez pas avec plus de droit ol plus légitimement. Vous le pouvez plus impunément , puisque , dans la maison dont la conduite vous est confiée, il n'y a personne qui puisse voui demander compte de vos actions , ni entreprendra de vous corriger; mais vous ne le pouvez pas plus légitimement ni avec plus de droit, puisque vous êtes lié par les mêmes engagements que les autres, et qu'en vous chargeant de la supériorité , on n'a pas prétendu vous décharger de la régularité. Vous avez des pouvoirs que n'ont pas les autres , je le sais , et on ne vous les conteste point ; mais comme vous ne devez user de ces pouvoirs en faveur des autres qu'avec poids et mesuse, qu'avec raison et pour de justes sujets, vous n'en devez pas plusai» sèment ni plus librement user par rapport à vousmême.
Et ce serait sans doute une chose assez étrange, qu'une supérieure, préposée pour maintenir la règle dans toute sa vigueur, fât la première à la transgresser. Est-ce là l'exemple qu'elle doit donner, et qu'on attend d'elle? Saint Paul disait aux fidèles : Soyez mes imitateurs comme je le suis de Jésus- Christ ( 1 . Cor. n , 11.); et c'est ainsi , par proportion, que la supérieure, dans une commu* nauté religieuse , doit être en état de dire à toutes les personnes qui lui sont soumises : Agissez comma vous me voyez agir. Car sans cet exemple , de quel poids seront toutes ses paroles et toutes ses exhortations.' Osera-t-elle même parier V Osera-t-elle exhorter à la pratique de la pauvreté, lorsqu'on verra qu'elle ne veut manquer de rien? osera-t-elle recommander la mortification des sens, lorsqu'on verra qu'elle s'accorde tous les soulagements et se ménage toutes les douceurs qu'elle est en pouvoir de se procurer? osera-t-elle exiger l'exactitude, l'assiduité , la fidélité à tous les exercices , soit publics, soit intérieurs, lorsqu'on verra qu'elle abuse de son autorité pour vivre à sa mode et selon qu'H