SUR L'INCARNATION DIVINE
baDdonnés à leur propre sens, ils tombent dans les nlus grossières erreurs , et qu'ils s'y attachent quelquefois avec une telle obstination , qu'il n'est presque plus possible de les en retirer. L'Église , hélas! ne l'a que trop éprouvé, et n'en a que trop gémi , puisque c'est de là que sont venues tant d'hérésies qui l'ont désolée.
Ne cessons point de méditer un mystère si digne de toute notre attention ; mais méditons-le en chrétiens, c'est-à-dire avec toute la simplicité de la foi, et toute sa soumission. Car nous ne le pouvons connaître que par la foi ; et plus même notre foi sera simple et soumise , plus serons-nous en état d'entrer, si j'ose parler ainsi , dans ce sanctuaire , et do découvrir les immenses trésors de grâce et de gloire qui y sont renfermés : je dis de grâce pour nous, et de gloire pour Dieu. Ce sont les humbles que Dieu éclaire , et c'est à eux qu'il communique ses vérités les plus sublimes et les plus secrètes : au lieu qu'il laisse errer en d'épaisses ténèbres ces esprits orgueilleux qui présument d'eux-mêmes , et prétendent tout voir par eux-mêmes.
Second point. Mystère dont nous devons faire l'objet de nos plus tendres affections. Un Dieu homme, réduit à toutes les misères de l'homme, et cela pour Thomme : si ce n'est pas un objet propre à exciter dans nos cœurs les sentiments les plus affectueux , il n'y a rien qui puisse nous affectionner et nous toucher. Sentiments d'admiration, de vénération , d'amour, de reconnaissance , de zèle : et si nous avons eu jusques à présent le malheur de ne rieu faire pour un Dieu qui a toct fait pour nous; si même, par la plus énorme ingratitude, la passion nous a portés jusqu'à l'offenser et à lui déplaire, sentiments de repentir, de douleur, decon fusion; résolutions à- l'égard de l'avenir les plus sincères, protestations les plus vives, désirs les plus ardents. Tels ont été , dès l'ancienne loi , les sentiments des patriarches et des prophètes, dans la vue anticipée que Dieu leur donnait de Jésus- Christ qu'ils attendaient, et après lequel ils soupiraient. Tels ont été , depuis la venue de ce Fils éternel de Dieu, les sentiments de toute l'Église; et voiià ce qui fait le plus doux entretien des âmes fidèles. De là ces extases, ces ravissements, ces saints transports où elles entrent. De là ce feu qui s'allume dans leur méditation {Psalm, 38) , comme parle le prophète royal , et dont elles sont tout embrasées.
Cependant, affreux dérèglement de l'esprit de rhoinme! ce même mystère, capable de produire des sentiments si justes, si purs, si relevés, ce fut pour les Juifs un scandale, ce fut pour les gentils une folie, et n'est-ce pas encore l'un et l'autre pour tant de libertins et de prétendus esprits forts ?
Ce qui devrait leur rendre un Dieu -Homme plus adorable et plus aimable , je veux dire ses abaissements et ses humiliations, c'est ce qui les en détache , c'est ce qui choque leur fausse prudence , ce qui les révolte et qui les rebute, ce qui devient la matière de leurs impiétés et de leurs blasphèmes. Ils ne peuvent se persuader qu'un Dieu ait voulu descendre de sa gloire , et s'assujettir à toutes les infirmités d'une nature aussi faible que la nôtre. Cet état vil et obscur, cet état de pauvreté, de misère, de souffrance, de dépendance, leur parait indigne de la majesté du Très-Haut : pourquoi ? parce qu'ils en jugent en hommes, et qu'ils n'ont jamais compris quelle est l'étendue des divines miséricordes. Mais , par une conséquence toute contraire , plus mon Dieu s'est fait petit, dit saint Fulgence, plus il m'est cher : comment cela? c'est que je sais qu'il ne s'est ainsi humilié, ainsi anéanti que pour moi : c'a été de sa part un excès d'amour ; mais cet excès d'amour pour moi est justement ce qui demande et ce qui excite tout mon amour pour lui. Que les impies raisonnent tant qu'il leur plaira, et comme il leur plaira ; malgré leurs raisonnements et leurs vaines difficultés, nous conclurons toujours avec saint Bernard , et nous dirons : Ah! Seigneur ^ que ne vous dois-Je point pour m* avoir créé! mais , après m*étre perdu moi-même y combien vous suiS' je encore plus redevable de m^ avoir racheté , et racheté à ce prix !
Troisième point. Mystère dont nous devons faire la règle universelle de nos actions : pourquoi? c'est qu'en se faisant homme , le Fils de Dieu vient se proposer à nous comme notre modèle ; car c'est dans ce dessein qu'il nous est donné ; de sorte que Dieu, selon le témoignage exprès de l'apôtre, ne nous reconnaîtra jamais pour ses enfants et pour ses élus, qu'autant qu'il nous trouvera conformes à l'image de son Fils. Et voilà pourquoi ce Dieu- Homme s'est revêtu de notre chair, afin de pouvoir se montrer sensiblement à nos yeux , et que nous puissions en observer tous les traits et les imiter. S'il était seulement Dieu, remarque saint Léon , il ne pourrait nous servir d'exemple, parce que nous ne pourrions le voir; mais étant Dieu et homme tout ensemble, il a de quoi frapper nos sens , et il a droit de nous dire : Regardez-moi , et formez vous sur moi. Il nous le dit en effet; il veut qu'entre sa vie mortelle et la nôtre il y ait une ressemblance aussi parfaite qu'elle peut l'être; car il ne prétend point tellement nous sauver par l'efficace de ses mérites, qu'en même temps nous ne nous sauvions pas nous-mêmes par la sainteté de nos œuvres. Or nos œuvres ne sont saintes qu'à proportion qu'elles sont faites en Jésus-Christ, selon Jésus- Christ, conformément à l'esprit et aux œuvres de