‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 245 sur 352 · SERMON SUR LA DAMNATION ÉTERNELLE · texte numérisé non relu

SERMON SUR LA DAMNATION ÉTERNELLE

Paleas autem comburet igni inexiinguihUi,

Pour la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint point. lfATnniEO,chap. 3.

Je vous l'ai annoncé , pécheurs , et je viens encore ici vous le faire entendre , autant que notre Dieu est riche en miséricorde et libéral dans ses récompenses , autant est- il sévère dans ses arrêts et redoutable dans ses châtiments. Il ramasse le bon grain pour le conserver; mais il rejette la paille pour la brûler. Il appelle à lui ses élus, et les couronne dans son royaume; mais il sépare de lui ses ennemis , et les précipite loin de sa présence , dans un lieu de tourments. Que dis-je? Jusque dans ce lieu de torture, et au même temps qu'il les réprouve, il leur est toujours présent; et pourquoi? pour leur faire

sentir toute la pesanteur de son bras et pour déployer sur eux toute la rigueur de sa justice. Car sans donner dans aucune contradiction, ni que ces deux points se détruisent l'un l'autre , voici , selon l'idée que j'en conçois , en quoi je fais consister le terrible mystère de la damnation éternelle. Je dis que c'est tout ensemble , et dans une éternelle se* paration de Dieu , et dans une présence éternelle de Dieu. Prenez garde; Dieu, comme Dieu et souverain bien, séparé pour jamais du réprouvé : pre^ mier point; Dieu, comme vengeur et souverain juge, présent pour jamais au réprouvé : second point. Deux articles importants que nous avons à développer, et deux grands sujets de nos réflexions et de notre crainte.

Premier point. Dieu, comme Dieu et souverain bien , séparé pour jamais du réprouvé. Afin de mieux comprendre le malheur de cette fatale séparation, il faut d'abord supposer que Dieu, comme Dieu, étant le souverain être, il est aussi le souverain bien. Non-seulement le souverain bien en lui-même et pour lui-même, mais le souverain bien de l'homme et sa fin dernière. Il faut encore poser pour principe incontestable, que de vouloir être heureux, c'est un désir si naturel à l'homme, une inclination si nécessaire, que rien ne peut l'arracher de son cœur. D'où suit enfin une troisième vérité, que dans tous ses sentiments, dans toutes ses démarches, l'homme, par une pente née avec lui , et dont il n'est pas en pouvoir d'arrêter l'impression, tend sans cesse vers Dieu : comment cela ? parce que sans cesse il tend vers son propre bien et son bon* heur, et que Dieu seul est ce bien dont il ne peut se passer, et ce souverain bonheur qu'il cherche. Car comme disait à Dieu saint Augustin : Seigneur^ c'est pour vous que vous nous avez faits , et ce n'est que pour vous ; et tant que notre cœur ne se reposera pas en vous , il séira dans l'agitation et le trouble.

Voilà ce que le réprouvé sur la terre ne connaissait pas , ou de quoi il n'avait qu'une vue confuse. Il sentait assez que tout ce que le monde lui présentait ne lui pouvait suffire ; d'un objet il courait bientôt à un autre, et toujours il lui fallait quelque chose de nouveau : mais ce quelque chose où il aspirait et qui lui manquait, qu'était-ce? il ne faisait pas attention que c'était Dieu. Quand l'a-t-il connu? hélas 1 lorsqu'il n'a pu le conna?tre que pour son supplice et pour son désespoir. La mort, toute ténébreuse qu'elle est, en l'enlevant, et l'ensevelissant dans ses ombres , lui a ouvert les yeux et l'a éclairé. Depuis ce terrible moment, il porte toujours dans son esprit l'image de Dieu profondément gravée; mais une image qui le consterne et qui l'accable, mais une image qui le transporte jusqu'à la fa-

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