‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 25 sur 352 · SUR L'ALLUNCE DE L'AME REUGIEUSE AVEC DIEU · texte numérisé non relu

SUR L'ALLUNCE DE L'AME REUGIEUSE AVEC DIEU

cepter. De tous les maux à quoi's*est assujetti le divin époux que vous choisissez, il n'y a rien qui vous étonnât et que vous ne voulussiez partager. Mais il n'est point même nécessaire que vous fassiez cet effort de fidélité ; et ce serait mal m'expliquer, de dire que vous devez entrer en société de peines et de maux avec Jésus-Christ, car dans Jésus-Christ tout s'est converti en bien ; et la pauvreté, les souffrances, les croix que nous estimons des maux, sont sur la terre les plus grands biens qu'il ait procurés à ses élus. !N'en a-t-il pas fait autant de béatitudes ? n'a-t-il pas dit hautement et formellement dans son Évangile : Bienheureux les pauvres , Beati pauperes (Matth., 5); bienheureux ceux qui pleurent, Beati qui lugentf (Id.) et ne sont-ce pas là, en faveur des croix et des souffrances de cette vie , des preuves que les mondains ne détruiront jamais? Or, où a-t-on une plus abondante communication de ces biens spirituels et de ces dons célestes , que dans la religion ? Dans le monde il y a des croix , mais elles sont bien différentes de celles que vous trouverez dans la vie religieuse; car, comme dit saint Bernard , toute croix n'est pas la croix de Jésus- Christ , toute pauvreté n'est pas la pauvreté de Je- Christ , toute mortification n'est pas la mortification de Jésus-Christ. On souffre dans le monde; on est humilié, mortifié dans le monde : mais souvent il n'y a rien de tout cela qui porte le caractère de la croix du Sauveur : pourquoi ? parce qu'il n'y a rien en tout cela pour la justice et pour Dieu. C'est dans l'état religieux que les croix sont salutaires , qu'elles sont vivifiantes, qu'elles produisent la sainteté, parce qu'elles sont marquées du sceau de Jésus-Christ. Les croix du monde sont des croix d'esclaves, qui accablent ceux qui les portent : mais les vôtres vous porteront autant que vous les porterez. Vous l'avez déjà bien éprouvé , ma chère sœur, et vous en rendez un témoignage bien authentique par la profession de vos vœux. Le passé vous répond de l'avenir, et vous verrez si la société des croix de votre adorable époux n'attire pas nécessairement après soi celle de ses consolations. Nous en faut-il un autre garant que saint Paul? Scientes, quod iicît socii passionum esH, sic eriiiset consolatiofus (2. Cor., 1); Srchez, mes frères, disait ce grand apôtre, et soyez fortement persuadés que vous aurez part aux consolations de Jésus-Christ , selon que vous aurez eu part à ses souffrances. A qui parlait-il? à des chrétiens de la primitive Église, c'est-à-dire à des hommes parfaits, qui faisaient alors dans le christianisme, par une loi commune, ce que font maintenant les religieux par une obligation particulière. De sorte, ma chère sœur, qu'au moment où vous allez ratifier votre alliance avec Dieu, vous vous trouverez pounvue de tous ses trésors, de ses grâces, de ses bénédictions, de sa

paix et de ses douceurs intérieures, et qu'il vous dira par avance ce qu'il doit vous dire en vous recevant un jour dans son royaume : Entrez dans la joie de votre Seigneur : Intra in gaudium DomirU tui. ( Matth. , 25. )

Chrétiens qui m'écoutez, et qui êtes témoins de cette cérémonie , voilà un modèle que Dieu^ vous met aujourd'hui devant les yeux. Si vous avez l'esprit et le zèle de votre religion, voilà l'objet d'une émulation sainte que Dieu vous propose , et dont il vous demandera compte un jour. L'exemple de cette jeune vierge qui quitte le monde , sa fidélité à suivre la vocation de Dieu , la ferveur avec laquelle elle va faire le sacrifice de sa personne, la constance inébranlable da son âme dans l'action la plus héroïque et la plus importante de la vie, sa joie dans le mépris qu'elle fait de tous les avantages du siècle ; voilà ce qui confondra vos lâchetés , voilà ce qui condamnera vos attachements criminels aux biens de la terre, voilà ce qui réfutera tous les prétextes que vous pourriez alléguer pour justifier vos délicatesses et votre impénitence ; voilà ce que Dieu vous représentera, ou plutôt ce qu'il vous opposera dans le jugement dernier, pour vous obliger à prononcer vous-mêmes l'arrêt de votre condamnation. Vous trouvez tout difficile dans l'accomplissement des préceptes et de la loi de Dieu ; et cette jeune vierge, ayant trouvé le joug des préceptes et de la loi de Dieu trop léger pour elle, y ajoute tout ce qu'il y a de plus rigoureux et de plus sévère dans les conseils évangéliques. Vous ne pouvez vous résoudre à rompre les commerces dangereux où le monde vous engage , et elle a la force et le courage de se séparer du monde pour jamais. Vous disputez des années entières pour renoncer à des choses que votre seule raison vous dit être criminelles ; et elle renonce sans délibérer aux choses même les plus innocentes, les plus légitimes et les plus permises, dont elle veut bien se priver pour Jésus-Christ. Vous ne vous surmontez en rien , et elle triomphe d'elle-même en tout. Vous ne donnez rien à Dieu, et elle se sacrifie elle-même. En faudra-t-il davantage pour conclure contre vous?

Ah! chrétiens, permettez-moi de faire ici une réflexion : elle est importante pour l'édification de vos âmes, et vous conviendrez avec moi delà vérité qu'elle contient. Vous faites quelquefois des comparaisons de votre état avec l'état religieux, et par de vains raisonnements que l'esprit du siècle vous suggère selon les vues différentes , pour ne pas dire selon les caprices avec lesquels vous en jugez, tantôt vous désespérez de votre état , tantôt vous en présumez avec excès; tantôt vous égalez la profession simple du christianisme à la profession religieuse , tantôt vous concevez la vie religieuse comme irapraticable et au-dessus des forces de la nature;

SUB VALUAffŒ DB L'ÂME RELIGIEUSE AVEC DIEU.

fantôt vous dites qu*il est impossible de se sauver dans le monde, et tantôt vous prétendez qu'il y a autant et peut-être plus de solide vertu dans le monde que dans la religion. Ainsi , prenant toujours les choses dans Tune ou dans Tautre des deux extrémités , vous ne tenez jamais ce juste milieu en quoi consiste votre perfection, et vous ne remplissez jamais la mesure de cette grâce qui doit faire le sainteté de votre état. Si cette émulation d'état procédait d'un esprit sincère, d'un esprit humble, d'un esprit fervent et qui cherche Dieu, elle pro- ' dnirait des fruits du christianisme qui paraîtraient dans la conduite de votre vie; et c'est ce que voulait le grand apôtre , quand il recommandait aux premiers fidèles d'aspirer toujours à ce qu'il y a de plus excellent dans les dons de Dieu : JErMUamirU autem charismata meUora. (1. Cor., 13.) Mais parce que cette émulation ne procède bien sou- ▼ent que d'un esprit vain, que d'un esprit de contention , que d'un esprit d'amour-propre pour tout ce qui nous touche , et de chagrin ou d'aliénation pour tout ce qui n'a pas de rapport à nous , de là vient qu'elle se réduit à des paroles et à des contestations inutiles, qui, bien loin de vous édifier, corrompent dans vous le vrai zèle de votre sanctilleation.

Quoi qu'il en soit, chrétiens, il ne s'agit pas ici de mesurer ni de comparer les avantages de nos états. De quelque manière que Dieu ait disposé les chofee 9 et votre état et l'état religieux sont les ouvra. ges de sa providence , et il a eu dans l'un et dans

l'autre ses desseins. Il a suscité l'état religieux pour conserver dans son Ëglise l'esprit et l'idée de ce premier christianisme que le paganisme même a admiré; et il veut que le vôtre subsiste comme un moyen de salut proportionné à votre faiblesse. Quelque différence qu'il y ait entre l'un et l'autre, deux vérités sont certaines : la première , pour vous consoler, et la seconde, pour vous faire trembler. Car ce qui doit vous consoler, c'est que vous pouvez être dans votre état aussi parfaits que les religieux : oui, vous pouvez être pauvres d'affection, au milieu même de l'abondance et des richesses; vous pouvez être chastes et continents , parmi la corruption du siècle où vous vivez ; vous pouvez être fidèles et soumis à la loi de Dieu , malgré le libertinage qui vous environne. Non-seulement vous le pouvez , mais , ce qui doit vous faire trembler, c'est que vous y êtes indispensablement obligés. Ah! chrétiens, travaillez-y comme à l'affaire essentielle de votre vie. C'est de quoi je vous conjure ; car Dieu m'a donné du zèle pour votre salut, et je puis vous dire , aussi bien qu'à cette âme religieuse, ce que saint Paul disait aux Corinthiens : yEmulor enim vos Dei œrmUaUone, Despondi enim vos uni vira virginem castam exhibere Christo (2. Cor,, 1 1 } : Je sens dans moi un zèle de Dieu pour vous ; et animé de ce zèle , je voudrais vous présenter tous à Jésus-Christ comme une vierge pure et sans tache, digne de ses grâces en cette vie, et de sa gloire dans l'éternité bienheureuse, où nous conduise , etc.

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