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Ce n'est pas sans raison que je parais aujourd'hui dans cette chaire, interrompant les sacrés mystères pour renouveler, dans Tesprit de ceux qui m'écoutent , le souvenir d'un prince dont il y a déjà tant d'années que nous avons pleuré la mort. Si la mémoire du juste doit être éternelle , seulement parce qu'il est juste , beaucoup plus la mémoire de celuici , qui dans sa condition de prince n'a pu être juste de cette parfaite justice que la religion et la foi catholique formèrent en lui , et qui fut , comme vous Terrez, son véritable caractère, sans avoir mérité, par un double titre, que l'on conservât éternellement le souvenir de sa personne.
L'une des malédictions de Dieu dans l'Écriture est d'anéantir jusqu'à la mémoire des princes réprouvés : Dispereat de terra memoria eorum {Psalm. 108); Que leur mémoire, dit Dieu, soit exterminée de dessus la terre. Il ne se contente pas de détruire leur grandeur, leurs ouvrages, leurs entreprises , leurs vastes desseins : il se venge sur leur mémoire même qui, s'effaçant peu à peu, tombe enfin dans une éternelle obscurité et s'ensevelit pour jamais dans un profond oubli des hommes. Au contraire, l'une des promesses que Dieu fait dans l'Écriture aux princes zélés pour sa loi , est que leur mémoire ne périra point, qu'elle passera de siècle en siècle, et de génération en génération, et qu'affranchie des lois de la mort, elle trouvera dès maintenant dans les esprits et dans les cœurs une espèce d'immortalité : \Non recedet memoria ejus, et noînen ejus requiretur a gêneratione in generationem. ( Ecoles., 39. ) Ainsi, chrétiens , l'éprouvons-nous dans l'exemple du prince dont je dois parler, et qui est le sujet de la cérémonie funèbre pour laquelle vous êtes ici assemblés*.
* Monseigneur le Prince.
> Ce discours fut prononcé à Paris, le dixième Jour de décembre 1683, en réalise de la maison professe des Jésuites.
Tandis que ce temple consacré à Dieu subsistera , et tandis qu'on offrira sur cet autel le sacrifice de l'Agneau sans tache , le nom de Henri de Bourbon ne mourra jamais; ses louanges seront publiées, et on rendra à sa mémoire des tributs d'honneur.
Un de ses serviteurs fidèles* s'est senti touché de lui donner en mourant cette marque singulière de sa reconnaissance. Il a voulu que la postérité sût les hnmenses obligations qu'il avait à un si bon maître ; et ne pouvant plus s'en expliquer lui-même , il a laissé un monument de sa piété et de sa libéralité, afin d'exciter les ministres mêmes de l'Évangile à le faire pour lui. Je suis le premier qui satisfais à ce devoir; je m'y trouve engagé par des ordres qui me sont aussi chers que vénérables : le prince devant qui jie parle l'a désiré , et il ne m'en fallait pas davantage pour lui obéir. Ce sera à vous, chrétiens, dans ce genre de discours qui m'est nouveau , de me supporter, et à moi d'y trouver de quoi vous instruire , et de quoi édifier vos âmes. Mais, quoi qu'il en soit, Dieu n'a ainsi disposé les choses que pour vérifier la parole de mon texte , en rendant éternelle et immortelle la mémoire de très-haut, très-puissant, et très-excellent prince Henri de Bourbon , prince de Condé, et premier prince du sang.
Tout a été grand dans lui : mais voici , mes chers auditeurs, à quoi je m'arrête, et ce qui m'a semblé plus digne de vous être proposé dans le lieu saint où vous m'écoutez. C'est un prince que Dieu fit naître pour le rétablissement de la vraie religion ; c^est un prince qui semble n'avoir vécu que pour la défense et le soutien de la vraie religion ; c'est un prince dont toute la conduite a été un ornement de la vraie religion : trois vérités que l'évidence des choses vous démontrera , et qui vous feront avouer que sa mémoire doit être à jamais en bénédiction devant Dieu et devant les hommes : In memoria œterna erit justus. Un prince dont la religion catholique a tiré trois insignes avantages, puisqu'il a servi à la relever, à l'amplifier, et à l'honorer : à la relever, et c'est ce que j'appelle le bonheur de sa destinée ou le dessein de Dieu dans sa naissance; ù Fampiifier, et c'est ce qui a fait le mérite de sa vie, et l'exercice de son infatigable zèle; à rhoiiorer, et c'est ce que je vous ferai considérer comme le fruit de cette régularité solide qu'il observa dans tous les devoirs de sa condition.
» M. Perrault, secrétaire des conïmandemenls de ce prince, j et président de la diambre des comptes de Paris.
ORAISON FUNÈBRE DE HENRI DE BOURBON
Inspirez-moi , mon Dieu , les grâces et les lumières dont j*ai besoin pour traiter ce sujet chrétiennement; et dans la profession que je fais d'abord d'y renoncer à toutes les pensées profanes et à tout ce qui est humain , donnez-moi ces paroles persuasives de votre divine sagesse, avec lesquelles je puisse, aussi bien que votre apôtre, me promettre de soutenir encore ici le ministère de prédicateur évangélique. Un prince né, et choisi de Dieu pour être, si j'ose parler ainsi , la ressource de sa religion. Un prince répondant à ce choix par les combats qu'il donna, et les différentes victoires qu'il remporta par sa religion. Un prince parfait, et remplissant exactement ses devoirs de prince pour fhire honneur à sa religion. En un mot, naissance heureuse pour le bien de la foi catholique; vie consacrée au zèle de la foi catholique; règle de conduite , je dis de conduite de prince, honorable à la foi catholique. Voilà , chrétienne compagnie , les trois parties de cfe discours , et le sujet de votre attention.