‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 253 sur 352 · SUR LA FAUSSE CONFIANCE EN LA MISÉWCORDE DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR LA FAUSSE CONFIANCE EN LA MISÉWCORDE DE DIEU

par un généreux effort les habitudes criminelles qui me retiennent ; pour me répondre du j^ecours tout-puissant de votre bras, qui mVidera et me soutiendra ; pour me reprocher l'obstination de mon cœur et pour la fléchir par la considération de tant d'avances que vous avez déjà faites en ma faveur, et de tant de sollicitations auxquelles j'ai toujours résisté ; pour comprendre combien mon âme jusques à présent vous a été chère , combien elle Te^t encore , et pour apprendre ce que je dois à Tamour d'un Dieu qui, tout pécheur que je suis, veut me sauver. Car voilà, Seigneur, à quoi doit me servir la vue de cette miséricorde dont j'ai trop longtemps abusé ; voilà désormais l'usage que j'en dois faire.

Second point. Confiance , par rapport au pécheur, la plus trompeuse. Il compte sur une miséricorde dont il se rend spécialement indigne , et il s'expose par sa confiance même aux châtiments de Dieu les plus rigoureux. C'est donc une grossière illusion que cette confiance sur laquelle il s'appuie, et c'est, pour établir l'espérance de son salut, un fondement bien peu solide et bien ruineux.

1. Miséricorde dont il se rend spécialement indigne. Tout pécheur, dès là qu'il est pécheur, est indigne de la miséricorde de Dieu : mais, outre cette indignité commune et générale, il y en a une spéciale et particulière; c'est celle du pécheur présomptueux. Car est-il rien par où Ton se rende plus indigne d'une grâce, que d'en abuser, que de s'en jouer, pour parler ainsi, et de la mépriser; que de l'employer contre celui même , ou de qui on l'a reçue, ou de qui on l'attend? Or, se rendre, nonseulement indigne , mais spécialement indigne de la miséricorde du Seigneur, et cependant faire fond sur elle et s'en tenir assuré, tandis qu'on l'insulte, tandis qu'on s'oppose à ses desseins et qu'on renverse toutes ses vues , tandis qu'on en tarit toutes les sources , n'est-ce pas une témérité insoutenable, et y a-t-il confiance plus vaine et plus chimérique?. Hé quoi! les pénitents mêmes, je dis les vrais pénitents , touchés du repentir le plus vif et le plus sincère, n'osent encore se tenir assurés d'avoir obtenu grâce. A en juger selon les règles de la prudence chrétienne, ils ont pris toutes les mesures nécessaires pour fléchir la divine miséricorde et pour se la rendre propice. Us se sont humiliés devant Dieu ; ils ont eu recours à ses ministres; ils ont pleuré, gémi, renoncé à leurs engagements; ils se sont accusés, condamnés , assujettis à des exercices pénibles et contraires à toutes leurs inclinations. Que de sujets de confiance , et que de raisons pour bannir de leur esprit toute inquiétude! Cependant ils tremblent toujours ; la vue de leur indignité les trouble, et les jette quelquefois dans des alarmes dont ils ont peine à revenir, tant ils

sont frappés de cette parole de l'Ecclésiastique , que nous ne devons point être sans crainte pour les offenses mêmes qui ont été remises (EccU., 5.) Comment donc le pécheur présomptueux peut- il demeurer tranquille sur celles qui sont à remettre, et dont tous les jours il augmente le nombre ?

2. Confiance aussi qui expose le pécheur aux châtiments de Dieu les plus rigoureux. Mille exemples l'ont fait voir; et combien de fois Dieu, également jaloux de toutes ses perfections et de ses divins attributs , a-t-il montré aux hommes , par des coups éclatants , que s'il est miséricordieux , il n'est pas moins juste , et qu'autant qu'il est libéral et bienifaisant dans ses dons, autant est-il sévère et terrible dans ses vengeances?

Et sur qui les exercera-t-il avec plus de sujet, ces vengeances redoutables, si ce n'est sur des pécheurs qui se retirent de lui, qui s'obstinent contre lui, qui foulent aux pieds toutes ses lois , qui le trahissent et le déshonorent, en présumant de sa grâce? Le jour viendra, dit-il, et vous apprendrez alors, mais à vos propres dépens et à votre ruine, vous le verrez, vous le saurez, quel mal c'était pour vous d'abandonner le Seigneur votre Dieu (Jsrsm., 2), et de l'abandonner parce que vous vous répondiez à vousmêmes de son amour. Ce n'était pas seulement l'offenser, mais l'insulter : or il aura son temps , où lui-même il insultera à votre malheur, quand la mort viendra fondre sur vous comme un orage , et que dans une prompte et fatale révolution vous vous trouverez tout à coup au fond de l'abtme. Car c'est ainsi que l'esprit du Seigneur s'en est expliqué, et telle est la menace qu'il vous fait encore aujourd'hui , mais peut-être pour la dernière fois : c'est à vous d'y prendre garde. De là eu effet ces accidents imprévus que le ciel permet; de là ces morts subites qui surprennent un pécheur ; de là cet aveuglement de l'esprit, dont Dieu le frappe; de là cet endurcissement du coeur où il le laisse tomber; de là ce foudroyant arrêt qu'il lui prépare dans l'éternité. Espérons et tremblons. Espérons en la miséricorde de Dieu , mais tremblons sous le glaive de la justice de Dieu. Deux sentiments si ordinaires au prophète royal. Que notre confiance soutienne notre crainte qui pourrait nous abattre, et que notre craiiite retienne notre confiance qui pourrait trop nous élever. Que l'une et l'autre, dans un paiîait accord , nous conduisent au terme du salut*

BM

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