‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 261 sur 352 · SERMON SUR L'AMBITION · texte numérisé non relu

SERMON SUR L'AMBITION

OmmU numt et eollû humiliahUur.

Toutes les montagnes et tontes les collines seront abaissées. Luc., 9.

Puisque le Fils unique de Dieu descend du sein de son Père, et qu'il vient sur la terre s'abaisser lui-même et s'anéantir , il est bien juste que les montagnes du siècle , c'est-à-dire , que les grandeurs humaines s'humilient, et qu'elles déposent aux pieds de cet Homme-Dieu tout leur orgueil. Mais, par le plus déplorable renversement , tandis que la majesté divine quitte le trône de sa gloire et s'abtme en de profondes ténèbres, l'homme veut 8*élever, se dis*

tinguer, et ne pense qu*à satisfaire son ambition. Esprit répandu dans tous les états de la vie et même jusque dans les plus viles conditions, où chacun « selon qu'il lui peut convenir, est jaloux d'une certaine supériorité qui le place au-dessus deses égaux, et qui lui donne sur eux l'ascendant. Cest ce désir de l'honneur, cet esprit d'ambition que nous devons aujourd'hui combattre , comme opposé directement à l'esprit de Dieu : Car c'est par là , et non par les raisons d'une sagesse mondaine, que nous allons l'attaquer. Ambition dont nous verrons tout ensemble, et le désordre et le malheur : ambition criminelle, et ambition malheureuse; criminelle devant Dieu , malheureuse de la part de Dieu. Ambition criminelle devant Dieu : en quoi? dans les projets qu'elle inspire à l'ambitieux : premier point. Ambition malheureuse de la part de Dieu : comment ? par les jugements et les coups du ciel qu'elle attire sur l'ambitieux : second point. La suite développera mieux encore ces deux vérités.

Pbbmibb point. Ambition criminelle devant Dieu dans les projets qu'elle insphre à l'ambitieux. On veut s'agrandir, précisément pour s'agrandir; on le veut pour jouir des avantages temporels de la grandeur. On le veut à l'infini , sans se prescrire aucun terme où l'ambition s'arrête; on le veut indépendamment de Dieu ; on le veut sans égard au mérite , et sans être en peine si l'on a les dispositions re-quises; enfin, on le veut par les voies les plus illicites et aux dépens de la conscience. Tout cela autant de désordres par où l'ambition devient criminelle devant Dieu. Reprenons toutes ces propositions.

1 . On veut s'agrandir précisément pour s'agrandir : on ne cherche dans la grandeur que la grandeur même. Or, la grandeur, comme grandeur, ne convient qu'à Dieu, qui est seul grand, et qui. le doitseul être. Vouloir donc s'élever et se faire grand, c'est une espèce d'attentat sur les droits du Seigneur, et de cet Être suprême devant qui tout être créé n'est que néant. 2. On veut s'agrandir pour jouir des avantages temporels delà grandeur, c'est-à-dire, pour se glorifier , pour recevoir des hommages et des respects, pour tenir partout le premier rang, pour vivre dans la pompe et dans l'éclat. Or, ce n'est point à cela que les grandeurs du siècle sont destinées , et n'y envisager que cela , c'est un abus hautement condamné dans la loi de Jésus-Christ : elles sont établies pour la gloire de Dieu et non point pour la nôtre. 3. On veut s'agrandir à l'infini, et sans se prescrire jamais un terme où l'ambition s'arrête : plus on monte, plus on veut monter, et à peine a-t-on fait un pas , que la pensée natt d*en faire un autre : désir insatiable, désir déréglé, con* traire à la modestie et à la modération chrétienne.

Stià L^ÀMBÏtfGNl

Mais désir surtout condamnable dans des gens de rien, quand, à force de se pousser, devenus plus audacieux, ils ne rougissent point d*aspirer enfin aux degrés les plus éminents, et prétendent, comme range superbe, se placer au-dessus des nues et des astres de la première grandeur. 4. On veut s'agrandir indépendamment de Dieu et sans faire nul fond sur Dieu. L'ambitieux compte sur lui-même, compte sur son industrie , compte sur des amis, sur de puissants protecteurs ; mais pense-t-il à mettre Dieu dans ses intérêts? Contre l'oracle et l'expresse défense du Saint-Esprit, il s'appuie sur un bras de chair. Voilà toute sa ressource. 5. On veut s'agrandir sans égard au mérite , et sans examiner si l'on a les dispositions requises : témérité insoutenable; on s'ingère dans des postes, dans des ministères, dans des prélatures qu'on n'est pas en état de remplir, et où l'on ne doit néanmoins entrer que pour en accomplir tous les devoirs. 6. On veut s'agrandir par les voies les plus illicites et aux dépens de la conscience : y a-t-il iniquité que l'ambition n'emploie pour venir à bout de ses desseins ? Mais la conscience y répugne : hé ! qu'est-ce que la conscience d'un ambitieux ? ou a-t-il une autre conscience que son ambition? Concluons par les paroles de Jésus-Christ , et disons que, de la manière dont on se comporte dans la poursuite des honneurs du monde, ce qui est grand aux yeux des hommes y n'est qu'abomina- Hon aux yeux de Dieu. (Luc, 16.)

Second point. L'ambition malheureuse de la part de Dieu : comment? par les jugements et les coups du ciel qu'elle attire sur l'ambitieux. Nous ne lisons point dans l'Écriture des menaces plus ordinaires que celles-ci : savoir , que Dieu confondra les orgueilleux de la terre; que tandis qu'ils s'épuiseront de travaux et de soins pour l'établissement de leur fortune et pour leur agrandissement, il déconcertera leurs mesures, il dissipera leurs desseins, il fera échouer leurs entreprises ; que s'il les laisse parvenir au point de prospérité où ils visaient, ce sera pour tourner contre eux leur prospérité même, et qu'ils y trouveront une source de chagrins et de déplaisirs les plus mortels; que s'il les laisse atteindre jusques au fatte de la grandeur , ce sera pour rendre leur chute d'autant plus désastreuse et plus éclatante qu'ils tomberont de plus haut , et que dans leur ruine , il les abandonnera à eux-mêmes et à leur désespoir. Menaces qui ne regardent que la vie présente : car ne parlons point de ce que Dieu prépare à l'ambitieux dans l'éternité. Menaces confirmées par tant d'exemples dont les saints livres nous font le récit. Menaces qui se vérifient encore de siècle en siècle par mille événements que nous devons attribuer à la justice de Dieu, et qui sont de visibles, mais terribles châtiments de l'ambition*

BOUtDALOVI. — T. n.

1. Combien y en a-t-îl que Dieu arrête au miUea de leur course? Us s'agitaient, ils se tourmentaient, ils disposaient les choses avec toute l'adresse et toute l'assiduité imaginables ; une espérance presque certaine leur répondait du succès ; mais un fâcheux contre-temps, mais la mort d'un patron, mais le refroidissement d'un ami, mais la faveur d'un concurrent, mais quelque sujet que ce soit , a tout à coup rendu inutiles tant de démarches et tant de mouvements. Comme cette tour de Babylone, l'ouvrage est demeuré imparfait, et de cette fortune qu'on voulait bâtir, il n'est resté que la douleur d'y avoir perdu ses peines, et vainement consumé ses jours. Us édifieront , dit le Seigneur , et de mon souffle je disperserai tout ce qu'ils auront amassé de matériaux et fait de préparatifs. 2. Combien y en a-t-il qui, plus heureux en apparence , ont obtenu ce qu'ils souhaitaient? Tous les chemins leur ont été ouverts, tout les a soutenus ; mais dans leur élévation, h quoi se sont-ils vus exposés? à la censure et au mépris, aux plaintes et aux murmures, aux traverses et aux contradictions, aux alarmes continuelles, aux affaires les plus désagréables, aux embarras les plus accablants, aux dégoûts et aux déboires les plus affreux : de sorte qu'ils ont été forcés de reconnaître que dans la médiocrité de leur premier état, ils étaient mille fois, et plus honorés du public, et plus contents en eux-mêmes. Us s^ promettaient de marcher dans les voies tout aplanies, mais Dieu les a semées d'épines. 3. Combien d'autres , après avoir vécu un certain nombre d'années dans la splendeur, et y avoir eu tout l'agrément qu'ils pouvaient attendre, ont été renversés par une disgrâce? de quelles chutes avons-nous entendu parler, et avonsnous même été témoins? Tout s'est éclipsé : des familles entières sont tombées avec leur chef, et l'éclat des pères n'a pu passer jusques aux enfants : car ce sont là les coups du bras tout -puissant de Dieu , et c'est ainsi qu'il abat de leur trône Iti potentats qui se confient en leur pouvoir. 4. £n« core s'il daignait les consoler dans leur infortune; mais parce que jamais ils ne se sont occupés deDieu, et que jamais ils n'ont su recourir à Dieu, il les \h vre à leurs noires mélancolies. U les voit se ronger, se désoler, dépérir, sans verser sur eux une goutte de son onction divine pour leur adoucir l'amertume du calice. Apprenons de Jésus-Christ à être humbles ; c'est ce qu'il vient nous enseigner , et c'est dans notre humilité que nous trouverons tout à la fois et l'innocence et le repos de nos âmes.

S4e SUR UATTAGDEIRNT AUX BIGHESSES.

MÀBDI.

Jean-Baptiste condamnant l'attachement aux richesses.

SERMON

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