SUR L'ATTACHEMENT AUX RICHESSES
IHhil ampliu» qttam quod eomtUuhim ett vohiafaeiatis.., eontenli atoie ttipendiis vettris.
Ke demandez point an delà de ce qni tous est marqné... oontento-voos de votre solde. Luc. , 3.
Rien de plus juste que cette règle de conduite; rien de plus conforme à la droite raison. Les publicains à qui parlait Jean-Baptiste, établis pour recevoir les deniers publics, ne devaient point grossir leur recette, en exigeant au delà du prix ordinaire; et les soldats , contents de leur solde , ne devaient rien prétendre au-dessus de ce qui leur était assigné par Tordre du prince. Que de désordres cesseraient, si Ton se conduisait dans tous les états selon cet esprit d*équité! mais une insatiable avarice semble ravoir banni du monde, et si Tiniquité règne dans toutes les conditions, on peut dire que c'est surtout par rattachement aux richesses. Passion qu'il nous importe iuflniment de déraciner de nos cœurs ; et rien ne doit plus fortement nous y exciter, que d'en considérer les divers caractères : car c'est une passion vaine, inquiète dans ses mouvements, dangereuse dans ses effets. Passion la plus vaine dans son objet; ce sont les biens temporels qu'elle se propose : premier point. Passion la plus inquiète dans ses mouvements; ce sont les soins fatigants et les embarras où elle jette : second point. Passion la plus dangereuse dans ses effets; ce sont les injustices qu'elle fait commettre aux dépens de la conscience et du salut : troisième point. Bienheureux les pauvres de cœur, qu'un saint détachement dégage d'une passions! frivole, si importune, si pernicieuse!
Pbemibb point. Passion la plus vaine dans son objet. Il ne s'agit point ici de la vue sage et modérée qu'on peut avoir de ne pas manquer dans son état, de s'y soutenir honnêtement. C'est une prudence, et Salomon lui-même demandait à Dieu de ne pas tomber dans l'extrême pauvreté; mais il lie souhaitait pas avec moins d'ardeur que Dieu le préservât de la passion des richesses , la regardant comme une des passions les plus frivoles et les plus vaines.
En effet, à quoi aspire-t-elle, et pourquoi y aspîre-t-elle? 1. A quoi aspîre-t-elle? aux biens de la rie, à les amasser, à les multiplier, à les accumuler ; car c'est une de ces deux sangsues qui nous sont représentées au livre des Proverbes, et qui, ne se trouvant jamais remplies, ne cessent point de crier : Apporte, apporte, {Prov,, 30.) Or qu'est-ce que
temporels, passagers, périssables; des biens qtfon • acquiert aujourd'hui et qu'on perd demain, des biens qui du moins un jour nous seront certainement enlevés et dont on n'emportera rien avec soi , des biens qui nous causeront d'autant plus de douleur quand, malgré nous, il les faudra quitter, que nous y aurons été plus attachés. En vérité, pour pea qu'on raisonne, peut-on ne pas voir que des biens de cette nature ne doivent point faire naître des désirs si vifs , et que de s'en infatuer, c'est une vanité et une faiblesse pitoyable ?
2. De plus, cette passion si aveugle, pourquoi aspire-t-elle à ces biens visibles et terrestres? Estce pour en jouir.' est-ce pour en goûter les douceurs ? C'est seulement et précisément pour les posséder : car, pour en jouir, il faudrait en user, et l'usage les diminuerait. Or c'est ce qu'une âme intéressée ne veut point. On veut toujours mettre en réserve , et jamais ne rien ôter. De là , jusqu'au milieu de l'abondance, les plus sordides épargnes. Au lieu que l'apôtre , plein de l'esprit de l'Évangile, disait : I>foiis n'avons rien et nous possédons tout (2. Cor., 6), l'avare, idolâtre de son trésor, doit dire : J'ai tout, et je vis comme ne possédant rien. Qui donc jouira de tant de biens? des héritiers, et non point le maître qui les a actuellement dans les mains. Voilà ce que le Saint-Esprit dans la Sagesse appelle une grande misère, et ce que nous pouvons appeler une insigne folie.
Second point. Passion la plus inquiète dans ses mouvements. C'est pour cela que TÉvangile compare les richesses à des épines, qui de leurs pointes piquent le cœur et déchirent l'âme. Inquiétude dans Tacquisition des biens après lesquels on soupire, et inquiétude dans leur possession.
1. Inquiétude dans l'acquisition : car ces biens ne viennent pas se présenter d'eux-mêmes ; il faut les rechercher, et ce n'est pas sans peine qu'on les trouve. Mille obstacless'opposent aux desseins qu'on forme; mille accidents les dérangent et les arrêtent. Cependant la passion d'avoir sollicite, presse, ne peut souffrir de retardement, tant elle est précipitée ; ne peut se contenter de rien , tant elle est avide. De là donc les troubles et les agitations. On se surcharge de travail, d'affaires, d'entreprises. L'une terminée, on s'engage dans une autre, et souvent même on les embrasse toutes à la fois. On y pense la nuit, on s*en occupe le jour; on y sacrifie son repos , on y altère sa santé , on y expose sa vie. A force de vouloir procurer un prétendu bonheur, que l'imagination fait consister dans l'opulence, on se rend malheureux , et l'on consume ses années dans un tourment que la mort seule finit.