‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 263 sur 352 · SUR LA DOUCEUR CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SUR LA DOUCEUR CHRÉTIENNE

aime , on craint de le perdre; et plus on raime , plus les alarmes sont fréquentes : car on les prend aisément. Une perte qui arrive chagrine , et est capable de désoler un homme à qui , néanmoins , il reste d'ailleurs beaucoup plus qu'il ne lui faut pour être en état de porter le dommage qu'il a souffert. Parce qu'on est âpre sur Fintérét , on ne veut rien laisser inutile , mais on prétend que tout ce qu*on a proGte, et ce sont toujours pratiques nouvelles, toujours nouvelles fatigues. On ne veut rien céder, rien relâcher de ses droits; on les exige à la rigueur, et de là les contestations, les démêlés, les procès. Il n'y a là-dessus qu'à interroger tant de riches du siècle, et qu'à les faire parler. Leur convoitise les dévore, mais s'ils savaient la contenir et la régler, avec une fortune un peu moins ample, ils vivraient beaucoup plus tranquilles, et cette paix vaudrait mieux que toutes leurs richesses.

Troisième point. Passion la plus dangereuse dans ses effets à l'égard de la conscience et du salut. Outre que l'attachement aux biens de la vie est en soi un péché, et qu'il a sa malice propre, c'est encore la source de mille péchés. Vérité d'autant plus triste et plus déplorable, qu'elle a moins besoin de preuves , et que les exemples en sont plus communs. Y a-t-ii injustice que cette passion ne fasse commettre, et y a-t-il injustice qu'elle n'empêche de réparer?

1 . Quelles sortes d'injustices cette criminelle passion ne fait-elle pas commettre.' Qu'a-t-on vu dans tous les siècles , et que voyons-nous autre chose tous les jours , que des usures , que des fraudes , que des violences, que des concussions? Quelles voies n'at-on pas imaginées pour gagner et pour s'enrichir aux dépens des particuliers, aux dépens du juste, aux dépens du pauvre, aux dépens de la veuve , de l'orphelin ; et cela, non point seulement dans le monde libertin et corrompu, mais dans le monde même chrétien , parmi un certain monde assez réglé d'ailleurs, et réputé vertueux et dévot? Iniquités plus grossières dans les uns, iniquités plus subtiles et plus couvertes dans les autres, mais toujours iniquités qu'on ne justiGera jamais au tribunal d'une conscience droite et saine, quoiqu'on ne manque pas d'artiûces et de détours pour les accorder avec une conscience fausse et erronée.

2. Le comble de l'iniquité , c'est que la même passion qui fait commettre tant d'injustices , empêche de les réparer. La nécessité de la restitution est un principe universellement reçu : nul ne l'ignore : mais la pratique de la restitution est une chose presque absolument inconnue. Chacun sait s'en dispenser : pourquoi? parce que chacun ne consulte que son attache au bien , et qu'il n'est rien de plus ingénieux que cette damnable avarice , à inventer des prétextes

et à éluder les plus étroites obligations. Mais si eU« se déguise à nos yeux, elle ne peut se déguiser aui yeux de Dieu, qui la dévoilera dans son jugement, et qui la réprouvera. Gardons-nous d'une si terrible condamnation, et suivons l'avis que nous donne le Sauveur des hommes : Ne cherchez point à amaS' ser des trésors sur la (erre, où la rouille et les vers consument tout; mais (ramillez à amasser deê trésors dans le cielj où il n'y a ni rouille ni vers qui consument. Car où est votre trésor , là est votre cœur, (Matth., 6.)

MEBCBEDI.

Jean-Baptiste condamnant les emportemento et les

violences.

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