SUR LA DROITURE ET L'ÉQUITÉ CHRÉTIENNE
Jllum oportet crescere, me autem tninui.
Cest à lai de croître , et à mol de déchoir. Joàr . , 8.
n n'y avait qu'une solide vertu qui pût inspirer à Jean-Baptiste un sentiment si droit et si équitable. Ses disciples , par un faux zèle pour leur maître, dont ils vovaient l'école s'affaiblir, semblaient vouloir le piquer de quelque jalousie contre Jésus- Christ , dont le crédit au contraire croissait tous les jours, et le nom se répandait dans la Judée. Mais, bien loin de se laisser surprendre à une tentation si dangereuse et si délicate , l'humble précurseur est le premier à relever le mérite de ce prétendu concurrent qui leur donnait de l'ombrage, et il n'hésite pas à leur répondre : Cest à lui de croître, et à moi de diminuer. Esprit de droiture et d'équité, esprit qui
discerne les vraies vertus de celles qui n'en ont que l'apparence et le nom. C'est avec cet esprit et par cet esprit que Jean-Baptiste, sans écouter ses disciples, et sans égard à son intérêt propre, se fait justice à lui-même, et fait en même temps justice à Jésus-Christ. Cest à moi de diminuer v voilà comment il se fait justice à lui-même. Cest à lui de croître, voilà comment il fait justice à Jésus-Christ. Ainsi le double caractère de la sainteté et de l'équité chrétienne, est desavoir (surtout en matière de dons, de talents, de qualités, démérites, de rang, de prééminence), de savoir, dis-je, tout ensemble, et se faire justice à soi-même : premier point, et faire justice au prochain : second point. Adressons-nous à D'eu pour obtenir cet esprit de droiture : il nous t'accordara, puisque, selon la parole de l'Évangile , il ne refuse point le honesprii à ceux quile lui demandent. (Iajc,^ 12.)
Pbemieb point. Se faire justice à soi-même : c'est s'estimer précisément soi-même tel qu'on est, et ne vouloir point être estimé des autres au delà de ce qu'on est.
1. S'estimer précisément soi-même tel qu'on est , et rien davantage, c'est la règle la plus raisonnable et la plus juste; mais notre amour-propre ne peut s'en accommoder, et il lui faut quelque chose de plus. De là vient que nous aimons à nous tromper par de flatteuses images que nous nous faisons de nous-mêmes et qui nous représentent à notre imagination tout autres que nous ne sommes , fausses peintures qui nous plaisent, et dont nous nous occupons, dont nous nous infatuons, où nous portons tous nos regards et où nous les arrêtons. Car de nous considérer nous-mêmes dans la vérité , et pour cela de rentrer en nous-mêmes , de nous examiner à fond, de bien démêler, s'il est permis de parler ainsi , dans le champ de notre âme , le bon et le mauvais grain , c'est ce qui nous humilierait, parce que c'est ce qui nous mettrait devant les yeux des taches qui nous blesseraient la vue, et ce qui rabattrait les idées favorables que nous avons conçues de nos avantages et de nos perfections. Comme donc nous avons de la peine à nous humilier, nous avons la même peine à nous détromper de l'opinion, quoique erronée, que nous nous sommes formée de nous-mêmes. Or une vertu solidement et vraiment chrétienne nous guérit de cette illusion : comment? parce que dès que c'est une vertu soi* dément chrétienne, c'est une vertu humble, et que l'humilité nous empêche de nous élever au-dessus de nous-mêmes, et nous dégage de toutes ces pensées vaines qui emportent les âmes faibles et où elles s'évanouissent. D'où il arrive que nous sommes alors plus disposés à juger sainement de notre état, à reconnaître de bonne foi nos imperfections
StIK LA DHOITUBE ET LTÉQUITÉ CHRETIENNE.
n nos défauts , à voir ce qui nous convient et ce qui ne cous cooTientpas, de quoi nous sommes capables , et de quoi nous ne le sommes pas ; h dire enQn avec le prophète royal : Seigneur, mon cœur ne t^ett point et^fléi Je m'en suis tenu à ce que fêtait, et-je ne me tuls point égaré en de spécieuses chimères, ni dam u/ie prétomptueuse estime de moimême. (Psalm. 130.) Qu'une telle disposition marque de fermeté et de sagesse! mais qu'elle est rare I et l'expérience ne nous convainc-t-elle pas tous les jours qu'il n'y a presque personne dans la vie et dans toutes les conditions de la vie, qui veuille de la sorte, ni qui sache se rendre à soi-même la justice qui lui est due?
2. Ne vouloir point étreestimé des autres au delà de ce qu'on est. Malgré les déguisements et les artifices de la nature, qui nous cache nos faiblesses et notre peu de suffisance, nous ne laissons pas souvent de les apercevoir : mais quelle est notre ressource? c'est de les dérober, autant qu'il nous est possible, à la connaissance du public. Nous voulons qu'on nous estime , qu'on nous traite avec honneur, qu'on nous fasse monter h certains rangs , qu'on nous donne certaines places, comme si rien ne nous manquait pour cela, et que nous eussions droit d'y prétendre. Si l'on nous témoigne le moindre mépris , nous en sommes outrés de douleur ; si quelqu'un obtient la moindre préférence sur nous , nous éclatons en plaintes et en murmures; si l'on entreprend de nous faire sur quelque article la moindre remontrance, nous la prenons pour une iiyure et nous nous en offensons. Quel serait le remède? cet esprit droit et chrétien, dont il est ici question. Avec ce fonds d'équité et de droiture, on ne cherche point à paraître ce qu'on n'est pas, ni à se faire valoir plus qu'on ne vaut. Tel qu'on se connaît, tel on consentd'étreconnuisansanibilionner des titres, des honneurs, des distinctions , qu'on sait être au-dessus de soi.
Des prêtres et des lévites furent envoyés de Jérusalem à Jean-Baptiste pour lui demander s'il était le Messie, ou du moins s'il était Elle-, mais en deux mots il se contenta de leur répondre nettement et simplement : Je ne suis ni l'un ni l'autre. Ils insistèrent , et, le pressant de s'expliquer : Quiétesvous donc, lui dirent-ils , et quel témoignage rendez-voutdeBout-mémef Mais lui, comme il était le précurseur de Jésus-Christ, il se contenta encore, avec la même sincérité et la même simplicité , de se faire connaître par l'ofUce dont il était chargé, et dont il s'acquittait :yettiij la toLi: de celui qui crie dans le désert : f répare* le chemin au Seigjuur. Excellent modèle! mais gui est-ce qui le suit, et où trouve-t-on cette candeur d'âme, cette modestie à l'épreuve des plus fortes tentations? C'est une des I - t. m
plus belles vertus, c'est une vertu héroi'quo, maia bien peu commune. Une justice si rigoureuse n'est guère de notre goûl, dès que c'est nous-mêmes qu'elle regarde.
Second POitiT. Fairejustice au prochain, c'est faire intérieurement du prochain l'estime qu'il mérite, et du reste le voir sans peine dans le degré d'élévation où , par son mérite, il est monté.
1. Faire intérieurement du prochain l'estime qu'il mérite. Puisqu'il la mérite, cette estime, pourquoi la lui refusons-nous ? C'est que la passion nous domine et nous séduit, c'est que l'envie nous met un voile sur les yeux , ou qu'elle répand sur h mérite d'autrui un nuage qui l'obseurcit et qui nous empêche de le découvrir; c'est que la malignité ds notre cœur nous peint la plupart des objets aves de fausses couleurs, et qu'elle les diminue ou les grossit, selon qu'ils sont conformes à nos inclioations , ou qu'ils y sont opposés. Or, étant naturellement jaloux de notre propre excellence , il s'ensuit de là que nous sommes beaucoup plus enclins à rabaisser le prochain dans notre estime, qu'à le relever. Car de nous en faire un portrait aussi avantageux qu'il devrait l'Ôtre , de reconnaître toutes ses bonnes qualités et toutes ses vertus , ce serait ou l'égaler à nous, ou même lui donner dans notre esprit l'ascendant sur nous, et voilà ce que nous n'aimons pas. Que faisons-nous donc? Nous avons, suivant le langage de l'Écriture, un poids et un poids, une mesure et une mesure. Selon l'une, nous nous jugeons nous-mêmes avec toute l'indulgence possible, et selon l'autre, nous jugeons le prochain avec une sévérité extrême. Tout ce qu'il y a de bien en lui , nous nous le représentons sous des images qui l'altèrent, qui l'affaiblissent, qui le déGgurent, et tout ce qu'il peut y avoir de mal ou de moins parfait, nous l'augmentons, nous l'exagérons, nous l'outrons.
Injustice que Jésus-Christ reprochait avec tant de raison aux pharisiens ; Comment vot/ez-vout paille dans l'œil de votre frère, tandis gue t ne voyez pas une poutre dans votre txilt (Matth., 8.) Ce n'est point là ce caractère de droiture dont Jean-Baptiste nous a donné, dans sa personne et dans toute sa conduite, un exemple merveilleux. Dès que le Fils de Dieu parait dans le monde, de quels sentiments d'admiration, de vénération , de religion est-il rempli et témoigne-t-R l'élre pour ce sauveur envoyé du ciel ! Quand boos saurons ainsi nous dégager de toute préoccupation , de tout intérêt propre, ou que nous n'aurons point d'autre intérêt que celui de la vérité et de la charité, c'est alors que nous eatimeroos le mérite p où il est , parce que nous n'aoroDi pins n
SUR LA FRÉQUENTE CONFESSION
lo bandeau qui nous le cache: nous le verrons dans toute son étendue et dans toute sa perfection, et nous lui rendrons au dedans de nous-mêmes le légitime hommage qui lui appartient. Mais cela suppose une piété bien épurée et bien détachée d^elleméme: et comme il en est très-peu de cette sorte, il n*est que trop ordinaire à un nombre inflni de gens, dévots de profession ou plutôt de nom, d*étre les plus rigides censeurs du prochain , et de se rendre, dans Tusagede la vie , les plus dédaigneux et les plus méprisants.
3. Voir sans peine le prochain dans le degré d'élévation où par son mérite il est monté. Il y a des mérites si évidents et si connus , qu*on ne peut se les déguiser à soi-même , et qu'on est forcé d'en convenir. Mais voici le comble de l'injustice : au lieu de dire , comme saint Jean : C'est à lui de croître, on voudrait disputer à un homme la place qu'il occupe , et la lui enlever, quoiqu'on ne puisse néanmoins se dissimuler qu'il y est monté par la bonne voie, et qu'il a toutes les dispositions et toutes les conditions requises pour la remplir dignement. On Favoue, on en est persuadé; mais, malgré cette persuasion et cet aveu , on ne le voit qu'à regret dans un rang, dans une dignité , dans un ministère où Ton aspirait, et qu'on prétendait obtenir, sinon par le mérite, du moins par l'intrigue et par la faveur. Car telle est , présentement plus que jamais, riniquité du monde. Le plus faible moyen pour s'y avancer, c'est le mérite; ce qui fait que, sans égard au mérite d'un compétiteur, ni à ses talents, beaucoup supérieurs aux nôtres, on ne craint point toutefois d'entrer en concurrence avec lui , parce qu'on est appuyé d'ailleurs de puissants secours et de patrons sur qui l'on compte et dont on se prévaut. Si donc il arrive qu'on ne réussisse pas , et que l'autre ait le dessus, quoique ce soit une justice qui lui est faite, on en est vivement touché , et l'on ne peut digérer sur cela son chagrin. Où est la raison? où est la probité naturelle.' où est le christianisme? Rendons, dit le grand apôtre, rendons à chacun ce que nous lui devons : le tribut à qui est iû le tribut , et rhonneur à qui est dû l'honneur : (Rom,, 13.) Saint Paul faisait cette leçon aux premiers Gdèles , et leur prescrivait cette règle à l'égard même des païens et des idolâtres : combien plus des chrétiens doivent-ils entre eux l'observer ! $'il a plu à la Providence d'exalter celui-ci et de le placer sur le chandelier, quel droit avons-nous de nous opposera ses desseins? Si celui-là se trouve plus digne que nous du crédit où il est et des emplois qu'on lui conûe , soit dans l'Église , soit dans le siècle , que ne lui cédons-nous de bonne grâce un avantage qui lui est justement acquis? Cest noire/rire, qu'il croisse, {Gen., 24.) Pour penser
de la sorte, il suffit d'être homme : mais à plus forte raison, c'est ainsi que pense une âme bien fondée dans les principes de l'Évangile, qui est la droiture même et la souveraine justice.
JBUDT.
Jean-Baptitte perfectionDant les peuples par laooiifessioo
des pèches.
SERMON SUR LA FRÉQUENTE CONFESSION
Baptizahantur ah eo in Jordane, cor{/iUntes peecata êua.
Un recevaient de lui le baptême dans le Jourdain , en confessant leurs péchés. Matth. , 3.
Cette confession que faisaient les peuples en recevant le baptême de Jean- Baptiste , c'était une confession publique; mais la confession que nous faisons au saint tribunal de la pénitence est une confession particulière et secrète. Le pécheur touché de Dieu va se prosterner aux pieds du ministre de Jésus- Christ et servir de témoin contre lui-même en déclarant ses péchés et s'en accusant. Confession dont je ne viens pas seulement vous recommander l'usage, mais le fréquent usage : l'un est de précepte, l'autre, de conseil. De confesser aux prêtres nos péchés, du moins une fois dans le cours de chaque année, c'est ce que l'Église nous a expressément ordonné, et voilà le précepte; mais de n'en pas demeurer là , et d'aller souvent se laver à cette sainte piscine où sont renfermées les eaux de la grâce , et d'où elles nous sont communiquées par de salutaires effusions, c*est à quoi l'Église, sans nous en faire une loi , se contente de nous inviter, et voilà le conseil. Or j'entreprends ici de vous représenter les avantages inGnis de cette importante pratique. Je veux vous montrer de quelle conséquence et de quelle utilité nous doit être à tous l'exercice de la fréquente confession. Ce n'est pas un commandement , j'en conviens, mais il y a des pratiques qui , sans être spécialement commandées, ont du reste une telle vertu , et peuvent tellement contribuer à l'affaire de notre salut et à notre avancement dans les voies de la sainteté chrétienne, que nous sommes inexcusables de les négliger. Ainsi , distinguant dans le christianisme deux états qui le partagent» je prétends vous faire voir l'importance de la fréquente confession , et par rapport aux pécheuts : ce sera le premier point; et par rapport aux justes : ce sera le second. Le Seigneur est proche : apprenons à lui préparer nos âmes et à les sanctitter, pour participer, avec le plus d'abondance que nous pourrons , à la grâce qu'il vient apporter au monde.
Pabhibr POINT. Importance de la fréquente oon*
SUR LA FRÉQUENTE CONFESSION
fessioQ par rapport aux pécheurs : pourquoi? parce que la fréquente confession est un des plus puissants moyens pour déraciner dans nous les principes du péché, et pour prévenir les suites malheureuses du péché.
1. Puissant moyen pour déraciner dans nous les principes du péché. J'appelle principes du péché ces convoitises avec lesquelles nous sommes nés , et qui sont , selon saint Jean , la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et Torgueil de la vie, c'est-à-dire, les passions qui nous dominent, les inclinations qui nous entraînent, le penchant de la nature corrompue qui nous emporte vers les biens sensibles et périssables, richesses, honneurs, plaisirs. J'appelle principes du péché, ces attachements criminels qui nous lient, ces habitudes vicieuses qui nous captivent , ces objets Qatteurs qui nous attirent , ces respects humains qui nous tiennent asservis, ces occasions qui nous exposent à des périls si présents et à de si rudes attaques. Or, pour couper ces racines empoisonnées et pour en arrêter les progrès , rien de plus efficace que le fréquent usage de la confession.
A prendre la chose absolument, je sais quelle est la vertu du sacrement de pénitence, et qu'une seule confession, dès qu'elle est faite avec toutes les dispositions et tous les sentiments convenables , peut suffire pour nous fortifier contre les rechutes, et pour nous affermir dans l'état de grâce où elle nous a rétablis ; mais d'ailleurs je ne puis ignorer que cette confession , quelque sainte et quelque fervente qu'elle soit, n'éteint pas tout à coup dans le cœur le feu de la passion , ne redresse pas tout a coup l'habitude, n'efface pas tout à coup de l'esprit des objets dont le souvenir frappe et touche sensiblement, ne corrige pas tout à coup des idées vivement empreintes dans l'ftme , ne dégage pas tout à coup de certaines occasions et de certaines tentations. Il faut du temps pour tout cela; de sorte qu'après même avoir obtenu dans le sacrement le pardon des offenses dont nous nous sommes reconnus coupables, et que le ministre de Jésus-Christ nous a remises, nous avons néanmoins encore les mêmes ennemis à combattre, et au dedans de nous-mêmes, et hors de nous-mêmes. Ils sont s^aiblis , je le veux, mais ils ne sont pas abattus. Les plaies que nous en avions reçues sont fermées ; mais ils sont toujours en disposition de les rouvrir, et de lancer contre nous de nouveaux traits. Si nous cessons de les poursuivre , si nous mettons entre une confession et l'autre trop de distance, dans ce long intervalle ils répareront bientôt leurs pertes passées , et reprendront sur nous le même ascendant. Hélas ! combien de funestes épreuves ont dû nous l'apprendre! Mais voulons-nous enfin nous affranchir de leur tyrannie et nous mettre à couvert de leurs
coups? voulons-nous dessécher ce mauvais levain que nous portons dans le cœur, et qui sans cessa grossit et se répand sur toutes les puissances de notre âme pour les corrompre? voulons-nous arracher ces principes de mort qui nous sont si intimes, et arrêter les impressions que font sur nous tant d'objets qui nous environnent ? en voici le moyen le plus infaillible : c'est d'user fréquemment des armes de la pénitence, c'est de se présenter régulièrement et fréquemment à son tribunal. A force de médicaments on guérit les plus profondes blessures, et on en tire tout le venin , et à force d'employer les remèdes que fournit un confesseur, à force de s'accuser devant lui, de se confondre, de se repro* cher ses faiblesses, de résoudre , de promettre, de s'assujettir à de justes satisfactions , il n'y a point de passion si violente dont , avec l'assistance divine , on n'amortisse peu à peu l'ardeur, point de nœuds si serrés qu'on ne délie, point d'habitude, point de tentation qu'on ne surmonte. Mettons-nous en état de le connaître par nous-mêmes : l'expérience nous en convaincra.
2. Puissant moyen pour prévenir les suites malheureuses du péché. Trois effets du péché, qui en sont les suites les plus ordinaires : l'aveuglement de l'esprit , l'endurcissement du cœur, l'impénitence à la mort , ou la mort dans le péché. L'aveuglement : un homme adonné à son péché , où il reste et où il vit pendant un long espace de temps , perd de jour en jour les idées de Dieu et de la religion , oublie les vérités du christianisme, et se laisse tellement préoccuper, ou , pour mieux dire, tellement infatuer des erreurs et des fausses maximes du monde, qu'il n'a plus d'autre règle qui le guide, ni dans tous ses jugements, ni dans toute sa conduite. L'endurcissement : le mal se communique au cœur ; toutes les pointes de la conscience s'émoussent : on tombe à regard du salut dans une espèce de léthargie où l'on n'est ému de rien , et il n'y a ni avertissements , ni remontrances à quoi l'on prête l'oreille et qui fassent quelque sensation. Enfin l'impénitence à la mort, ou la mort dans le péché : car il arrive assez communément qu'on est surpris de la mort lorsqu'on s'y attendait le moins , et qu'en remettant sa confession d'une pâque à l'autre , on ne peut atteindre ce terme, et l'on disparaît sans avoir eu le loisir de penser à soi et de se reconnaître.
Or il est évident que le remède à tout cela le plus certain, c'est la fréquente confession. Et, en effet, dans la fréquente confession , on se rappelle souvent le souvenir de Dieu et de la loi de Dieu , on se retrace ses devoirs , on s'occupe des vérités éternelles : remède contre l'aveuglement de l'esprit. Dans la fréquente confession, on s'excite souvent à la haine du péché, au repentir et à la douleur, à l'amour de Dieu , à la crainte de ses jugements , à dd
saints désirs et à de saintes résolutions : remède contre Pendurcissement du coeur. Dans la fréquente confession, on se réconcilie promptement avec Dieu, si Ton a eu le malheur de perdre sa grâce ; on bannit de son âme le péché presque aussitôt qu'il y est entré, on ne lui permet pas de s'y établir, et par là, selon la parole de Jésus-Christ , on se tient toujours prêt et toujours en garde contre les surprises de la mort. Vigilance que le Fils de Dieu nous a tant recommandée dans l'Évangile , et qui , par une sage précaution , eût pu sauver des millions de réprouvés qu'une mort hnprévue et subite a précipités dans l'enfer. Ils comprennent, mais trop tard, ce que c'est que d'avoir trop différé à se relever du péché , et d'avoir longtemps vécu dans un état de damnation. Comprenons-le nous-mêmes, mais de bonne heure, mais dès à présent, mais quand cette connaissance nous peut être salutaire.
Second point. Importance de la fréquente confession par rapport aux justes. Que celui qui est saint, dit rÉcriture, se sanctifie toujours davantage ; c'est-à-dire, que l'âme juste se purifie toujours de plus en plus devant Dieu , et qu'elle renouvelle toujours de plus en plus sa ferveur dans le service de Dieu. Or, il est aisé de voir combien la fréquente confession contribue à l'un et à l'autre.
1. Rien de plus propre à purifier de plus en plus l'âme juste que la fréquente confession. Le juste, selon le témoignage du Saint-Esprit, tombejusques à sept fois le jour. Il n'y a donc point d'âme , si innocente et si nette aux yeux de Dieu, qui n'ait toujours besoin de se purifier; car la parole du Sage est générale , et il ne dit pas seulement quelques justes , mais il dit , absolument et sans restriction , le juste, quel qu'il soit. La raison est, que le juste est toujours homme, et que tout homme sur la terre est faible et sujet aux fragilités humaines. Cependant il est d'un extrême intérêt , pour une âme qui veut être à Dieu , d'acquérir, autant qu'il lui est possible , la plus grande pureté de cœur, et de s'y maintenir : pourquoi ? parce qu'autrement elle ne peut jouir des faveurs du ciel, ni recevoir certaines grâces de Dieu , lequel ne se communique qu'aux âmes pures, et ne se décou\Te à elles qu'à proportion de leur pureté : ce qui a fait dire au Sauveur du monde : Heureux ceux dont le coeur est pur, car ils verront Dieu, (Matth., 6.) Or, on ne peut douter que ce ne soit par la fréquente confession que l'âme chrétienne se purifie des moindres taches. Plus elle rentre souvent en elle-même , plus elle s'examine , et plus elle devient clairvoyante à les apercevoir : et du moment qu'elle les aperçoit , elle ne peut avoir de repos qu'elle ne les ait effacées par les larmes de la pénitence. De cette sorte, elle les empêche de crottre* elle se préserve des chutes plus grièves où
SUR LA FREQUENTE CONFESSION
elle pourrait être entraînée par une multitude de fautes, quoique légères , qu'elle laisserait grossir et s'accumuler; elle se présente toujours à Dieu, suivant la figure du prophète royal , telle qu't^ne reine qui parait devant le pritice, son fidèle époux, parée de divers ornements et avec un habit enrichi d'or» (Psalm. 44.) Dans cet état , elle attire sur elle les yeux de Dieu, elle lui platt; et parce qu'il n'y a point d'obstacle qui le puisse éloigner, il vient à elle , l'honore de sa présence et la comble de set dons.
2. Rien de plus propre à renouveler sans cesse la ferveur de l'âme juste que la fréquente confession. Il n'y a point de feu si ardent qui ne se ralentisse quand ou ne prend pas soin de l'entretenir, et il n'y a point de piété si fervente qui , pour ne pas déchoir et ne se pas refroidir, n'ait besoin d'être souvent ranimée et réveillée. Cet évêque de l'Apocalypse l'avait éprouvé , lorsque Dieu lui reprochait qu'il avait beaucoup perdu de sa première charité, et qu'il était tombé dans le relâchement et la tiédeur. Voilà où en sont réduites tant d'âmes qu'on a vues à certains temps toutes brûlantes de zèle pour l'honneur de Dieu et pour leur sanctification. Rien n'échappait à leur fidélité , rien ne les arrêtait , rien ne leur coûtait; il ne leur a manqué que la constance. Or, pour se remettre en de si heureuses dispositions , point de meilleure pratique à leur prescrire que de fréquenter le sacrement de pénitence.
Car plus elles en approcheront, plus elles participeront aux grâces renfermées dans ce sacrement : et ce qui allume la ferveur, ne sont-ce pas les saints mouvements de la grâce? Plus elles en approcheront, plus elles se rempliront l'esprit de pieuses considérations, la volonté de vives affections : et ne sont-ee pas là toujours de nouveaux aliments pour nourrir le feu et pour le perpétuer? Aussi est-il vrai qu'on ne se retire point communément du sacré tribunal , sans en emporter une certaine onction qui s'insinue dans le cœur et qui occupe, pour ainsi dire , toute la capacité de l'âme. On se sent tout recueilli en soi-même , tout pénétré d'une joie céleste et intérieure , quelquefois même tout attendri de dévotion : les yeux se baignent de larmes, le cœur éclate en soupirs ; dans l'ardeur où l'on est , on redouble le pas, on avance , on se rend plus régulier que jamais, et plus assidu à tous ses exercices. Effets merveilleux et plus ordinaires à ces fêtes solennelles où l'Église célèbre les grands mystères de la religion. En est-il un plus touchant que celui de la naissance d'un Dieu fait homme pour le salut des hommes et de tous les hommes ? Justes et pécheurs, je vous l'annonce. Il vient ce Rédempteur, il est près de nous; ouvrons-lui tous les chemins de notre cœur, afin qu'il daigne y entrer et y prendre une naissanos toute spirituelle ; car c'est ainsi qn'il le prétend
SUB LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST
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Levons tous les obstacles qui pourraient s'opposer à son passage et le séparer de nous. Comblons toutes les vallées y redressons tous les sentiers tortus , aplanissons tout ce qu'il y a de raboteux. ( Luc. , 8. ) Dégageons-nous de tous les liens et de toute la corruption du péché. N'en souffrons pas la moindre souillure , et que ce soit là le fruit d'une digne confession. De cette manière , nous pourrons renaître nous-mêmes avec Jésus -Christ et en Jésus- Christ, pour vivre éternellement en lui et avec lui.