FÊTE DE NOËL
SERMON SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST
jipparuii gratia Dei Salvaiorii nostri, omnibus hominihu8, erudiens nos : ui abnegantes impietatem ut tecularia detideria, sobrie, et juste, et pie vivamus in hoc seeulo, expédantes beatam spem.
La grdoe de Dlea notre Sauveur s'est manifestée à tous les hommes pour notre instruction; alin que, renonçant à l'impiété et aux oonvoilises du monde , nous vivions dans ce siècle selon les régies de la tempérance , de la jusUce et de la piété, attendant le bonheur qui est le terme de notre espérance. Dans VÉpttre à Tite, chap. 2.
C'est ce jour qu'elle s*est montrée aux hommes, eette grâce de Dieu notre Sauveur, et c'est dans l'adorable personne de Jésus-Christ naissant , que se sont accomplies ces belles et consolantes paroles de Tapôtre. Dans le mystère de Tincarnation divine, cette grâce du Sauveur est descendue sur la terre ; mais elle demeurait encore cachée dans le d aste sein de Marie, et ce n'est qu'en Bethléem et dons rétable, qu'elle s'est rendue visible par la sainte nativité de l'Ënfant-Dieu qui nous l'apportait. Il est donc venu, et il a paru au monde, ce Messie, ce désiré des nations : pourquoi? pour nous instruire et pour nous donner la science du salut. Science du salut dont avait parlé Zacharie, père de Jean-Baptiste , dans son admirable cantique , et que le divin précurseur devait lui-même enseigner au peuple de Dieu. Science du salut , science suréminente, l'abrégé de toutes les sciences, ou plutôt Tunique science qu'il nous importe d'acquérir et de bien apprendre. Science que saint Paul fait consister en deux choses : l'une , d'éloigner de nous tous les obstacles du salut, et l'autre de pratiquer toutes les œuvres du salut. Car ce sont là , dans la pensée du maître des gentils, les deux importantes instructions que nous devons tirer de la naissance de Jésus-Christ. La grâce de Dieu, notre Sauveur, s*est manifestée à tous les hommes, afin que nous renoncions aua> convoitises du monde et à ses désirs sensuels : voilà les obstacles du salut dont un Dieu-Homme et naissant parmi les hommes nous
apprend à nous dégager : premier point. Cette même grâce de Dieu, notre Sauveur, s'est manifestée à tous les hommes, afin que nous vivions selon les rêglesde la tempérance, de la justice et de la piété: voNa les oeuvres du salut qu'un Dieu -Homme et naissant parmi les hommes nous apprend à pratiquer : second point. Grandes et salutaires leçons où est renfermée toute la sagesse évangélique, et qui demandent toute notre étude et toute notre attention.
Prbmieb point. Obstacle du salut dont un Dieu- Homme et naissant parmi les hommes nous apprend à nous dégager. Ces obstacles sont les biens du monde, les honneurs du monde, les plaisirs du monde et l'attachement que nous y avons. Je dis l'attachement que nous y avons , et c'est cet attachement que l'apôtre appelle convoitises du siècle et désirs sensuels. L'expérience de tous les temps n'a fait que trop voir de combien de crimes ces malheureuses convoitises ont été la source , et combien d'âmes elles ont damnées, combien elles en damnent tous les jours. Or, c'est ce que le Fils de Dieu, dès sa naissance , nous apprend à retrancher de nos cœurs; et c'est pour nous y porter avec plus d'efllcace et plus de force, qu'il commence par nous en donner lui-même l'exemple le plus touchant.
En quel état nalt-il.' dans un état de pauvreté, dans un état d'humiliation , dans un état de souffrance et de mortiQcation. Lisons sur cela l'Évangile : tout y est remarquable. Pauvreté : la mère, qui se voit proche de son ternie , cherche un lieu convenable où se retirer; mais son extrême indigence la fait refuser partout ; il ne lui reste qu'une étable : quelle demeure pour im Dieu et pour une mère de Dieu ! Quoi qu'il en soit , c'est là que Marie met au monde le Sauveur et le Roi du monde : c'est là qu'il commence à paraître. Le lit où il repose , c'est la paille; son berceau, c'est une crèche; ses vêtements , ce sont de misérables langes : voilà son palais , voilà tous ses trésors. Humiliation : hors quelques pasteurs qui viennent lui rendre leurs hommages , nul ne le connaît , ni ne pense à lui. A la naissance des princes, la joie éclate de toutes parts , on célèbre leur nom; les peuples, par des feux, des acclamations publiques , leur applaudissent : mais à l'égard de ce Dieu naissant , tout est dans le plus profond silence; il est dans le monde conune s'il n'y était pas. Souffrance et mortification : dans les ténèbres d'une nuit obscure, et au milieu de la plus rigoureuse saison, il se trouve exposé à toutes les injures du temps ; quel soulagement peut-il recevoir de Joseph et de Marie? toutes choses leur manquent , et ils n'ont point d'autres secours à lui donner que de s'attendrir à ses cris et de compatir à ses douleurs.
SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST
Est-ce donc ainsi que devait nattre le libérateur d'Israël , le rédempteuri des hommes , Tenvoyé de Dieu ? Est- ce ainsi que la synagogue l'attendait ? Bien Join de cela , elle se promettait un Messie puissant selon le monde, grandselon le monde, comblé de tout le bonheur et de toute la gloire du monde, fausse espérance dont les Juifis s'étaient laissé prévenir. Mais ce n'est point là le plan que Dieu , dans le conseil de sa sagesse éternelle, s'était formé pour l'ouvrage de notre rédemption et pour son accomplissement; il nous fallait un Sauveur qui nous enseignât la science du salut, et qui d'abord nous apprît à en lever tous les obstacles; qui , dis-je, nous l'apprtt encore plus par ses exemples que par ses paroles , puisque les paroles sans les exemples perdent infiniment de leur vertu , et ne font pas , à beaucoup près , la même impression. Par conséquent il nous fallait un Sauveur tel que nous l'avons , et tel qu'il se présente à nos yeux : un Sauveur pauvre, un Sauveurabject et humilié, un Sauveur souffrant et pénitent : pourquoi? afinqu'il pût nous dire avecplusd'autorité, et d'une manière plus persuasive, ce qu'il nous dit en effet de la crèche : Maiheur à vous, riches! (Luc, 6) non point précisément parce que vous êtes riches , mais parce que , vous confiant dans ces richesses périssables que vous aimez, vous ne pensez point à ce souverain bien , à ce bien éternel que je viens vous promettre, et qui seul est digne de vos soins, .yalheur à vous gui, pour vous élever et vous agrandir sur la terre, ambitionnez les premiei^s rangs et voulez occuper les premières places! (Luc, 11) non point précisément que ce soit un crime de devenir grand et d'être grand; mais parce qu'éblouis de cette grandeur humaine et passagère dont vous êtes si jaloux , vous oubliez la véritable grandeur où vous devez sans cesse aspirer, et qui est la gloire céleste et immortelle. Malheur à vous qui vous réjouissez et qui trouvez votre consolation en cette vie! (Luc, 6) nou point précisément que toute joie et toute consolation vous soit défendue , car il y en a d'innocentes et même de saintes ; mais parce qu'enivrés des plaisirs sensuels qui vous corrompent , vous ne portez jamais vos vues vers la suprême béatitude où vous êtes appelés , et que vous ne prenez nulles mesures pour l'obtenir.
Solides enseignements du divin Maître qui , pour nous faire marcher avec plus d'assurance dans les voies du salut, nous en d^uvre les écueils. Il nous parle; mais Tentendons-nous ? voulons-nous l'entendre? Renoncer au monde, aux prospérités du monde, aux grandeurs du monde, au bonheur du monde, y renoncer, sinon d'effet, au moins de cœur, quel langage pour les mondains ! mais c'est le langage de Jésus-Christ, c'est son Ëvangile. Nous trompe-t-il? veut-il nous tromper? Raisonnons comme il nous plaira : il faut, ou suivre ce guide
qui vient nous conduire, et qui est la voie même, la vérité, la vie, ou vivre et mourir dans un funeste égarement qui nous mène à la perdition.
Second point. Œuvres du salut qu'un Dieu- Homme et naissant parmi les hommes nous apprend à pratiquer. L'apôtre nous les a marquées dans ces paroles, afin que nous vivions selon les régies de la tempérance^ de la justice et de la piété. Œuvres, suivant l'explication de saint Bernard, œuvres de tempérance et d'une modération chrétienne par rapport à nous-mêmes , œuvres de justice et« d'une charité chrétienne par rapport au prochain , œuvres de religion et d'une piété chrétienne par rapport à Dieu.
1. OEuvres de tempérance et d'une modération chrétienne par rapport à nous-mêmes. Ce devoir se réduit aux saintes violences qu'il en coûte pour se maintenir dans l'ordre et se bien gouverner en toutes choses, pour garder une conduite toujours sage ,, droite, pure et régulière, selon la raison et selon l'esprit du christianisme. Car dans l'usage de la vie, combien y a-t-il pour cela de combats à livrer contre ses propres inclinations et ses propres sentiments? combien de vivacités à réprimer, combien de mouvements impétueux à arrêter, combien de jugements particuliers à soumettre et à déposer, combien de répugnances à vaincre , de volontés à rompre , combien d'efforts à faire , soit pour agir,' soit pour s'abstenir et pour souffrir? en un mot, combien de fois, et sur combien de sujets faut-il , non-seulement renoncer au monde et à tous les objets extérieurs et sensibles, mais s'immoler soimême, mais se dépouiller de soi-même, mais se renoncer soi-même? Sans cela; bien loin de pouvoir posséder son âme et de savoir se régler, à quoi souvent ne s'écliappe-t-on pas? à quelles extrémités ne se porte-t-onpas? en combien de reocontres ne s*oublie-t-on pas ? Guerre évangélique dont cet enfant, à qui nous rendons nos hommages comme à notre Dieu , et que nous adorons dans retable, lève, pour ainsi parler, aujourd'hui l'étendard; guerre qu'il vient allumer sur la terre, et qu'il propose à tous ses disciples , ne les reconnais-, sant pour être à lui que par le renoncement à eux-, mêmes ; guerre qui réforme tout l'homme , qui le' tient continuellement en bride, qui redresse ses caprices, ses légèretés , ses humeurs; qui le garantit de tous les excès où l'ardeur de ses passions pourrait l'entraîner; qui l'établit et l'affermit inébranlable-
ment dans cette sobriété, pour user du terme de saint Paul, dans ce tempérament et ce milieu où réside la sagesse , et où les maîtres de la morale font'
consistera vertu ; guerre difficile, il est vrai, mais
il y va du salut. Or un Dieu descendu de sa gloire, un Dieu fait chair et sujet à toutes nos infirmitéf ,|
SUR LA NATIVITÉ DE JESUS-CHRIST
iiD Dieu né dans la misère et anéanti pour ce salut même dont le soin nous est confié , ne nous donnet-il pas assez à entendre quelle en est Timportance , et que , dans une affaire d*une telle conséquence , il n'y a rien à ménager ?
2. OEuvres de justice et d'une charité chrétienne par rapport au prochain. De justice : rendant à chacun ce qui lui est dû , et ne refusant rien à personne de tout ce qui lui appartient. De charité : ajoutant au devoir la bonne volonté, rinclination à faire du bien, le désir d'obliger et de faire des grîlces , la patience dans les injures et une piu)mpte disposition à pardonner. Contemplons notre modèle, et observons-y tous ces traits pour les former en nous , et pour les imiter. Il naît, ce roi du monde, et il natt dans l'exercice actuel de la justice la plus exacte, par l'hommage qu'il rend aux puissances du siècle , quoique païennes et ennemies de sa loi. Si Marie, tout enceinte qu'elle était , a quitté Nazareth et s'est transportée à Bethléem , c'est pour se soumettre à redit d'Auguste-César qui ordonne qu'on dresse un état de l'empire, et que tous sans exception aillent se faire inscrire, chacun dans la ville dont il est originaire : voilà pourquoi cette mère vierge s'expose , elle et l'enfant qu'elle porte , à toutes les fatigues d'un pénible voyage et aux rudes épreuves qu'elle a à soutenir dans une bourgade où elle est regardée et traitée comme étrangère. Elle obéit, elle pratique par avance, et fait pratiquer à son fils cette grande maxime qu'il doit un jour prêcher lui-même : Rendez à César ce qui est à César (Ma.tth., 19); tant les droits du prochain sont inviolables, et tant devonsnous les respecter, de quelque nature qu'ils soient et en qui que ce puisse être. Ce n'est pas tout : il naît cet aimable et adorable Sauveur, et c'est par un effet de la charité la plus ardente et la plus désintéressée, c'est pour nous délivrer de la mort, c'est pour nous combler de ses biens, nous, indignes et viles créatures, nous pécheurs et ennemis de son Père. Comptons après cela le peu que nous faisons pour nos frères ; car, qu'est-ce que notre charité et en quoi se montre-t-elle? où sont ses largesses? où sont ses soins prévenants et bienfaisants? Que donne-t-elle? que supporte-t-eIle?que remet-elle? Toutefois , un des caractères les plus marqués du christianisme, et par conséquent une des vertus les plus nécessaires au salut, c'est la charité.
3. OEuvres de religion et d'une piété chrétienne par rapport à Dieu. Voilà le point capital , et c'est là que tout doit tendre : c'est , dis-je , à la gloire et au culte de Dieu. Aussi est-ce l'essentielle et dernière fin de l'avénement du médiateur qui nous est né. En entrant dans le monde, que dit-il au Père tout-puissant qui l'envoie? Écoutons l'apôtre, et voyons comme il le fait parler : Fous n'avez pas voulu, Seigneur, du sangdes taureaux et des boua;
vous ne vous êtes point contenté de ces oblations ei de ces victimes; mais vous m* avez formé un corps; et dans ce corps me voici , mon Dieu ; je vient faire votre volonté, selon qu'il est écrit de moi* ( Hebr.y 29. ) C'est par la transgression de cette volonté divine que votre gloire a été blessée, et je viens la réparer; je viens vous honorer, autant que le mérite votre être suprême. Ainsi , en effet, vientil glorifier le Dieu vivant, ce Fils unique de Dieu; il s'abaisse à tout pour cela , il se soumet à tout : mais nous , ce même Dieu à qui nous assujettit une dépendance encore plus naturelle et plus entière , en quoi le glorifions-nous? est-ce dans nos sentiments , est-ce dans nos paroles , est-ce dans nos actions? quels actes de religion, quels exercices de piété pratiquons-nous? ou si nous les pratiquons, comment les pratiquons-nous ? Devoirs indispensables, mais qu*on abandonne absolument , ou dont on nes'acquitte qu'imparfaitement; on s'en fait une gêne, une servitude, un fardeau. A qui donc offronsnous notre encens? à qui le devons- nous? et s'il nous est enjoint de rendre au monde ce qui appartient au monde , nous est-il moins étroitement ordonné de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu ? Or, ce qui appartient à Dieu , c'est l'honneur, et rhonneur de Dieu , c'est que nous le servions, que nous l'adorions, que nous observions sa loi , que nous révérions ses mystères , que nous soyons assidus i chanter ses louanges , à célébrer ses grandeurs , à invoquer son nom, à entendre sa parole, à fréquenter ses autels, à fuir tout le mal qu'il nous défend « et à ne rien omettre de tout le bien qu'il nous commande. Reprenons tout ce discours , et concluons. Nous avons appris de Jésus-Christ naissant la science du salut, ou nous avons dû l'apprendre; nous savons quels sont les obstacles du salut, quelles sont les œuvres du salut. Joignons à ces connaissances la pratique : c'est tout ce qui manque à l'ouvrage de notre rédemption , qu'il ne tient qu'à nous , avec la grâce du Sauveur, d'achever et de consommer.
AVERTISSEMENT
Outre l'Essai d'Avent qu'on donne au public , il s'est encore Iroavé dans les écrits du père Bourdaloue un Essai d*Octave du Saiot-Sacrement C'était la coutume autrefois de la prêcher tout entière , aussi bien que l'Avent, sous un même dessein général , qui comprenait huit sujets partica- t liera, ei les prédicateurs faisaient de ces différents sujets autant de discours. Le père Bourdaloue avait voulu se ^ Gonformer à cet usage, et pour cela même il avait tracé ^ sur le papier le fond et la suite des huit sermons qu'il se \ proposait de foire. Mais là-dessus, comme à l'égard de i'Avent , il s'est tenu au projet , sans en venir à l'exécutioa.
SUE LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST
Est-ce donc ainsi que devait naître le libérateur d'Israël , le rédempteur| des hommes , Tenvoyé de Dieu ? Est* ce ainsi que la synagogue l'attendait ? Bien loin de cela , elle se promettait un Messie puissant selon le monde, grand selon le monde, comblé de tout le bonheur et de toute la gloire du monde, fausse espérance dont les Juifis s'étaient laissé prévenir. Mais ce n'est point là le plan que Dieu , dans le conseil de sa sagesse éternelle, s'était formé pour l'ouvrage de notre rédemption et pour son accomplissement; il nous fallait un Sauveur qui nous enseignât la science du salut, et qui d'abord nous apprît à en lever tous les obstacles ; qui , dis-je , nous l'apprît encore plus par ses exemples que par ses paroles , puisque les paroles sans les exemples perdent inûniment de leur vertu , et ne font pas , à beaucoup près , la même impression. Par conséquent il nous fallait un Sauveur tel que nous l'avons , et tel qu'il se présente à nos yeux : un Sauveur pauvre, un Sauveur abject et humilié, un Sauveur souffrant etpénitent: pourquoi? afin qu'il pût nous dire avec plus d'autorité, et d'une manière plus persuasive, ce qu'il nous dit en effet de la crèche : Malheur à vous, riches! (Luc, 6) non point précisément parce que vous êtes riches , mais parce que , vous conQant dans ces richesses périssables que vous aimez, vous ne pensez point à ce souverain bien , à ce bien éternel que je viens vous promettre, et qui seul est digne de vos soins. Malheur à vous gui, pour vous élever et vous agrandir sur la terre , ambitionnez les premiers rangs et voulez occuper les premières places! (Luc, 11) non point précisément que ce soit un crime de devenir grand et d'être grand ; mais parce qu'éblouis de cette grandeur humaine et passagère dont vous êtes si jaloux , vous oubliez la véritable grandeur où vous devez sans cesse aspirer, et qui est la gloire céleste et immortelle. Malheur à vous qui vous réjouissez et gui trouvez votre consolation en cette vie! (Luc, 6) non point précisément que toute joie et toute consolation vous suit défendue , car il y en a d'innocentes et même de saintes ; mais parce qu'enivrés des plaisirs sensuels qui vous corrompent , vous ne portez jamais vos vues vers la suprême béatitude où vous êtes appelés , et que vous ne prenez nulles mesures pour l'obtenir.
Solides enseignements du divin Maître qui , pour Dous faire marcher avec plus d'assurance dans les voies du salut, nous en découvre les écueils. Il nous parle; mais Tentendons-nous ? voulons-nous l'entendre? Renoncer au monde, aux prospérités du monde, aux grandeurs du monde, au bonheur du monde, y renoncer, sinon d'effet, au moins de cœur, quel langage pour les mondains ! mais c'est le langage de Jésus-Christ, c'est son Ëvangile. Nous trompe-t-il? veut-il nous tromper? Raisonnons comme il nous plaira : il faut, ou suivre ce guide
qui vient nous conduire, et qui est la voie même, la vérité, la vie, ou vivre et mourir dans un funeste égarement qui nous mène à la perdition.
Second point. Œuvres du salut qu'un Dieu* Homme et naissant parmi les hommes nous apprend à pratiquer. L'apôtre nous les a marquées dans ces paroles, c^n que nous vivions selon les régies de la tempérance, de la justice et de la piété. Œuvres, suivant l'explication de saint Bernard, œuvres de tempérance et d'une modération chrétienne par rapport à nous-mêmes , œuvres de justice et^ d'une charité chrétienne par rapport au prochain, œuvres de religion et d'une piété chrétienne par rapport à Dieu.
1. OEuvres de tempérance et d'une modération chrétienne par rapport à nous-mêmes. Ce devoir se réduit aux saintes violences qu'il en coûte pour se maintenir dans l'ordre et se bien gouverner en toutes choses, pour garder une conduite toujours sage,^ droite, pure et régulière, selon la raison et selon Tesprit du christianisme. Car dans l'usage de la vie, combien y a-t-il pour cela de combats à livrer contre ses propres inclinations et ses propres sentiments? combien de vivacités à réprimer, combien de mouvements impétueux à arrêter, combien de jugements particuliers à soumettre et à déposer, combien de répugnances à vaincre , de volontés à rompre , combien d'efforts à faire , soit pour agir,' soit pour s'abstenir et pour souffrir? en un mot, combien de fois, et sur combien de sujets faut-il , non-seulement renoncer au monde et à tous les objets extérieurs et sensibles, mais s'immoler soimême, mais se dépouiller de soi-même, mais se renoncer soi-même? Sans cela ; bien loin de pouvoir posséder son âme et de savoir se régler, à quoi souvent ne s'échappe-t-on pas ? à quelles extrémités ne se porte-t-onpas? en combien de rencontres ne s*oublie-t-on pas? Guerre évangélique dont cet enfant, à qui nous rendons nos hommages comme à notre Dieu, et que nous adorons dans retable, lève, pour ainsi parler, aujourd'hui l'étendard; guerre qu'il vient allumer sur la terre, et qu'il propose à tous ses disciples , ne les reconnais-, sant pour être à lui que par le renoncement à eux-, mêmes ; guerre qui réforme tout l'homme , qui le> tient continuellement en bride, qui r^'iresseses caprices, ses légèretés, ses humeurs; qu^ > garantit de tous les excès où l'ardeur de ses passions pourrait l'entraîner; qui l'établit et l'affermit inébranlable-
ment dans cette sobriété, pour user du terme de saint Paul, dans ce tempérament et ce milieu o&' réside la sagesse, et où les maîtres de la morale font consister la vertu ; guerre difGcile , il est vrai, mais, il y va du salut. Or un Dieu descendu de sa gloirej un Dieu fait chair et sujet à toutes nos infirmités,!
SUR LA NATIVITÉ DE JESUS-CHRIST
iiD Dieu né dans la misère et anéanti pour ce salut même dont le soin nous est confié , ne nous donnet-il pas assez à entendre quelle en est Timportance , et que , dans une affaire d'une telle conséquence , il n*y a rien à ménager ?
2. Œuvres de justice et d'une charité chrétienne par rapport au prochain. De justice : rendante chacun ce qui lui est dû , et ne refusant rien à personne de tout ce qui lui appartient. De charité : ajoutant au devoir la bonne volonté, Tinclination à faire du bien , le désir d'obliger et de faire des grîlces , la patience dans les injures et une piu)mpte disposition à pardonner. Contemplons notre modèle, et observons-y tous ces traits pour les former en nous, et pour les imiter. Il naît, ce roi du monde, et il naît dans Texercice actuel de la justice la plus exacte, par rhommage qu'il rend aux puissances du siècle , quoique païennes et ennemies de sa loi. Si Marie, tout enceinte qu'elle était , a quitté Nazareth et s'est transportée à Bethléem, c'est pour se soumettre à l'édit d'Auguste-César qui ordonne qu'on dresse un état de l'empire, et que tous sans exception aillent se faire inscrire, chacun dans la ville dont il est originaire : voilà pourquoi cette mère vierge s'expose , elle et l'enfant qu'elle porte , à toutes les fatigues d'un pénible voyage et aux rudes épreuves qu'elle a à soutenir dans une bourgade où elle est regardée et traitée comme étrangère. Elle obéit, elle pratique par avance, et fait pratiquer à son fils cette grande maxime qu'il doit un jour prêcher lui-même : Rendez à César ce qui est à César (Ma.tth., 19); tant les droits du prochain sont inviolables, et tant devonsnous les respecter, de quelque nature qu'ils soient et en qui que ce puisse être. Ce n'est pas tout : il naît cet aimable et adorable Sauveur, et c'est par un effet de la charité la plus ardente et la plus désintéressée, c'est pour nous délivrer de la mort, c'est pour nous combler de ses biens, nous, indignes et viles créatures, nous pécheurs et ennemis de son Père. Comptons après cela le peu que nous faisons pour nos frères ; car, qu'est-ce que notre charité et en quoi se montre-t-elle? où sont ses largesses? où sont ses soins prévenants et bienfaisants? Que donne-t-elle? que supporte-t-elle?que remet-elle? Toutefois , un des caractères les plus marqués du christianisme, et par conséquent une des vertus les plus nécessaires au salut, c'est la charité.
3. Œuvres de religion et d'une piété chrétienne par rapport à Dieu. Voilà le point capital , et c'est là que tout doit tendre : c'est , dis-je , à la gloire et au culte de Dieu. Aussi est-ce l'essentielle et dernière fin de l'avènement du médiateur qui nous est né. En entrant dans le monde, que dit-il au Père tout-puissant qui Tenvole? Écoutons l'apôtre, et voyons comme il le fait parler : Fous n'avez pas voulu, Seigneur, du sangdes taureauxeides boucs;
vous ne vous êtes point contenté de ces oblations et de ces victimes; mais vous m' avez formé un corps; et dans ce corps me voici , mon Dieu ; je viens faire votre volonté, selon qu'il est écrit de moi. ( Hebr., 29. ) C'est par la transgression de cette volonté divine que votre gloire a été blessée , et je viens la réparer; je viens vous honorer, autant que le mérite votre être suprême. Ainsi , en effet, vientil glorifier le Dieu vivant, ce Fils unique de Dieu; il s'abaisse à tout pour cela, il se soumet à tout : mais nous , ce même Dieu à qui nous assujettit une dépendance encore plus naturelle et plus entière , en quoi le glorifions-nous? est-ce dans nos sentiments , est-ce dans nos paroles, est-ce dans nos actions? quels actes de religion, quels exercices de piété pratiquons-nous? ou si nous les pratiquons, comment les pratiquons-nous ? Devoirs indispensables, mais qu*on abandonne absolument , ou dont on nes'acquitte qu'imparfaitement; on s'en fait une gêne, une servitude, un fardeau. A qui donc offronsnous notre encens? à qui le devons- nous? et s'il nous est enjoint de rendre au monde ce qui appartient au monde , nous est-il moins étroitement ordonné de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu ? Or, ce qui appartient à Dieu , c'est l'honneur, et rhonneur de Dieu , c'est que nous le«ervions, que nous l'adorions, que nous observions sa loi , que nous révérions ses mystères , que nous soyons assidus i chanter ses louanges , à célébrer ses grandeurs « à invoquer son nom, à entendre sa parole, à fréquenter ses autels, à fuir tout le m'ai qu'il nous défend « et à ne rien omettre de tout le bien qu'il nous commande. Reprenons tout ce discours , et concluons. Nous avons appris de Jésus-Christ naissant la science du salut, ou nous avons dû l'apprendre; nous savons quels sont les obstacles du salut , quelles sont les œuvres du salut. Joignons à ces connaissances la pratique : c'est tout ce qui manque à l'ouvrage de notre rédemption , qu'il ne tient qu'à nous , avec la grâce du Sauveur, d'achever et de consommer.
AVERTISSEMENT
Outre l'Essai d'Avent qu'on donne an public , il s'est encore trouvé dans les écrits du père Bourdaloue un Essai d'Octave du Saiot-Sacrement. C'était la coutume autrefois de la prêcher tout entière , aussi bien que l'Avent, sous un même dessein général , qui comprenait huit sujets partica- t liera, ei les prédicateurs faisaient de ces différents sujets autant de discours. Le père Bourdaloue avait voulu se ^ conformer à cet usage, et pour cela même il avait tracé ' sur le papier le fond et la suite des huit sermons qu'A se \ proposait de faire. Mais là-dessos, oommeàrégârd da i'Avent , il s'est tenu au projet , sans en venir à l'exécatioa.
BSSAI D'OCTAVE DU SAliST-SACREMENT.