JÉSUS-CHRIST PRÉSENTÉ A DIEU DANS L'EUCHARISTTE
ments de notre faiblesse , de nous unir au prêtre qui sacrifie, d*offrir avec lui la même victime, de nous offrir nous-mêmes avec Jésus-Christ : tout cela dans un vrai désir de glorifier ce premier être, dont nous dépendons essentiellement, et quiestseul la fin de toutes choses comme il en est le principe.
2. Pour honorer et remercier Dieu comme bienfeiteur. L'infinie bonté de Dieu se répandant sur nous par tant de bienfaits, il était juste qu'il y eût dans la religion un sacrifice d'actions de grâces. Or, tel est le sacrifice de nos autels. Le prêtre nous le fait bien entendre , lorsqu'au milieu des saints mystères , avant que de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ, il nous avertit expressément de rendre grâces au Seigneur notre Dieu. Car il est, 6 mon Dieu ! continue-t-il , de la droite justice et de l'équité la mieux fondée , que partout et en tout temps on vous remercie , on vous loue , on vous bénisse en mémoire de vos dons. Sacrifice qui , dans sa valeur, égale au moins et même surpasse communément tout ce que nous avons reçu ou pu recevoir de la libéralité divine. Celui qui n'a pas épargné son Fils , mais qui l'a livré pour nous^ ne nous a-t-il pas tout donné avec lui, {Rom. S)î C'était le raisonnement de l'apôtre, et, suivant cette règle, je dis : Nous sommes redevables à Dieu de tout, puisque nous tenons tout de lui , il est vrai ; mais de lui présenter son Fils, n'est-ce pas lui rendre tout ? et que peut-il au delà demander de notre reconnaissance?
Pensée capable d'occuper utilement et saintement une âme dans toute la suite du sacrifice où elle est présente. Elle repasse dans son souvenir les bienfaits de Dieu : elle ne les peut compter, parce qu'ils sont sans nombre; mais elle en est comme toute remplie au dedans d'elle-même et comme tout investie au dehors. Insolvable de son fonds, elle sent sa pauvreté et sa misère; elle la reconnaît et s'en humilie. Que ferai-je donc, dit-elle avec le roi prophète : Que donnerai-je au Seigneur pour tout ce quHl m'a donné? (Psalm. 115.) Mais là-dessus elle ne demeure pas longtemps incertaine; elle a devant elle une ressource prompte et la plus abondante : c'est la précieuse victime immolée sur l'autel ; elle prend le calice du salut , selon l'expression du même prophète, et, pleine de confiance en le présentant, elle se croit auprès de Dieu quitte de tout du côté de la reconnaissance. De quels sentiments, au reste, accompagne-t-elle cette offrande, de quelle gratitude et de quel zèle pour la gloire d'un Dieu si libéral envers elle et si bon?
Sbgond point. Sacrifice de propitiation pour effacer les péchés et apaiser la colère de Dieu. Il l'apaise, soit à l'égard des vivants, soit même à l'égard des morts.
1 . Sacrifice de propitiation pour les vivants. Nous ne doutons point que le sacrifice de la croix n*aît été un sacrifice de propitiation , où le Sauveur def hommes a versé son sang , et est mort pour effacer les péchés du monde, et pour apaiser son Père, justement irrité contre nous. Or, le sacrifice de l'autel est le même que celui de la croix : c'est la même hostie , le même corps et le même sang de l'Homme-Dieu, et, par une suite nécessaire, c'est la même efficace et la même vertu , avec cette différence néanmoins, que le sacrifice de la croix fat un sacrifice sanglant , au lieu que celui-ci est non sanglant. Ainsi le décide en termes formels le saint concile de Trente, nous donnant à connaître et nous enseignant que Jésus-Christ n'a pas voulu que son sacrifice se terminât à la croix, mais qu'étant prêtro dans toute l'éternité , et prêtre selon l'ordre de Melchisédech , il s'est proposé deux choses : l'une que le même sacrifice se perpétuerait dans l'Église jusqu'à la consommation des siècles, et l'autre, qu'il s'accomplirait sous les espèces du pain et du vin , comme c'était du pain et du vin que Melchisédech avait offert au Seigneur.
Doctrine appuyée sur cette parole du Fils de Dieu que rapporte saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens : Toutes les fois que vous mangerez de ce pain et que vous boirez de ce calice, vous an* noncerez la mort du Seigneur. (1 . Cor,, 1 1 .) Qu'estce à dire vous annoncerez? Ce n'est pas seulement à dire : Vous rappellerez la mémoire de cette mort ; mais : Vous la renouvellerez , et le mérite vous ea sera appliqué. C'est donc dans le sacrifice de l'autel, comme sur la croix, que Jésus-Christ est une victime de propitiation pour nos péchés; et cela posé, il serait bien étrange qu'on éloignât les pécheurs d'un sacrifice institué pour eux et pour leur réconciliation. Soyons-y tous assidus; mais vous surtout, venez-y, pécheurs, et ne craignez point. De participer à ce sacrifice par la communion dans un état de péché , c'est ce que l'Église vous défend sous les plus grièves peines; mais d'y prendre part en y assistant, en le présentant, c^est dans votre péché même l'avantage inestimable qui vous reste, et qu*il vous Importe infiniment de ne pas perdre. Venez , dis-je, à cette piscine où le ministre du Seigneur, pour votre guérison, donne le mouvement, non point à une eau salutaire, mais à un sang tout divin. Venez-y dans la même disposition que le publicain allant au temple et y priant. C'était un pécheur; mais , dans la vue de toutes ses iniquités , il s'humiliait, il se confondait, il se tenait les yeux baissés, il se frappait la poitrine, il disait à Dieu : Seigneur, soyez-moi propice, à moi qui suis un pécheur. Voilà votre modèle. Il s'en retourna justifié; et qui sait si vous-mêmes vous ne serez pas comme lui touchés d'une grâce toute nouvelle, et si, par li
JÉSUS-GHBIST PRÉSENTÉ A DffiU DANS L'EUCHABISTIE.
force de votre contrition, d'ennemis que vous étiez, vous oe vous retirerez pas amis de Dieu?
2. Sacrifice de propitiation même pour les morts. La preuve sur ce point la plus convaincante, c'est la pratique de l'Église. Dans tous les temps , elle a toujours offert le sacrifice pour les morts , et de siècle en siècle nous produisons là-dessus les témoignages les plus sensibles et les plus irréprochables. A remonter même jusques au temps de l'ancienne loi, nous avons l'exemple du fomeux Judas Machabée et des sacrifices qu'il ordonna pour ceux du peuple qui , dans un sanglant combat , avaient été tués. L'Église n'est pas moins attentive encore que la synagogue aux besoins de ses enfants jusques après la mort; et le sacrifice qu'elle offre pour eux est bien d'un autre prix que toutes les victimes qu'on immolait dans le temple de Jérusalem. Elle le sait^ et elle sait de plus qu'elle a dea voies sûres pour leur faire part du riche trésor dont elle est dépositaire. C'est donc pour cela qu'autant de fois que ses ministres célèbrent les saints mystères , elle veut qu'ils fassent une mention des morts, disant à Dieu : Souvenez-votis , Seigneur , de ceux eu de celles qtd nous ont précédés au tombeau, et gui reposent dans le sommeil de la paix. Voilà à quoi je reconnais une mère charitable. Et que n'entrez-vous dans ces sentiments de compassion et de charité, vous que l'hérésie endurcit sur l'état de tant d'âmes que vous pourriez aider, et à qui vous refusez votre secours! Que la miséricorde ne vous rend-elle plus dociles, et ne vous fait-elle prêter plus aisément l'oreille à une vérité que tant de voix vous annoncent, et où vos frères se trouvent si intéressés! Ne serait-ce pas assez du seul doute pour vous déterminer en leur faveur ? et par quelle aveugle prévention aimez-vous mieux leur manquer que de déposer vos erreurs ?
Mais, que dis-je, et d'ailleurs, tout fidèles que vous êtes dans la créance, n'est-ce pas à vous-mêmes, mes diers auditeurs , que je puis adresser le même reproche? Catholiques dans la foi et parla foi, l'êtesvous également dans les œuvres et par les œuvres? £t, sans m'écarter de mon sujet, vous savez quel est l'efficace du sacrifice de nos autels pour le soulagement des morts et pour leur délivrance ; vous en êtes instruits : mais en avez- vous plus de zèle à les secourir? Quel usage faites-vous d'un moyen qui vous est si facile et si présent? L'injustice de votre part va encore plus loin : et combien de fois arrivet-il que ce qu'eux-mêmes, dans leurs dernières volontés, ils ont prescrit sur cela, par une sage prévoyance et pour le repos de leurs âmes, demeure sans exécution? Pourquoi? par un oubli criminel, par une négligence affectée, par une monstrueuse insensibilité? Hélas! des pères, des mères, des parents •crdonnent; des enfants, des héritiers s'engagent ^ leur promettent ; mais dès que la mort les a enle-
BOiniDALODB.~T. m.
yés et qu'on ne les voit plus, ordres, engagements, promesses , tout s'évanouit.
Troisième point. Sacrifice dimpétration pour obtenir les grâces de Dieu. Deux sortes de grâces que nous obtenons par ce sacrifice : 1 . grâces spirituelles; 2. grâces même temporelles.
1. Grâces spirituelles. Tout ce que l'Église demande à Dieu, c'est par les mérites de Jésus-Christ qu'elle le demande et qu'elle Tobtient. C'est pourquoi elle finit ainsi toutes ses prières : Par Notre- Seigneur Jésus-Christ votre Fils, qui vit et régne avec vous dans les siècles des siècles. Or, où peutelle mieux, où peut-elle plus efScacement employer les mérites et la médiation de Jésus-Christ, que dans le sacrifice de l'autel , où Jésus-Christ en personne est la victime , et où elle offre le corps et le vrai sang de ce puissant médiateur? Dans les jours de sa vie mortelle, dit saint Paul , il fut exaucé pour la rêvé' rence qui lui était due. ( Hebr. , 5. ) Est-il moins digne dans son sacrement de ce même égard pour sa divinité? et quand, en qualité de sacrificateur et de sacrifice tout ensemble, il s'intéresse pour nous et qu'il prie, est-il rien que nous n'ayons droit de nous promettre , et rien qui nous puisse être refusé , surtout si les grâces que nous demandons par son entremise sont plus selon les vues et l'esprit de Dieu? Car il y en a de différentes espèces , et celles qui regardent l'âme, son avancement, son salut, appelées pour cela grâces spirituelles , sont incomparablement au-dessus des autres.
Aussi est-ce particulièrement pour ces sortes de grâces que l'Église présente le sacrifice. Elle ne l'offre jamais qu'elle ne demande pour le troupeau fidèle, et spécialement pour tous ceux qui assistent à cet acte de religion , qu'ils soient admis au nombre des élus et préservés de la damnation éternelle ; qu'ils entrent un jour dans la société des saints, et que Dieu, dès ce monde, les comble de toutes les bénédictions célestes; que, par une conduite toujours innocente et pure, ils évitent tout cequi pourrait les séparer de lui, et qu'une fidélité inviolable, jusques au dernier soupir de la vie, les attache sans relâche à ses commandements. Mais parce que ces demandes sont générales, et que, suivant les diverses occurrences, nous avons plus de besoin^ tantôt d'une grâce, et tantôt de l'autre, l'Église encore, dans le cours du sacrifice, a autant de prières propres pour demander, tantôt une foi vive , tantôt un ardent amour de Dieu, tantôt la charité envers le prochain ou Thumilité dans les sentiments, la patience dans les peines, ou la force contre les tentations ; quelquefois l'extirpation des vices et des habitudes criminelles, d'autres fois l'extinction des schismes et des hérésies : chaque chose en détail , selon qu'elle est plus nécessaire dans les conjonc*
JÉSDS-CHRIST CONVERSAPtT DANS L'EUCHARISTIE.
tures présentes. Quelle matière à nos réflexions , dans ces moments précieux où un Dieu s'immole pour nous ! quelle occasion favorable pour lui exposer chacun les misères et les besoins de notre âme! Nous les éprouvons tous les jours, nous nous en plaignons amèrement : nous nous plaignons, dis-je, du penchant de notre cœur qui nous entraîne, de la tyrannie de nos passions qui nous dominent, des fllusions du monde qui nous enchantent , de nos sé- Aeresses, de notre indifférence pour Dieu et pour tout ce qui regarde son service, de l'instabilité de nos résolutions, du peu de progrès que nous faisons. C'est un bien de ressentir nos maux, et ce serait le dernier malheur de ne les pas connattre et de n'en être pas touché. Mais si nous les ressentons et si nous les déplorons sincèrement , que ne courons-nous donc au remède? que ne profitons-nous d'un temps où nous pouvons avec plus de fruit réclamer Tassistance divine, et que n'assistons-nous à l'autel , tandis qu*on y exerce Vouorage de notre rédemption f {Offic. Eccl.) N 'est-ce pas là que se dispensent plus libéralement les grâces du salut, et n'est-ce pas à ceux qui les demandent alors avec plus de recueillement , plus d'attention , plus de ferveur et de zèle, qu*elles sont accordées avec moins de réserve?
2. Grâces même temporelles. Elles peuvent être l'objet de nos prières , et Dieu ne nous défend point de les demander. Dans la loi de Moïse , il y avait des hosties pacifiques, soit pour reconnaître les bienfaits de Dieu déjà reçus, soit pour en obtenir de nou- Teaux ; et ces bienfaits n'étaient communément, dans cette loi de servitude , que des avantages humains. David obtint par des sacrifices que son empire fût délivré de la peste qui le désolait; Onias obtint de même la santé d'Héliodore, et ainsi de bien d*autres dont il est parlé dans les saints livres. Or, sui- Tant la pensée de saint Chrysostôme et de saint Augustin, le sacrifice de la loi nouvelle contient éminemment et réunit en soi toutes les propriétés des anciens sacrifices : par conséquent il n'y a point à douter que Dieu ne l'agrée, lors même qu'il lui est offert pour des biens temporels , dès qu'ils ne sont point contraires aux desseins de sa providence. Saint Chrysostôme explique du sacrifice de Tautel ces paroles de l'apôtre à son disciple Timothée : Ayezsoin, je vous en conjure y qu'on fasse des supplications, des vœux , des demandes pour les rois et pour toth tes les personnes d'un haut rang , afin que nous vivions, eux et nous, dans la tranquillité et la paix. ( Timoth., 2. ) Quand nous sacrifions à Dieu et que, ••ns effusion de sang, nous lui présentons la victime dit saint Cyrille de Jérusalem , nous prions pour la prospérité des empereurs , pour le succès de leurs armes , pour la guérison des malades , pour Ui consolation des aflligés, pour quelque sujet que
ce soit de même nature où nous voulons attirer sur nous le secours et la protection du ciel.
Ce n'est donc point traiter indignement les sacrés mystères ni les profaner que d'employer les mérites de Jésus-Christ même à obtenir de telles grâces. Et n'est-ce pas ce que fait l'Église et ce qu'elle a fait dans tous les temps? Elle offre le sacrifice pour les fruits de la terre et la fertilité des campagnes, pour rheureuse issue d'une entreprise et le gain d'un procès, pour le soutien d'une famille, pour la conservation ou le rétablissement de sa santé, et le reste; en quoi nous ne pouvons assez admirer la condescendance toute paternelle et l'immense charité de notre Dieu. Il se prête , s'il m'est permis d'user de ce terme , et il veille à tous nos intérêts. Mais est-ce à lui que nous avons recours ? Dans toutes les affaires qui nous surviennent, les patrons dont nous recherchons d'abord l'appui sont-celes ministres du Seigneur, sont-ce les prêtres? et parmi les moyens que nous prenons pour réussir, le sacrifice de nos autels est-il , comme il le devrait être , notre première ressource? C'est toutefois la plus convenable et la plus certaine ; mais avec cette condition essentielle, qu'elle ne soit mise en œuvre que pour de justes causes et des intérêts légitimes. Car de présenter le sacrifice, ce sacrifice de louange , ce sacrifice de propitiation , ce sacrifice d'impetration; de l'offrir , dis-je, pour avoir de quoi contenter nos passions, de quoi nourrir nos cupidités, de quoi flatter notre orgueil , de quoi fomenter tous nos désordres, ne serait-ce pas l'usage le plus abominable? ne serait-ce pas de tous les abus le plus énorme? Cependant tout énorme qu'il est et qu'il nous doit paraître, est-il sans exemple?
QUÀTBikMS JOUB.
Jésus-CArist conversant avec les hommes dans rEucharistie.
SUR LES ENTRETIENS INTÉRIEURS AVEC JÉSUS-CHRIST DANS LE SAINT SACRE- MENT.
In terris visus est, et cum haminihus eonvenatut est,
n s^est fait voir sur la terre, et U y a'conversé avec les hommes. Barccu, chap. 3.
Ce fut pendant sa vie mortelle que le Fils de Dieu parut sur la terre , et qu'il se fit entendre sensiblement aux hommes en leur annonçant son Évangile. Ce temps est passé : ce Dieu-Homme, depuis son ascension au ciel, a disparu : mais, vous le savez» chrétiens , il ne s'est point pour cela séparé de nous, il ne nous a point quittés, sa parole y était engagée, et il l'avait promis solennellement à ses disciples assemblés sur la montagne des Olives, pour y être
JESUS-CHRIST CONVERSANT DANS L' EUCHARISTIE
témoins de son triomphe. Car vofiEàJew dit-il dans ] l'esprit, certains sentiments qu'il eicite dans le
ce dernier adieu qu'il leur fit, voilà que je stnsavec vousjusquesàlajm des siècles, (Matth., 28.) Il y est en effet, et, ce qui doit plus nous toucher, il y est comme un ami qui se communique à nous , qui converse avec nous et qui nous permet de traiter nous-mêmes et de converser avec lui. Pieux et saints entretiens , sacrés colloques entre Jésus-Christ et l'âme fidèle. Que n'en connaissons-nous toute la douceur et les avantages inestimables ! Il ne tient qu*à nous, puisqu^il ne dépend que de nous d*en faire répreuve, et qu'on ne peut mieux les connaître que par Texpérience. C'est ce qui faisait dire au prophète : Goûtez , et voyez combien le Seigneur est doux. {Psalm. 33. ) Prenez garde : il ne disait pas : Voyez d'abord , et puis vous goûterez ; mais il disait : goûtez, et par là vous verrez, vous apprendrez , vous connaîtrez. Je viens donc vous inviter, mes chers auditeurs, non point encore à la table de Jésus-Christ, mais à son autel et devant son tabernacle. C'est là qu'il vous attend pour vous faire part de ses plus intimes communications , et c'est en son nom que je vous y appelle. Je viens vous expliquer quel heureux commerce vous pourrez avoir avec Jésus-Christ , soit en l'écoutant, soit en lui répondant, et, pour vous proposer tout mon dessein en deux paroles , je veux vous apprendre comment Jésus-Christ nous parle dans son sacrement : premier point; et comment nous-mêmes, dans ce sacrement, nous devons parler à Jésus-Christ : second point. Matière dont peut-être vous n'avez point été jusques à présent assez instruits , et qui mérite par son importance toute votre réOexion.
' Pbemier point. Comment nous parle Jésus- Christ dans son sacrement. Il nous parle intérieurement , il nous parle affectueusement , il nous parle utilement , il nous parle à tous et en tous temps. J'aurais dans ces quatre articles de quoi fournir à un discours entier. J'abrège, et je me contente.d'en tracer ici une idée générale.
1 . Il nous parle intérieurement. Il y a une yoix de Dieu secrète et tout intérieure. Elle n'éclate point, elle ne fait sur les sens nulle impression; mais imperceptiblement et sans bruit , elle va jusques à l'oreille du cœur, et se fait entendre à l'âme. Ainsi Dieu se faisait-il entendre à Jérusalem : Je la conduirai dans la solitude y et là je lui parlerai au cœur, (OsÉB, 2. ) Ainsi se faisait-il entendre au prophète royal, comme ce saint roi nous le marque lui-même : J'écouterai ce que le Seigneur me dit au dedans de moi-même. {Psalm, 35.) Ainsi le bon Pasteur se fait-il entendre à ses brebis : Je les connais ^ elles me connaissent, et elles entendentma voix, (Joan., 10.) Or, voilà comment Jésus-Christ nous parle dans son sacrement. Certaines lumières dont il éclaire
coeur : tel est son langage , langage muet mais qui, dans un moment, en dit plus mille fois, et ei. apprend plus que toute l'éloquence humaine n'en peut exprimer. Langage intelligible à l'âme fidèle, recueillie, comme Magdeleine, aux pieds de Jésus- Christ, et, selon la comparaison de l'Écriture, recevant en silence la divine parole comme une rosée qui découle sur elle et la pénètre. Vous ne l'entendez pas, mondains, ce langage, vous ne le comprenez pas : pourquoi .' parce que vous ne vous mettez jamais en disposition de l'entendre ni de le comprendre; parce que vous êtes tout répandus au dehors et tout extérieurs ; parce que , dans la maison même de Dieu , et jusque dans la sanctuaire, vous ne savez point rentrer en vous-mêmes , que vous ne le voulez point ; que, par mille pensées vaines et sans arrêt, par miUe souvenirs, mille soins qui vous occupent, vous tenez toutes les avenues de votre coeur fermées à cette manne céleste. Mais ouvrez-le , autant qu'il est en votre pouvoir; mais appliquez- vous, et prenez toutes les mesures convenables pour vous rappeler à vous-mêmes devant l'autel du Seigneur, et pour éloigner les obstacles qui vous rendent sourds à sa voix : ce ne sera point en vain : ce qui n'était pour vous qu'obscurité et que ténèbres se changera dans un plein jour; ce que vous traitiez de repos oisif et d'heures inutilement consumées vous deviendra un temps précieux ; vous ferez vos plus chères délices de ce qui vous semblait insipide et sans goût , et votre peine alors ne sera plus de demeurer en la présence du sacrement de Jésus-Christ, mais de vous en retirer.
2. Il nous parle affectueusement. Dans ce sacrement d'amour, peut-il parler autrement que par amour et qu'avec amour? Il disait à ses apôtres dans la dernière Cène , et dans ce long et admirable discours qu'il leur tint : Je ne vous donnerai plus le nom de serviteurs ^ parce que le serviteur ne saii pas ce que fait son maître; mais vous êtes mes amis, et comme entre les amis il n'y a rien de caché , c'est pour cela que je vous ai découvert tout ce que J'ai appris de mon Père. (Joan. , 15. ) Voila ce qu'il dit encore aux âmes dévotes qui le viennent visiter, et voilà comment il se comporte à leur égard. En leur parlant, il accompagne, et, pour m'exprimer de la sorte, il assaisonne ses paroles de toute l'onction de sa grâce. Qui peut dire quels sont les merveilleux effets de cette onction divine? Est-il une âme si froide que tout à coup elle n'enflamme, une àme si dure qu'elle ne fléchisse et n'attendrisse, une âme si lente et si endormie qu'elle ne remue et dont elle ne réveille toute l'activité? David, à la seule vue de l'arche d'alliance, sentait son cœur tressaillir d'une sainte joie , et ne la pouvait même tellement contenir dans le secret
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de son âme , qu'elle ne se communiquât jusques à sa chair et à tous ses sens. Du moment que Marie, enceinte de Jésus , et le portant dans ses chastes flancs, salua Elisabeth, Jean-Baptiste, renfermé lui-même dans le sein de sa mère, ressentit la présence de ce Messie, et fut rempli d'une subite allégresse. Impressions vives et pénétrantes qui ra- Tissaient les saints, qui les transportaient hors d'eux-mêmes, qui les plongeaient dans les plus profondes et les plus douces contemplations, qui quelquefois leur faisaient verser des torrents de larmes, qui , sans fatigue, sans ennui , les attachaient devant Tadorable sacrement pendant les heures et presque les journées entières. Que votre parole est touchante. Seigneur! qu'elle est insinuante! C'est ce que chante l'Église dans l'office de cette fête. Mais, hélas! que sert-il que Jésus-Christ nous parle, ou qu'il soit ainsi disposé à nous parler, si nous n'allons à lui, si nous ne nous rendons assidus auprès de lui, si même nous le fuyons, bien loin de le rechercher, et si, par le plus injuste et le plus faux de tous les préjugés , nous regardons comme une gêne de converser quelques moments avec lui ? 3. Il nous parle utilement , c'est pour notre bien. Et que nous dit-il en effet? de quoi nous entretientil ? des voies où nous devons marcher, et qu'il nous enseigne ; des écueils que nous devons éviter, et qu'il nous découvre; des vaines opinions, des erreurs dont nous nous laissons préoccuper, et dont il nous détrompe; des degrés de sainteté, de perfection où nous pouvons avec son secours nous élever, et où nous sommes appelés. Il nous représente nos fautes , il nous reproche nos relâchements et nos tiédeurs , il ranime notre ferveur et notre zèle. En quelque situation que nous nous trouvions , il s'y conforme . et il y proportionne ses grâces et ses inspirations. Manquons-nous décourage, il nous fortifie; nous défions-nous de nous-mêmes, il nous rassure ; dans nos délibérations, il nous dirige ; dans nos incertitudes et nos irrésolutions , il nous détermine; si nous sommes assaillis de la tentation, il nous soutient ; si nous sommes afQigés , il prend part à nos peines et les adoucit : tout cela par les vues qu'il nous donne, et les différentes considérations qu'il nous suggère. De sorte que l'âme , sans bien savoir comment , se trouve tout autre qu'elle n'était. Elle apprend ce qu'elle doit faire , elle connaît de quoi elle doit se préserver, elle revient de ses illusions, elle gémit de ses chutes passées, elle aspire à de nouveaux progrès; son feu se rallume, ses forces renaissent , ses craintes , ses doutes se dissipent. Plus do difficultés qui l'étonnent, plus de troubles qui l'agitent, plus de chagrins qui l'abattent. Le calme règne dans cette âme; tout y est en paix.
Que dirai-je même de ces faveurs plus particu-
lières qu'elle reçoit quelquefois? Que dirai-je de élévations vers Dieu , de ces connaissances qu'elle acquiert de l'être de Dieu, des grandeurs de Dieu, des mystères, des conseils de Dieu ? Car étant comme abîmée en Jésus-Christ, ne l'est-elle pas dans le sein de la Divinité même, et que n'y voit-elle pas ? Ce sont là, j'en conviens, des dons extraordinaires : mais ces dons singuliers et si relevés , où les obtient-on, et où doit-on plutôt les obtenir, que devant le sacrement d'un Dieu qui en est le dispensateur?
4. Il nous parle à tous et en tout temps. Que disait Moïse aux Israélites, leur annonçant la loîda Seigneur, et voulant leur faire connaître la prééminence du peuple de Dieu au-dessus de tous les autres peuples? Aon, s'écriait-il, il n'y a point de na^ tion qui ait des dieux aussi proche d*eUe que notre Dieu l'est pour nous, ni d'un accès aussi facile pour elle que notre Dieu l'est pour nous., {Deut, , 4.) Le saint législateur ne faisait parmi le peuple nulle distinction ni des grands, ni des petits, ni des riches, ni des pauvres; mais il leur donnait à entendre que le Dieu d'Israël n'avait acception de personne ; et cette admirable condescendance, cette égalité, ou paraîtelle davantage que dans le sacrement de l'autel ? C'est là que Jésus-Christ nous parle, et qu'il nous parle à tous sans exception : nul n'est exclu de ces salutaires entretiens. Grands du monde, ce serait, selpn les vains sentiments de l'orgueil dont vous êtes enflés, dégénérer de votre grandeur et l'avilir, que de traiter avec les petits et avec les pauvres. Parce que la Providence les a réduits dans des états au-dessous de vous , et qu'il lui a plu de vous élever sur leurs têtes , à peine daignez-vous les favoriser d'un regard , bien loin de les admettre auprès de vos personnes , et de vous familiariser avec eux. Prenez garde, toutefois, et ne vous y trompez pas : l'entrée de vos palais leur est interdite , mais la maison de Dieu leur est ouverte; ce n'est point à la porte de cette sainte demeure qu'ils doivent se tenir, ce n'est point aux derniers rangs que leurs places sont marquées : il leur est libre de s'avancer jusques aux pieds de Jésus-Christ : car il est toujours le sauveur de tous les hommes, et ce qu'il disait autrefois, il le dit encore :. Laissez ces petits venir à moi, (Mâbc, 10.) Ce sont des pauvres ; mais , ajoute-t-il , c'est aux pau» vres que mon Père m'a envoyé prêcher VÉvangiU. (Luc, 4.) Il les reçoit donc, il leur dispense la parole du salut et de la vie éternelle : c'est même avec ces âmes simples et humbles qu'il aime spécialement à s'entretenir. Tellement qu'il semble que moins il les a avantagés selon l'ordre de la nature, plus il se montre libéral envers eux, selon l'ordre de la grâce, et que moins il leur a départi de biens temporels, plus il les enrichit de biens spirituels.
Vous me demandez s'il y a pour cela des heures privilégiées , et des temps plus favorables les uni
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qae les autres. Ah! chrétiens, Toici dans une dernière circonstance an nouveau trait de la bonté de notre Dieu et de son amour pour nous : comme Jésus-Christ nous parle à tous, il nous parle en tout temps. Les princes de la terre ont leurs heures et leurs moments , qu'il faut étudier avec soin , et souvent attendre avec une patience infatigable. Quelques paroles de leur bouche, voilà tout ce qui vous est accordé : il faut se retirer dans l'instant, pour ne se rendre point importun. Encore ne s'expliquentils pas communément par eui-mémes,tis emploient des bouches étrangères qui vous parlent en leur nom et vous déclarent leurs volontés. H n'y a qu'un maître aussi bon que vous , Seigneur, avec qui l'on n'ait point tant de mesures à garder, ni tant d'obstacles à vaincre. Car avant que de s'introduire auprès d'un grand du siècle, ou auprès de ceux qui le représentent par l'autorité dont il les a revêtus, combien y a-t-il de barrières à franchir? Vous seul, aimable Sauveur, êtes toujours prêt à me parler, non-seulement par vos ministres, mais immédiatement et par vous-même. La nuit, le jour, le matin, le soir, en quelque conjoncture que je me présente à vous, jamais vous ne me refusez de vous communiquer à moi ; ma présence ne vous lasse point , ne vous importune point, ne vous rebute point. Si la piété me porte à prolonger le temps que je passe devant vous, quelque étendue que je lui donne, non-seulement vous n*en êtes point offensé, mais vous vous en faites un plaisir et vous m'en faites un mérite. Heureux, si c'était là l'unique ou du moins le plus ordinaire exercice de ma vie!
' Second point. Comment nous devons parler à Jésus- Christ dans son sacrement. Parlons-lui, 1. avec respect ; 2. avec amour; 3. avec confiance ; 4. avec persévérance. Quatre dispositions essentielles pour bien rendre à Jésus-Christ nos devoirs et pour profiter de l'avantage que nous avons de le posséder dans le sacrement de l'autel , et de pouvoir l' y entretenir.
1. Avec respect. Le respect, à l'égard des grands du monde, va jusqu'à nous éloigner d'eux; ou, si Ton peut les approcher, du moins est-il du respect alors de se taire et de ne leur point adresser la parole qu'ils ne l'aient permis. Ce n'est point là le respect que Jésus-Christ exige de nous , puisque au contraire toutes les voies nous sont aplanies pour aUer à lui , et qu'il nous est libre de lui parler, selon que nos propres intérêts et les sentiments de religion nous y engagent. Mais ce qu'il attend et ce qui lui est bien dû , c'est, outre la composition extérieure du corps, le recueillement intérieur et l'attention de l'esprit : Fun sert à l'édification, l'autre excite et nourrit la dévotion. Car, sans insister précisément sur l'outrage < à Jésus-Christ, de quelle
édification peut-il être? que dis-je! quel scandale n'est-ce pas de voir des chrétiens , des fidèles , dans des contenances et des postures indécentes au pied de l'autel où ils reconnaissent présent le Dieu qu'ils adorent? Est-ce ainsi qu'on lui parle? est-ce ainsi même qu'on ose parler à un homme, à un prinœ delà terre? Ce n'est pas assez; et d'ailleurs comment accorder avec cela, comment avoir et conserver ce recueillement, cette attention de l'esprit, cette dévotion si nécessaire dans un commerce aussi étroit que l'est celui de Jésus-Christ et de l'âme chrétienne? On parle à ce Dieu sauveur sans lui parler, c'es^à-dire, qu'on lui parle sans penser à ce qu'on lui dit, et sans le savoir. On prononce des prières, on récite des offices : ces prières en soi, ces offices , sont bons et saints : mais dès que la réflexion y manque , qu'est-ce autre chose que des paroles qui frappent l'air, comme les sons d'une cymbale retentissante? Si l'on se tient dans le silence et dans une espèce de méditation , c'est un silence paresseux et une méditation vague, où l'esprit ne s'attache à rien , où il s'égare sans cesse, où il reçoit tous les objets qui se présentent , et perd de vue Tunique objet dont il doit être occupé? Oh! que ne sommes-nous pénétrés autant que l'était Abraham de la grandeur et de la majesté du Dieu à qui nous parlons ! Je sais, disait ce père des croyants, je sais à qui je parle, je sais que c'est à mon Seigneur et à mon Dieu : et , en présence d'un tel maître, que suis-je, moi , vil insecte, moi, cendre et poussière! Cette idée, fortement et profondément gravée dans nos esprits, nous arrêterait, nous fixerait , nous absorberait en Jésus-Christ.
2. Avec amour. Il est bien juste de rendre à Jésus-Christ amour pour amour; et si nous ne sommes absolument insensibles , pouvons-nous lui parler sans amour, dans un sacrement où il nous parle si affectueusement lui-même? Peut-être cet amour n'es^il pas encore dans nos cœurs assez ardent; mais faisons quelque effort pour l'y allumer. Demandons à Jésus-Christ même qu'il répande sur nous et dans nous quelques étincelles de ce feu divin qu'il est venu apporter sur la terre, et dont il veut qu'elle soit tout embrasée. Repassons dans notre souvenir tant de motifs capables de toucher les âmes les plus indifférentes et d'en amollir toute la dureté. Pensons à la providence toute miséricordieuse , et à la charité d'un Dieu qui habite parmi nous, qui s'associe en quelque manière avec nous, qui se donne à nous , qui n'a en vue que nous dans le sacrement qu'il a institué , et qui n'y est quepour. nous. Est-il un cœur qui ne soit ému de ses réflexions? et dès que le cœur s'émeut et qu'il commence à aimer, combien devient-il éloquent à s'expliquer? On se plaint quelquefois de la sécheresse oik l'on se trouve dans les visites du saint sacremenl*
JÉSUS-CHRIST CONVERSANT DANS L'EUCHARISTIE
fieûs-je là , dit-on? à peine y ai -je été quelque temps, que je taris tout d*un coup , et que je n'ai plus rien à dire. La réponse est prompte et courte : aimez ; ce seul mot comprend tout et satisfait à tout. Une âme éprise d*amour pour le divin époux ne manque point de sentiments qui l'appliquent, qui la remplissent, qui Taffectionnent. Il n'y a pour elle ni ennui , ni dégoût à craindre. Plus elle parle à son Seigneur et à son bien-aimé, plus elle veut lui parler ; et les heures , dans ce saint exercice , passent comme des moments. Tout le mal est donc que nous n'aimons pas. De là l'extrême froideur où nous sommes; mais d'où, avec la grâce de Jésus-Christ, avec plus de résolution et un peu plus de violence , il ne tient qu'à nous de sortir. Du reste , 6 mon Dieu ! quel renversement, quelle honte qu'il nous faille des violences et des efforts pour vous aimer et pour TOUS témoigner notre amour!
3. Avec conGance. En qui nous conGerons-nous d ce n'est en celui qui , dans son sacrement , veut être le pasteur de nos âmes , notre aliment , notre soutien, notre guide, notre refuge, notre intercesseur auprès de son Père, notre sanctiGcateur, notre salut? car c'est sous toutes ces qualités que nous devons considérer Jésus-Christ dans les secrets entretiens que nousavons avec lui. Parlons-lui comme à notre pasteur : Je suis de votre troupeau. Seigneur, et c'est à ce troupeau chéri que vous avez dit : Ne craignez point, parce qu'il a plu à votre Père céleste de vous destiner son royaume et de vous le donner. (Luc, 12.) En vertu. Seigneur, de vos mérites, je l'attends, ce royaume où je vous verrai sans voile, et où vous ferez rejaillir sur moi le rayon de votre gloire. Parlons-lui comme à notre guide et notre conducteur : Enseignez-moi vos voies, dirigez-moi dans la route que je dois suivre (Psatm, 24), et qui me doit conduire à vous. Parlons-lui comme à notre soutien et à notre protecteur : rous m'avez appelé. Seigneur, àvotre Église; vous m*y avez placé comme dans un pâturage fertile et abondant, f^ous avez préparé pour moi une table où je prends des forces contre tous les entiemis qui m'attaquent, visibles et invisibles. {Psalm. 22.) Parlons-lui comme à notre médiateur : Ah! Seigneur, j'ai péché , je pèche sans cesse ; je suis une brebis égarée, daignez me rechercher {Psalm. 118 ), et me remettre en grâce. Parlons-lui comme à notre sanctiGcateur : C'est votre sacrement , Seigneur, c'est ce calice, ce vin salutaire qui fait les vierges, qui fait les saints ( Zàch. , 9) ; quand serai-je de ce nombre? quand serai-je de ce peuple choisi en qui vous mettez vos complaisances? De vouloir parcourir ici tout ce qu'inspire une confiance chrétienne , ce serait une matière inépuisable. Chacun sait son état, ses misères, ses besoins.
Que et voilà ce que nous devons exposer à Jésas- Christ : lui développant tous les plis et tous les replis de notre cœur, lui conGant tous nos desseins, tous nos projets, tous nos désirs, toutes nos répugnant ces , toutes nos inquiétudes, toutes nos peines. Non pas que par lui-même il ne connaisse tout cela ; mais il aime que nous lui en parlions comme s'il l'ignorait, parce qu'il veut que nous lui marquions notre con- Gance. Ce n'est point par une abondance de paroles que l'on s'énonce; souvent la bouche ne dit rien, mais l'âme sent : et qu'est-ce que ce sentiment? qu'il est touchant, quil est consolant, qu'il est efficace et puissant! A l'exemple de ce disciple favori qui reposa sur le cœur de Jésus-Christ, on s'endort tranquillement entre ses bras et dans son sein. Quel mystérieux sommeil ! quel repos !
4. Avec persévérance. On n'acquiert pas tout d'un coup une sainte familiarité avec Jésus-Christ. Il y eut pour le peuple d'Israël des déserts à passer avant que d'arriver à cette terre promise où coulaient le lait et le miel : et pour une âme qui veut se former aux entretiens intérieurs avec le Fils de Dieu et aux fréquentes visites de son divin sacrement, il y a d'abord , ainsi que je l'ai déjà remarqué , des aridités et des dégoûts à soutenir. On n'est point encore fait à un exercice si sérieux; et, parce qu'il en coûte pour cela , on se rebute et on quitte tout. Mais si l'on persévérait, si l'on avait la même constance que cet ami dont il est dit dans l'Évangile que, malgré les refus de son ami , il se tenait toujours à la porte, il appelait toujours et continuait de frapper ; alors, par une heureuse habitude, le goût succéderait à l'ennui. Car l'usage accoutume à tout, et mille expériences nous font voir que les pratiques dont on s'accommodait le moins , et à quoi l'on ne croyait pas pouvoir jamais s'assujettir, sont justement celles où l'on se porte dans la suite avec plus d'attrait. Mais , dès les premières difficultés qui se rencontrent , l'esprit se révolte ; on demeure sans poursuivre ce qu'on avait commencé, et l'on ne va pas plus loin. Hé! combien de conversations soutient-on dans le monde, qui déplaisent, qui fatiguent? On le fait par honneur, on le fait par une politesse et une bienséance mondaine : autrement, ce serait détruire la société civile , ce serait ne pas savoir vivre. Quoi donc! n'y aura-t-il qu'en matière de piété, et qu'à l'égard de Jésus-Christ, qu'on n'apprendra point à se captiver, au moins pendant quelque temps, et qu'on manquera de persévérance? C'est à peu près le même reproche que Gt le Sauveur du monde à ses apôtres : y^ous n'avez pu v^ 1er seulement une heure avec moi. ( Màtth., 26.) De là, permettez cette expression, de là, dis-je* cette affreuse solitude où nous le laissons. J'entre dans le lieu saint : et qu'est-ce à mes yeux que cette!
ce qu'il voudrait corriger, ce qu'il voudrait obtenir; 1 maison de Dieu ? je le répète, c'est un désert, et
JÉSUS-CHRIST NOURRISSANT LES AMES, bct. 58S
le désert le plus abandonné. Je porte de tous côtés la vue, et nul ne se présente à moi. Personne en la compagnie de Jésus-Christ, personne qui rende ses devoirs à Jésus-Christ, personne qui s'entretienne avec Jésus-Christ. Dans la surprise où cela me jette, Je me demande à moi-même : Où est-ce que je suis ? est-ce ici le temple du Seigneur ? est-ce là l'autel où il réside ? est-ce là son sanctuaire , son tabernacle ? Si c'était le palais d'un roi , j'y verrais une cour nombreuse; si c'était un lieu de spectacle , j'y verraïs une foule d'auditeurs et de spectateurs; si c'était une académie de jeu, j'y verrais une multitude assemblée et tout occupée d'un vain passe-temps : mais c'est la demeure du Dieu de l'univers, et je l'y trouve seul! Quelle indignité! quel opprobre!
Quoi qu'il en soit, chrétiens auditeurs, ne perdons pas un avantage aussi estimable qu'il l'est de pouvoir converser avec Jésus-Christ. C'est un honneur que nous ne pourrions acheter trop cher. Quand donc il nous est accordé si libéralement , combien sommes-nous coupables de le négliger! Allons écouter ce Dieu sauveur et lui répondre; il nous sera permis en même temps de lui faire nos demandes , et il ne refusera point de nous honorer lui-mênxe de ses réponses. Alors nous pourrons dire comme l'apôtre : Notre conversation est dans le ciel ( Phil,, 3 ), puisqu'elle est avec le Dieu du ciel.
CINQUIÀMB JOUB.
Jéflos-Christ se mulUpliaDt en qaelqae manière dans l'Eucharistie, et nourrissant les âmes fidèles.