SUR LES OUTRAGES FAITS A JÉSUS- CHRIST DANS LE SAINT SACREMENT
Saturabitur opprobriis.
U sera rassasié d*opprobres. Jerem., Thren. , chap. 3.
Était-ce donc là le partage du Messie , de cet envoyé du ciel, le désiré des nations, et le Sauveur promis au monde? Est-ce à cela qu'était destiné le Fils unique de Dieu, égal à son Père et Dieu luîméme? N'était-ce pas assez qu'en se revêtant de notre humanité, il fût revêtu de toutes nos misères, et fallait-il encore qu'il fût exposé à tant d'opprobres de la part de ces mêmes hommes pour qui il avait quitté le séjour de sa gloire , et était descendu sur la terre? Nous n'en pouvons douter, chrétiens auditeurs, puisque le prophète Tavait ainsi prédit, et que Jésus-Christ même l'annonça à ses apôtres en des termes si précis, lorsque, sur le point d'entrer dans Jérusalem, il leur dit : f^oici que nous allons à Jérusalem, et là tout ce qui est écrit du Fils de l'homme s^accomplira. Il sera livré aux gentils , moqué, flagellé, couvert de toutes sortes d'ignomi' nies. (Matth. , 20.) Tose dire néanmoins que la prédiction ne fut pas alors tellement accomplie qu'elle ne se soit vérifiée tout de nouveau dans la suite des temps. Il est resté avec nous et au milieu de nous, ce divin médiateur. En nous privant de sa présence visible, il ne s'est point séparé de nous, et nous avons toujours le bonheur de le posséder dans son adorable sacrement. Mais qui jamais pourrait se le persuader, si nous n'en étions convaincus par la triste et malheureuse évidence des faits? C'est là, c'est à l'égard de cet auguste mystère , qu'ont été renouvelés tous les opprobres de la passion de Jésus- Christ , et n'est-ce pas là même qu'ils se renouvellent tous les jours? Que d'excès! que d'attentats, que d'irrévérences ! que d'outrages ! A qui viens-je adresser cette plainte, et à qui dois- je reprocher de telles abominations ? Est-ce à ces déserteurs de la foi , que l'hérésie a suscités contre le sacrement de nos autels ? est-ce à ces fidèles prétendus , qui dans la pratique et parla plus monstrueuse contradiction, démentant leur foi, déshonorent le sacrement qu'ils font profession d'adorer? C'est aux uns et aux autres : ennemis de l'Église, enfants de l'Église, hérétiques, catholiques, tous ont outragé le Seigneur dans ses tabernacles. Outrages éclatants et pleins de violence de la part des uns , ennemis déclarés de l'Église : premier point. Outrages , quoique moins violents , plus sensibles encore et plus piquants de la part des autres, indignes enfants de l'Église : second point.
JÉSUS-CHRIST OUTRAGÉ DANS L*£UGHARISTIE
Voilà, mes frères, ce que j*ai à vous mettre devant les yeux. Ce sont d«s horreurs que je devrais , ce semble, s'il était possible, tenir cachées sous le voile , et dérober à votre connaissance ; mais d*ailleurs il ne sera pas inutile de vous en retracer le souvenir : pourquoi? non point précisément pour exciter dans vos cœurs une juste indignation, non point pour déplorer seulement avec vous des profanations qui méritent toutes nos larmes, mais afin que vous compreniez toute la charité d'un Dieu, laquelle ne put être éteinte parla vue anticipée qu'il eut de tant dç désordres , en se donnant à nous dans l'institution du sacrement de son corps; mais afin que vous admiriez son invincible patience à souffrir tout cela et à le dissimuler, sans en tirer une vengeance aussi prompte qu'il le pouvait et que la justice le demandait; mais afin que vous preniez la généreuse résolution du prophète royal, lorsque, voyant le Dieu d'Israël offensé par un peuple rebelle, il s'écriait, dans un saint transport de zèle : Ah! Seigneur, puis-je être témoin des injures que vous recevez et ne les pas ressentir jusques au fond de l'âme? Dans l'ardeur du ressentiment qui me dévore, elles me deviennent comme personnelles, et elles retombent sur moi, {Ps, 68.) Si je n'ai pu les arrêter, du moins je veux , autant qu'il est en mon pouvoir, les réparer; et c'est le dessein que je forme. Je me promets de votre piété, chrétiens, que ce sera là pour vous-mêmes le fruit de ce discours.
Premier point. Outrages éclatants et pleins de violence de la part des hérétiques, ennemis déclarés de VÉgVise. Nous prêchons Jésus-Christ, {t. Cor., 1) écrivait saint Paul aux chrétiens de Corinthe : cet oint du Seigneur, ce Christ , est la force même de Dieu et la sagesse de Dieu pour les vrais fidèles qui ont cru et qui croient en lui : mais pour les Juifs , c'a été un sujet de scandale, et il a paru aux gentils une folie. Paroles que j'applique en particulier au grand mystère du corps et du sang de Jésus-Christ présents sous les espèces du pain et du vin. > , Nous prêchons cet ineffable mystère , nous en démontrons l'incontestable vérité , et les âmes dociles à la foi nous écoutent, se soumettent, reconnaissent dans ce sacrement leur Sauveur et leur Dieu : mais qu'en ont pensé des hommes incrédules et présomptueux , que le démon de l'hérésie a infectés de son souflQe empoisonné? qu'en ont-ils dit? Le sacrement le plus redoutable , et devant qui les puissances mêmes du ciel tremblent et s'humilient, a été pour eux un objet de dérision, c'a été une folie. Comment surtout en ont parlé les Wiclef , les Calvin , les œcolampade , tant d'autres suppôts de l'enfer et ministres du mensonge? Ils ont, pour m'exprimer avec le prophète, ils ont aiguisé leurs langues comme celle du serpent et de leurs bouches
empestées ils ont lancé le plus subtil venin de l'as* pic. Oseraije rapporter ici leurs blasphèmes ? leun livres en sont remplis. Car, pour contenter l'aigreur dont ils étaient animés , il ne leur suffisait pas de parler; il fallait que la plume, teinte dans le fiel le plus amer, prêtât à la langue son ministère ; il fallait que la main traçât sur le papier tout ce que le cœur avait conçu de plus outrageant et de plus insultant.
De là tant d'ouvrages qu'ils ont répandus par toute la terre, et qu'ils ont laissés à la postérité, pour être des monuments durables et publics contre les hommages que nous rendons à Jésus-Christ dans son sanctuaire. C'est là, c'est dans ces ouvrages, écrits avec toute la malignité et toute l'impiété que leur inspirait l'esprit d'erreur, c'est là, dis-je, qu'ils se sont spécialement élevés contre le plus salutaire et le plus grand sacrifice, qui est celui de la messe. Ont-ils rien omis pour le décrier, pour l'avilir, pour l'anéantir et l'abolir? Et quels termes y ont- ils employés? sous quelles idées l'ont-ils représenté? Ne descendons point à un détail d'expressions qui ne peuvent convenir à la dignité de la chaire, et qui ne serviraient qu'à blesser les oreilles pieuses et à révolter les esprits.
Cependant l'Église a-t-elle abandonné son divin époux, traité de la sorte et livré à de telles insultes? Dépositaire du plus riche trésor, l'a-telle laissé enlever sans se mettre en devoir de le défendre? Elle s'est opposée comme un mur d'airain à des rebelles et à des audacieux que nulle considération , nul égard ne retenait. Elle les a frappés de ses auathèmes ; mais, déterminés à tout événement, ils ont également méprisé et les anathèmes et l'Église; elle les a retranchés de sa communion , elle les a séparés, et ils se sont séparés eux-mêmes. Si bien que , par un renversement le plus injurieux au Fils de Dieu et le plus contraire à ses desseins , le sacrement qu'il avait institué pour être le sacré lien d'une paix , d'une charité, d'une union mutuelle et perpétuelle entre ses disciples , est devenu l'occasion des plus scandaleuses divisions et des guerres les plus sanglantes.
Où me conduit mon sujet? à quelles fureurs? Que d'effrayantes peintures j'aurais à vous faire, si le temps me le permettait! Vous verriez familles contre familles , villes contre villes, provinces contre provinces , le feu de la sédition allumé de toutes parts, et les royaumes, les empires sur le penchant de leur ruine; vous verriez les temples pill^ , souillés, changés en des places d'armes ou habités par de vils animaux et leur tenant lieu de retraite ; vous verriez des troupes de satellites attaquer le Seigneur dans sa sainte maison', et porter sur lui leurs mains parricides. Quand les soldats envoyés des Juifs vinrent l'investir dans le jardin et le prendre : ^ouê
JESUS-CHRIST OUTRAGÉ DANS L'EUCHARISTIE
SM
venez à moi , leur dit-il , comme à un malfaiteur, armés de bâtons et d'épées. (Matth.;26.) Ah! Seigneur ! qui Teût alors imaginé, que dans le cours des siècles il y aurait encore des hommes à qui vous pourriez faire le même reproche? Qui Peut pensé, que, dans Tavenir, il y aurait d*autres temps, de malheureux temps, où yos tabernacles seraient brisés et enfoncés, où vos autels seraient renversés, où votre corps adorable serait tiré des vases sacrés qui le renferment et jeté sur le fumier, foulé aux pieds, livré aux flammes; des temps où le sang de Tos prêtres, en haine du sacrement dont ils étalent les ministres , coulerait devant vos yeux , où ils seraient poursuivis , tourmentés , immolés comme des victimes ? Or on les a vus , ces temps ; toute PÉglise en a gémi , tout le peuple fidèle en a été dans le trouble et la confusion. Les partis se sont formés, les schismes ont rompu Tunité ; la robe du Sauveur, qu'épargnèrent les soldats mêmes en le crucifiant , cette robe a été déchirée ; le troupeau s'est dispersé : et quelle espérance y a-t-il de le rassembler sous le même pasteur et à la même table? Que dis-je? le bras du Seigneur n'est point raccourci : cette réunion, qui ne peut être l'œuvre que du Très-Haut, nous la voyons heureusement commencée. Les serviteurs du père de famille ramènent des troupes entières et en remplissent la salle du festin ; le nombre des conviés se multiplie à la table de Jésus-Christ; il crott de jour en jour, et le présent efface en quelque manière le souvenir du passé , ou du moins nous en console.
Qu'était-il donc nécessaire, me direz- vous , de le rappeler, ce souvenir si odieux, et pourquoi le retracer par des images plus capables de scandaliser que d'édifier? Pourquoi ? Il le fallait pour affermir la foi peut-être encore chancelante de tant de prosélytes nouvellement réconciliés à l'Église. Car la grande réflexion qu'ils ont à faire sur tout cela, c'est de se demander à eux-mêmes s'il est à croire que leurs pères , en se portant à des excès dont on ne peut entendre le récit sans frémir, fussent conduits par l'esprit de vérité. L'Évangile de Jésus- Christ est un Évangile de paix. Il nous forme à l'obéissance , et non point aux révoltes ; il nous apprend à souffrir la mort, et non point à la donner. Les apôtres ne l'ont point prêché à la tête des armées ; ils ne l'ont point annoncé le fer et le feu à la main; ils ne l'ont point établi en violant toutes les lois de l'équité, de la charité, de la société, et même de l'humanité. Le glaive dont ils ont usé était un glaive tout spirituel : c'était le glaive de la divine parole, et non point ce glaive matériel et exterminateur qmi tue et qui ravage.
Tout ceci, mes très-chers frères, nouvel héritage acquis à Jésus-Christ et à son Église ; tout eeci , je le dis, non pour vous confondre, mais pour
vous instruire. En reconnaissant l'esprit de passion et de rébellion dont vos pères se laissèrent transporter, et ne reconnaissant point dans ces carac tères resprit de Dieu , vous conclurez sans peine qu'ils ne marchaient pas dans les voies du Seigneur, que l'esprit de ténèbres les aveuglait et les égarait, qu'il leur avait fasciné les yeux , et qu'une ignorance criminelle , puisqu'elle était volontaire , les empêchait de connaître le Dieu qu'ils outrageaient et la dignité du sacrement qu'ils rejetaient; vous rendrez au ciel mille actions de grâces, et mille fois vous le bénirez de vous avoir découvert un mystère qui leur fut caché , et qui l'est encore à tant d'autres, dont les plus puissants motifs n'ont pu vaincre jusques à présent l'obstination ; vous ne penserez désormais qu'à dédommager TÉglise de Jésus-Christ de toutes les douleurs que vous lui avez fait ressentir, et Jésus-Christ lui-même de tous les honneurs que vous lui avez trop longtemps refusés. Enfin , comme le Fils de Dieu disait que des étrangers viendraient de l'Orient à l'Occident, et que, par préférence aux enfants du royaume , ils seraient assis dans le banquet céleste avec Abraham , Isaac et Jacob , vous vous efforcerez, entre les vrais adorateurs de la très-sainte Eucharistie et à la table où elle se distribue , d'être au nombre des plus zélés et des plus fervents.
Second point. Outrages , quoique moins violents , plus sensibles toutefois et en quelque manière plus piquants de la part des catholiques indignes enfants de l'Église. C'ost une plainte bien commune, et que vous avez cent fois entendue, que celle de David, lorsque, ses propres amis l'ayant délaissé , et s'étant même tournés contre lui , il s'adressait à l'un d'eux et lui faisait ce reproche : Si c'était un ennemi qui m'eût attaqué et qui m'eût chargé de ma'édiction , la chose me paraîtrait moins surprenante, et J'en serais moins touché; mais voîis , uni avec moi d'esprit et de cœur, vous, le confident de mon âme , et pour qui je n'avais rien de secret; vous, avec qui Je vivais, je m'entretenais,/emaii^rai5(P<a/m. 54), que vous m'ayez oublié et méconnu , que vous m'ayez insulté et déshonoré , voilà ce qui ne m'est pas supportable , voilà pour moi le trait le plus vif et ce qui doit me blesser plus sensiblement. Reproche que les interprètes appliquent à Jésus-Christ, par rapport à ce perfide disciple qui le trahit et le vendit aux Juifis après avoir fait avec lui la Cène.
Or ce reproche, mes chers auditeurs, ne vous regarde-t-il pas vous-mêmes, et ne peut-il pas bien vous convenir? Je parle à vous que l'Église a formés, qu'elle a élevés, qu'elle a nourris du lait de la plus saine doctrine; à vous qui la reconnaissez pour mère, et qui / sauvés du naufrage où tant
JÉSUS-CHRIST OUTRAGÉ DANS L'EUCHARISTIE
d'autres ont péri , avez heureusement conservé le don de la foi; à vous, catholiques de nom, catholiques de profession , qui , par l'engagement le plus étroit et le plus inviolable attachement , deviez être pour Jésus-Christ ce qu'étaient les apôtres pour ce divin maître, quand il leur dit, en les félicitant : Fous êtes demeurés auprès de moi, et vous m'avez été fidèles dans les épreuves que j'ai eu à soutenir (Luc, 22); encore une fois, c'est à vous que je parle. Vous ne pouvez ignorer quelle est la sainteté et la dignité de ces temples que la piété de nos pères a construits et consacrés à Dieu. Lieux saints , parce que Dieu, qui d'ailleurs remplit tout l'univers, en a fait spécialement sa maison, et que c'est là qu'il doit recevoir notre encens et notre culte ; mais lieux doublement et plus particulièrement saints, parce que c'est le sanctuaire destiné à l'adorable Eucharistie , et qu'elle y est tout ensemble , et comme sacrement, et comme sacriOce : comme sacrement, où l'Homme-Dieu est présent en personne, et nous donne sa chair à manger; comme sacrifice, où oe même Dieu-Homme est immolé pour nous, ainsi qu'il le fut sur la croix , et devient notre hostie et notre rédemption.
Quand donc nous entrons dans le temple , où allons-nous? et tant que nous y restons, où sommesnous? Nous allons nous présenter à Jésus-Christ, nous sommes devant Jésus-Christ , près de Jésus- Christ , sous les yeux de Jésus-Christ. De son autel il nous voit, il connaît toutes nos pensées, il démêle tous nos sentiments, il entend toutes nos paroles, il est témoin de toutes nos démarches , et il exige de tout cela le juste tribut; c'est-à-dire, qu'il exige que toutes nos pensées se portent vers lui, que tous nos sentiments n'aient pour objet que lui , que toutes nos paroles ne soient , ou que des demandes , ou que des actions de grâces, ou que des louanges qui s'adressent à lui ;'que toutes nos démarches, tous nos exercices ne tendent qu'à l'honorer et à nous humilier devant lui. Partout ailleurs, il consent que, sans rien penser, ni rien désirer, n! rien dire , ni 'rien faire qui soit contre la raison et la religion , du reste nous nous occupions des choses humaines, selon qu'il convient à notre état; mais dans le lieu 'saint et au pied de l'autel où il a établi son trône, il est du respect et de l'honneur qu'il attend de |nous que nous bannissions de notre esprit toutes les affaires, tous les soins , toutes les vues du siècle, et que rien de profane n'interrompe l'attention que nous devons à son auguste sacrement. Ainsi Jacob, après avoir vu seulement en songe le Seigneur et cette échelle mystérieuse où les anges montaient et descendaient : Que ce Dieu est terrible! s'écria-t-il , tout éperdu et saisi de crainte; c'est la porte du ciel, c'est la demeure de Dieu ! ( Gènes. , 28.) Ce n'est ni en songe, ni en figure, que nous
voyons le sacrement de Jésus-Christ. Rien de plus réel que sa présence, et de là jugeons à quoi elle nous engage, et ce qu'elle doit nous inspirer.
Voilà , mes frères , ce que nous savons assez dans une stérile et sèche spéculation; mais comment y répond la pratique? Le dirai-je, et faut-il que je révèle ce qui fait l'opprobre bien plus des fidèles ou prétendus fidèles que du sacré mystère qu'ils outragent? Mais en vain voudrais-je déguiser ce qui n'est que trop connu, ce qui se produit au plus grand jour, ce qui scandalise le peuple de Dieu» ce qui avilit nos assemblées et nos cérémonies les pJus religieuses, ce qui change le temple du Dieu vivant et la maison du Seigneur en des places publiques et des rendez- vous où l'on vient se distraire, se dissiper, couler le temps , et le perdre en d*inutiles amusements.
Là, quels sujets appliquent l'esprit, et de quelles idées, de quelles imaginations se repatt-il? Pensées frivoles, pensées vagues et sans arrêt, égarements continuels, mille réflexions confuses, mille raisonnements, ou plutôt mille rêveries. Là, quels sentiments forme le cœur? souvent les plus vains, les plus mondains , et même les plus corrompus et les plus sensuels : tantôt envie de paraître et de se montrer; envie de se distinguer et d*attirer sur soi les regards; envie de plaire , et pour cela les ajuste* ments, les parures immodestes, les airs étudiés, les retours perpétuels sur la personne : tantôt complaisances secrètes, désirs criminels, inclinations naissantes , selon que les yeux se promènent avec moins de retenue, ou qu'ils se fixent sur ce qui les frappe plus fortement, et qui peut allumer le feu delà passion. Là, quelle est la matière des entretiens? ou laisse les ministres de l'Église s'acquitter de leurs fonctions ; on les laisse parler à Dieu , chanter les louanges de Dieu , célébrer lés offices divins, consacrer le corps de Jésus-Christ, l'offrir en sacrifice, soit pour eux-mêmes, soit pour tous les assistants : mais ces mêmes assistants que font< ils? Ils lient ensemble d'oisives conversations, tien* nent même les discours les plus dissolus , s'attroupent quelquefois comme dans un cercle , et mêlent leurs voix à celles des prêtres, non pour prier, mais pour se réjouir et pour plaisanter. Là, de quelle manière agit-on, et comment se comporte-t-on? Quelles contenances négligées et peu séantes! quels mouvements de la tête pour observer tout ce qui se passe autour de soi , et jamais ce qui se passe à l'autel et devant soi ! Daigne-t-on fléchir quelques moments le genou , on se lève bientôt , on s'assied , on se tourne de tous les côtés, selon que le caprice l'inspire , ou que la commodité le demande.
Je dis ce qui paraît : mais que serait-ce si je venais à percer le mur? Que serait-ce si, donnant à cette morale toute son étendue , je venais à décou-
JÉSUS-GHBIST CEUdFIÉ DANS L'EUCHARISTIE.
vrir ces œuvres dMniquité , 4sea oeavres de ténèbres , qui se dérobent à la. vue des hommes, mais qui ne peuvent échapper à la vue de Dieu ! Car vous voyez tout, Seigneur : vos yeux , suivant la comparaison de votre apôtre, sont plus pénétrants que le glaive le mieux affilé. Et qu*aperçoivent-ils , ô Dieu de pureté, et la pureté même! Je n*oserais y penser : Gomment oserais-je m*en expliquer? Tirons le ri* deau sur toutes ces abominations , et déplorons Taffreuse décadence, non pas de TÉglise de Jésus- Christ, puisqu'elle est toujours la même , toujours pure et sans tache, mais des enfants de TÊglise, les frères et les cohéritiers de Jésus-Christ. Voilà donc ce cher troupeau, voilà ces disciples qu'il s'était réservés et dont il voulait faire sa joie, sa gloire, sa couronne {Gaudium meum et corona mea). Il se proposait d'en être spécialement honoré : sont-ce là les marques d'honneur qu'il devait attendre? 11 est vrai , l'on ne va pas toujours jusqu 'à lui refuser certains témoignages d'un respect apparent et à ne pas avoir certains égarxls. Il y a quelques dehors à quoi ne permettent guère de manquer, ou un reste de foi, ou plus souvent une considération tout hu* maine. On se tient devant l'autel et en présence du sacrement, la tête nue; on s'incline à certains temps , on se prosterne même : mais qu'est-ce que ".es démonstrations extérieures? Pï'est-ce pas un jeu? ne sont-ce pas des insultes plutôt que des actes de religion?
Quoi qu'il en soit, je finis par où j'ai commencé, en remarquant le fruit que nous devons retirer de ce discours. 1. Apprenons quels efforts il en dut coûter à l'amour de Jésus-Christ pour nous , quand il voulut demeurer avec les hommes et qu'il nous laissa le sacré dépôt de son corps. Il voyait à quels outrages il s'exposait dans la suite des siècles, et tout l'avenir lui était présent; mais l'amour d'un Dieu surmonte tous les obstacles, et l'audace, la malignité , l'impiété , l'énorme ingratitude des hommes, ne pouvait aller à tels excès, que ce divin amour ne se portât encore plus loin , et qu'il en reçût quelque atteinte. 2. Ce qui n'est pas moins digne de notre étonnement, et ce qui ne peut être l'effet que d'une infinie miséricorde , c'est qu'un Dieu tant de fois et si outrageusement insulté n'ait pas éclaté sur l'heure, qu'il ait suspendu ses foudres, qu'il ait fait en quelque sorte violence à sajustice, laquelle ne cessait point de lui crier : Levez-vous, Seigneur , et prenez en main votre cause. (Psalm, 73. ) Les Samaritams n'avaient pas voulu donner chez eux entrée à Jésus-Christ, et, pour ce seul refus, ses disciples lui demandèrent de faire tomber le feu du ciel et de réduire en cendre tout une ville. Qu'eussent-ils dit s'ils l'eussent vu au milieu de toutes les ignominies où je vous l'ai dépeint ? Cet aimable Sau- Teur n'écouta point le juste ressentiment des disci-
ples; il n'écouta et n'écoute tous les jours que cette douceur inaltérable, que cet esprit de la loi de grâce qu'il est venu annoncer au monde. 3. Concevons un nouveau zèle pour l'honneur de la maison de Dieu et du sacrement de Jésus-Christ. Au souvenir de tant d'irrévérences passées , faisons-lui toute la réparation qui dépend de nous. S'il ne nous est pas possible de lui rendre toute la gloire qu'il mérite et qui lui a été ravie, du moins glorifions-le autant que nous le pouvons. Ah! Seigneur! que tous les peuples vous révèrent : et que ne tient-il à moi de conduire à vos pieds tout ce qu'il y a d'hommes sur la terre , pour vous faire hommage et vous honorer! Ce ne sont là que des souhaits peu efficaces , mais sincères, mais du cœur; et^ au défaut de l'exécution , qui n'est pas toujours en notre pouvoir , vous vous contentez, Seigneur, du désir, et vous l'acceptez.
OFnkMR JODR.
Jésus-Christ crucifié dans l'Eucharistie.