SACREMENT
David et omnii domu* lirael ducebant aream Uiiamenti Dommi in jubilo et in clangore buccins,
David et toute la maison âlsrati conduisaient Tarche du Sdgneur au milieu des cris de Joie et au son des trompette!. Au a* livre de$ Roi», chap. e.
Jamais le saint roi d'Israël et l'innombrable multitude du peuple qui l'accompagnait ne furent remplis d'une joie plus pure , ni ne témoignèrent plus de zèle pour la gloire du Seigneur, que lorsqu'avec l'appareil le plus pompeux et parmi les acclamations publiques , ils conduisirent l'arche du testament et la placèrent dans la capitale de l'empire. Ce fut pour cette arche, après avoir renversé l'idole de Dagon, après avoir mis en déroute Tarmée des Philistins , après avoir attiré sur le pieux Obédédom et sur toute sa famille les bénédictions du ciel, ce fut, dis-je, pour cette arche victorieuse \nme un triomphe. Tout Israël y applaudit, tout /air retentit de chants d'allégresse, et David ne ménagea rien pour contribuer à la célébrité de cette fête. Belle fîgure , mes chers auditeurs, qui, dans une comparaison très-naturelle, nous représente ce qui se passe en ces saints jours à l'égard du sacrement de Jésus-Christ. Qu'est-ce que ce sacrement adorable? Dans la pensée des Pères et des interprètes, c'est l'arche de la nouvelle alliance. Et comment l'Église veut-elle surtout que ce sacrement voit honoré dans cette octave qu'elle a établie et qu'elle lui consacre? On le porte publiquement et processionnel lement : tout le peuple fidèle s'assemble autour du char où il est élevé ; le concours est universel, et voilà ce que j'appelle son triomphe. Religieuses processions et augustes cérémonies dont je me suis proposé de vous entretenir; car, après vous avoir fait voir Jésus-Christ outragé dans son sacrement, insulté, persécuté, crucifié, il faut maintenant , pour effacer de si tristes idées, vous k faire considérer victorieux et triomphant. Ainsi les évangélistes, après nous avoir fait le détail des mystères de sa vie souffrante et de toutes les igno •
minies de sa mort , nous racontent les merveilles de sa résurrection , et peignent à nos yeux la gloire de son ascension au ciel. Quoi qu'il en soit, voici en trois mots le partage de ce discours : triomphe de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, triomphe le plus glorieux par son éclat et sa solennité : premier point; triomphe le plus juste et le plus légitimement dû , suivant les intentions de l'Église et selon les motifii qui l'ont engagée à l'instituer : second point ; triomphe le plus capable d'exciter le zèle des Gdèles et de réveiller les sentiments de leur piété : troisième point. J'ai cru le sujet assez important pour mériter une instruction particulière , d'autant plus que c'est une matière qu'on ne vous a jamais peut-être suffisamment développée dans la chair, et dont il est bon que vous ayez une pleine connaissance.
Pbemier point. Triomphe le plus glorieux par son éclat et sa solennité. C'est une réflexion biea vraie des maîtres delà vie chrétienne et spirituelle, quand ils regardent et qu'ils nous font regarder l'entrée de Jésus- Christ , par. la communion, dans une âme , surtout dans une âme pénitente , comme un triomphe. Cette âme, disent-ils, dégagée des liens du péché dont elle était esclave et qui la tyraiinisait, devient pour son libérateur comme une terre conquise. Il en prend possession, il y établit son empire et l'y affermit. Point d'inclination vicieuse qu'il ne réprime , point de passion qu'il ne tienne sous le joug. Ses volontés règlent tout, tout obéit à sa loi, tout suit les mouvements de sa grâce ; et plus il lui en a coûté d'efforts pour s'assurer une telle conquête, plus il a de quoi s'en glorifier : de sorte que les efforts même qu'il a faits, que les combats qu'il a livrés , ne servent qu'à relever le prix de sa victoire. Puissiez- vous , adorable maître, r^ner ainsi dans nous et sur nous! puissions-nous vivre toujours sous une si heureuse domination!
Cependant, chrétiens, ce triomphe est tout intérieur, et n'a rien qui frappe les yeux. Dieu seul et l'âme en sonttémoins. Or, il fallait à Jésus-Christ un triomphe plus éclatant^ il fallait qu'une fois au moins chaque année il y eût un temps où il se produisit au grand jour, il se donnât en spectacle à tout le nM)nde chrétien. Oui , Seigneur, levez-vous, vous diS'je, et l'arche que vous avez sancUfiée {Psalm. 113), qui est votre sacré corps. Sortez des ténèbres où vous vous tenez enfermé dans vos tabernacles, et montrez-vous. Autrefois vous traîniez après vous les quatre, les cinq mille hommes qui vous suivaient et vous bénissaient. Ce que vous avez fait dans les jours de votre vie mortelle et paisible vous convient encore mieux dans cette vie bienheureuse et immortelle dont vous jouissez. Et \o\}8,JtUes de Sion, venez au-devant de t époux céleste ( Cant.y 3) ; nation chérie entre toutes les nations, catholiques zélés,
JÉSDS-CHRIST TRIOMPHANT DANS L'EUCHARISTIE
téuaiues-TOUS, et de compagnie venez prendre part k cette pompeuse et dévote solennité. Venez ïoîr, non plus te roi Salomon ceint du diadème (Cmt.,8,), mais le Roi des rois , mais le Dieu de l'univers couronné de splendeuret de gloire.
Ce quejedis, c'est ce que l'Église ordonne, et ce qui s'exécute selon qu'elle l'a prescrit. De toutes parts on sa rend au lieu désigné pourlamarche , on ■e dispose , on se range; une nombreuse assemblée, ou, pour mieux dire, une nombreuse cour, se forme de tous les états et de toutes les conditions, depuis le plus petit et le plus pauvre, jusques au prince, jusques au monarque. A l'aspect de la Di- Tinité présente, toute dignité disparaît, chacun à l'envi ne pense i se distinguer que par ses hommages et ses respects.
Tai vu leSelgneur, disait le Prophète; il était tusu lur un trâneileoi. De$ téraphln» étatetU autour du tiôna et se cotwraietU de leurs aUes ; Ut répilalent sans cesse et se criaient l'un à l'autre : Saitd, Saint, Saint, le Seigneur, le Dieu des ormies; toute la terre estrempUedesa majesté. (fsk\., 6.) Ainsi les prêtres, comme ces anges qui dans le ciel assistent autour du tidne et devant la majesté du Très-Haut, approchent du sanctuaire, prjts à exercer leurs fonctions. Les rues sont jonchées de flettrs; les maisons, parées etomées ; 1 es autels, d restés sur la route d'espace en espace, pour recevoir le Seigneur, et pour lui servir en quelque manière de repos. EnSn , le signal est donné , et c'est alors que de son temple part ce Dieu triomphant, et qu'il commence à se produire.
H est au milieu de ses ministres comme' grand prêtre et pontife souverain -, il est sous le dais comme roi du ciel et de la terre. On lui offlï de l'encens , et il le reçoit comme Fils de Dieu et Dieu lui-même. Le bruit même des armes se fait entendre et l'honore comme vainqueur du monde. Que de voix s'élèvent pour célébrer ion nom et pour l'exalter 1 Que de cantiques de louanges! que d'harmonieux concerts! qne de bénédictions I que d'adorations! Tout s'humilie, tout se prosterne. 11 me semble que |e pourrais bien lui appliquer les belles et mystérieuses paroles du Prophète : Il a établi sa demeure dam le toUU, et il y partOt avec la mime grâce qu'un^XMX qui tort de sa chambre nuptiale. Il prit ton estor comme un géant pour fournir ta ema-se, et sur son passage Uripajid le feu de tout côtés et les rayons de sa lumière. (Psalm. 18.)
Abl dirétiens,quedis-je! et quel autre état tout opposé, quelle autre vue vient me frapper l'esprit! quel parallèle! Que cette marche est différente de celle qu'il fit dans la ville de Jérusalem la veille de sa passiou! Là, ilfiit livré entre les mains desimpiee et traîné avec violence de tribunal en tribunal comme un criminel : Ici il est daai les mains des minis-
tres du Dieu vivant, qui le conduisent avec révérence d'autel en autel, et l'y placent comme le Saint par excellence et le principe de toute sainteté. Li, poursuivi d'une populace animée, abandonné sur plus indignes traitements d'une insolente et brutale soldatesque , il fut exposa aux injures les plus atroces, aux imprécations , aux blasphèmes, à tout ce qu'inspire la haine et une aveugle fureur : id , révéré jusques à l'adoration, recherché avec empressement, invoqué avec une confiance chrétienne, îl n'entend,et pour lui-même, et pour ceux qui le réclament, que des souhaita, que des vœux, qued'humbles actions de grâces et de ferventes supplications. Là,envoyéàHérode,îl comparut devant toute sa cour, et il y fut méprisé, moqué, traîtéde fou; delà renvoyé honteusement, il comparut pour une seconde fois devant Pilate et son conseil, et il y fut accusé, jugé, condamné; ici, dans les plus superbes cours commedans les campagnes et les bourgades, dans les ordres les plus élevés par la supériorité du rang et par l'autorité , comme dans les dernières conditions, partout on s'acgoitte envers lui dumême devoir de religion, et l'on publie également ses grandeurs.
n est vrai qu'il y eut un jour où les Jnifs euxmêmes lui déférèrent les honneurs du triomphe. Ils le reconnurent pour flls de David , ils le proclamèrent roi dlsraél , ils coururent en foule l'accueillir avec des branches d'olivier et des palmes à la main, ils se dépouillèrent de leurs vêtements et les étendirent sous ses pieds. Quelle inspiration les saisit tout à coup, quel subit mouvement les emporta? c'est ce que je n'examine point. Mais du reste , ce ne fut là qu'un triomphe particulier, et renfermé dans la seule capitale de la Judée ; ce ne fut qu'un triomphe passager, à quoi bientât succéda toute la confusion et toute l'infamie de la croix. Cest dans votre sacrement, Seigneur, que votre triomphe est universel et perpétuel. De l'orient à Toccident, chez toutes les nations éclairéesde la foi, oiï cette sainte solennité n'estelle pas en usage? où chaque année ne se renouvelle-t-elle pas , et depuis son institution où ne subsiste -t- elle pas? Soutenons- la , chrétiens auditeurs, autant que nous y pouvons concourir, et reprochons- nous notre indifférence ou notre extrême délicatesse quand nous négligeons d'y assister. On est si curieux de vains spectacles, on donna si volontiers sa présence à des cérémonies mondaines, onambitionne d'y avoir place et d'y être remarqué; ayons du moins à l'égard de celle-ci la même assiduité et la mime ardeur. Entre tous les motifs qui nous y engagent , la raison de l'édification et de l'exemple peut nous suffire.
Sbcokd POiifT. Triomphe le plus juste et le plus légitimement dd selon les rues et les intentions da
JÉSUS-CHWST TRIOMPHANT DANS L'EUCHARISTIE
VËglise en l'instituant. Que se propose l'Église dans cette cérémonie? que prétend-elle? 1. Reconnaître l'excellent don que Jésus-Christ nous a fait de son corps et de son précieux sang ; 2. répandre les bénédictions célestes et les grâces que Jésus-Christ porte avec soi , et sanctifier spécialement tous les lieux où il passe et qu'il honore de sa présence ; 3. confondre l'incrédulité des hérétiques , ennemis du sacrement de Jésus-Christ; et même , ce qui n'est pas sans exemple, faire naître dans leurs esprits des réflexions qui les touchent, qui leur dessillent les yeux, et leur découvrent enfin la vérité; 4. réveiller et affermir la foi des fidèles , souvent endormie , et, par là même , ou chancelante, ou moins vive et moins agissante. Je me borne là , et je demande s'il est rien de plus raisonnable que ces intentions de l'Église, et rien de plus conforme à Tesprit de Dieu. Exposons-les par ordre , et appliquez-vous.
1. Reconnaître l'excellent don que Jésus -Christ nous a fait de son corpsetde son précieux sang. Que ce soit le don le plus excellent , on n'en peut avoir le moindre doute , puisque c'est le corps et le sang d'un Dieu; don d'autant plus estimable, qu'il est pleinement gratuit , et que rien , de notre part , ne nous l'a pu mériter. Or, une partie de la reconnaissance est de publier le bien qu'on a reçu , d'en marquer une haute idée, et de l'employer à la gloire du bienfaiteur. Voilà pourquoi l'Église, redevable à Jésus-Christ d'un sacrement où sont contenues toutes les richesses de la miséricorde , et où réside corporellement la plénitude de la divinité même , ne veut pas que ce soit un trésor caché. Sensible à l'amour et à l'infinie libéralité du divin époux qui l'en a gratifiée , elle veut lui en faire honneur ; et pour cela, bien loin de l'enfouir, elle le montre dans les places publiques et le présente à la vue de tout le peuple, comme si elle nous adressait ces paroles du Prophète royal : yenez , et voyez combien le Seigneur a fait pour moi de grandes choses, {Psalm, 65. ) Ce n'est pas seulement pour moi , ajoute-t-elle , qu'il les a faites , mais pour chacun de vous en particulier. D'où elle conclut , avec le même prophète : Allons donc , réjouissons-nous dans le Seigneur, et faisons retentir de toutes parts des chants d'allégresse. Humilions-nous devant notre Dieu, adorons-le : car c'est le grand Dieu, et nous sommes mm peuple et les brebis de son troupeau, Ibid. 94.)
2. Répandre les bénédictions célestes et les grâces que Jésus-Christ porte avec soi. Dans les entrées des princes, ils dispensent plus abondamment leurs dons ; il est de la majesté et de la grandeur royale que les peuples se ressentent de leur présence, et que la mémoire de ces jours solennels se perpétue, nonseulement par la pompe et la magnificence qu'ils y étalent, mais par les largesses qu'ils accordent. Je sais que pour opérer ses merveilles et pour exercer
sa toute-puissante vertu, la présence de Jésus-Christ n'est point absolument nécessaire. Ce qu'il faisait autrefois, il le peut encore. Absent comme présent, il voyait le fond des cœurs, il gagnait des âmes, il chassait des démons, il rendait la santé aux ma* lades, il ressuscitait les morts; et quand il dit à ce centenier qui lui demandait la guérison de son serviteur : J'irai chez vous , et je le guérirai (Matth., 8), cet homme, plein de foi, lui lit une réponse aussi vraie qu'elle était humble : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maU son , et il n'en est pas besoin. Prononcez une pa* rôle, c'est assez; mon serviteur sera guéri. Tout cela, chrétiens, est incontestable : mais d'ailleurs, je puis ajouter que cette présence de Jésus-Christ, surtout dans une cérémonie qui se rapporte toute à lui, l'engage spécialement à se communiquer, à ouvrir tous les trésors , et à les faire couler avec moins de réserve. Il descendait de la montagne où il s'était retiré pour prier; il s'arrêta dans la plaine, et là , de toute la Judée, une grande multitude le vint trouver, peuple, scribes, pharisiens, docteurs ; chacun s'empressait autour de lui : pourquoi, remarque l'Évangéliste? Parce qu'il sortait de lui une vertu miraculeuse et bienfaisante, (Luc, 6.) Cette vertu est toujours la même ; la source en est intarissable, et c'est dans les saintes visites du Seigneur qu'il s'en fait une effusion toute nouvelle. Il n'attend pas pour cela que nous allions à lui ; mais il vient lui-même à nous , mais il paraît au milieu de nous, et, nous tendant les bras, il ne cesse point de nous dire : Puisez avec joie dans les sources de votre Sauveur, (IsAi., 21.)
S. Confondre l'incrédulité des hérétiques. Ils ont tant déclamé contre le sacrement de l'autel ; ils se sont tant efforcés d*en affaiblir la créance, et ont tant blasphémé cet adorable mystère , que l'Église, après avoir employé pour les convaincre les plus solides raisonnements , a cru devoir encore opposer à leurs clameurs le magnifique appareil de cette fête. C'est un témoignage qui se présente aux yeux, et qui des yeux se communique à l'esprit, et peut faire impression sur leurs cœurs. Car le dessein de l'Église n'est pas de les confondre précisément pour les confondre, mais de les engager à rentrei en eux-mêmes, à revenir des préjugés dont ils se sont laissé préoccuper. Il me semble qu'elle leUr dit à peu près, comme une mère toujours affectionnée et tendre , ce que saint Paul écrivait aux Corinthiens : Je ne cherche point à vous insulter; mais je vous avertis comme mes enjants bien-ai' mes (1. Cor,<t 4); car vous l'êtes, en vertu de votre baptême. Si ce concours, cette foule d'adorateurs, cette pompe vous cause de la confusion , je me ré» jouis ^ fwn de votre confusion, mais du bon effet qu'elle peut avoir en contribuant à votre retour
J£SUS-CHB1ST TRIOMPHANT DANS L'EUCHARISTIE
ei à vùtre pénitence. ( 2. Cor., 7. ) Tels sont , dis-je, les souhaits de TÉglise; et plus d*uDe fois ses espérances là-dcssns ont été remplies. A ce triomphe de Jésus-Christ dont ils ont été témoins , à ce spectacle si religieux, des esprits rebelles et indociles ont été touchés ; le charme qui les aveuglait et qui les retenait est tombé. Foudroyés, non point au dehors ni avec éclat comme saint Paul, mais intérieurement et dans le fond de Tâme , ils ont répondu comme lui à la voix qui les appelait : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? {Act., 9.) Je suis à vous. La victoire a été aussi complète qu'elle était subite; ils se sont déclarés , ils se sont joints à la multitude, et, sans différer, se sont^nis eux-mêmes à la suite de ce Dieu vainqueur. Ce sont là de ees coups de grâce et de ces miracles dont nous ne pouvons présumer , mais qui sont toujours dans la main de Dieu. Son bras n'est point raccourci. N'entreprenons point de pénétrer ce secret de prédestination : contentons-nous d'adorer et d'espérer.
4. Réveiller et affermir la foi des fidèles. Ils sont fidèles, ils croient ; mais du reste , comme la charité se refroidit avec le temps , de même la foi s'affaiblit et devient languissante ; elle n'est pas tout à fait éteinte; elle subsiste dans le fond, mais elle n'a pas ce degré de fermeté , de vivacité , qui fait agir et qui porte à la pratique. Ainsi , pour me renfermer dans mon sujet, parce que plusieurs n'ont, à l'égard du sacrement de Jésus-Christ, qu'une foi faible et Tague, de là viennent tant d'irrévérences qui se commettent devant les autels , et cette tiédeur avec laquelle on assiste au sacrifice, ou Ton approche de la sainte table. Mais est-il rien de plus propre à l'exciter, à la fortifier cette foi lente et comme assoupie, que la célébrité de ces saints jours? Qu'est-ce que cette auguste cérémonie où se rassemble tout le corps des fidèles? c'est une nouvelle profession de foi qiie fait l'Église ; profession authentique et publique, profession commune et par là même plus efficace. Cet exemple mutuel qu'on se donne les uns aux autres , ce consentement universel , cette unanimité, forme une conviction qui, dans un moment, lève toutes les difficultés et résout tous les doutes. On voit et on croit , non pas contre la parole du Fils de Dieu , qui nous dit : Bienheureux ceux qui n'enê point vu et qui ont cru (Joan., 20), mais en ce sens , que ce qu'on voit dispose à croire d'une foi plus vive et plus ferme que jamais ce qu'on ne voit pas. Concluons et disons, que ce n'est donc pas sans de puissants motifs que l'Église a ordonné ce triomphe dont elle honore Jésus-Christ ; qu'en cela ses Tues ont été les plus raisonnables , et que plus ses intentions sont droites , sages et saintes , plus nous devons nous y conformer et les seconder.
TBOisiiKB POiiiT. Triomphe le plus capable
d'allumer le zèle des fidèles et de renouveler !< sentiments de leur piété. Trois sentiments que cettf solennité doit inspirer aux âmes fidèles envers le sacrement de Jésus-Christ : vénération, dévotion, consolation.
1. Vénération. Partout oii est présente la sacrée personne de Jésus-Christ, il mérite également nos respects, puisqu'il est partout également Dieu. A prendre donc la chose absolument et en elle-même, il n'est pas moins digne de notre culte dans un lieu ni dans un temps que dans un autre ; mais il faut d'ailleurs convenir qu'il y a toutefois certaines conjonctures où l'on est plus vivement touché , et qui tiennent dans une plus grande attention et un plus respectueux silence. Quand on est spectateur d'un appareil pompeux et magnifique; quand on voit tout un peuple humilié et prosterné, ou qu'on est témoin des mouvements , des saints empressements d'une multitude qui ne pense qu'à témoigner son zèle et à rendre ses hommages; quand on n'entend autour de soi que des acclamations , que des éloges , que des chants de piété, tout sert à recueillir l'âme, et porte à faire un retour sur soi-même, à s'humilier et à se prosterner soi-même.
En effet, c'est alors que se retracent dans l'esprit, plus fortement que jamais , ces hautes idées qu'on a conçues du sacrement que l'Église honore : de la présence réelle d'un Homme-Dieu dans ce sacrement, de toute la majesté de Dieu renfermée dans ce sacrement, de toute la puissance de Dieu mise en oeuvre dans ce sacrement , de tous les trésors de la grâce de Dieu réunis dans ce sacrement, de ce sacrement incompréhensible, ineffable, l'abrégé des mer* veilles du Seigneur. Occupé de tout cela, rempli d'admiration à la vue de tout cela , on voudrait en quelque manière s'abtmer et s'anéantir. Que toute la terre vous adore, Seigneur, s'écrie-t-on ; et que tout le ciel ne vient-il ici se joindre à la terre pour exalter votre saint nom et votre adorable mystère! Car qu'est-ce que les adorations d'un homme comme moi? Du moins , mon Dieu , vous voyez mon désir, et vous l'agréerez ; vous suppléerez à ma faiblesse, et vous aurez égard, non point tant à ce que je fais , qu'à ce que je voudrais faire. Ainsi pense-t-on, quand c'est un esprit de religion qui conduit à cette cérémonie. Mais si c'est un esprit de curiosité^ un esprit d'amusement, le même esprit qui mène au théâtre et à des spectacles tout profanes, il n'est pas surprenant alors qu'on fasse d'une si auguste solennité un passetemps inutile où l'on ne cherche qu'à repaître ses yeux , qu'à voir et à être vu. De là même ce tumulte et cette confusion , ces allées et ces venues , ces immodesties dont cette fête est troublée : nulle réflexion, nulle retenue. On promène de tous côtés ses regards, sans les tourner peut-être une fois ▼ers J^s-Christ. Tandis que ses ministres prient à
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JÉSUS-CHRIST TRIOMPHANT DANS L'EUCHARISTIE
haute voix, afin que tous les assistants s'unissent à eux, du moins d'esprit et de cœurj on s'entretient de bagatelles , on converse , on agit , on se comporte en tout avec autant de liberté et aussi peu de circonspection que si c'était une partie de plaisir et un divertissement mondain.
a. Dévotion. De ce sentiment de respect et de vénération qu'inspire la cérémonie de ce jour, naissent des sentiments de dévotion. Sentiments prompts et subits, vifs et ardents. Le cœur tout à coup s'émeut, s'enflamme, devient tout de feu. Soit amour plus tendre, soit reconnaissance plus affectueuse, soit confiance plus intime, tout le remue, et quelquefois le transporte comme hors de lui-même. C'est la grâce intérieure qui produit ces sentiments; mais il n'est pas moins vrai que certain extérieur de religion qu*on aperçoit de toutes parts autour de soi ne contribue pas peu à les former. Car je parle d'une dévotion sensible ; je veux dire , d'une dévotion qui se répand jusque sur les sens , après que les sens ont eux-mêmes servi à Texciter. Je ne sais quelle onction coule dans l'âme , et de Pâme rejaillit en quelque sorte jusque sur le corps, selon cette parole du Prophète : Mon cœur et ma chair ont tressailli, et se sont rijouis dans le Dieu vivant, (Psalm, 88.)
8. Consolation. De quel transport de joie Madeleine fut-elle saisie , quand elle vit son aimable maître ressuscité? Elle courut à lui , elle se jeta à ses pieds , et sans tarder un moment , elle alla , selon Tordre qu'elle en reçut , porter aux apôtres une si heureuse nouvelle. Tel est le sentiment de consolation dont est pénétrée une âme qui aime Jésus- Christ, et qui le voit dans l'éclat de la gloire et dans la splendeur. Elle le suit, non pohit comme une esclave attachée à son char, mais comme une épouse
qui, par une fidélité inviolable, prend part à tout les états de son époux, je veux dire à ses humiliations et à son élévation, à ses humiliations qu'elle a pleurées , et à son élévation dont elle ne peut aisez le féliciter, ni se féliciter assez elle-même. Elle lésa pleurées amèrement, ces humiliations de son Sauveur, toutes les fois qu'elle en a rappelé le souvenir ; elle a gémi de tant d'outrages qui lui ont été faits; mais maintenant que TÉglise les répare, la consolation qu'elle goûte est d'autant plus douce que ses larmes ont été plus abondantes et ses gémissements plus amers. Chaque pas qu'elle fait, à la suite de son bien-aimé , est une réparation de tout ce qui a pu lui échapper à elle-même de moins circonspect envers le sacrement du Seigneur, et de moins digne de la présence d'un Dieu. Elle se reproche une distraction la plus légère, un regard, une parole; il n'y a rien sur cela de petit pour elle.
Quoi qu'il en soit, mes chers auditeurs, nous voici à la fin d'une octave où je vous ai représenté la vie de Jésus-Christ dans la très-sainte Eucharistie. Profitons de ce sacrement pour vivre nous-mêmes d'une vie chrétienne et toute pure; car voilà le fruit que nous en devons retirer; il nous soutiendra jusques à la mort. A cette dernière heure ce sera notre grande ressource : non point précisément pour prolonger sur la terre et dans cette vallée de larmes des jours sujets à tant de vicissitudes et tant de misères, mais pour nous garantir des surprises de l'ennemi , qui redouble alors contre nous ses attaques ; mais pour nous adoucir les rigueurs d'une séparation toujours contraire aux sens et à la nature; enfin, pour bous servir de viatique et nous faire passer à une vie éternelle et bienheureuse- Ainsi soit-il.
roi DB L*B88AI d'AVBNT.