MÉDITATION POUR LA VEILLE DE LA RETRAITE
Dttcam eam in solitudinetn , et loquarad cor ejtu.
Je la oonduiral dans la solitude, et là je lui parferai au eœur. Osée, chap. 3.
Peemibr point. C*est Dieu qui m*appelle à cette retraite ; c*est lui qui m'en a inspiré le dessein : et la résolution que j'ai prise de m'éloigner pour quelque temps de tout commerce , et de me tenir dans la solitude, n'a pu être qu'un eiXet de sa grâce. Je dois donc suivre le mouvement de cette grâce , et en faire tout l'usage que Dieu veut que j*en fasse pour ma conversion.
C'est une grâce de prédilection par rapport à moi : car Dieu ne la fait pas à tout le monde. Combien de mondains et de mondaines vivent dans le désordre du péché, et dans un profond oubli de
Dieu , sans penser jamais à rentrer sérieusement en eux-mêmes : ce qui serait néanmoins le souverain remède de leurs maux, et peut-être Tunique ressource de leur salut ? Dieu use envers moi d*une miséricorde toute spéciale. Avec quelle attention et quel soin dois-je ménager une grâce si précieuse? Cest peut-être la dernière retraite de ma vie que je vais commencer. Si je le savais, quel zèle, quelle ferveur y apporterais-je ? Combien en ai-je fait d'inutiles , et qui n'ont produit en moi aucun changement ? Mais il faut que celle-ci répare les défauts de toutes les autres , et qu'elle achève dans mon âme l'œuvre de Dieu. Enfin, c'est Dieu luimême qui m'y conduit, et qui veut m'y servir de guide. Jésus-Christ, qui était le Saint des saints, fut conduit par l'Esprit de Dieu dans le désert : voilà le modèle que je dois me proposer dans ma retraite , si je veux que ce soit pour moi une retraite salutaire , une retraite dont le succès réponde au besoin que j'en ai , et à ce que Dieu attend de moi. La faire par coutume, la faire parce que c'est dans mon état un devoir commun dont je ne puis me dispenser, c'est ce qui m'est arrivé plus d'une fois , et de là vient que j'en ai si peu profité. Il faut que j'y entre par le même esprit, et dans le même esprit que Jésus-Christ y entra.
Second point. Dieu, qui veut me sanctifier, m'appelle à la solitude intérieure , encore plus qu'à la solitude extérieure. Car l'extérieure sans l'intérieure est de nul effet. Ainsi je dois , pendant ces saints jours, me séparer absolument, d'esprit et de cœur, de tout ce qui pourrait me distraire et me détourner de Dieu. Je dois me comporter comme s'il n'y avait dans le monde que Dieu et moi ; en sorte que je m'occupe uniquement de lui , et que je puisse m'écrier avec l'Épouse du Cantique : Mon bten-cUmé est à moi, et je suis à iui. ( Cantic. 2. ) Loin de moi toute autre pensée , quelque bonne qu'elle fût d'ailleurs , et quelque apparence de bien que je crusse y apercevoir. Ce bien qui me partagerait cesserait pour moi d'être bien.
Dieu veut être seul avec moi, parce qu'il veut me parler au cœur ; et par conséquent il faut que mon cœur soit vide du monde ; non pas seulement de ce grand monde qui est hors de moi , et avec lequel je n'ai presque nul rapport, car à peine le connais-je depuis que je Tai quitté , et à peine me connalt-il ; mais de ce petit monde qui m'environne, et qui se trouve même dans la religion ; de ce petit monde qui est en moi , et qui fait partie de moimême; de ce petit monde, qui sont mes passions, mes inquiétudes, mes curiosités, mes attaches. Tant que mon cœur sera plein de ce petit monde, ni Dieu ne me parlera point, ni je ne serai point dans la disposition de l'écouter.
DE LA FIN DE L'HOUMB
Malheur à moi si je portais oe petit monde jusque dans le sanctuaire de la solitude-, c'est-à-dire, ai j'entrais dans la retraite avec un esprit dissipé ou uncŒUT immorti&é! Or il ne faut pour cela qu'un vain désir, qu'un chagrin, qu'une aversion, qu'unejalousiesecrète, qu'une amitié trop humaine. Malheur àmoi, si par là je me rendais incapable des eommunications , et desentretiens que je dois avoir avec mon divin itpoux ! car dès là , quelque édifiante que me parût ma retraite, je n'y trouverais pas Dieu, parce que Dieu ne m'y trouverait pas dans ce parfait recurillenient où doit être une 3me qui veut converser avec lui. Puisqu'il se dispose à me par* 1er, et à me parler au cceur, je dois de ma part me mettre en état de lui pouvoir dire, ou, comme David , J'écovterai, mais avec réOexion et avec respectceçwfci'etsneur med/ra(/'*. 84),cequ'il m'inspirera, ce qu'il me reprochera-, ou, comme Samuel , Parkz , Seigneur, parce que mon àme est attentive à vaut écouter. {î. fieg. S.) Je dois, à l'acmple de Marie, sa sainte Mère, recueillir et souserver dans mon cœur toutes les paroles par où il me fera entendre intérieurement ses volontés.
Troisième point. La fin de ma retraite ae doit pas être de goûter le repos de ta solitude. Ce repos est saint, mais ce n'est pas assez, et il y a un avantage plus solide qu'il y faut chercher. Il m'est permis de dire dans le même sentiment que le prophète royal : Qui me donnera det t^ks comme celki de la cohmbe , afin que je prenne mon vol, et que je me repose dans te sein de Dieu i {Ps.M.) Mais il ne m'est pas permis de borner là mes vues et mes désirs. Jedois envisagerdans cereposquelque chose de meilleur et de plus nécessaire que ce repos même. La fin de ma retraite ne doit pas non plus être d'y employer plus de temps àl'oraison, d'y faire plus de communions , plus de lectures , plus d'austérités. Tout cela , ce sont d'excellents moyens, dontjepuiset dont je dois me servir; mais ce n'est pas la fin que je me dois proposer. Mon erreur a souvent étéde confondre en ceci les moyens avec la fin, et de mlmaginer que j'avais fait une bonne retraite, parce que je m'étais régulièrementacquitté de ces exercices.
Mais la fin de ma retraite doit être de réformer ma vie , de me bien connaître moi-même , et les desseins de Dieu sur moi ; de découvrir une bonne fois le fond de mes dispositions, de mes imperfections, de mes mauvaises habitudes ; de r^ler toute ma conduite, toutes mes actions, ti)UBmesdevoirs;de me renouveler dans l'esprit de ma vocation; en un mot , de me changer, et de devenir, comme dit saint ^mi\,imenotit>elUcréalureenJi»»»-Chrisl.{7.Cor. S.) Car si la retraiiequej'entreprends n'aboutit là, et si J'eo sors sans avoir rien corrigé de mes défauts
ordinaires, en vain y aurais- je eu tous les sentiments de la dévotion la plus affectueuse, ce ne serait qu'une illusion pure. Il s'agit de me convertir, et non de raisonner ni de contempler. Cependant cette fin conçue de la sorte, est encore trop générale et trop vague. Il faut, afin qu'elle soit plus efficace, qu'elle soit déterminée à quelque chose de plus marqué ; et c'est à moi d'examiner, devant Dieu, quelle doit être pour moi la fin particulière de cette retraite : par exemple, de me réformer dans l'observation de mes r^Ies , de me réformer en ce qui regarde la charité , l'humilité, la mortiflcation ; ainsi du reste.
Conclusion. Ëclairez-moi, mon Dieu, dans le choix que je dois faire de cette fin, et donnez-moi tous les secours nécessaires pour y parvenir. Puisque c'est vous qui m'attirez dans la solitude , faites-mol connaître la perfection ot> vous m'appelez, et les voies que j'ai k prendre pour y arriver. Ne permettes pas que cette retraite , qui a été pour tant de pécheurs un moyen de conversion , devienne pour moi. si je n'eu retu-ais aucun fruit, un sujet de condamnation.
Que voulez-vous que je fasse, A mon Dieu? car c'est it vous de me prescrire à quoi je dois spécialement travailler durant ces jours de retraite, qui sont des jours de salut ; et c'est à moi, quoi qu'il m'ea coûte,deretranchertousles obstacles qui pourraient ni'empécber d'accomplir vos ordres et de féconder vos adorables desseins, quand je les aurai connus. 11 me semble , Seigneur , que mon cœur y est disposé , et qu'en commençant cette retraite.je pourra' avec une humble confiance me rendre devant voua le même témoignage que votre prophète : Mon cœur ettprét, mon Oku, mon coeur est prêt. (P». 56.) Mais peut-être que je me flatte, et qu'il y a enoore dans mon cœur de secrets replia d'amour^propre et d'attachementàmoi-mêmc. Aidez-moi, Seigneur, à lesdévelopper. Achevez de préparer ce cosur qui veut vous être soumis, et qui ne se sépare aujourd'hui du commerce des créatures que pour mieux recevoir les Impressions de votre grâce et de votre esprit,