‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 292 sur 352 · DE LA FIN DU RELIGIEUX · texte numérisé non relu

DE LA FIN DU RELIGIEUX

De mundo non estit,

Yoas n'êtes plus da monde. Jean, chap. I5.

Peemieb point. Dieu m'a appelé à l'état religieux, aûn que j'y vive séparé du monde, détaché du monde, crucifié pour le monde, et absolument mort au monde. Quatre degrés par rapport auxquels je dois méjuger moi-même, et me confondre d'avoir jusques à présent si mal répondu à ma vocation.

Ma fin dans l'état religieux est d'y vivre séparé du monde, non-seulement d'habitation et de demeure, mais d'esprit et de sentiments. Il ne me suffit pas, pour être religieux, d'en porter l'habit, ni même d'en avoir fait le vœu, il faut que j'en aie l'esprit. Or il arrive tous les jours que l'esprit du monde s'introduit jusque dans la religion : comme, par un effet tout contraire, l'esprit, de la religion se communique quelquefois aux conditions les plus engagées dans le monde. Combien d'âmes toutes mondaines dans les communautés religieuses? Ne iuis-je point de ce nombre?

Ma fin dans l'état religieux est d'y vivre détaché du monde. Car je serais le plus malheureux des hommes , si j'étais séparé du monde, sans en être détaché; puisque dès là je n'aurais plus, ni les consolations du monde, ni celles de Dieu. Être séparé du monde , et n'en être pas détaché , ce serait pour moi non-seulement le plus grand de tous les malheurs , mais le plus grand de tous les désordres ; et je pourrais me reprocher alors , plus justement que

BOCRDALOUE. — T. III*

saint Bernard, que je suis la chimère de mon siècle. C'est-à-dire , que je ne suis ni séculier, ni religieux : ni séculier, puisque je me suis retiré du monde; ni religieux , puisque je tiens encore au monde et que je ne l'ai pas tout à fait abandonné.

Ma fin dans l'état religieux est d'y être , comme saint Paul , crucifié pour le monde. Tellement que si, malgré ma profession de religieux, j'aime encore le monde , et si le monde m'aime encore ; que si je me plais encore avec le monde , et si le monde se plaît encore avec moi ; que si le monde , tout religieux que je suis , ne laisse pas de s'accommoder de mes maximes, et si je m'accommode également des maximes du monde, je ne suis plus religieux que de nom. Pour l'être en effet et en vérité, il faut que je sois dans le monde comme dans un état de souffrance. Il faut que le monde soit ma croix , comme je serai infailliblement la croix du monde, par la contrariété de sentiments et de principes qui se trouvera entre lui et moi , dès que je me comporterai en religieux.

Ma fin dans l'état religieux est de mourir absolument au monde et à moi-même : car en vain me flatterais-je d'être mort à tout ce qui s'appelle le monde, si je n'était mort à moi-même. Le monde auquel je dois surtout mourir est en moi. Le monde qui est hors de moi n'a rien pour moi de dangereux en comparaison de celui que ie porte au milieu de moi. Le monde que j'ai à combattre, ce sont ces trois concupiscences dont parle saint Jean, d'autant plus à craindre pour moi , qu'elles sont dans moimême et une partie de moi-même. Être mort à moimême dans la religion , c'est n'y avoir plus de volonté, plus d'humeur, plus de vues, ni de prétentions humaines. Si tout cela est encore en moi , et si j'ai encore pour certains intérêts que l'on se fait dans la profession religieuse, des vivacités, des empressements, de la sensibilité , je ne suis ni mort selon Jésus-Christ, ni enseveli avec Jésus-Christ. Ainsi ma religion est vaine, et n'eût-il pas presque autant valu rester dans le monde?

Second point. Cette séparation et ce détachement du monde, ce crucifiement et cette mort spirituelle, sont d'une sainteté bien relevée : mais pourquoi suis-je entré dans l'état religieux ? Pour y travailler tout autrement que je n'aurais pu faire dans le monde , non-seulement à mon salut, mais à ma perfection. Supposé mon engagement à la religion, ma perfection et mon salut sont désormais' deux choses inséparables. Je dois donc être persuadé qu'au lieu que le Sauveur du monde disait à ce jeune homme de FÊvangile : Si vous voulez être parfait» quittez tout qçque vous avezy et suivez-moi (M atth . , 19) : il me dit maintenant et sans condition : Paro8 que >oas avez tout quitté, et que tous vous éce»

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