DE LA TIÉDEUR DANS LE SERVICE DE DIEU
chemeQtestunprétextepours'en exempter, du moins pour les interrompre, pour les différer et les remettre à un autre temps, c'est-à-dire pour ne les point ùtire du tout. Combien de fois cela m*est-il arrivé? combien de fois ai-je quitté Dieu pour le monde? combien de fois pour de vains sujets , et souvent sans nul sujet, ai-je abandonné mes pratiques ?Doisje m'étonner, après cela, si je suis tiède; et comment ne le serais-je pas? Quand un homme du monde se plaint d'avoir peu de foi : liC moyen que vous en ayiez , lui dit-on ; vous ne faites rien de tout ce qu'il faut pour la fortifier et pour ranimer. De même dois-je me dire : et le moyen que je ne perde pas Tesprit de dévotion Et de ferveur, lorsque je ne m'assujettis à rien de tout ce qui peut le conserver.
On ne va pas néanmoins d*abord jusqu'à se dispenser de tous ses exercices et de tous ses devoirs; mais on ne s'en acquitte qu'avec négligence, et c'est une autre cau^ de la tiédeur. On vit, à ce qu'il paraît , comme les autres , et l'on se conforme à l'ordre d'une communauté , mais sans recueillement et sans esprit intérieur. On est dans une disposition habituelle à se répandre au dehors et à se dissiper. Or, est-il possible que dans ce trouble et dans cette diversité d'objets dont on se remplit, on ne laisse pas peu à peu s'éteindre le zèle de sa perfection, et qu'à mesure que ce zèle s'amortit ^ on ne vienne pas à se ralentir et à déchoir? Je n'en puis que trop bien juger, et mon exemple ne m'en convainc que trop sensiblement.
Mais ce n'est pas là encore la première source du mal , et il tire son origine de plus haut. La cause essentielle de la tiédeur, quoique la plus éloignée, c'est le mépris des petites choses. Voilà par où l'on commence à dégénérer. Au lieu de se souvenir qu'il n'y a rien de petit en ce qui concerne l'honneur de Dieu et le culte qui lui est dû , que la perfection ne consiste pas tant dans les grandes choses que dans les petites , que c'est même une grande chose que d'être fidèles dans les petites choses , et que c'est enfin par les petites choses que les grandes se maintiennent ; au lieu d'envisager tout cela , on se lasse de ces menues observances, on ne les croît bonnes que pour les commençants, on n'y prend plus garde, et de ce degré l'on descend bientôt à un autre , jusqu'à ce qu'on en soit venu à un attiédissement parfait. Ah! si depuis ces jeunes années où je suis entré au service de Dieu , j'avais toujours eu la même attention et la même vigilance sur les moindres manquements et les moindres infidélités , que j'aurais fait de progrès ! Hélas ! bien loin d'avoir ainsi avancé, ce serait beaucoup pour moi , si j'étais au moins tel présentement que je l'ai été dans ce premier temps d'épreuve et de noviciat!
Tboisieme point. La tiédeur n'est point , après
tout, absolument irrémédiable. U est difficile d'en guérir; mais, avec l'assistance divine, ce n'est point une guérison au delà de mon pouvoir. On ea voit peu d'exemples ; mais on en voit, et Dieu veut que je sois du nombre. Voilà pourquoi il m'a inspiré le désir de cette retraite ; et quels sont les remèdes dont je puis user ? lisse rapportent tous à deux chefs : l'un de pure réflexion, et l'autre de pratique.
Quant à la réflexion : 1*" C'est de considérer souvent la grandeur du Dieu que je sers : ce qu'il m'est^ et ce que je lui suis. Ce qu'il m'est : mon souverain, mon juge, mon créateur; comment mérite-t-il donc d'être servi ? Ce que je lui suis : son sujet , son esclave, sa créature; comment exige-t-il donc que je le serve ? C'était le motif par où saint Paul excitait la ferveur des premiers chrétiens : Je vous conjure de marcher dans la voie de Dieu d'une manière digne de Dieu. {Colos. , 1 .) Règle excellente, et remède infaillible contre la tiédeur: penser, parler, prier, s'occuper, vivre toujours (/'un^moni^c&'^n^ de Dieu. T C'est de considérer comment on sert les grands du monde. Car la conduite du monde est pour moi une leçon continuelle; et je dois rougir en me comparant avec tant de mondains que l'intérêt ou l'ambition attachent aux puissances du siècle. Je dois m'humilier et me confondre d'avoir si peu de zèle pour Dieu , tandis qu'ils témoignent tant d'ardeur pour des hommes et des maîtres mortels; 8° C'est de considérer dans chaque action religieuse son importance et le bien inestimable qu'elle me peut procurer. Cette action que je fais ou que je vais faire, c'est l'œuvre de Dieu. Selon que je l'aurai faite plus ou moins saintement, j'en aurai une récompense plus ou moins abondante. Elle peut me mériter une gloire éternelle. Ce sont ces pensées et d'autres semblables, qui chaque jour et presque à chaque moment embrasaient d'un feu nouveau ces saints religieux du même ordre et de la même profession que moi , dont on m'a raconté les vertus, et que je dois me proposer pour modèles.
Quant à la pratique , le remède le plus efficace pour me réveiller de mon assoupissement et de ma tiédeur, c'est d'en détruire les causes et de leur opposer des principes tout contraires : car les contraires se guérissent par les contraires. Par exemple, c'est de reprendre tous les exercices dont l'omission m'a été si préjudiciable, et de m'y rendre désormais plus exact et plus assidu. C'est d'y apporter tout le soin et toute l'application qui dépend de moi, et dont je suis capable. C'est de ne manquer à rien, pas même aux plus petits devoirs et aux plus petites règles; surmontant toutes les difficultés, m'élevant au-dessus de toutes mes répugnances, consentant, s'il le faut, à servir Dieu toute ma n% sans consolation et sans onction : trop heureux qu'il daigne bien encore à ce prix me rec voir.