DE L'ABUS DES GRACES
^ Conclusion. Dans ce sentimeDt , 6 mon Dieu, et dans cette préparation de mon cœur, je reviens à vous avec conGance. Malgré toutes mes lâchetés et toutes mes tiédeurs, j*ose encore me flatter que vous n'avez point retiré de moi votre miséricorde. Vous le pouviez , Seigneur, vous m'en aviez menacé , et je le méritais : mais vos menaces jusques à présent, n'ont été que des avertissements pour moi ; et puisque vous m'appelez aujourd'hui tout de nouveau et plus fortement que jamais , je ne puis douter que vous ne vouliez me faire rentrer dans la voie de vos fidèles serviteurs, et me remettre dans la sainte ferveur que j'ai perdue. Qu il en soit, mon Dieu, comme vous le souhaitez et comme vous l'ordonnez ; et qu'il en soit comme je le veux moi-même et comme j'en forme devant vous le dessein.
Ce n'est pas. Seigneur, pour la première fois que j'ai pris de pareilles résolutions, ni pour la première fois que je vous ai fait de telles promesses. Celles-ci ne seront-elles point comme les autres ? A consulter le passé , j'ai tout à craindre de ma faiblesse dans l'avenir : elle est extrême. Mais quoi , Seigneur, languirai-je donc toujours? Pi'est-il donc pas temps d'être à vous comme j'y dois être ? N'estil pas temps d'agir en religieux , puisque j'en porte l'habit , et que j'en ai contracté l'engagement solennel ? Ne vous ai-je pas assez dérobé de mes années ? Ne m'en suis-je pas assez dérobé à moi-même? Car c'est me les dérober à moi-même, que de les dérober à mon avancement et à la sanctiGcation de mon âme. Faudra-t-ii que je traîne jusqu'à la 6n de mes jours une vie imparfaite, sans régularité, sans fruit, sans mérite? Vous me faites encore entendre sur cela votre voix. Seigneur, et les reproches de ma conscience : mais si je n'en profitais pas , si je ne prenais pas une bonne fois mon parti , où en viendrais-je peut-être? A tomber dans l'état de cette tiédeur complète et achevée, qui ne ressemble que trop à l'aveuglement et à l'endurcissement où vous livrez certains pécheurs. Que dis-je, mon Dieu? Vous ne le permettrez pas : vous m'aiderez à me relever, vous mo donnerez la main , et vous me seconderez dans mon retour. C'est par votre grâce que je vais embrasser une vie toute nouvelle, et par votre grâce que je la soutiendrai.
SECONDE MÉDITATION