‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 307 sur 352 · J)È LA PERTE DU TEMPS · texte numérisé non relu

J)È LA PERTE DU TEMPS

Deum temptu fiàbemtu, operemur bonum, I

Faisons le bien , tandis qae nous en ayons le temps Galal. , chap. 6.

PRBMIEB POINT. Il n'cst rien de plus précieux que le temps , puisque c'est le prix de l'éternité. Selon que j'aurai bien ou mal usé du temps que Dieu me donne dans la vie, je serai après la mort , ou récompensé , ou condamné : car chacun recevra suivant ce qu'il aura fait dans le temps. (2. Cor, , 5.) Si bien que tout mon salut dépend du temps ; et ,

comme Dieu en nous créant et nous mettant sur h terre, nous impose à tous une obligation étroite de travailler à notre salut, il nous fait par là même à tous un commandement absolu de profiter du temps que nous avons, et de le passer utilement.

Ce n'est pas seulement pour nous , mais encore plus pour lui-même et pour sa gloire , que Dieu nous a donné le temps. Il veut que nous l'employions à le servir et à le glorifier, et que ce soit même là notre première vue dans l'emploi que nous en faisons. Ainsi ne le pas rendre à Dieu par un saint usage , et le dérober à son service , c'est tomber à Tégard'de Dieu dans le même désordre qu'un serviteur qui refuserait son temps à son maître. Suis-je en effet moins coupable , quand je laisse vainement couler un temps que je dois à Dieu , et que je me dois à moi-même; et puis-je me tenir en assurance, parce que dans tout le reste ma vie paraît assez unie, et qu'il ne m'échappe aucune faute grossière ? Sans autre mal, la seule perte du temps n'est-elle pas un grand mal?

D'autant plus grand , que le temps une fois perdu ne revient plus. Où sont pour moi tant d'années déjà passées ? Chaque jour, chaque heure , chaque moment pouvait avoir son mérite , et me rapporter au centuple; mais que m'en reste-t-il, et quel fonds ai-je amassé .? Où seront à la mort les années que Dieu voudra bien dans la suite m'accorder? Si ce sont des années aussi stériles que les autres, qu'aurai-je dans les mains, et qu'emporterai-je avec moi ? Je les regretterai ; mais tous mes regrete les rappelleront-ils? Je comprendrai toute la grandeur, et du gain que je pouvais faire, et de la perte que j'aurai faite; j'en gémirai : mais malgré mes gémissements, il en faudra toujours revenir à ce point essentiel et à cette triste réflexion , que ces années auront été, et qu'elles ne seront plus; que ce gain était en mon pouvoir, et qu'il n'y sera plus ; qilfe j'aurai pu me garantir de cçtte perte, et que je ne le pourrai plus. Oh! que ne suis-je assez heureux pour bien concevoir dès aujourd'hui combien, dans un sujet aussi important que celui-là, ces deux paroles sont affreuses et désolantes : Je pouvais , et je ne puis plus ! J'aurai recours à Dieu; je lui protesterai mille fois, que s'il lui plaisait encore de me donner quelque temps , j'en voudrais ménager jusqu'à la moindre partie. Belles résolutions!* Mais Dieu les écLoutera-t-il? Ah ! qu'il vaudrait bien mieux les prendre dhs maintenant, lorsqu'elles me peuvent être salutaires, et que j'ai le temps de les mettre en pratique!

Second point. On peut perdre le temps dans l'état religieux, comme on le perd dans le monde ; et communément même, les personnes religieuses sont plus exposées à ce désordre qu'on ne l'est dans le monde, parcequ'elles sont plus dégagées des affaires

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