SUR L'OFFICE DIVIN
mauvaise habitude; dans des postures indécentes, et peu convenables à un devoir de religion ; dès là, bien loin d'honorer Dieu, je lui perds le respect, et Je Toffense.
Attentivement : car TÉglise , en me commandant l'office divin , me commande un culte raisonnable. Or, ce n'est pins un culte raisonnable , quand ma raison n'y a plus de part; et quelle part ma raison y peut-elle avoir, lorsqu'elle n'y fait nulle attention ? Prier, c'est élever son esprit à Dieu : je cesse donc de prier, dès que l'élévation de mon esprit à Dieu Tient de cesser; et, par une suite naturelle , le même précepte qui m'oblige à prononcer distinctement les louanges de Dieu , m'oblige à m'y appliquer ; d'où il faut enfin conclure , que d'être volontairement distrait pendant l'oflGce divin, ou, ce qui revient au même , que de ne faire nul effort pour me dégager des distractions qui m'y surviennent et que je re- . marque , c'est me rendre coupable du même péché que si je l'avais tout à fait omis.
•Dévotement : dans cet hommage et ce sacrifice que je présente à Dieu , le cœur et l'esprit doivent agir de concert ; autrement mon attention même ne serait plus qu'une pure spéculation. Cest dans le cœur que consiste le mérite de la prière; et si mon cœur n'est touché , je deviens semblable à ces Juifs que Jésus-Christ, dans l'Évangile, traitait d'hypocrites , et dont il disait : Ce peuple m*honore des lèvres, mais leur coeur est éloigné de moi. (M atth . , 15. ) Qu'une de ces trois conditions me manque, qn'ai-je alors à craindre? ce que déplorait saint Augustin , et ce q{i'il se reprochait à lui-même. Hélas ! s'écriait-il , je deviens plus criminel , par cela même qui devrait me rendre plus saint ; et qui me justifiera devant Dieu , si mes prières mêmes servent à me condamner?
Tboisième point. La troisième obligation qui eoncerne l'office divin , est d'assister au chœur, où on le récite solennellement. Puisque le chœur est un des engagements de l'état que j'ai embrassé, et de la communauté dont je suis membre, tous les sujets qui la composent y sont également obligés, et je ne suis pas plus autorisé que les autres à m'en dispenser. Par conséquent, si je m'absente du chœur sans raison et sans nécessité; si je m'en absente sans en avoir demandé et en avoir obtenu la permission ; si je m'en absente sans en faire aucune réparation : tout cela ce sont autant de péchés dont je charge ma conscience, et dont je répondrai à Dieu.
Rien de plus pernicieux que cette liberté de s'absenter du chœur. S'en absenter sans nécessité et sans une nécessité absolue , c'est la marque visible d'une âme qui se refroidit et qui perd sa première ferveur. S'en absenter de soi-même et sans permission , c'est la marque infaillible d'une Ame qui se li-
cencie, et qui secoue le joug de l'obéissance. S'eo absenter impunément et sans être tenu à aucune réparation , c'est la marque évidente d'une communauté qui se dérègle , et qui dégénère de son ancienne discipline. En combien de maisons religieuses , ce qui était dans son origine , et ce qui paraît encore perfection et> austérité , devient-il l'occasion d'un véritable relâchement ? Se lever, comme le Roi-prophète, au milieu de la nuit, pour louer en commun le Seigneur , rien de plus saint pour le petit nombre de ceux et de celles qui le pratiquent; mais rien en même temps de plus propre à favoriser la paresse du grand nombre, qui s'en exempte sous des prétextes de faiblesse et de besoins plus imaginaires que réels.
Par une règle toute contraire , assister exactement au chœur ; ne s'en dispenser jamais que pour de solides raisons , et qu'après les avoir soumises au jugement et à la décision des supérieurs ; ne point écouter de frivoles excuses que la nature suggère , et les rejeter comme des illusions ; se faire une pénitence et une mortification de son assiduité , eV l'offrir dans cette vue à Dieu , c'est la marque indubitable d'une âme fidèle à ses devoirs , et qui aime sa profession. Et de même enfin, maintenir cette régularité dans toute sa vigueur, ne point tolérer sur cela les licences et les abus, en empêcher la prescription par le soin qu'on a de les punir , c'est la marque sensible et certaine d'une communauté fervente et qui conserve l'esprit de Dieu.
Cette assistance au chœur m'est plus avantageuse qu'elle ne me doit être pénible. Outre les grâces particulières qui y sont attachées , selon la parole de Jésus-Christ, qui nous a dit expressément, que là oà plusiew's sont assemblés en son nom il est au milieu d'eux (Matth., 18); en assistant au chœur , il me sera beaucoup plus facile d'éviter toutes les fautes à quoi je suis sujet, et qui me sont si fréquentes , quand je récite en particulier mon office. L'émulation , l'exemple inspirent plus de retenue ; et la présence des autres , au lieu d'être une matière de distraction , contribue infiniment à recueillir l'âme , et à la remplir des sentiments de piété les plus vifs et les plus ardents. Les premiers chrétiens allaient tous les jours au temple, et s'y réunissaient pour célébrer ensemble les grandeurs de Dieu, et pour lui rendre unanimement des actions de grâces. Ce n'était pas en vain : le Saint-Esprit descendait sur ces troupes dévotes , et c'était alors qu'il leur communiquait ses dons avec plus d'abondance.
QuATBiÀMB POINT. Il y a une dernière oblige. • tion, qui est de chanter l'office divin. Car l'assis» tance au chœur qui m'est ordonnée n'est point une simple comparution , ni une vaine représentation de
DE LA MORT
ni personne. Ty vais pour y faire mon devoir , et o^eft un de mes devoirs que de soutenir le chant qui a été établi , et qui fait une partie du culte de Dieu. J*y vais pour partager avec les autres le tra* vail , aussi bien que le mérite de ce pieux exercice. J'y vais pour former avec eux , par Funion de nos voix , cet harmonieux concert, où TÉglise militante et rÉglise triomphante joignent mutuellement et si saintement leurs célestes accords en Thonneur de la majesté divine.
: Comme David ne séparait point le chant de la psalmodie , je ne dois point non plus séparer Tun de l'autre , puisque Tobligation est égale pour Tun et pour Tautre. Seigneur, disait à Dieu ce saint roi, nous solenniserons vos merveilles , et en chcoitani et en psalmodiant. (Psalm. 20.) Voilà à quoi m'engagea la qualité de religieux ou de religieuse du choeur. Si j'en ai le titre , c'est pour en ûiire les fonctions, quelque fatigantes qu'elles me paraissent et qu'elles puissent être en effet. Quand donc je m'épargne au chœur et que je me ménage ; quand , par un excès de délicatesse, et pour ne pas intéresser une santé dont j'ai trop de soin , je n'y chante que faiblement, ou je n'y chante point du tout; quand ma présence n'y est d'aucun soulagement pour les autres et de nul secours, je n'observe pas ce que l'Église et la religion veulent de moi. Je prétends avoir peu de santé, et si cela est, on ne me refuse point dans le besoin les dispenses nécessaires : mais du reste , quelque peu de santé que j'aie, à quoi puis-je mieux l'employer qu'à chanter les louanges de mon Dieu? L'user de la sorte, c'est accomplir à la lettre ce que saint Paul nous a si fortement recommandé, de faire de notre corps une hostie vivante , et de l'immoler au Seigneur.