‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 33 sur 352 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

C'est à la mort, dit saint Chrysostôme, que le secret de la prédestination des hommes commence à se développer; et c'est , si j'ose parler ainsi , dans ce dénoûment de la vie, où nous voyons tous les jours le diiceruement que Dieu fait déjà du bon grain et de la paille, c'est-à-dire , des lâches chrétiens et

de ceux en qui la foi est victorieuse du monde, par la différence des caractères et des dispositions de ceux qui meurent. Car les chrétiens lâches, dit ce saint docteur, par un effet de réprobation visible , qui est la suite déplorable de leur lâcheté, quoique chargés de crimes devant Dieu , obstinés à jouir de la vie, remettent l'importante affaire de leur conversion au temps de la mort ; font paraître des faiblesses honteuses , et , supposé le principe de la religion , affreuses et scandaleuses dans la nécessité la plus pressante de se disposer à la mort; ont pour Dieu des cœurs froids et des cœurs durs , dans la vue même prochaine de la mort. Telle est la destinée fatale des mondains que Dieu rejette. Au contraire, ceux qu'il choisit pour être, comme dit saint Paul, des vases de miséricorde, s'ils sont dans le désordre du péché , préviennent la mort par une véritable pénitence ; purifiés par la pénitence , regardent la mort avec tranquillité, et en soutiennent le combat avec fermeté; mourant, achèvent de se sanctifier par la mort , ou plutôt sanctifient la mort même , et se la rendent précieuse devant Dieu par la ferveur de leur piété. Ainsi meurent les élus de Dieu : et c'est ainsi, mes chers auditeurs, qu'est mort le grand prince à qui nous rendons aujourd'hui les devoirs funèbres.

Il est mort en sage chrétien , parce qu'il a voulu que sa mort fût précédée de sa conversion et de son retour à Dieu; il est mort en héros chrétien, parce qu'il a fait paraître en mourant toute la grandeur de son âme ; il est mort en parfait chrétien , parce qu'il a consacré les derniers moments de sa vie par tout ce que la religion peut inspirer de plus saint et de plus tendre à un cœur fervent. N'ai-je donc pas eu raison de lui appliquer cet éloge de l'Écriture: Nequaquam^ ut mori soient ignavi, mortuus est. (2. Reg., 5); Il est mort, mais non pas comme les lâches mondains, ni comme les lâches impies ont coutume de mourir. Or voilà , hommes du siècle, ce que vous devez imiter. Ni la valeur de ce prince, ni ses qualités héroïques ne sont presque pas des exemples pour vous, tant elles ont été élevées au-dessus de vous. Mais sa conversion et sa mort sont des modèles que Dieu vous avait réservés, et dont je défie les cœurs les plus impénitents, et les plus endurcis pécheurs, de n'avoir pas été touchés.

Il voulut en sage chrétien, par un retour à Dieu aussi sincère qu'exemplaire, prévenir la mort. Ce fut votre ouvrage, Seigneur, et la gloire en est due encore aujourd'hui à votre grâce toute-puissante. Il aurait pu, suivant le malheureux usage des esclaves du monde, attendre jusqu'à la dernière heure, et par d'opiniâtres délais, dans l'impuissance de se résoudre, pousser jusqu'au bout le désordre d'une espérance présomptueuse; mais il avait trop de lu-

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oiiires pour prendie un si mauvais parti. Persuadé qu'une conversion à la mort n'était d'ordinaire qu'une conversion forcée, et qu'une conversion forcée ne pouvait jamais être une conversion chrétienne, il en médiu une qui, au moins de ce côtélà, no pût pas à lui-même lui être suspecte; et il voulut , par des épreuves solides de soi-même, se donner le loisir de se convaincre que c'était lui qui quittait son péché , et non pas son péché qui le quituit. Touché du souvenir des dangers qu'il avait courus, et dans lesquels, prodigue de son âme aussi bien que de sa vie, il avait mille fois risqué son salut éternel, il conçût l'importance et l'obligationde l'assurer une fois. Son âme, sauvée de tant de périls, lui parut précieuse; il ne voulait pas qu'en vain la Providence eût fait tant de miracles pour le conserver; il crut lui devoir cet hommage, non-seulement de ne la plus tenter, mais de racheter, par ce qui lui restait de jours et d'années, Voubli de Dieu et de soi-même dans lequel il avait vécu. Le moment de salut arriva pour lui; il le eonnut , et dans un temps où le monde ne s'y attendait plus , mais où le Dieu des miséricordes avait préparé son coeur, ce prince, qui n'avait si longtemps balancé que pour s'affermir davanUge, après avoir pris toutes les mesures pour s'attirer le don du ciel, se déclara enfin par un changement qui réjouit les anges et qui édifia les hommes , qui consola les gens de bien et qui confondit les impies. Quel coup de foudre pour ceux-ci , lorsqu'ils virent éclater les véritables sentiments de ce héros, duquel ils s'étaient jusque-là, quoique injustement, prévalus pour autoriser leur conduite! Ce coup, mes chers auditeurs , les atterra et les consterna. De tout autre exemple, le libertinage en aurait appelé, ou plutôt, contre tout autre exemple, il se serait ou élevé ou inscrit en faux. Car voilà l'iniquité de l'esprit libertin du siècle. Qu'un mondain, même de bonne foi, réforme sa vie, on raisonne sur sa conversion , on en cherche les motifs , on veut que l'intérêt soit le ressort qui ait donné le mouvement à la grâce ; et quand tous les dehors sont hors de prise, on va fouiller jusque dans les intentions les plus secrètes, pour y trouver le levain caché de Thypocrisie et de la dissimulation.

La conversion de notre prince fut à couvert de tout cela. Sa bonne foi et la sincérité de son procédé étaient si établies dans le monde, que l'impiété la plus maligne se tut, et respecta dans sa personne l'œuvre de Dieu. En effet, jamais retour à Dieu ne fut plus humble, plus uniforme, plus constant ni mieux soutenu, plus accompagné de toutes les conditions que le monde même respecte, et qui font dans les actions des hommes ce caractère d*irrépréheosibiKté ddnt parle saint Paul. Quelles mesures de prudence, je dis de prudence chrétienne,

son humilité n'y observa-t-elle pas? Également ennemi de l'affectation et de l'ostentation, il évita soigneusement tout ce qui pouvait ressentir l'une ou l'autre dans l'accomplissement d'une résolution si sainte; et l'une de ses applications fut de n'y mêler aucune singularité par où il semblât avoir voulu s'en faire honneur : s'étant proposé pour modèle le sage et l'humble saint Augustin, qui en usa de la sorte, de peur, disait-iriui-même dans le livre de ses Confessions, qu'on ne Taccusât, ou qu'on ne le soupçonnât d'avoir voulu paraître grand jusque dans sa pénitence : Ne conversa in/achtm mewn itUuentium ora dicerent quod quasi appe* iUssem magnus vlderi. (L., 9, Con/es., t.) Avec quelle égalité d'âme et quelle constance notre prince ne poursuivit-il pas ce que la grâce du Seigneur lui avait si divinement inspiré? Incapable d'un vain projet, il se prescrivit dès lors à soi-même une forme de vie chrétienne, qu'il pratiqua sans relâche, et de laquelle il ne se démentit jamais : assistant chaque jour, mais avec un respect digne de Dieu, au mystère adorable et redoutable; priant, comme le centenier Corneille, avec assiduité ; nourrissant son âme de la lecture des Ëcritures saintes , dont Dieu lui avait donné le goût ; la purifiant par la patience, qui, selon l'apôtre, devint l'épreuve de sa foi , aussi bien que la matière de sa pénitence ; bénissant Dieu dans ses douleurs, et lui en faisant par sa soumission un sacrifice continuel : tout cela à la vue de sa maison, qu'il édifiait, et qu'il réglait par son exemple; n'ayant pas eu moins de zèle pour donner, selon l'Évangile, les marques nécessaires de sa conversion, et. pour en faire voir les fruits, que de modestie pour en éviter l'éclat; et jusqu'au temps que le Seigneur acheva d'y mettre le sceau de la grâce finale, ayant soutenu avec une inviolable persévérance ce qu'il avait si saintement et si mûrement entrepris.

Ainsi préparé du côtéde Dieu , faut-il s'étonner s'il a fait paraître en mourant toute la grandeur de son âme, et s'il est mort en héros chrétien ? Car on peut bien dire de lui ce qu'a dit l'Écriture d'un saint roi dont elle a canonisé la piété, Spiritu magno vidit uUima ( Ecoles,, 48), qu'il a envisagé sa fin avec cet esprit de héros qui fut encore ici son caractère, et qui jamais ne fut plus grand que quand il se trouva dans sa personne sanctifié par la religion : Spiritu magno. Les impies et les enfants du siècle, ; malgré la prétendue force d'espnt qu'ils affectent . pendant la vie , laissent voir aux approches de la mort toute leur faiblesse. Ils sont désolés à la mort, parce qu'ils n'ont pas assez de force pour se résoudre à quitter la vie. Ils veulent à la mort être trompés , parce qu'ils n'ont pas le courage de s'entendre dire qu'il faut mourir. Leur en porter la parole est pour eux une mort anticipée , que la fausse prudence du

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lîècle croit toujours leur devoir épargner. Un malbeureux respect humain, fondé sur leur conduite passée, et encore plus sur leur disposition présente, ferme sur cela la bouche aux plus zélés de leurs amis. On écarte les ministres de TÉglise, dont au moins la vue les avertirait d*y penser ; et la crainte d'effrayer un pécheur mourant, mais particulièrement un grand du monde, fait qu'on le livre tel qu'il est et qu'on l'abandonne à la rigueur des jugements de Dieu : terrible, mais juste châtiment de sa lâcheté.

C'est ce que nous voyons tous les jours : mais c'est ce qu'on n'a pas vu dans le héros dont je vous propose l'exemple. Que fait-il ? Frappé de la maladie qui doit décider de son sort , pour en bien soutenir l'atuque, il en veut savoir le péril: il commande, mais en prince et en mattre, qu'on ne lui déguise rien de l'état où il est ; il oblige ceux qu'il a honorés de sa confiance à lui rendre cet important , quoique douloureux office ; il leur enlève lui-même toutes les difficultés ; il reçoit la nouvelle de sa mort, comme il a cent fois reçu les ordres de son souverain, c'est-à-dire, comme un ordre du ciel, auquel il est prêt d'obéir; et le premier sentiment dont il est touché , c'est d'adorer en esprit et en vérité l'auteur de son être , en lui disant avec une soumission également chrétienne et héroïque : Domi" nus est; quod banium est in ocuHs stds facUU (1. Reg,9 3) : Il est le mattre de ma vie; qu'il fasse de moi ce qui est agréable à ses yeux. Posséda-t-il jamais son âme avec plus de fermeté ; et dans un jour de bataille, eut-il jamais plus de présence et plus d'application d'esprit que ce jour-là? Quoique mourant, aucun de ses devoirs ne lui échappe. Il écrit au roi une lettre aussi tendre que respectueuse. Il profite de ce moment pour obtenir une grâce qu'il a si ardemment souhaitée, et qui va finir la disgrâce d*un prince qu'il ne peut oublier ; d'un prince qu'il a reconnu si digne de ses soins; d'un prince qu'un mérite éprouvé, et dont il répond, lui a rendu encore plus cher que la proximité du sang. Il pourvoit aux affaires de sa maison avec autant de liberté que de sagesse. Il pense à ses amis : et malgré eux, par les bienfaits dont il les comble; il leur donne les dernières marques de sa précieuse amitié. Vous diriez qu*en effet la mort n'est pour lui qu'un départ et un voyage auquel il se dispose; au lieu que l'impielaregardecomme une entière ruine , etcomme une totale destruction : Et quod a nabis est iter, ^x» terminium, {Sap. , 3.) Mais laissons la ces devoirs du monde, et attachons-nous à ce qu'il fait comme chrétien.

Le déiiordre , ou plutôt le scandale des mondains qui meurent, est qu'on n'ose même leur parler de ce que l'Église a pour eux de plus salutaire et de phis saint. Cette idée des sacrements de l'Église ,

qui , dans les vues de la foi, devrait les remplir de consolation et de force, du moment qu'on la leur propose, les jette dans des abattements d'esprit, qu'on ne sait si l'on doit imputer à une simple làcheté , ou à une énorme dureté ; et Dieu veuille qu'il n'y entre point d'infidélité ! Quels détours ne fautil pas prendre, et, à la honte de la religion, quels ménagements ne faut-il pas apporter pour les déterminer à se munir de ces divins secours, et à se pour^ voir de ces remèdes souverains, qui sont les source? du salut ? Ni ménagements , ni détours ne sont nécessaires pour y déterminer notre prince. U les désire lui-même avec ardeur; il les demande avec empressement ; il n'attend pas que son esprit affaibli ne soit plus en état d'en profiter ; il veut , pour en ressentir toute la vertu , être dans un parfait usage de sa raison, et posséder son âme entière pour s'en appliquer tout le fruit. Instruit de cette grande vérité , que les choses saintes ne sont que pour les saints, il s'y prépare, non-seulement par une confession fervente, mais par une exacte et rigoureuse discussion de toutes les obligations que sa religion lui prescrit, et auxquelles il achève de satisfaire. Œuvres de piété, de charité, de justice, il n'omet rien de tout ce que la délicatesse d'une conscience aussi éclairée que la sienne peut lui suggérer : et ce que Ton a admiré, ou même vanté dans les consciences les plus timorées, est ce qu'il accomplit avec toute l'humilité du serviteur inutile , mais pourtant fidèle. Si quelque chose, malgré ses soins, se trouve avoir manqué à ce qu'il ordonne, et à quoi il soit obligé, il y supplée par la plus sdre et la plus efficace de toutes les voies. Il sait l'amitié qu'a son fils pour lui, il connaît son cœur, et fl ne croit pas pouvoir donner à Dieu une caution plus infaillible de ce qui lui resterait à acquitter, que l'amitié de ce fils sur laquelle il se repose. Se trompait-il, et, fondé sur cette amitié, n'avait-il pas droit de s'assurer de tout? Mais achevons.

Après avoir reçu son Dieu , plein de zèle et animé de cette ferveur qui est comme l'effet sensible du sacrement dans ceux qui le reçoivent bien disposés, il répand son âme en présence des siens. Prince et princesse qui m'écoutez, oserai-je vous remettre devant les yeux ce triste spectacle que votre douleur eut tant de peine à soutenir ? Mais suspendez pour un moment votre douleur , et dites-moi : avezvous jamais ou! parler avec plus de dignité , avec plus de grâce, avec plus d'énergie et plus de force, de vos plus essentiels devoirs , que vous en parla ce héros mourant ? Non , je ne craindrai pas de vous rappeler ses dernières paroles. Je sais que vous ne pouvez les oublier, et que vous en fûtes trop vivement pénétrés pour en perdre jamais le souveillr. Quand vous n'auriez pas eu jusqu'alors les sentiments de religion que Dieu vous a donnés, ce prince.

Il s'est distingué est d'avoir chéri les pauvres comme ses enfants et comme sa propre famille ; puisque ni réclat, ni la foule de ses importantes occupations, ne lui ont jamais ôté un moment de cette application infatigable qu'il a eue pour lebien des pauvres; puisqu'il n'y a point de maison ni d'établissement des pauvres qui n'ait été l'objet de son zèle, et qui n'en ait ressenti les effets ; puisque les pauvres eux-mêmes, par leurs gémissements et par leurs larmes, protestent avoir perdu en lui un protecteur, qu'à peine espèrent-ils recouvrer jamais. Je pourrais, dis-je, pour l'exécution même de mon dessein , vous retracer Tidéede cet homme incomparable , et l'éloge que je ferais de sa personne ne serait qu'une reconnaissance publiqueque vous confesseriez lui être due. Mais mon regret particulier, ( car combien en particulier me doit être, non-seulement vénérable, mais précieuse et chère sa mémoire? ) ma douleur trèsvive et très-sincère m'empêche de vous en dire davantage, et de m'expliquer autrement que par mon silence. Suspendons pour quelques moments les réflexions que nous aurions à faire sur une perte que nous ne pouvons assez pleurer : et pour bien comndre ce que c'est dans la maison de Dieu qu'un serviteur Gdèle, adressons-nous à la Vierge qui prit la qualité de servante du Seigneur, au même temps qu'elle en fut déclarée la mère. Àoe, Maria,

TV. 1?. On a cru ne deToir pas omeUre id Fessai d'an panégyrique de saint Benoit, que le père Bourdaloue avait traoé pour une célèbre communauté de religieuses bénédictines , et qui se trouvait placé à la fin du second volume des Pfhûe»,

POUR LA FÊTE DE SAINT BENOIT

SERMON

POUR

LA FÊTE DE SAINT BENOIT

Non e$t ahniiii illi in UgUlatotibtu,

Entre les législateurs n D*y en a point de semblable à lui. lÀvrt de Job, chap. 26.

C'est de Dieu même que ces paroles doivent s'entendre dans le sens de l'Écriture , et le saint homme Job en parlait ainsi, parce que Dieu est en effet le premier et l'incomparable entre les législateurs. Je sais que Dieu a oe degré d'excellence, en quelque qualité que nous le considérions ; mais il faut avouer qu'en qualité de législateur, il a un caractère de perfBction qui le rend encore plus inimitable, et qui le distingue plus particulièrement des autres. Car, selon la remarquedesainlGrégoiredeNazianze,ilest tellement législateur, qu'il est en même temps la loi : c'est-à-dire, que la loi de Dieu n'est rien autre chose que Dieu même; et que Dieu qui donne la loi à tous les êtres créés est lui-même la première et essentielle loi de toutes les créatures. Caractère pro-

pre de la divinité. Caractère fondé sur la nature et la prééminence de TÊtre de Dieu. Caractère incommunicable à tout autre que lui : et voilà par où lui convient dans toute son étendue ce bel et magnifique éloge , qu'entre les législateurs il n'y en a pas un qui l'égale.

Permettez-moi néanmoins,'mesdames, d'appliquer en quelque manière ce même éloge au grand saint Benoît dont vous célébrez aujourd'hui la fête. Ce fut un législateur envoyé de Dieu , et suscité dans FÉglisepouryétablirdesloisdesaintetéetdeperfection. Tel est le portrait que l'Ëglise nous en a fait ellemême, et c'est sous cette image qu'elle nous l'a représenté en le mettant au rang des saints. U n homme, dit-elle , qui fut le restaurateur de la discipline monastique , presque entièrement ruinée dans l'Occident. Et par où la rétablit-il ? Par l'institution de sa règle ; de cette règle qui a sanctifié des millions d'âmes , et opéré des effets de grâce que nous ne pouvons assez admirer.

Or, pour expliquer mon dessein , entre les qualités nécessaires à un législateur, il y en a trois principales, la sagesse, l'autorité, et le succès : la sagesse pour disposer la loi, l'autorité pour la faire observer, et le succès pour la répandre et lui soumettre un grand nombre de sectateurs. Le législateur doit avoir des lumières et de la prudence, parce qu'il doit ordonner ; il doit avoir de l'autorité et de la force, parce qu'il doit obliger; et il doit avoir du bonheur dans ses entreprises, parce qu'il doit engager les hommes à recevoir sa loi et à Tagréer. C'est sur ce plan , mesdames , que j'ai formé le panégyrique de votre glorieux patriarche. De tous les instituteurs que la Providence a choisis pour rétablissement des ordres religieux , nul ne fit paraître plus de sagesse dans les mesures qu'il prit pour bien disposer sa règle, et pour attirer sur lui l'esprit de Dieu ; premier point. Nul ne témoigna plus de zèle, et n'eut plus d'autorité pour maintenir sa règle et pour la faire pratiquer; second point. Enfin, Dieu ne donne à nul autre plus de succès pour la propagation de sa règle et pour la perpétuer ; troisième point. Dans ces trois points , qui partageront ce discours, vous trouverez de quoi vous instruire et de quoi vous édifier, si vous voulez m*honorcr de votre attention.

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