‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 74 sur 352 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ce fut sans doute un changement bien subit et bien étrange que celui de Pierre ; ce fut une faiblesse bien condamnable , lorsque , voyant Jésus- Christ entre les mains des Juifs, et craignant d'être arrêté lui-même comme son disciple et enveloppé

vous me préserverez de vos vengeances pour liie dans le même sort , il ne se contenta pas de mécon

recevoir parmi vos élus, et me faire part de votre gloire, où nous conduise, etc.

EXHORTATION

SUR

LE RENIEMENT DE SAINT PIERRE

BtpoêtptuiUum, rurtus qui astabant dicebant^ Pelro : Fert «r iUi» es ; nam et GalilœuB es. Ille autem cœpit anaihema^ Uxare, et juron : Quia neecio hommem istum quem diciiii,

Quelqae temps après , ceux qui se trouvèrent là , dirent à Pierre : ÀMurément tous êtes de ces gens-là ; car vous êtes tossi de Galilée. Mais il se mit à faire des imprécaUons, et à dire avec serment : Je ne connais point cet homme-là, dont vous me parlex.SAurr Marc, chap. I4.

N'était-ce donc pas assez pour le Sauveur du monde qu*un de ses apêtres l'eût trahi et vendu , et fallaitil que, dans son affliction, il eût encore la douleur de voir le prince même des apôtres le renoncer, et d'entendre celui qu'il destinait à être un jour le souverain pasteur des fidèles le charger d'anathèmes et le blasphémer ? Providence de mon Dieu ! vous le permîtes ainsi , selon les décrets éternels de cette justice impénétrable dont nous devons adorer les jugements sans entreprendre d*en découvrir le fond et de les examiner. Quoi qu'il en soit, cette colonne sur laquelle devait porter le saint édifice de l'Église, fut ébranlée; Pierre tomba, et nous donna tout à la fois, dans sa chute, et un exemple sensible de la fragilité humaine , et une triste image de ce qui se passe tous les jours parmi nous. Car au milieu du christianisme; combien de chrétiens renoncent tout de nouveau Jésus-Christ ! mais avec cette différence bien essentielle et bien funeste pour nous, que Pierre ne renonça son maître que dans une rencontre , et que par une prompte pénitence il prévint les suites malheureuses de son infidélité ; au lieu que nous renonçons ce Dieu sauveur habituellement, constamment , et que par là nous nous exposons à être renonces nous-mêmes. En deux mots qui comprennent tout le sujet de cet entretien , Jésus-Christ renoncé par les mauvais chrétiens , ce sera la première partie ; et les mauvais chrétiens renonces par Jésus- Christ, ce sera la seconde. Deux vérités affligeantes que je prends ici occasion de traiter, et qui pour-

naître publiquement ce divin Sauveur, mais qu'il en vint Jusqu'aux imprécations et aux serments. Était-ce là cet homme auparavant si résolu ainsi qu'il le protesta plus d'une fois, et si déterminé à perdre la vie plutôt que d'abandonner jamais le Fils do Dieu? Etiam si aportuerit me mori, non te negabo. (Matth. , 26.) Était-ce cet apôtre si ferme et si intrépide, qui seul dans le jardin s'était présenté au combat contre une multitude de gens armés , et qui n'attendait qu*un ordre de son maître pour se jeter au milieu d'eux ? Domine , si percutlmus in gladiof (Luc, 32.) Après de si belles démonstrations, après une conduite si hardie et des sentiments si généreux, une parole l'étonné; une simple fille le fait trembler : dans le trouble où il entre et la frayeur dont il est saisi , il devient blasphémateur et parjure; il renonce son Dieu et sa foi : Nescio homU nem istum, (Matth., 26.) De dire qu'en ce moment la grâce lui avait manqué, ce serait renouveler une erreur proscrite dans 1 Église et flétrie de ses censures : mais disons avec plus de vérité, que dans cette fatale conjoncture il manqua à la grâce , qui pouvait le confirmer et le soutenir. De dire que sa chute fut une suite et le juste châtiment de sa présomption , c'est la pensée de tous les Pères et de tous les interprètes, autorisée par l'Évangile et fondée sur l'oracle du Saint-Esprit. Mais sans rechercher la source de son désordre , considérons le nôtre , et confondons-nous d'avoir tant de fois nous-mêmes renoncé Jésus-Christ , et de le renoncer peut-être encore tous les jours. Vous me demandez comment, et je vais vous l'expliquer. ,

C'est une plainte que faisait saint Paul écrivant à Tite son disciple , et déplorant la conduite de quelques chrétiens, fidèles tout à la fois et infidèles ; fidèles dans les paroles , mais infidèles dans la pratique et dans les œuvres : Confitentur se nasse Dewn, factis autem negant. {Tit,,l,) Il est vrai , disait ce docteur des nations, ils parlent comme nous; mais ils n'agissent pas comme nous : ils confessent comme nous Jésus-Christ, Fils de Dieu et vrai Dieu; mais ils n'observent pas comme nous sa loi , et par leurs mœurs ils blasphèment, non plus ce qu'ils ignorent, mais ce qu'ils connaissent et ce qu'ils croient. Or tel est le déplorable désordre où nous sommes tombés dans le christianisme, et voilà comment le

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monde naéme chrétien a renoncé et renonce sans cesse Jésus-Christ. Renoncement le plus universel, et renoncement le p(us criminel. Développons ces deux points , qui nous donneront bien lieu de gémir, pour peu que nous soyons sensibles aux intérêts de la sainte religion que nous professons.

Renoncement le plus universel : car [k quoi ne s*étend-ii pas, et jusqu'où ne le porte-t-on pas? On le renonce, cet adorable et divin Maître, en tout : c'est-à-dire, qu'on le renonce dans sa vie et dans ses exemples, qu'on le renon ce dans sa mort et dans sa croix , qu'on le renonce dans son Évangile et dans sa morale, qu'on lé renonce dans ses sacrements, et en particulier dans le plus auguste et le plus saint de ses mystères, enfin qu'on le renonce jusque dans ses disciples et ses sectateurs. Et pour en venir à la preuve, qu'est-ce que renoncer Jésus -Christ , ainsi que nous le devons présentement entendre? C'est tenir une conduite toute contraire à celle de Jésus-Christ; c'est suivre dans l'usage ordinaire de la vie des maximes et des règles incompatibles avec l'esprit de Jésus-Christ ; c'est rejeter ce qu'il a recherché, fîiir ce qu'il a aimé, négliger sans attention et sans soin ce qu'il nous a laissé de plus salutaire et de plus précieux, l'attaquer jusque dans ses membres, et faire de ses imitateurs et de ce petit nombre de fidèles qui lui sont dévoués , le sujet ou des plus malignes railleries, ou des plus violentes persécutions. Or, n'est-ce pas là comment letraîtent une multitude innombrable de mondains , quoique éclairés des lumières de la foi et nourris dans le sein de son Église? Nous n'avons qu'à ouvrir les yeux et qu'à les jeter autour de nous pour nous en convaincre : l'expérience ne nous en instruit que trop, et il serait à souhaiter que nous n'en eussions pas des témoignages si sensibles et si communs.

On le renonce dans sa vie et dans ses exemples. Il nous les a proposés pour modèles , et c'est à nous aussi bien qu'à ses apôtres qu'il a dit : Exemplum dedi vobis , ut qttemadmodum ego feci , ita et vos faciatis (Joan., 13); Je suis venu et j'ai vécu parmi vous, afin que vous puissiez vous former sur moi , et que par une sainte conformité de pratiques et d'actions on pût me reconnaître en vous. L'apôtre, dans le mêmesens, voulait que la vie de Jésus- Christ parût dans la vie des chrétiens, qui composent le corps mystique dont il est le chef : Ut et vita Jesu manifestetur in corpof^ibus nostris,{^. Cor., 14.) Et ce maître des gentils prenant pour lui-même ce qu'il enseignait aux autres , et se l'appliquant dans toute son étendue et toute sa force, croyait, sans perdre l'humilité chrétienne, pouvoir dire de lui : Ce n'est pas moi qui vis, mais Jésus-Christ qui vit en moi : P'ivoautem,Jam non ego; vivit vero in me Christus, {Galat,y 2.) Pouvons-nous parler de la sorte? y a-t-il dans toute notre vie un seul trait qui

ne soit pas directement opposé à la vie de Jésus- Christ pauvre et amateur de la pauvreté, de Jésu»^ Christ humble et amateur de l'humiliation et de* l'obscurité, de Jésus-Christ ennemi du siècle et de ses fausses prospérités ?

On le renonce dans sa mort et dans sa croix. Cett»' croix , selon le langage de saint Paul , a été unefolie pour les gentils et un scandale pour les Juifs ^ mais dit saint Chrysostôme, elle est souvent pour nous l'un et l'autre tout ensemble : une folie, quand nous devrions /a rechercher nous-mêmes ^ et un scandale , quand nous sommes forcés de la porter : une folie, quand nous devrions la rechercher nous-mêmes , parce que bien loin de la rechercher en effet , nous mettons toute notre sagesse à la fuir et à ne rien souffrir; un scandale , quand nous sommes forcés de la porter, parce que nous en faisons le sujet de nos révoltes intérieures et de nos murmures. Que Dieu nous envoie une affliction , et que par là il veuille nous associer à Jésus-Christ souffrant et crucifié, en quelle désolation ne tombons^nous pas? à quels excès , et quelquefois à quels désespoirs ne nous emportons-nous pas? On a beau nous dire que cette croix , cette peine qui nous arrive est une por* tien de la croix du Sauveur, elle nous paraît insoutenable; et quoiqu'elle nous soit présentée de la main même du Fils de Dieu , quelque légère d'ail* leurs qu'elle puisse être , au lieu de la recevoir avec respect , nous la rejetons avec horreur.

On le renonce dans son Évangile et dans sa moraie. Il y a deux morales qui se contredisent formellement, la morale de Jésus-Christ et la morale du monde. Parcourons les maximes de Tune et de Tautre, nous n'en trouverons point entre lesquelles 11 ne se rencontre une contrariété absolue. Selon la morale de Jésus-Christ , toute affection aux biens de la terre et aux richesses temporelles est réprouvée ; et selon la morale du monde , il faut avoir, et avoir le plus qu'on peut, et avoir le plus tôt qu'on peut, et avoir comme on peut. Il y faut tourner tous ses désirs et toutes ses réflexions; il y faut appliquer tous ses soins : car on ne vaut, et l'on n'est heureux qu'autant qu'on se voit à son aise et bien pourvu. Selon la morale de Jésus-Christ, c'est une béatitude que d'être doux et débonnaire, que d'être pacifique et patient, que d'endurer les injures et de les pardonner; et selon la morale du monde, c'est une lâcheté que de supporter la moindre offense. Il n'y a point là-dessus de ménagement à garder, il n'y a point de satisfaction qu'on ne doive exiger, point de paix qu^on ne doive pour cela troubler, point d'intérêt qu'on ne doive sacrifier : autrement, ce serait se couvrir d'une tache ineffaçable , et se mettre dans un opprobre dont on ne se laverait jamais. Selon la morale de Jésus -Christ, nous n'entrons point dans le royaume du ciel , si nous ne nousïai

SUR LE AENIEMËNT DE SAINT PIERRE

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sons petits comme des enfants ; et selon la morale du inonde, c'est une bassesse de cœur que de ne travailler pas, autant quMl est possible, à se distinguer, à se faire de la réputation , à s'attirer du respect , à s'établir dans l'autorité et dans le crédit, à se pousser dans les emplois, dans les dignités. L'ambition est une noblesse d'âme, et c'est n'avoir point d'honneur, que de ne se -sentir pas piqué d'une si belle passion. Selon la morale de Jésus-Christ, l'état de ceux qui pleurent en cette vie , de ceux qui mortifient leurs sens, de ceux qui font pénitence, est préférable à tous les plaisirs et à toutes les joies du siècle ; mais là-dessus quelle est la morale du monde , et à quoi nous porte-t-elle? à se divertir, à jouir du temps, à se procurer tous les agréments de la vie; à être des jeux, des compagnies, des spectacles, des repas; à ne se faire aucune violence, à ne se gêner en rien. Il en est de même de tous les autres articles, qu'il serait trop long de parcourir en détail, et où la morale de Jésus-Christ et celle du monde ont des principes tout différents. Par conséquent, s'attacher à l'une, c'est renoncer à l'autre. Or, des deux laquelle suivons-nous ? quelles maximes débitons-nous dans les entretiens.^ à nous entendre parler, et à voir la manière dont nous nous comportons en tout , peut-on se former quelque idée du christianisme; et si d'ailleurs l'on ne savait que nous en faisons une certaine profession , s'imaginerait-oti jamais que nous avons été élevés à l'école de Jésus-Christ, et que nous croyons à son Évangile?

On le renonce dans ses sacrements , et surtout dans le plds auguste et le plus saint de ses mystères , qiii est la divine Eucharistie. Dans ce mystère adorable fi se propose à nous comme l'objet de notre culte ; mais au lieu des honneurs qui lui sont dus, quels outrages ne lui fait-on pas! Point de respect en sa présence , point d'attention ni de reeueillement : encore si l'on ne le déshonorait que par de simples dissipations et de simples immodesties; mais jusque dans son sanctuaire, à quelles abominations n'en vient- on pas ! quels discours y tienton ! quels sentiments y conçoit-on ! quelles scènes y donne-t-on! quels scandales y cause-t-on! T^ics hommages qu'on devrait lui rendre, on les rend à une idole mortelle; l'encens qu'on devrait lui offrir comme au vrai Dieu, on l'offre à une fausse divinité. Ce n'est pas tout : dans ce même mystère, dans ce sacrement où il réside en personne, il a voulu demeurer avec nous jusqu'à la fln des siècles; il s*est attendu que nous irions l'y visiter, et que , dans ces saintes et salutaires visites, il serait notre conseil, notre consolation, notre ressource; il nous a promis que nous trouverions tout en lui , et nous l'abandonnons comme s'il ne devait rien être pour nous. N'est-il pas étrange que ses temples soient si

solitaires et si délaissés? A peine y voitroa quelques personnes s'entretenir avec lui; à peine y somme^nous entrés à certains jourS) que l'ennui nous prend, et que nous pensons à nous retirer. S'il n'y avait un précepte qui nous obligeât quelquefois d'y patattre , nous nous en absenterions durant des années entières. Il y a encore plus : c'est qu'il nous a donné ce sacrement de son corps et de son sang comme un pain, comme une nourriture, comme le soutien de nos âmes ; mais oe pain de vie, nous ne le mangeons presque jamais ; mais cette nourriture céleste, nous la négligeons, nous la rebutons, nous n'en usons qu'avec dégoût ; mais ce soutien de nos âmes, souvent par de sacrilèges profanations , nous nous en faisons un poison ; en sorte que ce qui devait être notre salut, devient notre mort : ainsi renversons-nous toutes les vues de Jésus-Christ, et abusons-nous de ses grâces contre lui-même et contre nous.

Enfin, on le renonce jusque dans ses disciples et dans ses sectateurs. Quoiqu'il n*y ait plus, comme autrefois, de tyrans qui persécutent l'Église de Jésus-Christ, il y a néanmoins, dans l'Église même, une espèce de persécution moins sanglante , mats du reste non moins dangereuse , qu'ont à soutenir les vrais chrétiens. Il semble que ce soit une honte dans le monde de se conduire selon les prin» cipes de la religion , et d*en pratiquer les devoirs. Qu'une personne prenne le parti de la piété, qu'elle en fasse une profession particulière; qu'une femme se détache de ses habitudes , et qu'elle se réduise à une vie moins mondaine et plus conforme à l'esprit de l'Évangile ; qu*un homme refuse de s'engager dans une affaire , parce qu'elle lui paraît délicate pour la conscience et qu'elle blesse la pureté de la loi chrétienne, cela suffit pour être exposé à mille discours et à mille jugements : d'où il arrive que, comme aux premiers siècles de l'Église, les fidèles qui confessaient Jésus-Christ étaient souvent dans la nécessité de se cacher, pour se mettre à couvert des arrêts et des violences de leurs persécuteurs , ceux maintenant qui veulent vivre selon les règles et la sainteté de la foi qu*ils professent , sont quelquefois dans une espèce d'obligation de dérober leurs pieuses pratiques et leurs bonnes œuvres à la connaissance du public, pour se garantir de la malignité des chrétiens mêmes et de leurs mépris.

Voilà donc le renoncement le plus universel , et il est encore évident que c'est le renoncement le plus criminel. Car, comme la qualité d'apotre dont Pierre était revêtu ne servit qu'à redoubler le crime de sa désertion , ainsi la qualité de chrétiens dont nous sommes honorés , n'a point d'autre effet alors, que de nous rendre plus coupables devant Dieu. ! et plus condamnables. Il est vrai, et il en faut conve* ! nir, tout ce qu'il y a eu d'infidèles ont renoncé Je-

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•us -Christ; ils 8*en sont hautement déclarés, et quelque différents quMls fussent de secte et de religion, ils sont tous convenus en ce point, de faire ia guerre à cet Homme-Dieu : Convenerunt in unum adoersus Dominum et adversus Christum ^us. (Psaim, 2.) Mais, après tout, il y a là-dessus une réflexion à faire, qui est essentielle : c*est que ces infidèles, qui se sont ligués contre le Fils de Dieu, ne le connaissaient pas pour ce qu'il était, et qu'ils n*y avaient pas la même créance que nous. Si donc, par exemple , les païens Font renoncé dans sa personne et dans sa divinité, c'est qu'en effet ils ne le regardaient pas comme un Dieu , et qu'ils traitaient les honneurs divins qu'on lui rendait, de superstition et de profanation. En cela ils étaient aveugles, et malheureux dans leur aveuglement; ils étaient même coupables; mais du reste, tout coupables qu'ils pouvaient être, ils agissaient conséquemment , et péchaient autant par erreur que par une malice délibérée. Si les Juifs l'ont renoncé dans sa doctrine et dans sa loi , c'est qu'ils ne le prenaient pas pour le Messie et l'envoyé de Dieu, et que, trop prévenus en faveur de la loi de MoTse, ils rejetaient comme une loi supposée le nouvel Évangile qu'il leur annonçait. Car, dit saint Paul, s'ils avaient été persuadés qu'il leur parlait de la part de Dieu , et qu'il était Dieu lui-même , ils ne l'auraient pas crucifié. C'était opiniâtreté dans eux de ne pas écouter sa parole, confirmée par tant de miracles, et leur ignorance était inexcusable; mais enfin l'auimosité qu'ils témoignèrent contre lui était une suite naturelle de cette ignorance, et ils ne se portèrent à de si cruels excès, que par un faux principe où ils pensaient être bien fondés. Si les hérétiques l'ont renoncé dans ses principaux mystères , et , pour ne rien dire des autres, si les hérétiques de ces derniers siècles le renoncent dans le sacrement de ses autels, et s'ils refusent de l'y adorer, c'est qu'ils ne croient pas qu'il y soit réellement ; ils se trompent, ils s'égarent, et ils sont condamnables dans leur égarement, parce qu'ils s'obstinent contre les témoignages les plus certains ; mais après tout , selon leur intention, ce n'est pas à lui directement qu'ils s'attaquent, et ils ne manqueraient pas de lui rendre tout l'honneur qu'il mérite , du moment qu'ils viendraient à se détromper et à s'apercevoir de l'illusion où ils sont engagés.

De là il nous est aisé de conclure que, de toutes les contradictions où l'on tombe à l'égard de ce Dieu sauveur, il n'en est point de plus injurieuse, ni par conséquent de plus criminelle que la nôtre : ear, en même temps que nous le renonçons , soit dans sa vie et dans ses exemples par une vie toute profane et toute mondaine , soit dans ses souffrances et dans sa croix par notre extrême délicatesse et nos sensualités, soit dans son Évangile et dans

sa morale par des maximes et une conduite formellement opposées , soit dans son adorable sacrement et le précieux sacrifice de son corps et de son sang par nos négligences et nos irrévérences, soit dans ses disciples et ses sectateurs par nos mépris et la malignité de nos jugements, nous savons néanmoins, ainsi que la foi nous l'enseigne, que sa vie et ses exemples nous doivent servir de règle; qu'il a souf-| fert et qu'il est mort sur la croix, pour nous inspirer! le détachement de nous-mêmes, et l'esprit de pa-: tience et de mortification; que son Évangile est une' parole de vérité, et que sa morale contient nos plus essentielles obligations; qu'il est en personne dans son sacrement, ou plutôt que ce divin sacrement n'est autre chose que lui-même , vrai Dieu et vrai homme; enfin que ses disciples etses sectateurs sont ses élus , ses favoris, et qu'en s'attachant à lui ils ont pris le meilleur parti, et même le seul qu'il y ait à prendre. Or, savoir tout cela , et cependant le renoncer en tout cela , n'est-ce pas le traitement le plus indigne et l'injure la plus outrageante ?

Voilà ce que nous ne pouvons assez méditer, et c'est à quoi saint Paul exhortait les Hébreux de penser incessamment : Recogitate eum qui talem sustinuit a peccatoribus adversus semeiipsttm coU' tradictionem, (Hebr., 2.) Mes frères, leur disait ce grand apôtre , pensez à celui qui a souffert de la part des pécheurs une telle contradiction. Il ne leur dit pas qu'ils pensent aux affronts et aux outrages que Jésus-Christ a reçus de la part des Juifs, ni à la violence du supplice dont ils le firent mourir; mais à la contradiction des pécheurs, parce que cette contradiction lui est mille fois plus sensible. 11 ne leur dit pas seulement, Pensez-y; mais pensez-y continuellement : Recogitate ; n'en perdez jamais le souvenir, parce que ce souvenir, bien imprimé dans vos esprits, y produira des fruits infaillibles de conversion. Occupons-nous sans cesse nous-mêmes de cette pensée, conservons-la, entretenons-la dans notre cœur : Recogitate. A force de nous représenter souvent le désordre d'une contradiction qui dément toute notre foi , nous en concevrons de l'horreur, nous nous humilierons en la présence de Jésus- Christ, nous lui dirons : Ah! Seigneur, il n'est que trop vrai, et je suis obligé de le reconnaître à ma confusion, j'ai contredit votre loi , j'ai contredit vos actions , je vous ai contredit en tout ce que vous avez voulu être pour moi ; et en vous contredisant de la sorte, je me suis contredit moi-même : car il ne m'était pas possible d'être bien d'accord avec moi-même, tandis que j'étais en contradiction avec vous, et voilà ce qui a fait le trouble de mon âme. Si j'avais été tout à fait athée et sans religion, j'aurais eu du moins quelque sorte de paix dans les dérèglements de ma vie; mais ce reste de foi que je n'ai point perdu , joint au désordre de ma conduite

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a feit naître dans mon esprit des contradictions qui m'ont jeté en de cmelles inquiétudes. Ainsi , Seigneur, ou je dois me conformer désormais à vous, ou il faut renoncer à mon propre repos et à mon bonheur éternel : car, que puis-je attendre en contredisant et en renonçant l'auteur de mon salut, sinon d'en être à jamais renoncé moi-même et réprouvé? Jésus-Clirist renoncé par les mauvais chrétiens, ça été le premier point; mais aussi les mauvais chrétiens renonces par Jésus-Christ, c'est l'autre point, dont nous devons être d'autant plus touchés qu'il y a plus de quoi nous intéresser.

Quoique Pierrerai t renoncé Jésus-Christ , ce n'est pas , dans le sens où je l'entends , une conséquence qu'il ait été renoncé de Jésus- Christ : pourquoi? Parce que le repentir de cet apôtre suivit immédiatement son péché , et le rétablit promptement dans la grâce qu'il avait perdue. Vous savez comment le Sauveur se tourna vers lui, et le regarda : Et conversus Dominus respexit Petrum. (Luc, 22.) Vous savez quelle impression flt ce regard sur le cœur de ce disciple infidèle. Pierre en fut pénétré, il se reconnut, il se retira à l'écart, il pleura amèrement. Ses larmes effacèrent le crime que sa bouche avait commis en reniant son maître, et bientôt sa douleur le remit auprès du Fils de Dieu dans l'heureux état d'où l'avait précipité une crainte immodérée : Et egressus foras ,flevU amare. (Id.) Mais nous, mes frères, si nous renonçons Jésus- Christ, c'est souvent avec une obstination sans retour : nous demeurons dans cette disposition criminelle, nous y vivons, nous y mourons, et voilà pourquoi je dis que nous sommes aussi renonces de Jésus- Christ. Je m'explique; et suivez-moi, s'il Yous plaît.

Cest un secret de prédestination bien surprenant que Jésus-Christ, le Rédempteur et le Sauveur du nonde, doive être un jour la ruine de plusieurs, et servhr à leur réprobation : mais c'est un autre secret encore plus étonnant que de tous les réprouvés il n*y en ait point pour qui Jésus-Christ soit le sujet d'une plus grande ruine et d'une plus grande damnation , que pour les mauvais chrétiens. Toutefois ces deux secrets nous sont révélés par le Saint-Esprit. Car l'Évangile ne nous a pas seulement fait entendre que cet Homme-Dieu sera la perte étemelle d'un grand nombre d'hommes : Positus est in ruinant muUorum {là.) \ mais il a ajouté que ce serait dans Israël, c'est-à-dire, parmi le peuple de Dieu , parmi le peuple choisi de Dieu , parmi le peuple spécialement aimé de Dieu, et favorisé de la connaissance de Dieu : In Israël. Or quel est ce peuple? le peuple chrétien, qui a succédé au peuple juif, et qui , selon saint Paul , tient main-

tenant la place des vrais Israélites. Pour mieux comprendre ceci , souvenons-nous d'une chose bien terrible qui doit arriver à la fin des siècles : c'est que le Fils de Dieu, après avoir été renoncé par les hommes, les renoncera à son tour dans le jugement dernier, et que ce renoncement de la part de Jésus- Christ sera justement leur ruine et comme le sceau de leur réprobation; de sorte que le renoncement doit être mutuel et réciproque. Quiconque aura renoncé Jésus-Christ, en sera renoncé; quiconque aura désavoué Jésus-Christ, en sera désavoué; quiconque aura , poiir ainsi parler, réprouvé Jésus- Christ, en sera réprouvé. Sa parole y est expresse : Qui negaverit me, negabo eum, (Matth., 10.) Dès le temps même que ce Dieu Sauveur était sur la terre, il a commencé à vérifier cet oracle. Qu'a fait Jésus-Christ dans le monde , demande l'abbé Rupert? Il a contredit et renoncé le monde : Propterea exhibait se mundo, utcontradiceret mundo. Voilà son emploi et sa mission. Il a contredit et renoncé les sensualités du monde, il a contredit et renoncé l'orgueil du monde ; il a contredit et renoncé les convoitises du monde; il a contredit et renoncé les vengeances, les perfidies, les injustices du monde; en un mot, toute sa vie n'a été qu'une contradiction et un renoncement perpétuel à l'égard du monde. Mais après tout, remarque saint Augustin , tous les arrêts qu'il prononçait alors contre le monde n'étaient que comminatoires. Ils sortaient de sa bouche et de son cœur, mais ils ne passaient pas outre. C'étaient des foudres qu'il faisait seulement gronder contre les pécheurs , sans les faire encore éclater sur eux. Mais dans son dernier jugement , poursuit le même saint docteur, il les renoncera pour les perdre, pour les détruire, pour les ruiner. Ce ne seront plus de simples menaces, ni de simples paroles : mais ce sera l'accomplissement et Texécution de toutes ses paroles et de toutes ses menaces. Et comme il n*est rien de plus formidable que ses menaces et que ses paroles, jugeons de là combien à plus forte raison nous en devons craindre l'exécution et l'accomplissement. Autrefois David demandait à Dieu qu'il le préservât des contradictions du peuple : Eripies me de contradictionibus popuU. (Psalm. 17.) Mais moi, mon Dieu, je vous demande toute autre chose. Je n'appréhende point les contradictions ni les jugements des hommes; mais pour les vôtres, je les crains souverainement. Que les hommes s'attachent à condamner ma vie et toute ma conduite, peu m'importe, pourvu que je ne sois pas condamné de vous. Car que peuvent contre moi tous les peuples de la terre, si vous êtes pour moi, si vous vous déclarez pour moi , si vous vous joignez à moi? Mais du moment que vous viendrez, en me renonçant, à me rejeter et à vous retirer de moi , me voilà perdu

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sans ressource, et frappé d'une malédiction éternelle : Qui negaverit me, negabo euni.

Cependant, à qui est-ce que ce renoncement de Jésus-Christ sera plus funeste , et de tous les impies que le Fils de Dieu , comme dit saint Paul , exterminera dans son jugement, qui sont ceux contre qui il s'élèvera avec plus de rigueur? Ah ! mes frères, ce sont ceux qui auront été dans Israël , mais qui n'auront pas vécu en Israélites ; ceux qui , ayant été éclairés de la foi, ne se seront pas mis en peine de suivre ses lumières , et qui , ayant connu Dieu , ne l'auront pas glorifié comme leur Dieu ; ceux enfin que nous comprenons sous le terme de mauvais chrétiens. La raison en est évidente, et la chose s'explique assez d'elle-même. Car il est juste, c'est la réflexion de Tertullien , que ceux qui auront été les plus rebelles à Jésus-Christ sentent à proportion les plus rudes effets de ses vengeances. Il est de la droite équité , c'est la pensée de saint Chrysostôme, que ceux qui lui auront montré plus d'ingratitude en reçoivent aussi de plus rigoureux châtiments. £t il est de l'ordre, conclut saint Bernard, que ceux qui auront eu part aux avantages de sa loi soient jugés selon toute la sévérité de sa loi. Or, entre les réprouvés, il n'y en aura point à qui tout cela convienne plus sensiblement, ni plus incontestablement, qu'aux mauvais chrétiens.

£n effet , .qu'appelons-nous mauvais chrétiens, sinon des hommes rebelles par profession et par état au Sauveur du monde , et dont par conséquent le Sauveur du mondé doit se venger d'une manière plus éclatante? Souvenons-nous de la parabole et de la figure dont se servit là-dessus Jésus-Christ même, parlant aux pharisiens. Il leur dit qu'il était la pierre angulaire sur laquelle devait porter tout l'édifice de notre salut, mais qu'ils l'avafent rebuté; et pour leur faire concevoir à quoi ils étaient exposés par leur obstination : Quiconque, ajouta-t-il, ira heurter contre cette pierre , elle le brisera *, et sur qui que ce soit que tombe cette pierre , elle l'écrasera. Les pharisiens , au lieu de profiter d'un avertissement si salutaire, n'en devinrent que plus animés contre ce divin Maître ; et selon l'expression de l'Évangéliste, leur ressentiment passa Jusques à la fureur. Ne nous endurcissons pas de la sorte : mais détournons, par une sainte pénitence et un prompt changement de vie , l'affreux malhetir dont nous sommes menacés. C'est à nous-mêmes que le Fils de Dieu prétendait parler, aussi bien qu'aux pharisiens. Il est pour nous-mêmes , comme pour eux, cette pierre mystérieuse, cette pierre fondamentale. Or Dieu nous déclare que si jamais elle vient à tomber sur nous , nous en serons accablés ; et d'ailleurs il est indubitable qu'elle y tombera , si nous continuons à faire de criminels efforts pour la rejeter. Combien y en a-t-il déjà qu'elle a brisés?

combien de grands de la terre? combien de potentats et de monarques? Quand un Julien s'écriait dans l'extrémité de son désespoir, ricUti, GaliUee; Tu as vaincu, Galiléen; ne confessait-il pas qu'il succombait sous le poids de la colère de ce Dieu vengeur, et que c'était son bras tout-puissant qui le frappait? Combien de particuliers dans le christianisme ont éprouvé le même sort, ou sont en dan* ger de l'éprouver bientôt ?

Car non-seulement ce sont des rebelles à leur Sauveur, mais des ingrats , d'autant plus condamnables en qualité de chrétiens, qu'ils ont été plus comblés de grâces. Abus, de se persuader que Jésus-Christ, dans le jugement qu'il fera de nous, nous doive être plus favorable , parce que nous aurons eu plus de part à ses bienfaits et à son amour. C'est pour cela même , au contraire, qu'il se rendra plus inflexible à notre égard. Que disait-il à ces villes de Bethsaîde et de Corozaïn, lorsqu'il lançait contre elles ses anathèmes, parce qu'elles étaient demeurées dans leur aveuglement malgré ses miracles? Il leur reprochait que si des païens et des idolâtres eussent été témoins des mêmes merveilles , ils auraient pris le sac et le cilice pour faire pénitence ; et par là même il leur annonçait qu'efles seraient plus sévèrement punies que ces idolâtres et ces païens. Or, qu'avait fait Jésus-Christ dans Bethsaîde , qu'avait-il fait dans Corozaïn , en comparaison de ce qu'il a fait dans nous et pour nous? Il ne visita qu'une fois Bethsaîde; et combien de fois nous a-t-il honorés de ses visites intérieures? Il ne fit entendre qu'une fois sa parole dans Corozaïn ; et ne l'avons-nous pas mille fois entendue ? Que répondra donc un chrétien quand Jésus-Christ lui dira : Vois, malheureux, et compte toutes les grâces que tu as reçues de moi. Avec ces seules grâces, j'aurais converti dans le paganisme des nations entières , et tu n'en as pas été meilleur. A quoi t'ont servi tant d'avis, tant d'instructions, tant de connaissances , tant de bons sentiments , tant de moyens de salut? Tout cela me demande justice contre toi, et cette justice sera mesurée selon ma miséricorde. Or ma miséricorde pour toi n'a point eu de bornes : apprends quelle justice tu dois attendre.

Justice d'autant plus redoutable pour nous qu'ayant vécu dans la loi de Jésus-Christ , nous serons jugés selon la loi de Jésus-Christ. Quel titre de condamnation, et quel sujet de frayeur! y avonsnous jamais fait une réflexion sérieuse? Être jugé selon la loi la plus sainte, selon la loi la plus pure selon la loi la plus irrépréhensible! tellement que cette loi de Jésus-Christ, qui devait être pour nous un fonds de mérite et un principe de vie, servira, contre Tintention de Dieu et de Jésus-Christ même , à notre réprobation et à notre perte. Ce n'est pas ,

SUB LE SOUFFLET DONNÉ A JÉSUS-CHBIST

au reste , que la loi de Jésus-Christ soit mauvaise en soi, ni que ce qui est bon en soi puisse être mauvais en nous : mais, dit Tapdtre, c'est que la concupiscence et nos passions, dont nous nous laissons dominer, s'élèvent en nous contre cette loi , et qu'à Toccasion de cette loi qu'elles nous font violer, elles nous deviennent des sources plus abon-. •dantes de péché.

Voilà , mes chers auditeurs , ce que nous ne pouvons prévenir avec trop de soin. Ne sommes-nous donc chrétiens que pour être un jour plus réprouvés? Cette glorieuse qualité que nous portons ne sera-t-eUe pour nous qu'un caractère de damnation ? A qui nous en pourrons-nous prendre , et qui en pourrons-nous accuser? Sera-ce Dieu qui nous a donné un Sauveur, et qui nous a aimés jusqu'à livrer pour notre. salut son Fils unique? Sera-ce ce ■Sauveur que Dieu nous a donné, ce Fils unique du Père, lequel a bien voulu quitter le séjour de sa gloire, et venir sur la terre pour travailler à l'ouvrage de notre rédemption? Reconnaissons que nous serons nous-mêmes les auteurs de notre ruine , et que nous ne pourrons l'imputer qu'à nous-mêmes. Dans le juste efifroi dont nous devons être saisis, adressons-nous à ce même Sauveur que nous avons tant de fois renoncé, et qui veut bien encore nous recevoir, malgré toutes nos infidélités. Ce n'est présentement qu'un Dieu de miséricorde : profitons de cette heureuse disposition, et ne laissons pas échapper un temps si favorable. Pleurons nos égarements passés : ce ne sera pas en vain , si nos larmes sont accompagnées d'une sainte résolution pour l'avenir. Faisons à Jésus-Christ la même protestation que Pierre, mais faisons-la avec plus d^humilité, et par là même avec plus d'efficace et plus de constance que ce disciple présomptueux : Etiam si oportuerit me moriy non te negabo, (Matth., 26.) Je suis un infidèle. Seigneur, ou plutôt je l'ai été , et ne le veux plus être. Vous êtes encore assez miséricordieux pour oublier toutes mes révoltes, et c'est ce qui m'attache à vous pour jamais : Non te negabo. Non, Seigneur, quoi qu'il arrive, et quoi qu'il m'en puisse coûter, je ne vous renoncerai plus. Que dis-je : et me suflit-il de ne vous plus renoncer? Il faut désormais me déclarer ouvertement pour vous; il faut pour la juste réparation de tant de scandales , et pour l'honneur de votre loi, la professer hautement, la pratiquer exactement, l'accomplir parfaitement et dans toute son étendue. n le faut malgré toute considération humaine ; il le faut malgré tous les discours et tous les respects du monde ; il le faut aux dépens de ma fortune , au péril de ma vie , au prix de mon sang : Etiam si oportuerit me mort. J'en serai bien payé , Seigneur, et bien récompensé, puisque vous me promettez de me reconnaître devant votre Père

après que je vous aurai confessé devant les hommes, et de me mettre en possession de votre royaume, où nous conduise, etc.

EXHORTATION

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